‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 450 sur 494 · CHAPITRE CLXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXIV

Gomment le duc s'eetoit mis es champs eC clos en img parc aveucques son année*

Le roy doncques se tenoità Noyon, conseil** lant et soi avisant sur son présent affaire , et là où par les sages et parles vaillans hommes de divers estas furent maintes choses levées et retournées , et à toutes diflicnltés de guerre et do paix remonslrés maints articles ; car le eus Je rciiuéroit bien. Et le duc s'esloit mis

aux champs jà , et s'estoit clos en ung parc , le plus fièrement qu'on le veist oncques , là où il délibéra d'attendre tout Tenvoy de fortune, de quelque part qu'il lui peust venir | feust que le roy le voulsist approchicr et luy courir sus, feuslde là attendre et d'yverner, jusques à tant que plus fort l'en feist tevcr , où 'que autre , comme monseigneur Charles et le duc Breton , lui rcquisissent d'aller et tirer plus avant et plus parfond en leur aide. Car là gisoit su résolution, que jamèsde là ne se partiroit I si ce n' estoit pour Tune des trois causes , et qu'il n'emportast vrai appointement aveucques le roy, possès de ce qu'il lui avoit transporté , donné et confirmé à Conflans , et à monseigneur Charles de France satisfait aussi de la ducié de Normandie ou d'aultre chose en ce lieu , par quoi l'accord y peust estre ferme. C^estoient les deux points principaux pourquoi il avoit mis sus ceste armé^i et qu'il s*estoit venu logier en ce parc pour parlementer à espée traicle ; (Mir autrement « ce sçavoit bien, ne venroit jamès à bon bout. Dont , et pour donner à cognoistre à tout le monde le fons de son corrage et le tiltrc qui Tavoit meu à estre venu là en armes et en tet arroy , fit crier par tous les quarrefours de son ost, à son de trompe, que nul , feust amy ne ennemy, n'entendist que-là il feust venu efforcément pour nulle ennemistié ne violenca inférer au roy ne à sa couronne , ne pour fau'ô sur ly ne sur son royaume nulle envaye. Mais , pour ce que langages minatoires avoient couru , jà grand pièce avoit , de la part du roy , que ly mesmes le devroit envayr et assaillir , en le diminuant et rétorquant en sa seigneurie , seulement se venoit présenter là pour se deffendre , aveucques ce que promesso et serment fait à monseigneur Charles de. France et autres , et de l'agrément du roy mesmes , à ConOans , l'obligeoient à ce et la constraignoient de lui estre venu à secours et à remède par toutes bonnes voies. Et par ceste manière de faire , et qui estoit véritable aussi , le duc , comme sage et bien avisé et comme il devoit^ se deschargea de la charge que François et autres lui pooient imputer de ceste seconde insurrection , ce sambleroit, encontre la coronne ; laquelle toutefois , ne première no seconde , ne restoieiu point par dclibcracion.

GEORGE CHASTELLAIN

quoique, par accident et par inconvénient, la première tourna tele et par ung contraire ; ne ceste seconde aussi n estoit pas insurection contre la coronne , quand , par les causes ici démonstrées , il appert que c'estoit une compulsion de soi deflfendre et de maintenir sa droiture; laquelle ne se pooit fprder^ ne sauver, ne maintenir par nule remonstrance ne par nul bel parler , si nlmparsoi monstrer aux champs et 'bar{][aignier au fer. Dont , et pour ce que d*ung costié et d'autre pité se prenoiten maint cuer d'omme, de veoir tant de noblesse et tant de noble chrestien sang perdre ici en branle de perdicion , et tout ce royaume en dangier soubs un hasart inco{jneu, n*y avoit à nul lez preud'ommc ne de saiu regardjqui volentiers ne conseiliast et boutast à tout bon moyen de rappaisement au lez là où il pendoit le plus de péril et le plus de question , comme au lez de ce duc Charles , qui estoit plaintif et fier , et fort durement pour le rappaisier.

