‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 484 sur 494 · JJ · texte numérisé non relu

JJ

dence royal d'équité* et justice' de conscience ! et où sont vos natures ? où sont vos habitacions aujourd'hui^ el où sont vos salutaires et fructueuses opéracions et doctrines ' qui de vous procèdent et naissent, quand aujourd'hui visitant et quérani les angueleis des haulx royaulx palais, ne vous treuve nulle part, ne me parçoyde vos condicions, si pou ' non. Dont â Dieu prcngnc pilé, et au monde ' pulst-il non tourner à dommage !

A ce mot s'avança dame Flatterie , une dame fainie en condicion, ce sambloit, et déceveuse; et faisant signe aulcun comme pour voloir reslraindre EntEiNdeuekt de tant parler, dreça mesmes sa parole envers luy et lui dit :

Flattebie.

KsTEsnEMENT, trop lu es aigre et précis; ef J ne sont point à desvcloppper toutes choses les" ' quelles on voit ; et convient supploicr anx' ' temps et aux hommes parfois. Dunl se les' yeulx, que tu as clers el subtils, voient doa' choses beaucop, dont les unes sont clères en nature et les autres troubles, ne fait besoing' pour tant tout descouvrir ne respandre, quand ' beaucop d'icelles pevent estre odieuses; car*' jâ soit-ce que tirent à vérité, si sont elles in-"^ dignes ei mal acceptables, par ce qu'elles"' infèrent plaies aux escoutans. Si ne dois, tanf pour ion bien propre que pour aultrui paix, tant te descoudre , quand indignacion des> princes fait moult ù craindre, et que leur grâce est une baulte félicité pour ceulx qui se sco- ' ' vent avoir autour de leurs personnes; car foit icclle monter l'omme en autorité, avoir faveur et portage , ejitrée en l'estroite femielure de privauté. Li où aultres maints, criuns ' à luys, bien notables, se pourmainent non*"! appelés : s'acquièrent droit là dons el offices, '" promocionsethaukcstas,dont la vie leur est'' pourvcue contre indigence, et leur indigence * rasseurée par provision. »

Si te dis bien, sire, que bon fait vivre avec ÎÉ les vivaiis, et «nvvic louruer son voile avcci

EXPOSniON

le ve»l qui »fM^. Wrrt m( «iélitdUe, ttiMir kifribkté eilreoift^ et na mort que sae M«le Mi^tofne pointue . b ou %ie miaéniAe i MiUe tiakililodiM de mort. -M qiies,obieiiH père 01 dume cour» aox ebo^ei que to ne f0m dcalooroer* ei a eipooe poiat <le poine M qsoy lo ne peuo mettre remède ; roys aiMt foya, princes toat princes, se Lien font c*til pour euU ; si mal ne les sifrt à reprendre ', le reprenoeur n'y a jamais bien. Qoi les lonejet prise H scet complaire et ploicr^ celui règne et moni^;.

E?ITE?lbEME5T.

!, dame, ne sçny comment jà si lonfjuement flo t>s sceii contenir de parler et do me remonntrer ce que tu ores m*as dit, quand j/i r»n beaucop d'endrois j'ai usé de termes bien ai{;rcîH , dont, comme bien sai, tn as (SU liidf! des si^titenccs. M:iis comme ton propre est cln décliner d« vcriu'; par malice, le minn propre est de la mainlcnir roide par ¥ortu.

lu comlîoiou, diune, si 'est mole et vicieuse ;

