‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 471 sur 494 · CHAPITRE CXCYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXCYII

Comment le duc Charles despescha Tambassade du roy à Saioct-Omer, qui là estoit yeaa pour le bien du pays etd^union entre eux deux.

Maintenant convient-il narrer comment le duc Charles despescha l'ambassade du roy à Sainct-Omer, qui là estoit venu devers ly pour le bien du pays et d'imion entre eux deux , et pour pacifier et contenter le duc son cousin , et le satisfaire de tous les outrages , ravissemens et extorsions faites pour et au nom de Warwyc, Anglois, dont le duc se doloit, pour la cause que le roy le portoit, soustenoit et garandisoit en son royaulme. Dont, et combien que ledit de Bourgoigne s'en doloit, et en portoit le cuer gros envers le roy, et le savoit bien, toutes-fois, pour demorer en amisté aveucques ly et non encheoir en guerre, s'estoit avisé d'envoyer devers ly ambassadeurs pour lui ofiBrir toutes satisfactions, et restituer de toutes pertes et dammages faites à lui et à ses subgets par mer et par terre à ceste cause, aveucques ce aussi que par ceste son ambassade sceustque, comment qu'il feust ne comment que la chose allast ne toumast, il voloit demorer ferme etestable emprès le traité qui avoit esté fait entre eux deux à Péronne ; faisant déclarer en outre que aveucques ly seul et aveucques son amisté envers et encontre tous autres quelconques il voudroit mettre son fort pour sa porcion de son régner; et le tenoit si sage , et prince de si grand vertu , ce faisoitdire, que entendu le lieu dont il partoit et estoit né , aveucques la grandeur et la puissance qui estoit en ly, il devoit mieux amer à soi joindre aveucques ly, et porter sa querelle encontre tous autres quelsconques contre honneur et droiture. Or avoit le duc Charles assez longuement, et par aucuns jours, médité et pensé sur le rapport de ces ambassadeurs de France, et lesquels, après privées

-^^Oliap CHASTEUAIN.

deyises eues aveïicqiies ly, retjiiércrenl pour la délivfaince et retour; si s'y disposa le duc et leur ny^l JQur.

CnAPlTïlE CXCVIII.

Comment 1ç il^c Cti>it|es cuiJoil \e«if unifà le corale rie Warwjc par sou armée sur lii mer ou put terre espane au quartier de Normandie.

Mes avani que je plus avant procède en cesie décbralion , loist bien narrer iing peu et faire conlc aussi de la dispositioaduiemps d'alors et de son importance. Car estoit le duc Charles alors durement enaigri à rencontre du poy, pour cause de Warwyç , lequtj il soustenoit , et en son despil , ce lui suiiibloit, machinans ensemble 1^ ruync du riiy Eduard et de ly.Et toutles-rois que le duc Ciiarlespnr effectcecy veist et parceuslljîen, avoit merveilleusemcnlle euer fier et gros, el petit en soin;; et en peur de leur machinancc ; aius s'asseurûit et quasi présumoil rooîr couiresler it tous ses mesveillans, et mesmes pooir leur donner des atîaires beaucop ; car avoil bien son armée vaucrant en la mer très puissamment, ei pur laquelle il entendoii leoi^ asaiégié Warwyc en Normandie, sansep oser saillir ; et par terre avoit son aimée preste et praiiquiée, la plus puissante qui oncques avoit esté veue eu ces terres par deçà jusqu'à ce jour, et laquelle, estimée en nombre de q(iatre ou cinq mille lances, sans les arcbiers , et desquels il estoil asseuré aujourdesemonce, ensemble et des capitaines, aveucques ses dî vers pays. Si se confioit fort eu sa puiss:ince par mer et par lerre, et ue redoubloil riens moins encorre pour ce que le roy F,duard,son serourge, estoit encore eu règne el en thronc, et non en apparence de décliner, comme il fil depuis. El pourtant ce duc Charles ici, qui se confioit en sa haute fortune et eu son popir d'alors, non craignant nul vent de France , et là où on lui macliinoit grief, ce savuît bien , lit tant moins d'estime et de réputuiïon de l'ambassade du roy et de son rappori;carne mainteooit nulle teneur de vérité en icely, ains abus et menées de paroles vuides et sans fruiti car lui imputoit pleiucmcut fuulc ci

romplure en son sernient solempnelVêment fait à Péronne entre ly et ly. sur les article* de leur traîtii- fait entre euK deux ; et par qu»', après lelle romplure pt telle faute commise en UDgsi grand cas, pqtytsireHefiustemeut , ce di^ii, icely estre mo'uis créable et recevable en un nioindre uovel si^rven^nt affaire. Et pouviaiiii moiiié par detliaiico qu'il mcttoil en ses puvple^i Bt en parole par mal talent qu'il avoit CQUCCu contre ly, par le port qu'il bailloit au cumie de VV'arwyc et en son coniraii'e , en tous eudrois et eu tous aOiûres (\ui wiichoieni le roy se «lontr^'aiffre el dur, et peu atniab)e cl révérend en ses paroles envers ly -, car çstoit devenu de toute autre nature que francli^ise, «t tout à sa c:^u&e. St ainsi doncques en\ deux en ung royaume ittr ribles et périlleuses pestes, et eusievaos lesr propre uppétit plus que d'au|rui, tindrentcn ce temps-çy les hommes de çà et de là en suinj; et en peur de inescliief , et eu utlcale de guerre et de mat avenir. Dout, et se ceslui duc Charles ici peu amoii le ray son souierain , toutes-fois tous Franeliois en pareil le licoient ck' mort, el le despiièrenl, pour cause que si fort s'estoit déclairé Auglois encouire le salut du royaulme.

chapithe cxcix.

