CHAPITRE CCIII
Comment le roy, par converl engin , oltrit m duc liiula \ réparacion et aalisfactjpn , et pour quelle cause il ùf I ce saxnUaQt. - - .
Or avoie-je dict que le roy offroit , par ses ] gens dessus nommés , satisfaction et réparacion de tous dammages fais au duc de Bour- I gogne , et ce pour avoir son amisté et pour" ] pooir vivre en paix aveucques ly , car ne siroil point la guerre , ce disoît, et estoît jà de ] cinquante ans passés, là oii repos lui csioît' | mieux séant que traveil; et le duc toutes-fois ■ ne le voult accepter , mais répudia son offre;' j et ne faisoit ne pois ne estime alors de son ] amour ne de sa hayne, pour cause de Warwyc. ' i Mes ores convient-il entendre ici le secret do' 1 cest oOre qui a esté fait au duc , et là ou le' ] roy lui a offert paix et amisté encore par'j prière, ce sambleroit , et laquelle chose sam-^' bleroit avoil' esté menée au roy d'une manièrafl de peur, et d'avoir beaucoup prisé ce due'l et son pooir , ou il sambleroit , se meschief en ' I avient cy-après,que le duc ait esté moule 'I ingrat et hors de voie , d'avoir refusé pais ct^ amour , et cely mesmes à qui il te deust avoir *■ requis plus losl ; car estoît son souverain et son plus digne et plus puissant. Et pourtant , ou l'onnciir en doit demorer au roy d'avoir offert réparation pour non cheoir en guerre, ou la honte lui demeure d'avoir requis paix ù son subjcct , par peur de sa puissance. Et du costé de ce duc Charles , il convient aussi qu'il ait eu cest honneur et ce tiltre, d'oser répudier '. et refuser l'amour à un roy de France , sur ^ Êance en sa fortune, ou, se l'effect de la* guerre eu eusieut depuis, et là où les hazardï .^l '32
GEORGE CHASTELLAIN
sottt périlleux', que costc Ruerre lui demeure Ji ciiar{;o à tous-jours , parce qu il a vilipandé paix. Or Dieu scet comment tout VU , et ly seul en est juge -, mes ea ce temps ici , quand le roy fisi ces offres , certainement il n'estoit point encore asseur que le comte de Warwyc peust jamais expulser sitostEduard hors d'Angleterre ; et par lequel , tant qu'il estoit régnant, le duc Charles se maintenoit en son orgueil ; et les deuU joins ensemble et en leur liault vol , le roy les cra'gnoit , et non sans cause. Et ainsi donquesle ro/non voyant encore la ruine d'Eduard, offroit au duc son ajoinct réparation des dommages que avoit fait Warwyc , pour rompre au duc son ire ; car sentoit grand grief pooir advenir en son royaulme , se les deux , Eduard et Charles, lui movoient guerre : et dont adës les espérances estoient très grandes, par Tannée que le duc tenoit vaucrant en mer ; e;; dont toutte la Normandie estoit en doubte et en grand traveil.
Ainsi doncques, se le roy offroit saiisfacJon ^u duc , ce fuisoit-il, ainsi le faut-il entendre^ pour s'asseurer de Taigre volenté du duc , qui foisûit samblaut de guerre par mer , et pendant lequel temps , et jusques à ce que Warwyc poroit avoir mis ruine en Testât d'Eduard , il demorroit paisible^ Ainsi doncques , se peur sambloit estre ici du oosté du roy, se n'estoit-co pas peur qui se dit do révérence , (nés estoit une peur de prévention et de sens, pour à aultrui rompre son entreprendre. Aussi voiremcnt, comme je dis que sens et cautùle estoient de la part du roy en ceste matirc , le duc aussi les entendoit tout au cler; et estoit la cause pourquoi il faisoit moins de pois de ses offres. Car toujours il maintenoit que le roy ne tcudoit qu'à le décevoir , et qu*en ses paroles n'avoit rien de ferme ; et aveuques ce , quelconque chose qu'il lui mandast par ung ne par autre , ne quom belle qu*elle pcust estre , ne quom grande , si pratiquoit toujours en couvert devers tous leé princes de France et ailleurs en son contraire. Et pourtant , quand il a refusé les offres du roy présentemout , il samblcroit que ce il Tait plus fait en c^ntcmpt do sa privée personne , sans regarder se roy ou non , qu'en contompt dç paix. Mes comme Loys , qui se monstroit
son ennemi par porter Warwyc son ennemi , ly , comme Charles, ennemi a son ennemi ,a refusé les offres d'amisté à cely en qui n'avoit point de fiance. Ainsi doncques , se la paix a esté offerte à cautèle , elle a esté refusée à bon propos , pour ce qu*on n*y ajoustoit point de foi. El en effet , le duc aussi avoit toujours son attente sur Eduard , le roy anglois y et par lequel il se confioit estre assez fort encontre les menaces de France » et cTen avoir mesmes sa raison an besoing.