9à lin r(«|pirdps(|tte uiilii<'< propre ; vl h mienne

nul hl^lmilblo i*tt rnrii{;(*, et considiNn* équité

UuWorsi^. Tu 00 p(Mi!i,nmime dist nostre re-

dtnnplPUt* .U^MUs. servir bien i^ (;i*é deux sei-

|itt»ura \\\} ooutrain^N untures, que tu no bées

iiMm» i'I Taulre lu ninu^rus; ou que Vung

m un muiiatPU|rurs, 9t riiulro lu cnntnmp-

%u^\w% Vi^ritii, t^W Dit^u difiitcy, laquelle

lu <MHilouquinii imrro i|uo lu aiutoM la fausseté

liM Nliimk» t v% Imu Niuudo jo le routempne

lUUVi» (|lli» ^i^i*Ui^ u*y t«si piiiul niiuéo. Vérité,

\kkm\ iW Miy i»ii( unmblo . ni nuume Dieu est

U )iiHi#r ih» ^\y, miimI ml vi^riié; vwv vérité

%^^ UioM, i>l Iliitu vdrlli^. M NO prui^es que

I^Uir liMi ,k4i)ul^iiii i^t uiouaoos du luonde, jo

luu MuduisM) u»iiMHlr«« do ts\t|uo j*ai du don

ilu Umu. m uubU^ ol ni pur» la^ que jo voul-

^IMU i»kiiiq|U»i^ um i^s^prioio ou por verso opé-

rtiiiiiiu iiuuIrMU*^ «^ um iiului*o . qui est do inui-

t'O^uiv km dlv0mMi oIiosi'm ilu uioudo toiles

quu km sous oxioritMoi Ioh uio présontont. et

iiHiUim it|i4|uiîrir oi iiunluor Hou(|^uousomout et

)mi loudouuiul ou dodouM uioy , lolio» (H>nuno

" vouooiitis \uw vouo OU par oye » ou

WMom. Los quvUos cUosos, à qui 1

que elles touckest me qvHfeft q«e fmaet eslreenréaliié, b(Mincs€Miatt«kaiacs. m^ft- ▼ent dengier ne vaner le coacerant. me eiks ne se poTeot ne changer ae ouier qse, tfBo que ont'ené présentées et conceseo. que teUs ne demeurent. Se doocqu«s les fiais du aonde se présentent à bot , et je les conçois iHi comme ib sont; et qoe d'iceolx longoenal médités et tractés en b hmiérp de raisoa saine, je sois constniint d*ea parier et /aire conclusion, ne les dois-je amnifester tels comme en la réalité je les ay concens, sans que je soie repris pour ce ne redargné d'offense? certes oy. Mais non pas que* je le feisse i intencion de grever, mais à intencion do me Toloir tenir iBcorrompu en na natore.

Lame, aassi pen que les montaignes et ks arbres des champs , aussi peu que le ciel et les é&émensse pevent nracier de la Teoe des hommes , aussi pen se pevent moder ne celer les fais des roys et des haulx prisces devant les humaines concepcions , qie tout n'y soit logié et incorporé , font compris et mis en estny , par plus et par moiaSt comme les choses par plus et par moins se présentent aoxsentemens, et comme les entendemens jaussi plus ei plus s'applicqaeot à les concevoir beaucop on peu. Entre lesquels ceulx qui beaucop en conçoivent en ont Lir- {jcment co[;noissance , et ceulx qui en ont conception esu*oite n'en pevent faire que cschars jugement. Se liommes osent faire , hommes osent bien regarder. Dont comme les fais irespoenteut point ne J n*esvergondenl les facteurs, le vivement parler aussi n'espsente point les regardans, ou en couvert onei publique.

Qui est ce qui ^fil mettre une rovne de

Franco (4) estre traynée

à Paris entre quatre chevaux , fors celuv qm lo vît aux yeulx. Dont tontesvoies les enfa» se fussent tenus à injuriés, qui leur en enst fait record ? Nonobstant toutesvoies celle cremeur , si fiit-îl mis par escript , et tellement que aujourd' hui encore le trhone François ea a Tompreinte de Tombre. Qui est-ce qui de ce glorieux conquéreur Hanyl>al , en réci-

(0 Ucone d*aQ ou deux moU dans le nuonscrit

SUR VERITE MAL PRISE

tacion de ses propriétés et vertus , fist ajoindre iiussi ses pluiseurs détestables coQdîcions et grans vices par les quels dcaigroit la digaité de sa famé? Quiesiceqfliau cooquéreur du inonde. César, a mis l'escart ténébreux en sa clarté, pur le quel, tout assis au siège des meilleurs, est regardé souppeçonneusement de mains yeuls contraires? Quiau meilleur des Grieulx, Achiles, Taincuer sur le meilleur du siècle , lui a donné note dont ternie est ft lousjours sa renommée? Qui à maîns'auires crcstiens et payens, avccques dignité mainte de LauU tiltres , leur a donné taces en leurs manteaux , dont moins ils resplendent? si non ceulx qui, parforciés de vérité dire, ont proféré ce que vérité leur a fait concevoir. Cière famé, que tu l'enleudes, procède d'estroite contre-garde. Dont posé que les choses ne se placquent aux visages des délinquans, et se cèlent du temps de leur règne , ne se coeuvrent point louicavoies es livres qui après eulx s'espandent en diverses mains , et là on se treavcnt , veulent non veulent, ce qui est de leur fait. Mais ne dis pas cecy à nul tilire, forspar advcrtisscment que qui glorieux est et cler , se coniregardede polluant œuvre, et qui mort désire nos împugnée de fume , se al»tiengne de ignominieusement vivre.

