‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 455 sur 494 · CHAPITRE CLXXVin · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXVin

De la dolcance que le fit le roy Lojï, et des };res plninles qu'il ptononehoil en public de la sonne du duc Charlea.

le ce I

El combien touicsfois que de la part de duc de Bourgogne et de sa maison si liuuie et si cslevée se seulTrent donner, et licitement, ce samble , toutes cestes couleurs cl palliemens, comme vous avez oy en jusliiianl sa cause , si n'est-il dit pourtant que Francliois n'eussent cause aussi légitime et j-aisonoable de colorer en contraire leur action juste ei bonne encontre ce duc , et de former argumens , par manière de doléance contre If poignante et dure , comme de fait ils firent, les ungs à couvert, et les autres à plein dévnt, disans et murmurans, depuis le roi jusqoes aux pages: ■■ Maugré en ait ma vie! et que veut faire ce duc de Bourgoigne, qui lousjtiurs court sus ainsi , -et de père en fils, le roy soo souverain. Et ne cessent, ne oncques ne cessèrent de traveiller ce royaume , et d'eu fouler le llirone par toutes voies dampnablcs et détestables et non lolérables, et dont l'orgueil et l'iniquité et la mescognoissancc puent devant Dieu , et animent et doivent procurer tous bonscuers francbois pour en quérir vengeance. Que maudite en soit la généracion, ne qu'onques ventre des fleurs de lys en feUt la ponoe. N'ont-ils, depuis le duc Jehan en clià, perséculé ce royaume ik double main? et là où de leur propre pooir ne se sont pn saucier en leur venin envers nous, ae se sont-

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ils njoins aveucques les Anglois contre nous ? et les ont boutés en ce royaume pour tout détruire ; nous ont assaillis par bataille en divers lieux ; ont débouté et déchassié le rôi hors de son propre, pris et assiégié ses villes, forcéement essillié et mis à feu le plat pays, et tout mis à ruine ce qui estoit et pour eux et contre eux. Et n*y a eu chose qui se puist dire en quoi leur pité soit tournée , si n&n en final confusion du roy Charles mort , là où ils prétendoient ; et lequel nient-moins , premier qu'il ait peu avoir paix aveucques eux, ils Tont devesti et despouillé iniquement de ses royales prérogatives ; plusieurs fois Tont asservi à choses impertinentes ; et non contons encore de telle humiliation, Tout tendu et recoppé en sa seigneurie , et lui ont emporté les metes et les extrémités de sa coronne à main efforcée ; et de quoi il a esté constrainct de le passer et de le tolérer, bon gré malgré, pour avoir paix. Et vous tous , nobles Franchois , or escoutez comment ceci sonne : que ung roy de France , le plus noble et le plus digne de la terre et le plus puissant, soit venu jusqu'à là, que ung duc deBourgoigne , son subgect et son serviteur, tout honoré que d'estre de son sang , rail»ainsi persécuté et tyrannisé, qu'il lui a convenu lui accorder et consentir sa foule et son damage, et faire satisfaction et réparacion du plus grand au moindre , et par force. 0 maudite injurieuse rébellion non onques oye ailleurs ! que pleust à Dieu que terre fondist dessoubs eux qui font telles oeuvres , et que la rachine en feust c\tii*pée, et mise en fagots. C'est une mauvaise généracion et exécrable que Bourguignon. Et qu'est venu faire ce duc Charles ici arrière , qui vient infester le roy et commovoirtout ce royaume, et mettre en trouble par son orgueil? que tous les deables les puissent combattre ! que nous veut-il? ne lui souifit-il d'avoir fait une fois ce dont le front lui est tout noir de réproce? d'estre venu corrir sus au roi en sa qualité , et de le combattre injurieusement , sans tiltre et sans cause ; et non à tant content , faire le maistre au milieu de son royaume , portait ^ et pennons , réputant tout à ann vières ; et en son orgueil dS' core les ennemis du roy ded

flans , là où il emporta de sa coronne la moitié des fleurons; et tout par insurrection, qui est pareille à celle que fit Lucifer en contraire de Dieu et dont il fut getté en enfer, là où j'espoire , et Dieu le doint ! cestui orgueilleux rebelle Charles , faulx, maudit Anglois qu'il est , sera rué aussi pour ses péchiés. Si en serons quittes. Que veut-il arrière? Veul-il avoir la coronne et le sceptre en main ; et qui tant a de seigneuries et de possessions et est si puissant, si fait-il à croire, et a son Gand et son Bruges , que veut-il ? veut-il avoir encore Paris? Que maie foudre puist cheoir sur lui , et sur quanqu'il a ! et doint Dieu que le roy s'y consente', que nous en puissions prendre la vengeance pour ly , et que nous puissions tout mettre à feu et à flamme , et rober, et piller, et tuer tout ce qui se treuve ! On en a trop souffert, et trop longuement aduré ceste vie. Que Ton fière dedens ! de par tous les mille grans deables , que l'on y fière! que dissimule tant le roy , qui cy pend à l'escout et se fait brebis ; et bargaighe Ion de sa peau ou de sa laine^? C'est bien ung homme misérable , et de povre entendement, s'il ne voit goutte et si ne se perchoit comment on le veut mener par menaces à ce que l'en veut avoir de lui. Par la digne mort! je y mettroie plustost tout mon royaume en l'aventure, premier que me lessier mener ainsi. Si les Sarrasins estoient descendus en ce royaume , ils n'en poroient plus faire, ne à peine autant. »

Telles et si faites estoient les paroles des Franchois , fait à penser, entre les gens d'armes et qui désiroient la guerre pour le gaîgnage , et aucuns aussi par haine formée de viel temps contre la maison de Bourgogne , comme j'ai dit. Mes entre les gens de conseil estoit Tavis tout autre , et de tout autre gravité pour la pluspart, combien que aucuns en y avoit, et pooit avoir, qui avoient f elles et mordans paroles : mes n'avoient point de sieute ne de credence : par quoi eulx à bon sens et à parfait regard vainquoient et prévaloient.