Of venons à U) délivrance de ces deux sei> gneurs aniltassades du roy , inaislre Jacques SpouUn , seigneur de parlement , et Guyo^ pot , bailli de S ermandois , frère au seigneur de l3 Roce , estant lej le duc , cL^valîcr d«i son urdi'C- Le duc Charles doncques avuît lait préparer son dois de ciaq degrés de haut , et sur iccllui sa chaire , toute couver^ de rice drap d'or soubs uug ciel de HtesoMS î et l'embas du murchc-piés , tout ausM lar;;e que le vhui'peiitier l'avoil fait, es^iit couver^ de velours noir , descendant de degfé. en de^ gré , qui estoit le plus baie , le di^HC^t aucuDS, el le pfus fait en élat-iou ql^ ooctiueft avoit esté veu jusques à ce jour ne à empereur ne à roy. Eu iccllui doncques pompciix et rice ihronc, s'assisl le duc Charles, u>m avirouué des cst;is de sa lualsou, pur dîfvrs

degi'ës, et lù où les princes et les hauts barons avoient leur siège propre, et les chevaliers et escuyers chacun en destinée assiète ensemble , et les prélas et la chancclerie leur députacion et ordre. Là \indrent donc et furent faits lentrer ens les ambassadeurs du rqy , accompaignés du seigneur de Créqui. Et venus jusques au banc qui estoit ordonné pour eux , se mirent en genoux et saluèrent le (\\xc : lequel , sans mettre main au chapeau , tant seulement les nîqua de la teste , leur faisant signe de eux lever, qui assez tost le firent aussi. £t ne s'en faisoient gaire prier, car assez savoient de leur ^stre et de leur devoir faire ; et ne prindrent pas bien en gré si peu d'amour et de révérence monstrée au foy leur maistre , dont ils ^stoient délégués devers ly, pour bien de paix encore. Si s'assirent sur leur banc , front à front de ly ; et là assis , le bailli de Charolois, chicf du conseil, nommé maistre Guillaume Gonncl , commencha à répéter devant lesdits seigneurs , les poins et FetTect de leur ambassade , pourquoi ils' estoient venus. Et comme il les eust déchirés souilisamment , et lors où il séoii à rendre rcsponce point sur point, le duc mesmcs anticipa les paroles, et dist au premier point , qui touchoit les offres : Que les offres que le roy faisoit et faisoit faire , n' estoient ne valables , ne souOisans , ne raisonables, ne recevablçs; caries domages qui avoicnt esté fais ne se povoicnt radoubler ne recompenser au pris de leur importance.

Au second poinct , qui touchoit Tentretenement de Péronne , il respondit et dit : Que le roy, tout de gré et voluntairement , avoit enfrainct ledit traitié pour avoir porté soustenu et rcceu en dedens ses havres et pors le comte Warwyc , son ennemy , et lequel , par forme de guerre , avoit fait faire ledit dammage sur ses subgects et pays. Et ce nonobstant toutefois , et qu'il le savoit, toujours le soustenoit et confortoit en son royaulme , en grand grief et confusion de ly et de ses pays; que faire toutefois ne de voit, car estoit directement en contraire et en despeçtion dudit traité de Péronne. Et par cès^A il nionstroit et arguoitque spnod

