‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 477 sur 494 · PHI · texte numérisé non relu

PHI

Pour avoir la déclaration des haulta et paissants faits du très hault et très puissant duc Philippe de Bourgongne, il me semble séant de ramener à mémoire et par un court et abrégé, Jes haultes et claires fortunes principales de son temps,, la haultesse de sa vie et de son règne , ensemble la composition de sa forme et de sa phisionomie , avecques la qualité de ses mœurs et de ses vertus, dont après mort, comme de tous aultres clairs hommes, on peut licitement parler et sans reprise.

Le duc Philippe doDcques entra en règne en Tan de Jésus-Christ mil quatre cent dixneuf, régnant en Rome souverain pasteur pape Martin ; empereur Sigismond roy de Bohesme ; roy de France Charles VI du nom ; en Angleterre, Henry, fils de Henry de Lencastre , qui travailla France. Cestuy duc en son commencement eut maint dur afiaire en-* contre les François poir la mort de ado père ; et le para Dieu de vietoire .evbi > '

• (4) Tiré du 110 8997.

eux emprès Abbeville. Mena depuis ses guerres enFrance par capitaines; et par guerres qui lui survindrent es païsde mer ça bas, qu'il im» pngna en personne; et maint dur affaire eut en Hollande encontre madame Jacqueline, si cousine, et encontre du duc de Glocestre, eu Haynnau ; vainquit Anglois en bataille à Terouwane ; conquist Hollande , Zellande et Frise , sur ses ennemis ; se fit mambourg de Hay-^ nau et des pals dessusdits ; non pas comme tyran conquéreur, mais comme vray hoir de la dame qui l'en vouloit eslordre. En ce pendant François et Ëscos travaillèrent Bourgon*» gne ; mirent siège à Crevant; et les Bourguin gnons, mis sus pour y obvier, convindrent êa bauille contre eux ; et y enst dure tuison et grande effusion de sang ; et y obtindrent Boor^ guignons victoire , soubs le nom de leur duc. En semblable en advint au pais de Bar, là où lemarescbàl de Bourgoigne vinquît en bataille ▲ll^mans et Loriraios, et le duc Renier d'Anv^decde Bar et de Lorraine, qui y fat pris* ^^rte tint le roy Charles tondis hors

8e« ET^'

de lu LoireVet les François qui avoienl saisy BourgoigneJ, une grand part en cliussu dehors. Devint meu de pitié depuis sur la couronne de France; ei sur l'aDIiction de ce royaume, entra en pacification avec le roy Charles, et tira à amende honorable et profitable , ce qn'onccpies plus n'advint : se deslia des Angloîs par absolution, et se disposa et rendit ]éal François par conseil de nature • comjuist Paris, et Sainct-Denis sur les Anglois, el les rendit au roy Charles ; Si de sa main, ennemie par avant en tiltre de vengeance , main ser~ viieresse et léale amie , par recongnoissance de son debvoir -, vînt à la duché de Brabant par succession d'hoirie : Mamur obtint par don desFlamens, mais toutes-fois de son Ironc.

£n vie de l'empereur Sigismond lui manda que luy-mesme l'troit quérir avant en son empire pom' le garder de peine de venir vers luy . Cest empereur mort , fut adopté à l'empire et le refusa. A la seconde fois après, l'autre empereur mort, qui estoitd'Ausiriche, le refusa arrière ; et la tierce fois le refusa encores du temps de Frédéric le tiers ; non bien voulu , conquist Luxembourg et tout le païs sur Lancelot , roy de Hongrie ; loime l'Ardenne mit en sa suhjeclion ; Liège en compression de son orgueil, plusieurs fois; et tous les Allemens, ses confins entre la Meuse et le Rhin , à révéranco el à crainte : refusa la seigneurie de Milan par transport ; autre-lel fit-il de la seigneurie de Gennes, ei en pareil la seigneurie et {ransporlde Melz en Lorraine ; et tout ce list à cause el à sens de prud'homme , parce qu'à autres sesparensn'en vouloit faire tort.