ClIAPITUE CLXXIX.

De» niiiriiiiirnf ioiw ilcs FtanchoU cl de Imuie* imrolM cil leur qiMrlicr pour lit foiilo qui leur lourouit 6i griiïe.

Kt en vér'dé , se Francliois murmuroieiit (lurcmenlet usoient de hautes paroles en leur quiirlier, n'est point de morveîlles, considéré eocore <iue la foule lournoit griève sur eux Cl sur tout le royaume , et que se eux en contraire eussent inféré cesle foule es pays du duc , et que là feusscnt venus monsirer leur orgueil contre ly , on les eusl muudils par de ça de cent mille maux en pareil, comme ores ils faîsoienl les autres; car à loppressé est toujours l'occa&ion de maudire et du se doloir. De la part doncques des Fi-anclioîs , <[iii est la plus noble uacion du monde et lu plus Hère , et par nature do puissance et do chevalerie est celle qui les autres nacions a appris h combaltrc et à dompter , quand il . est avenu ainsi que ung duc de Bourgoigne, suligect et membre de la couronne, s'est venu présumer jà deux fois ell'orcément en pays, et de son propre pooir sans emprunt, soi venir meure en barbe à ung roy de France pour lui livrer assaut , certes il convient dire : ou que lu gloire est bien liaute et clère à ung duc de Bourgoigne d'avoir ce empris et aclic ei à ung roy de France grand l'oulc , ou que de l'injure que le roy y porte et a souffert, la plainte que Francbors font du duc de Bourgogne est raisonnable ; car ont porté plaie , ce samblcroit, de cclydonl ils (levroient avoir deffense. Mes comme la gloire des princes pend en or.jueil et en haut péiit emprendrc , et que ce duc ici l'a attempté bien difficile et bien dur, et glorieusement en est venu au bout, à qui qu'en demeure la li>ule ne l'occasion de s'en doloir , au duc demeure lu gloire d'avoir f^it ce dont les autres allèguent injure. Combien qu'à dire voir, d'injure n'y avoil-il point ù le bien entendre , ne à intencion d'injurier n'est pas venu le duc ici ; mes, en procurant son droit et sa cause légale et juste , il s'est venu deffendre p:ir la mcsmc voie qu'on l'a volu quérir comme pur foitc.

1ÏE0IIGE CUASTELLAIN. '

Comme doncques Wules principales puissances conviengiienl en ung point esli-oît qui se dit orgueil, et qu'en ciivis l'ung cède à l'aulre, enflée doncques tous deus.tuusdcux se monstrcnt et se prépurent, et s'exposent au péril de confliclion Boubs furlunc, là où coustumièreinent ceux qui se conlient avoir bon lilire et bon droit sont ceux aussi quilesmieuxs'asseurcnt de péril emprendrc: conmie ce duc Chiu-les , ler[uel , tout quanqu'il a fait en ce ruyaume , l'a fait , ce veut-il mainteuir , à liltre d'onneur et de juste cause en son premier voyage , et non à iaicnlion de combuUi'e le roy , ne do l'injurier , quoique autiemenl advîm . mes >l intention , aveucques les autres de pourveoir aux affaires du royaume , qui alors chaace' loient. Dont , pour ce que le roy estuit puît* sant pour résisier à eux tous , ly ausù se TOloit mettre sus fort , pour non payer l'escoi pour les autres ; aveucques ce que il savoit bien que le roy le héoil duremeutet demort. Et à cesle seconde fois , la où lionneur l'obligoit d'aller au secours à monseigneur Cltarles de Franee,et au duc Breton , et que par nulle voie ne moyen, eu longue traite du temps , ne s'estoit peu découpler de eux , que toujours no demoi^si contraint d« les assister i et qu'aveuques ce le roy de rechief , en plusieurs actions et tiltres , lui trnotl des durs et cstrauges lei-mes, puis en uoe nuiaière puis en une autre , et à quoi il senloit bien et^véoit que pourveoir il y convenoit par voie de fuît , tout en pareil comme on préten doit sur lui, tempre el de heure mesine|pi-0' posa et délibéra de y prévenir. El cunune la puissance et l'ellifrt d'ung roy de France il le congnoissoit redoutable cl de tiëie atlcsle , et que mesmes ne se fondoit pas trop fort sur l'ayde ne sur le secours des Bretons , qui autres-fois l'avoient lessié au péril , voull tellement penser de soi , et comme sage , qu'en allant eu l'j-ance , sur ce que Dieu vouldroît faire elsoulVrirtlely, il yiroitsifoit etsigarni, que de nul eflurl d'.uulrui il n'auroil peur. Et de fait y mena quarante mille combaltuns, et d'autre monde tant que c'esloil uue lioireiir. Ceci doncques considéré, et sainement disputé sans laveur et sans liaîne , el l'ccoulé en lx>n sain jugement , tant pour le l'oy que pour le duc qui ebt FruQchois et du »ang , les cuuses

[I4fô1 CHRONIQUE DES DUCS DE

pourront eslre trouvées telles , que le tout tort ne demorra point devers le duc, n^ au roy aussi toute Tdquité de la cause. Et véritablement , mes je le dis à plainte et à regret , le roy originellement a esté plus cause que nul aulire de tout ce meschief et de sa propre tribulacion.

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