TrfAOlNACfOTT Ï1AWÇ0I8B. '

ÉntMdbmest, tu reliôves des choses beancôp , et te boutes , ce me semble", en une hauli'e tTiéologie dangereuse, et à toy non moult nécessaire. Te porroil bien suffire se' tnnt seulement tu réparer pooîes et sauver les aigres et cuisantes paroles , de cestQÏ homme que tû deffends , sans y riens adjOUster du tien ne de nouvel , quand ce qiii est au principal mesmes y est trop. Beaa sire, ne te descous pas tant, et ne nous quiers ntiltes matères nouvelles, qui en as assez devant toy bien dillîciles, les quelles, premier que tu lés saccs bien soudre , te donront & sonffHr ; et tout premièrement droit cy, où l'acteur dit :

François , François, remît ignet'vos irM , BamodérelTMpMiioiunoii «lineg', El gonTemei vos hnulir noiivciiiii empires , Si biCD qu'enfin vos noms n'en soicnl pires Ne vos raisons plus foibles ne plus iaincs. Après Atojr acquis ses Ranges plaines , Su fruit de gloire i nnltni hérilal>te , ' Il j chieliens pour le garder eitaUe.

Que venlt dire ton injurienlx homme droit cy : "François, François, remitiguGz vos ires; et ramodérez vos passions? » Nons Tcalt il corriger ne reprendre en nos meurs? nous veult-î) donner rigle ne discipline en ce qui nous siet affaire quand il dit'que nom nonsremilignons, que nons ramoderons nos passions ? Oii ne en quoy est l'esmonvement dont il se est percea en nons , et parquoy il peult avoir cause de nous ense^îer ? Et pnîs ■• gonvemeï vos hantx nouveaux empires ! "Nos empires sont-ils nouveaux ? nos régnacions et puissances sont-ce cbtKes d'huy et de hier, venues nouvellement en vivant d'homme et & cop esvanonissables ? comment l'entent-il P oîi sont les sanvetés que tu trouveras sur cecy et par le»' quelles ta le penseras à 'parer, qni sembla nous voloir corrigicr , qui sembla nous voloîf assagir et préaviser de nos mcsclùeb , et avec ce nous réprimer en nostrc ancienne clarté','' disant: que nos empires sont nouveaux, et que meslier nons fait de les gOKvenicr bien.

ENTEHDEMEirr.

Dame YNAfiiKACicm , moult certes t'est bien séant ce nom , et moult es proprement baptisée en icelui , quand proprement ii est tout tel que ta nature. Tu as des fantaisies beaucop entoyetdes ymaginacions quetn estimes de grand pois, les quelles, revisetées par anl> trui main, se trenvent de très povre effect. Et belle dame', en ce présent article qni est le

JJ^ n hault, quel chose a oit n quoy toy ne aullniise doive troubler? Il a dit "François, François » notamment par deux foia pour donner ù congnoisire lafenneté de l'im* pression ifu'il a ea son cocr tottcluuit vous »

trente-slxiesmo, qocJ^ maintenant eslièves si ne escript l'acteur da

HBi

EXPOSITION

et par considéracion des choses précédentes qui ont esté cause de son escripre ; et parce que meu de bonne ame, il vous a donné exemples et figures, remonstrances et alléguacions salutaires pour fuir propre péril et à autrui donner pai)c et salut; et vous requiert que, se vous avez aucunes ires ou passions, comme possible est, que vous les veuilliez amodérer et remettre en douceur , par ardeur et affection qu'il a {jrandes de vous veoir en vostre paix envers^ ^eulx souverainement où il affecte.