PourévaderdesAnglois et de leur ordre, nieit sus le sien propre , la Toison d'or ; le fonda en honneur et en netteté de chevalerie et en destniclion do vilains cas, ù ceux qui en seroicut: le fit dédier et confirmer par le sainci père £ugène : le meilci le monta jusqucs èsroyalles maisons el jusfjues aux grands ducs et comtes du sang de France, et mesmes pai' les Allemagnes. Vint devers luy Frédéric, empereur, ix Besançon : le conjouii haultement et l'honora de grans dons ; racheta de prisons le duc d'Orléans; quitta au roy Renier sa rançon gratis ; pervola loule la mer Majore à son navire ; lit aux Mores redoubler ses voiles, el par

scsancrestremblerleslerrespayenncs; sauva Rhodes el la délivra de son obsession: édifia l'église de Nazarei en Uiérusalem ; el en la Terrc-Saincte fit de moult beaux bénéfices. Fit de grans secours ei prestances sur les frontières des payens ; adliéroit tousjours an sainctsiége de Rome : et quelque tribulalîon qu'au pays pouvoit courrir sus , tousjours il maintint sa querelle; pour nulle ennemisté ne faveur oncques il n'en flescliit l'util ; ne pour concile , ne pour roy, ne pour cardinal , ne pour frère , ne pour parent , oncques ne se ireuva desmeu ; maiatint luy seul en son estât Eugène : tous les autres papes avoit après comme pères; le béatifioient par parullcs, et le glorifioient par œuvres; le recommandoieot champion de l'Eglise , el l'escu du Sainctsiége : de paix il usoil en grandes chères, et de guerre en oporluniié de causes ; ne mouvait guerres que consulté ;'et ne vexa oulluy, sinon consu-ainl. De loule chresiienté lesvoîageurs se rendoient en sa maison ; y vrodrent faire armes, et los quérir de touies nations : treuvèrenl furnisons k toutes emprises; y furent tous accomplis : et de multitude qui y sont comparus en divers temps, oncques un n'en partit à refus; avoit le parement descbevaliers du monde emprès lui ; les corps esqnîs de ce royaume, et entre mille autres d'ailleurs les plus voyables : n'avoit mieux accompagné de luy, ne si bien en la terre : tenoit le salut de France en sa clef, et In tranquilUté d'Occident en sa main.

Vainquit Gantois en plusieurs batailles; les mena jusqucs à leur derrain , el humiliés les récent ù mercy; entra en Utrech à main ferrée, et par les portes, à iriumphc de bannière ; mil siège ù Deventer, puis en revint ; rcceut l'héritier de France, et le nourrit cincq ans. Il entendit de grandes menaces et dangers ; ne s'en esmeul oncques, el snrvatnquii tout ; le meit paisible en son royaume ; lui mil la couronne en chef, el le mena à Paris en triumphe ; promeut lui seul le roy Edouard à la couronne d'Angleterre, et à son moien le fit seoir en royal throsne. Fil mainte diligence, et plus que nul, pour le secours de foy; alla ver» l'empereur à celle cause ; y envoya les ambassadeurs il grands frais; sollicita les csliseurs cl les rois chresiiens; envoya uMuntoue

son neveu, le duc de Clèves, et là fut assis en son nom au banc des rois ; se meit en toute offre envers Dieu el l'Eglise, et de qiioy oncques en bon vouloir ne tira fruit.

Enfin de ses jours entra division en sa maî- Goa, par menues causes; et s'adonnèrent aucuns à mauvais arts pour fin mauvaise; mais tout il entretint par sens ; tout il interina par prudence et froideur : tînt les pillîers de sa maison en esiat, et les combles de son édifice sans ruine. Put poinct,en ses derniersjours, du roy Loys de France, et à tort fut molesté de l'orgueil des Liégeois, tout en un lemps ; ne s'esmeut de l'un ni de l'autre, et se clievil du tout non bougeant de Brusselles ; vainquît Liégeois en bataille h Montenacc], et son fils se maintint en France à gloire liés clère. En son dernier an mit h ruine l'orgueilleuse Binant ; la print en sept jours ; fut arse, et fondamentablement mise à néant : fit Liégeois par ce renoncer au roy de France , dont l'année après se resmeurent à leur confusion, que ce duc ne veit point, pour mort qui )e print en fin de l'an, à telle et à tant de gloire, que j'ai ci' dessus escril.

