‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 470 sur 494 · CHAPITRE CXCVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXCVI

Comment le loy fut perplex de novdles qa*il ojt,eC comment, après plusieon plaintes à ses nobles , loi conYint prendre fuite à course de chevaux , arec sa noble compaignie.

De ces nouvelles fut durement perplex le roy Eduard, et non merveilles, quand au vrai et à l'œil parcevoit la desloiauté de son tant fiable ami et parent, lequel venoit approchant pour le tuer ou prendre. Print toutefois sa fortune en gré, et visa à en faire son preu à l'exigent du temps, qui le constraignoit à le faire brief . Aussi fit-il ; et parlant a ce qu'il avoit de gens emprès ly, grans barons et autres, leur dit : « Or cbà, messeîgneurs, or est venu l'heure de mon infortune , là où il convient que j'abandonne et délesse mon royaulme, et que je me voise f uitif en estrange terre, devant mes ennemys, par trayson contre moi baslie soubs bonne fiance. Et le permet Dieu aujourd'hui, ce me samble, ainsi, et le me fault ainsi porter. Mes quand sa grâce se voudra retourner envers moi par compassion en ma cause , je recherrai en novelle espérance de revenir encore au reçue vre. Ce sont les tours de fortune; hui fait-elle Tomme grand et haut eslevé , demain le renverse et le fait clieoir en bas. Ung temps fut que point je n'estoie roy d'Angleterre : or est le temps aujourd'hui que atout couronne je n'ai ne terre

me^-] CHRONIQUE DES DUCS DE

ne royaulme. Si me convient aussi pacieroment porter et prendre en gré mon aventure contraire y comme la gloire de mon exaltacion m'a esté de grand joie en mon corrage. Se fortune n'eust eu le pooir de me le donner, n*eust eu le pooir ne le droit aussi de le me tollir. Ce doneques que j'en ai eujusques cy, ce a esté d'emprunt, et non par condicion invariable et non ravissable ; tesmoing ceste présente heure qui me fait le pliis confus roy qui oncques fut, et le plus derelainqui et abandonné de tous amys. Ne sçay comment vous en va, vous seigneurs qui cy estes, ne se vous serez du nombre des autres qui me lessent ou des miens. Ma fortune me semble si foible aujourd'hui et si débile , qu'à peine ne me sçay-je en qui me fier, ne en qui mettre fondement, pour ce que ceulx en qui plus me fioie me tournent dos, et ne leur est honte ne vergogne rien de nulle honnesteté ne cremeur. Ceux à qui j'ai fait les biens de mercy, me rendent les paiemens de crudélité ; et ceux & qui j'ai conféré les bénéfices d'honneur et d'estat procurent ma ruine pour récompense. Seigneurs, aller s'en fault et quérir sauveté : icy n'a mes nulle seure demeure ne jeu party pour ung tel péril attendre. Dont ce m'est regret, le plus que j'eus oncques, d'ici partir sans deffense. 0 vous, mes barons qui cy estes,'vous condolez , vous prie , aveucques moi en mes regrets ; à vous ils touchent et incombent comme à moy propre , quand par moi abandonner vous demorrez en la persécution de vos ennemis; et par demorrer emprèsmoi, vous devenez maleureux comme moi , riches toutes-fois et resplendissans en honneur par léauté monstrée , laquelle est la gloire et la coronne des vailians hommes, et que Dieu regarde du haut de son throne, et dont il n'est point de doute qu'en fin il ne la récompense et la rétribue parle semblable. »

A ces paroles y eut de grans suspiremens , et de cuers esmeus envers ce doloreux roy, à qui ne besoignoit fors à s'en enfuir à force de chevaux vers la mer, où que fust, pour trouver passage. Et de fait, à ce faire[se disposa à toutte baste ; et en pareil les barons et tous autres, criants et disans. qu'avençqaeç ly vi vroient et moitiMo ' -^'U

plairoit à iNei

BOURGOGNE.— IIP PART. 495

mol , ils y parliroient et ne le derelainquiroient ne en mort ne en vie ; entre lesquels le seigneur d'Escalles , frère à la reine , estoit l'ung des principaux ; et estoient environ de six à huit cens hommes en tout.

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