endroit aussi n'estoi( aoceptail

BOURGOGNE.— IIP PART. 49ii

Sur cesle responcc Guyot Pot , bailly de Vcrmandois, homme haut et bien en parolle, se leva et dist : « Monseigneui' , véez cy unes lettres-patentes que le roy m'a envoyées novellement, depuis moy estre venu ici , lesquelles, s'il vous plest les veoir, vous les prirez faire lire devant tous ; si sarez et orrez leur eflect , et ce que le roy mande par icelles. » Le duc alors fit prendre lesdic^es lettres et les vit à part , et depuis les fit lire tout hault et publicquement. Et lesdictes lettres leutes, îedict Guyot Pot , soy fuant ep genoux , dist : « Or , monseigneur, vous avez veu et cy ce^que le roy m'ordonne et mande ; et comment ^ pour avoir votre amistié , \\ veut que je vous offre tout ce que vous vouldrez , touchant Tappointement fait entre lyetvpqs; et que toute telle forme et manière que vous le sarez et youdre? déviser , que je le vqus offre et passe tout autel et [en tel viguer comme s'il y estoit en personne. » Et le duc respondy de rechief , et dist : « Et je vous ai jà dit unes fois que ne vous ne ly ne poez; et que ce que vous offrez n'est pas recevable , pour cause que ne le poriez restorer ne satisfaire. » — « Et comment? ce dit Guyot Pot alors, monseigneur, et comment cela? N'est-il point au roy de pooir réparer et faire restorcr le danmipge que vous alléguez, et quil ne fausist quà cause de cely meschicf gueiT(î et iribulacion sourdisse en vous deux , qui toutefois vous offre à faire raison ? Eh ! monseigneur, toutes-fois l'on feroit bien la paix d ung royaulme perdu et de cinq cens mille hommes morts en sang, et ne poroit-on faire réparacion doncques d'ung petit meschief particulier qui ne pend qu'en vostre volonté privée ? Monseigneur, le roy et vous avez juge par desseure vous deux. Le roy fuit la noise et la guerre, et vous offre paix et amisté et réparacion de toutes romptures. Se vous ne volez entendre à raison , et que aultrcment en ensievist cy après qu'en bien ce ne sera point ;à sa défaute. « Et alors ce duc tout animé , ce sambloit , et en arpu respondy et dist : « Entre nous PoriugaJoi» avons une coustume devers nous, que quand ]ue uoiis avons tenu à nos umis se font ^emis , nous les commandons pille diables d'enfer. «.

Coiitnicnt les naliles qui estoient

loicnl tnal é<liQÉs et conlens dp ses haulaines pnroles aiui ariiluiiaailes. par grand haulcur de corngu dont il ne lie peut refraindrc à l'heure.

Ce fut ici l'effect de la responce que le duc fit à Sainct-Omer aulx gens du roy , et dont la fin , comme vous oez , estoit dure et estrauge à ovp , et non pas bien prise des gens mesmes du duc , pour ce qu'il y avoit de malvals agoust pour commander tacitement ung roy deyrance à tous les cent mille diables. Et sambloient à ceulx qui deuil y prenoient , qu'à ly mesmes il se tisi grand blasme en ces paroles, considéré encore qu'il esioil subgect du roy, et honoré et paré des armes des tieurs de lys , la gloire et splendeur de son front et le plus cler de ses tiltres. Et eu ce , quand il se nonimoit Ponugaluis , fut murmure aussi de ses propres gens , pour ce que tacitement contempnant le nom de France dont il estoit , ne se osa nommer Anglols là où le cuer luy estoit i mes se renommoit de la feue de sa mère, ancienne amie d'Angleterre et contraire à France. Ainsi doncques, jà-soit-ce que le temps d'alors portoit ainsi, quecestui duc Charles s'csioît de tous points esloignîé de l'amour et affection envers France , fut complaînE toutes-fois et durement mal pris entre ses propres gens , que tant publicquement et si irévérament il se osa estordre en ses paroles. Car quoique le maistre feusl, ne quel ne corn fait, eulx tous estoient en affection devers France , non pas vers Angleterre. Fut faite murmure aussi enire les plus sages, et qui beaucoup veu avoient , de son haull élevé siège qui, par c\cës de liautem-, passoit mode et riègle. Si luy fut imputé à merveilleuse élation de cuer mal loable, et par espccial parce que c'estoîl envers ung roy de France , son souverain et le plus grand de la terre, envers lequel il se voloil exiolier malmenant, cesambloit, sous iJIirc d'ennemisté que le roy lui monsiroît, en ce qu'il portoit et sousienoil Warwyc encontre ly, Parquoi , comme le roy lui monstroit la dent en sousienirsoD eiincmy en conirairc de leur

CHASTELI.AIN.

appoinlement , avoii bien loy aussi , ce sambluit voloir dire , de nionsirer son orgueil envers le roy, pensant, en nature d'ennemisié , riens pooir mesprendre , aveuques ce que son pooir sentoit gros cl fier, et par leqod il esp(!'roit encore, aveucques Éduard , le roy Anglois, tenir ledict roy encore en crenevr et soubs verge; car ne cuidoit point ae ne créoit que ce deust avenir en Angleterre, ffù depuis avint. El par ainsi, partie par chalenr dejeusnesse et eu son premier haut vol, qnî jà avoit exsécuté de liauUes besognes, partie aussi par soy cognoistre redoubtnblenient tort et de chevance et d'ommes, et tout tourné en ennemisté et en haine envers cely qui soi ennemi portoit contre ly, n'y avoit ne orgueil , ne beuban , ne rude parole', ne fien mois qui lui poolent sambler vicieuse ne è" reprise, parce qu'à son ennemi on se doit monsirer tel pour tel , et qu'en ennemisté n'a point de counoisie ; jà-soit-ce que je ne l'appreuve point ainsi ; mes en cuer ennemi et fclle, cousiumiérement se trouve raison uteinle ; et là où raison faut , là est 1 seulement à vice.

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