Nientmoins , pour ce qu'il estoit de coronne, et du nom et des armes , et le principal membre souverain d'icelle et pilier , si fut-il tous les jours ammonesté de différer Tcffect de la guerre , jusques au derrain point extrême , pour cause de son propre honneur et de la raisonnable pilé qui à ce le devoit movoir , pourveu qu'on le voulsist traitier* et lui offrir raison et équité. Ainsi doncques, comme cestui duc Charles avoit aveucques ly ung monde de nobles et de vaillans gens pour combattre et pour leur sang espandre en sa querimonie , les avoit aussi pour ly conseiller son salut et son honneur , et pour donner support et déport à ce très noble et très christien royaume , de non rencheoir arrière , du .temps^desenfans, en longue portée malédiction et aversité du temps des pères. Dont, et combien que Tapprest et l'orgueil estoit fier et grand par de là du costé du roy, et que les cuers dévoient et pooieot estre animés assez envers ceux de declià, pour cause de l'assaut et de l'orgueil monstre si fier sur les champs et en la barbe'de France , nientmoins , quand ce vint ù peser l'ung dur contre Taulrc, et à dilficulter les grans inconvéniens qui en saudroient , et ne savoil-on sur 'qui le plus , n'y avoit de la part du roy sage homme aussi qui

ici ne conseiliast plustost moyen et appointement que venir et laissier aller la chose à Textrémité du péril sur vain promettre de fortone. Mesmes le roy , qui estoit sage et moult sobtil de sens , et à qui la chose cornpétcHt devant tout autre , car estoit son propre fut et SI propre totale perdicion ou recoiivrance, cely, après maûnte disputatirn faite par avis en ly mesmes, aveucques ce qu'il sentoit tous les dangiers et les parfondoit en sa méditation, conclut finablemcut de soi mettre en devoir volentiers de traîiier aveucques sou bean-frère le duc , et d'envoyer à Han ses commis pour oyr et entendre ce que de la part du duc y poroit estre remoiistréet produit, et sur cela avoir avis après pour respondre et besoingnier à l'expédient convenable. Et y furent de sa part envoyés , allansetvenans, tels et tels (i) . . . .,etde la part du duc , messire Ferry de Clugny , le prothonotaire de Clugny son frère; maistre Brixe bailli de Charolois , maistre Antboine , juge de Besanchon, messire Guillaume de Bische , maistre d'ostel , et plusieurs autres. Et le comte de Sainct-Pol , connestable de France , amy des deux parties et du commun bien , et en qui maison et place tout l'assamblement se faisoit, icelvse trouva médiateur toujours entre les deux aigreurs , et ne tendoit qu'à l'appaisement du plus fort renc, là où il voyoit le plus de pois de difficile. \;

Si convient entendre toutefois que, combien que le roy souffroit traictier et aller et venir journellement en ceste ville de Han ses gens, par une manière d'escout etd'essay pour savoir à quelle fin on pourroit venir à Testraindre, ne cessa point pourtant d'avoir ses gens aussi par-delà du costé de Bretaigne , qui praticquoient et se mettoient en grant peine de contenir et de rapaisier son frère et le duc breton, afin de les rompre par bel promettre en leur surrection aussi que'préparée avoient par delà ;^car à résister là il y cou venoiè grand effort; et à porter le faix de la guerre par dechà contre le duc bourguignon, il^'y convenoit dure puissance.

Si lui sambloit, et vray .esioit, que s'il pooit rompre le bras par-delà , par puissance

(i) Lacune dans le manuscrit.