CHiPITHE XCIV.
Comment les ambassaOet du roy venus à Saincl-Onwr, ^ y Tint aussi ung abbé de BreUigoe , et comment le
toj laborolt tonjomrs pour séparer le duc breteo
de celui de Bourgoingne.
En ce propre mesmes temps que les ge« du roy estoient venus à Sainct-OÔier fure les offres et persuader cestui dnc Charles , y estoit venu aussi , et jà par avant , Tabbé de Bigars , Breton , de par le dnc de n^taÀgne; et lequel abbé , comme il oyt 'deviser el conter comment le roy avait faict dire par ses gens et remonstrer au duc de Bourgogne comment il désiroit Tamisté d'icely sur tons autres, et qu'aveucquesly il vouloit affermer et à toute perpétuité tenir ce 'qui avoit M appoinctié et fait à Péronne , et demorer ami à ses amis et ennemi à ses ennemis ; dont, et pour ce que le duc de Bretaigne toujours persévéroit en orgueil encontre ly , fiaisoit remonstrer à ce duc Charles comme il avoit son espoir en ly , que , considérée sa long^ue rébellion et fierté , il pooit et devoit plus tost abandonner ledit duc breton que ly roy de France , dont il devoit honorer etfamer h coronne , comme le plus grand postean d*i* celle.
Gomme doncqnes cestui abbë cntcndisc et oyt conter ceci, commença à rire , [et dit : « Or, par mon amc et par ma foi ! tout cestm mesmes conte , et en telle forme comme ici le contez , j'estoie présent là où les {;ens du roy venus h Nantes le firent et remonstrèratt au duc mon maistre et seigneur « en contraiie de monseigiieurce Bourgo^me et priant qu*à ce il vouli
descendre , afin de soi pouir veogier de ly et de son long inloléruble orgueil. -
El de fait, vray esloit-il; avoil voiremenl envoyé devers le duc en Breuignc Caire ce double personnage, tout en contraire l'uDg de lauUre. Parquoy ou ne peut aultremeut conclure , foi's qu'envers l'ung ou envers l'aullrc il commeiloit faute cl le payoït de boui'des , et dont la Lonte principalemeot tourna sur ly. Et par ainsi doacques , le refus de l'amisié du roy à ly oflert ne tourna pas tout ù charge à ce duc Charles, où que la chose viegne enfin, (jue l'excusation ne soil
aussi séante et clère pour ly de le (1)
ainsi faire, entendues les doubles ei enguigncuses manières de faire cy contées. Et, en eiïel, de tout sonsenset pooir le roy laboroit jour et nuit pour séparer le duc breton de r:imisté du duc de Bourgoigne, et pour l'avoir devers ly ; de quoi , toutefois , il ne pouvoit Jincr tout à sou gré. Mes enfin , tant pratiqua devers ly. que le duc de Brelaigne lui promist amour, service, assistence et alliance envers tous et contre tout le monde , réservé li; duc lie Bourgoigne ; et ly mesmes drcscha la voie à ce duc de Bretaigne , que d'envoyer envers le duc de Bourgoigne notable ambassade, pour lui signifier cecy et pour luy remoustrer que riens n'y avoit icy fait encontre honneur ne en son contraire ; mes le pooit ledit de Bourgoingne licitement porter et coiiLcder; car n'y avoit nulle séparacion eu- Mc ly et ly; et aussi ie roy ne le quéroit point, ce devroit-on dire. Et de fait le duc de Bretaigne, après estre condescendu aux instances et presse du roy , mist sus son ambassade notablement ; et y commist le président de Brelaigne et le grand-inaistre d'ostel, ung noble chevalier, aveucques Brelaigne, le héraut , lesquels accompagnés du seigneur de Malpcrtuis, ung bel gentil chevalier, arrivèrent à Ilesdin prestement après les gens du roy estre partis de Saînct-Omer ; car le duc Chai'les estoit jà venu de Sainct-Omor audit Hcsdin, pour ce que pestilence y courrut aulcunemeni. Audit Ilesdin doncqnes je laisse cestc ambassade des Bretons grande-
^UB mot duM le fluiqiucrîli pcul-fii
ment conjoys et receus , et venus au devanC. de toute lu noblesse de la maison , et viens ' renchcoir lîur le roy , qui à son lez pensoit et suUiciloit toujours son profit , et d'avoir sa belle cause , et comme il avoit devers ly la comte de Warwyc h part, seur qui, dessoubs sa main , ne visoit ei n'esiudioit |qu*à soi en aidier au profit de son royaulme et i la destruction et ruyne du roy Ëduard et de la maison de Bourgogne. Car quelque paix et amisté que ofl'erte cust au duc Charles fainlement et à cautèle, n'avolt aultre désir nienlinoins , ne aultre contcndeiuent que de le destruire et desfaire ; cai- ly mesmes s'en estoit tant descouvert as ungs et as aultres, que chacun le savoit , aveucques ce que les euvics le démonslroient par eflect.