» Dont, par povre confidence qu'il a en fragilité humaine , qui de tant legier est desvoiable par diverses passions et à cop encourue en péril grand, adjouste et prie : que vous gouvernez tellement vos nouveaux empires que vos noms et tiltres enfin ne vaillent moins. Et en tant que François s'arrestent beaucop sur ce mot « nouveaux empires » , et qu'il semble parler repréhensivement en devers eulx outre l'appartenir -.Belle dame , je laisse l'adresse de ma raison envers François, et en toy seule je tourne mon parler. Tu as uns yeulx pour noter le mal , et non pas pour percevoir le bien là où il est. Se l'acteur dit que l'empire des François est Rouvel aujourd'hui , entens-tu que ce il doit avoir dit par ignorance , et qu'il ne sceust que c'est de ce royaulme ne de son très glorieux triumpke ancien? certes, .tu le tiens à plus simple qu'il n'est , et plus ingnorant. Ains le congnoit et entend ; et par si bien le cOngnoistre et entendre, le glorifie et prise sur toute rien autre. Mais quant au présent toucé, là où il dit « nouveaux empires » , ce nouveau ne s'entent mie pour commencement de royaulme entrant en réfînacion nouvelle , mais pour commencement d'hommes parvenus à règne en nouvelle amie fortune ; les quels encore , par regard au vieil infortune dont sont vuidiés,sontenreschiellerégnacion glorieuse tout fresement remontés sus ; de la quelle, se d'aventure, par union désordonnée ou par aultre accidentel leur convenoit re« descendre et esire Iresbuciés en bas , ce leur scroit faulte grand et reproce en leurs haulx noms , quand n aroient sceu garder en vertu , ce qu'en vertu et hault sens avoient parobtcnu et acquis. Si n'en est pas la sen-

, tence si mauvaise, damé , comme tu la fais; mais est saine et honneste; et n*ea est la remonstrance que véritable et utile.

Dont , là où tu viens à la conclusion de cestuy article, là où l'acteur dist i-que il siet avoir sens pour garder estable ce*doqt on a acquis plaines ses granges : l'acteur dit bien ; car voi* rement y a bien mistère et vertnjde savoir riens acquérir; mais encore y a-il mistère trop plus d'en savoir bien user après Tacqnisjcion faite.

N'entens-tu que , tant que Tomme labeure et content à 'une fin aulcune , qpe , pour parvenir à icelle . il y subtille et expose tous ses esperis, et y emploie sens et vertu, soing et diligence pour y ataindre ; et là en icelui estât est-il actif et songneux, prompt et mouvant tousjours, se desarme des choses grevables à son intencion , et se renforce de celles qui lui sont utiles et vaillables; le quel, parvenu à ses fins , prend gloire et exaltacion grande en son acquest. Mais alon, comme longuement traveillîé en [son contendre , en la tranquilité de son cuer aussi se repose, donne quoieté à ses membres , donne solas à ses esperis et vertus , les quelles s'endorment et s'apparessent tous ensemble avec le corps , parce que n'ont mais en quoy eolx exercer. Dont , comme huiseuse est mère de péchié, nourrice d'orgueil et de voluptés, extinction de lumière et d'entendement, devient à eslre cause aussi de faire reperdre à l'homme son acquest et de le faire recbeoir en celui estât povre, là où constrainte de sa dore fortune, lui fistaherdre vertu pour monter avec elle. Si appert droit cy quelle différence il y a entre le contondant et le possessant Le contendant, par constrainte est tousjours solliciteux, plain de labeur, et le possessantpar nature plain de delis et de vanité de corage.

Ne te recordes-tu que les Rommains, tandis que labouroient en amplier leur seigneurie, ou que paraullres rebelles à leur empire se trouvoient invadés et vexés , que alors vices ne voluptés nulles n'avoient lieu avecq eulx; mais quand et si tost que se trouvèrent bras au deseure, et que n'avoient en quoy exerciler leurs cohor(c^batailleresses,tantost tous vices, toutes lascivetés, toutes envies et divisions, toutes murmures et privées affections se boutèrent entr'eulx, et visans à convoi-