Comme, doncques j'ai louclié droict cy et escrit les articles de sa fortune , et par lesquels il reluit en glorieux tillres divers , reste h réciter un peu de ses conditions, de ses mœurs et naturelles vertus maintes. Et pour le perpétuer autant qu'd pourra plaire à Dieu , sa Gompositon corporelle , et laquelle se relève droict cy, et la vivelé de sa face : de stature il estoit moiennement bault homme; corporellement à ta mesure de sa hauteur, et en tous ses membres , bras et jambes , iraict à linge sans excès ; estoit gent en corsage plus qu'autre ; droict comme un jonc : fort d'eschine et de bras , ei de bonne croisure ; avoit le col à la proportion du corps ; maigre main el sec pied ; cl avoit plus en os qu'en charnure, veines grosses et pleines de sang ; portoït le visage desespères de séante longueur; brun de couleur et estaint; nez non aquilîo, mais long; plein front et ample , non calus ; clieveulx entre blond et noir : barbe et sourcils de mesme aux crins; mais avoii gros sourcils el lioussus et don: les crins se dressoienl comme cornes en soi ire; portoit bojche en juste comp:\s; lèvres grosses et colorées; les yeux

vaires, de fière inspection telle fois ,j mais cousiumièrement amiables ; le dedans de son cuer se monstroit par son vis ; et correspondoient toutes ses mœurs â la tournure de sa face. Avoit une identité de son dedens à son dehors; et jugeoit son visage de ses mœurs, et ses mœurs ,tesmoignoienl de sa phisionomic : n'y avoil qui desmeotîst l'ung l'autre, ne vîsaige coraige , ne coraige semblant ; lout y estoit à la nature de l'homme, le visaige à jugement de nobles mœurs, et les conditions à dignité de noble prince. Ne séoitàhomme, fors à empereur ou roy , porter telle efligie que luy, telle image ne telle figure. Son semblant seulement le jugeoit empereur ; el valoit de porter couronne , seulement sur les grâces de nature : se monstroit en terre entre les princes comme une estoite au ciel ; et parloit son viaire, ce sembtoit, disant : «Jesuis prince.» Se faisoii regarder par admiration , non pour sa beauté, mais pour son semblant : nul prince n'avoit lieu envers lui. En une esiable,si eust-il esté comme une image en un temple : en chambre et en sale tout d'un parement. Ne porta rien en privé qu'il ne reporta en publicque ; n'avoit mutation en luy d'aucunes mœurs, en clos n'en couvert : son entre-gent estoit de prince toudis, et son esseuller de grand homme. Où que son corps fust', n'en quel lieu, lousjoursestoit-il en sa clartéâ l'exigent de l'heure; enjoyeuseté, de singulière manière; et en parolles de mesure , à point. Avoit ce don de Dieu en son aspect, que oncques nul qui ennemy lui fust ne le regarda , qu'il ne s'en contentast ; souvent, etmaiuiefois à gré; preuve cecy.

Estoit grave en son marcher, bel en contenement , el de grand port : peu assis et longuement sus bout : se vestoit coîntement , mais en riche arroy; et en chascune mutation de temps muoit ses habillemens avec les hommes ; à pied estoit rade et à cheval très adroict : aimoit l'arc et s'enaydoii très bien , et à la paume estoit habile : tout le passetemps de son dehors si estoit de chasse , ci tout à force el à grands frais : estoit long en son manger , et le mieux servi des vivans : modeste à table el net en attouchemens; parlant, TopùrAqii les gens : et regardant , se fei- : parloit où qu'il fust,

ELOGE

«1 nonàcause;etn'y"oitnulviiideensaparolle ; parloit en moyen ion , ne oncqucs pour passion ne lo Bst plus hault ; ostoit benigoe en ascout , égal à toutes gens cl bénigne en respondre ; tard à promettre , el plus encore à ire; mais esmeu, c'estoit un ennemy. ^'ll- ' voit nuls sermgDS en bouche, ne nuls vils mots en usage , nulles injures envers autruy , ne d'uutruy honte rameolevance ; des bons parloit par faveur , et des mauvais par compassion i iraiclable estott et débonnaire à servir : coy en toutes ses manières , et long en ses affaires : estoît commun en plus noble msnièrfl que commune , et amy en plus singulière mode que bonne : mesme qui peu en proQitoient, ses serviteurs se louoicnt de luy autanl que les greigneurs. Se monstioit oé en ce monde , ce scmbloiL , pour esire aymé : aymoit de bonne amour là où il s'assist ; coiaplaisoit volontiers; du faisable faisoit promesse, et du ditlicile suspense; cnvis refu' soit rien, et donnoit à lemps e( à poids oncques, je cuide, menlerie ne lui pariitdes lèvres : el esloit son scel sa bouche , et son dire Icitriage; léal comme, or tin , et entier comme un œuf.

