‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 446 sur 494 · CHAPITRE CLXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXI

Comment le duc Charles constitua ung prévost des marescliaux , pour nettoyer le pays des brigands.

J Geste année de soixante-huit estoit dure-

ment périlleuse et pleine de maulvaises in-fluences, commode mortalités, par toute terre, bien orribles ; et de malvaises emprises par malvaises gens , les uns par traysons et les aultres par aultres crudélités. Etmurmuroient peuples et gens des bonnes villes; et princes se mesfioientles ungsdes autres; et n'y avoit nulle part climat de terre , là où il n'y eust troubles. Bringans et desrobeurs de gens couroient par pays ; et soubs ombre de gens de guerre], tant de France comme de Picardie « faisoient maux sans nombre ; tant que le duc, par les plaintes qui ly en venoient , print en ly mesmes et en son propre avis de mettre sus ung prevost des maréchaux ; et enUre les autres constitua en cely office ung qu*il avoit choisi tout propre , nommé Mailloitin du Bac, natif de Sainct-Omer , non fort cler homme ly mesmes , ce disoit l'on , mes haut et aigre en emprendre ce que autre n'eust volu faire.

Si fit icellui Mailloitin de grandes et dures exécutions par le pays de Picardie ; et sur le mot de son maistre en fit exécuter grand nombre ; et n'espargnoit ne grand ne petit , tant que à estre esmerveillés tous Jes plus hupés, dont aucuns se despaysoient et les autres se muchoient.

Gomme doncques le duc par dechà fesoit nettoyer ainsi son quartier par son prévost, qui se délitoit à faire pendre gens , le comte de Sainct-Pol , connestable de France , faisoit nettoyer son quartier aussi tout en pareil que l'aultre; et fit pendre et noyer sans espargoe gens d'armes et autres qui se contrefaisoient^ et travailloient les povres gens. Dont ly, fesant son devoir par delà comme souverain justicier de France, et le prévost 'par | deçà ponr et au nom du duc , le duc devint à estre tant douté et tant cremu en roide justice , que toutes gens mesfais et sur-clamés trambloient seulement d'en oyr le nom ; dont pluiseurs ont esté trouvés qui se despaysoient ou alloient en loingtains; voyages cuidans fuir leur maie fin. Et certes bien faisoit besoing alors ; car les pays çà bas estoient si pleins de malvaise garçonnaille et de'maîvaise trusson , que tout estoitjperdu et gasté ; et se commettoient tous les jours par divers lieux inhumainement meurtres et vilains faits, aussi constiuiièrement o(» psr me i n'estoit

GEORGE CHASTELLAIN

ne lionte ne abhoniinacion de tuer gens, ne de les vileaer el desmembrer pour ung mot, non plus qu'il est de boire. Tous les pays gisoient subgects à gens de huiseuse , compaigoons de la facque , bouvers , putiers , ruflieas , bennebennes , buveurs de vin et gasteurs de draps, qai nés estoient pour boire eaue et mener la cliarrue; et maintenant, pour ce qu'on les avoit ainsi souffert croistre , soubs ombre que aucune fois on en avoit eu affaire en temps de murmures et de rumeurs entre le roy et le duc père et fils , ils esloient tant multipliés par les bonnes villes et si enrachinés dedens , que le nombre en passoit le trop *, desroboient el desti*oussoicnt baudemcnt gens par nuit en pleine rue , et leur ostoient les bourses , et les ruoient à rivières , tous desguisés ; et faisoient tant de maux , en tel lieu fust , qu'il estoit besoing que tel roide et aigre mordant bras les venist comprimer et rebouter, ou nul n*eust eu riens sien ne par champs ne par ville , si bien en Flandres que ailleurs.

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