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

lise et à particulier bien , laissans commune et générale félicité , se mirent en parties et en tumultes Tung contre Taultre ; en guerres et en tribulacions ensemble , et en soûrdirent les crudèles et inhumaines batailles civiles , les quelles depuis , pou à pou , venans d'ung meschief en ung aultre , les menèrent jusques à périr et redescendre en toute povreté et affliction de cuer, eu toute confuse décadence et servitude , là où aujourd'hui encore sont spectacles d'avoir esté les plus glorieux de la terre , mais par contraire de moindre réputacion à ceste heure et les plus misérables. (. Dame, que tu Tentendes ! Regnacion n'est estable à nuUui , et n en fut oncques nulle si longue que venue ne soit à terminacion. Celle des Assyriens prist fin en son période. Si fist celle des Gartagiens; celle des Macédoniens pareillement ; et la darnière et la plus haute , quifîit celle ides Rommains, et la plusproçaine à nous autres,] à a mil ans que elle est tarminée aussi ; et en est esvanouie la gloire , si non d'autant que les hommes en prennent par les escrips. Si est venue depuis la regnacion des Frans , qui n'ont leur certaineté ne que les aultres",* combien qu'il y a plus ['apparence de durée que ailleurs , pour cause que la foy y est en son giron de repos. Toutesfois à doubter fait que, après avoir duré jà mil ans , luitans et mililans contre fortune , maintesfois cheus et maintesfois relevés, finalement ne puissent venir au terme de leur période aussi, et que, comme les aultres sont venus à terminacion par aulcun si , eulx aussi , par ung si non congneu, parvendront au samblable , et tant plus tost comme plus s'eslongeront 'de ce qui plus les porra faire durer , c'est union et amour ' en dedans leur clos l'un avecTautre, et juslificacion de leurs personnes par beaux exemples pour aultrui mettre en rigle et en ordre par noblement vivre.

ENTENDEMENT

J Or say-je bien, dame, que tu me veuls remouvoir question nouvelle; et contendant tousjours à rechargécr cestui povre acteur', lui imputer plus et plus cuisance de paroles et d'injurieux mes; et ce à canâe de son trcuteseptiesme article , là où il dit :

Guerre à ce lez ne tous est besolgiieuse , Si non que las soyez jà de longue aise. Trop a esté de vostre part cousteuse ; j Si vous devroil estre chose annuieuse Rentrer arrière en sa grippe niauTaise.

Au fort sens vous n*a bouce qni nous baise', Baisez an moins Yostre présent fortune De peur des (ours de sa fraude mainte une.

Car porroient dire François) que despilô-* ment leur repreuve ici et ramentoit leurs aventures passées , disant : » trop a esté de vostre part cousteuse , et vous devroit estre chose annuyeuse rentrer arrière en sa grippe » , comme se Tinfortune fust trop plus par devers eulx que par devers le parti -de deçà \ en quoi se peult noter injure et repreuve noû véritable. Dame, toutesvoies, pour non te donner paine de y arguer dessus , moy mesme je y viens au devant, et contens d'y donner l'appaisement qui y est séant. L'acteur considère deux choses : l'une si est, le très victorieux bras des François que fortune a eslevé maintenant , et le quel en sa haulte exaltacion se peut présumer de plus avant emprendre; Taultre si est , que les couvertes haynes longuement portées se devront plus tost montrer en temps de forte (riumphante main que de foible. Si craint tant l'acteur ces deux poins, que veuUant avertir les François , que choses qui pendent en fortune ne sont point certaines en nulle main , souverainement celles de guerre et de bataille, dit que : « guerre à ce lez (pour ce que ailleurs ne lui touce), ne vous est besoingneuse , si non que vous soiez jà lassés d'avoir esté en paix»; et allègue la raison di* sant que : « guerre vous a esté trop cousteuse de votre part»; non cousteuse que le coust vous soit venu de ce lez dont il parle , mais que à vous mesnies elle a esté trop cousteuse en ruines'de terre, de seigneuries, d'édifices, de haultes glorieuses possessions , et de peuple innombrable comme les estoiles du cieL

Cestui là est le coust que l'acteur y entent et pourquoi vous devroit estre ung merveilleux dur ennuyrencheoir arrière en la grippe de celle malédiction qui n'a pas esté terminée en vo$ pères, mm eii lom qwfiB^î ^^ y

EXPOSITION

sont mors et terminés vos pères misérablement. £t alors^^Facteur, affectant que demousissiez felices et paisibles , et lui avec vous , vous remonslre ei dit: «Au fort se vostre cuer ne se peut adonner à nous bien voloir, veuiU liez du bien à vous mesmes , et flattez et baisez vostre propre fortune présent, aflin que, moqueresse de nature et plaine de fallaces , ne voiis paye de sa desrision et de ses vielles coustumes. »

Dame, n'y a riens de mal qui mal ne Tentent. Puisque oeuvres autrefois bonne, et bonncstes pevent estre interprétées mauvaises et de mauvais, effect ; plus tost encore paroles doubles , qui pevent avoii* deux et plusieurs entendemens, se pevent prendre en Tinterprétacion pire par les cuers moins sages. Exemple. Tu scès qu'en la propre et mesmes fleur là où la noble mouce prent son miel, Tyragne vient après et y quiert son venin. N'est toutevoies la fleur mauvaise en soy , ne de riens pire du venin quis..Mais est sa bonté Qourrissement à deux contraires natures; dont eu Tune elle est convertie en bien , et en mal en Tautre.