n'y avoît diffcirence de son dire et faire, fors du temps entre deux ; esioit humble ;iux humbles , et fort et fel aux orgueilleux ; révérend à tous princes ; et les divers en divers degrés bonorojt au condigne. L'honneur du monde se reposoit en lui , et le Sf avoir de lout appartenir en sa poiclrine : aymoit paix et union entre ses gens ; des séditieux ne tcnoii conte , et de ceux h gros ploy prînt l'approche. Tournoyoit et jousioit eu sa verhi ; contrnuoit festes et grands assemblcmens ; fut large et libéral en dons , cl donnoit au prix de l'homme. Avoil fort l'œil sur les vaiilans. Cl à ceux de grand nom faisoît fesle; lui mesmes cstoit la perle des vailluns et Tcsloile de chevalerie , ne oncques peur ne lui entra en veine. Esioit courtois à tous hommes ; affable aux lout petits et aux grands , et aux femmes surtout. Tousjours esloit un en manière , tel au vespre comme au matin ; non meu pour joye , ne pour elTroy troublé ; constant en (oui cnvoy de fortune , el asseur en lout péril; servoil Dieu et le craîgnoil; fort dévot i Noslre-Darae, observoii jeusnes ordi- |

flaires : donnoit grandes aumosnes , et en ficcrel. Becueilloîl estrangers et|les honoroil. et en toutes nations tisi ses largesses. Par diverses villes se communtquoit avec les bour< geois ; récliuuit en leurs maisons recréant ; humain eu tous beux et en tous cas bénigne et doux; à tout lemps avoil sens propre, el à toutes gens propres manières -. sage en conseil, froid en conclure, dur U rompre ea propos, et ferme en son promettre ; soufiroît longuemenl et dissimuloit; voyoit son inaiiil dommage, cl le celloil, par bonté de non vouloir ses gens reprendre ; oncques nul oe des- Utua de son oUice , ne oncques à nul serviteur en son estai ne fisl houle ; se fioii en cbascuo, et chascuncn son esiat soulTroil faire son preu; ne daignoit en basses choses tourner son haut courage ; son corps el ses biens , loui commettoit en aultruy mains; s'utlcndoit de ses affaires eu main commise et à la conscience de ses prochains ; répuloit cliascun porter leflo fui comme lui-mesme , eiestre tel envers luy, conrune luy envers les siens.

Avoil trésor, mais uc le congooissoil ^ de son amas ne voult oncques riens veotr, n'argeui manier, n'en sçavoir nombre : se délectuit en pierreries dont il avoil le plus de ta terre; et s'en paroit volontiers, et diversement en divers temps ; répuloii basse chose et vil* or et argent, mais à pierreries et précieuses estoltes, il y lourna son cu;ur. Aymoit montures et les nourrissuit plus belles qu oncques rt»y. Oncques nul si riche en armes que lui; ne plus lier d'oncomre à espée iraicie. Vaiibnt plus qu'homme , et plus mortel que nul glave ; victorieux de nature, et par conslellaiioo invincible ; chanqts et hommes ù tous les hif lenoieni lieu ; aymoit plus honneur que sa TÏtf, bonne grâce que couronne en chief. Suivoil louange et vaine gloire, mais à bien fiànmloil prompi ; requis , pardonnoit voloaders; prompi esloit et piteux à miséricorde, es dément après ire. Aymoit ses parens , et tout ce qui esioit de son sang eslevoil;©t porbriljà merveilles cousiances et sommes.

Afin qre toutefois je ne semble flatteur;: avoil des vices en luy, cornue oncques nul n parfuii, fors Dieu, hi où 'l n'y eust fauie; négligent esloii ei uodc! Il nt de loof*"^ b«b affaires, ce qui touruoii :t grand piavo k se«

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