ou par menace, ou partraictié, ou comment que feust, le bras de dechà en seroitplusfoible et moins fier , et en poroit-on avoir meilleur conte, comme il estoit notoire. Gela toutes-fois et couvrit cestuy secret , laborant toujours à celle fin , ou qu'il venist au des* seure du bras de delà , par lui livrer menace et espoentement , comme bien y avoit pourveu, ou qu'il les vainquist par bel offrir, moitié un{;, moitié aiiltre, comme la chose avint , en contraire toutes-fois de Tespoir du duc qui jàmès ne Teust cuidié. Et fist paix aveucques son frère et le duc de Bretaigne , et eulx aveucques ly ; et firent courir voix ; et le signifièrent au duc , soy estant mis en ce péril pour eulx : que plus avant ne plus longuement ne pooient soustenir Teffort du roy sur eulx , 'ne maintenir la guerre , tant par faulte de gens et de 'pourvision qu'ils attendoient et avoient attendu de ly , comme de la povreté qui estoit devers éulx d'argent et d'aultres nécessités qui à maintenir guerre sont requises. Et mandèrent par Bretaigne , roy d'armes , à deux placebo , au duc leur allié , qui se crucifioit de leur honte , et ne se pooit ravoir pour le croire ou non croire ; toutes-fois si fust-il tel. Etje roy apriesmes, cuidant donner teiteur et espoentement au duc, parce que jà il pooit faire descendre toutes les deux puissances de ce royaulme en une , et la mettre devant ung seul front , qui par avant avoit à respondre à deux , et dont du second jà il estoit au desseure , fit dire au duc, et l'en avertit, que bien avisast devant soy, car en tel orgueil empris et monstre sur ly , il estoit en ly maintenant de ly repousser sa corne , et de la faire retraire ; et lui remonstreroit que ung roy de France est bien de pois à ung duc de Bourgogne , son subgect encore et son vassal.

Lors, où ce duc de Bourgogne enflé alors de despit de la faute des aultres , pour qui tant avoit fait , et devenu plus fier que ung lion qnérant proie , et grandi en cuer plus qu'oncques à cent double, jura Sainct- Jorge que apriesme y tiendroit il lieu et place; et y venist le roy et tout l'effort de son royaulme , de là ne buUgeroi(, jamès ne ne re«ilAroitd'ung pié, ains mqnniît av^ seing le donnoit ; ellà fil

tous les siens , jusques à avoir tiré du roy ce pourquoy il y estoit venu ; et cela il l'auroit et Tobticndroit , ce vooit-il à Dieu , ains que jamès il en partist ; ou seule mort de ly et des siens y metlroient l'obstance. Et quant au regard de ce que les aultres s'estoient déportés et pacifiés aveucques le roy ,. et l'avoient abandonné et lessié dehors leur traictié, seul et à par ly , de ce ne fesoit-il estime , ne de eulx ne de leur confort; il estoit fort et puissant assez , tout seul , et contre eulx et contre tous ses grevans et menachans , et contre tous ceux qui , eulx tous ensemble les poroient conforter et aidier. Disant en oultre que , commejen ung duc de Bourgoigne n'avoit oncques esté trouvée faulte de parolle , oncqiies n'y avoit esté trouvée faulte de corrage', ne de haulte ouvre ; et que de menaces il ne s'espoentoit poinct ; car les ducs ses devanciers, en avoient bien osé porter aultresfois les fais tous durs. Gomme doncques le roy oyt et vit le corrage de ce duc qui ne se diminuoit points ains croissoit et s'enfiérissoit déplus en plus, et que véritablement et par expérience il sçavoit et cognoissoit'qu'il avoit effect en ses paroles , et véoit le pourquoi devant ses yeulx , gens à main de fer et de felle encontre, à tout bon eschient, labora parfaictement à bon moyen trouver aveucques ce duc ; car à tout conclure , quelque puissance qu'il eust , si jugeoit-il plus salutaire et plus seur de le faire deslogier par appoinctement et par bonne voie, que de le souffrir là en tel dangier devant le front de son royaulme , pour en attendre Taventure. Si disoiton toutes-fois, et lui mettoit-on à charge, que pendant ce temps qu'il tenoit ici les champs, il fist secrettement esmovoir ung nombre de Liégois , et venir rentrer en Liège , crians : Vive le roy ! et faire des crueux exploits sur aulcuns du parti du duc, les mettre à mort et saisir la ville toute de nouvel, et la barrer et refortifier . comme cy-après se dira plus à plain. Et ce , estimoit-on, fesoit-il faire , cuidant faire retraire le duc atout son est envers Liège , en cédant à la place qu'il avoit prise à son grand dur. Mes non fit le duc, ne ne s'en esmeut oncques; mes (! isoit bien que tout à temps *oh à soi vengier de Liège, et d'une chose ^- 6f cela lui estoit peu de fait. ^..

GEORGE CHASTELLAIN

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