L'acteur après désirant monstrcr la fin de jsa contendance , voire en la pei^sonne de ceulx dont il parle , dit :

Nous, quaaVà nous, nous désirons à vivre; Nous quérons paix el ami voisinage , £t n'avons riens qui nous meuve ou enyvre; Car nous voions par exemple et par livre Quels sont les fruls de si fait baronnage. S'amourd'un sang, d*un ventre et d'un linâge Peut devers vous ou\rer de sa nature, Jà de DOS lez n'en rompra la droiture.

Il demonstre assez que riens ne quiert , fors paix et amour avec ses voisins» avec ses plus grands , avec ses moindres , el que riens n'a en lui en quoi il se fie ne surcuide , par quoy y vresse ou baboudance de félicité le feist mespasser contraire de devoir, comme s'il désirast que François fcissent ainsi, et toutes autres nations. Dont, pour plus les y atrairre et vaincre , adjouste : « Se amour d'ung sang , d'im ventre et d'ung linage , peut ouvrer de \jers vous de son devoir^ et naturel apparte-

nir, quant est de par devers luy, jaiHis n'ei rompra ce que nature y ordonne h eaire. « Si seroit le salut à tous deux quand ainsi la feroient. Après condescent à douceur et relire son cuer de longs argumens ; el spéoifiaat les parties de sa bonne affection , sutitioint :

Nous vous voudrions amer, servir, deffendre, Croistre, exaucier et porter vos querelles , Mais qu'il vous pleust aggrèibk k prendre, El bonne amour récompewer el reodre SemblablemenI par amours naturelles.

Mais en usant de fiertés corporelles , Disant .-a Vilain , tu le dois faire «^ adoncques , Noos sommes sourds et ne vous vismes onques.

Dame, quantes fois s*y est-on offert à vous voloir servir, honnourer et amer vous François ? qifantes fois s^y est-on courbé bumblement i vous voloir faire toute assistence , tout hiuiH ble et loial service , que oncques offre n*en a esté receu, ne bon voloir à paines remerdë, parce que là où les personnes ne sont goières bien volues , à tart leurs présentacions se reçoivent aggréables. Et pour ceste caiise , ditil : <c Nous le vouldrions^faire , mais qu'il vous pleust Taccepter agréable et récompenser amour par amour, comme de nature requiert* Dont , parce qu'il congnoist et s'est percca de tant de malignes corrages qui n'enfoncent nulle bonté , qui ne congnoissent nub vertueux ne leurs oeuvres, mais jugent légièrement sans assavourer leurs paroles : pour et encontre tels gens , Tacteur soy enfiérissaot , dit : qu'en usant de leurs fiertés et haultaines disant : « Vilain , tu le feras » ; on y es< sourt, et ne les congnoist on , comme le coiih munvulgare langaige porte : Se tune mecoognois , non fay-je toy. Non pas que;racleurî|e die par abncgacion de foy et de recongnobsance là où il la congnoist appartenir, mais par improbacion de l'orgueil de telles gens qui si follement se présument.

YMAGmAGION FRANÇOISE.

Ne sçay, Entendement, que c'estde tes gloses]; mais tant sonne rudement ton texte que

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

plus ne porroit..£t ne me pcult sembler voir que l'acteur y soit si courtois comme tu le y pares , parce que tousjours plus et plus il se boule ou en jactance de son fait propre, ou en dépression du nostre , comme il appert droit ci , en son quaranticsme article :

Cuer nous est gvo» , et atons roule eschinc ,

Force et pooir, et bras pour les coiiduirc ,

De quoi jamais ne Taudra la racine

Pour quelqu'cflbrt que cucr d'homiuc y macine ,

Ne que vos mains y porroTent produire.

Si n\v fauU point s'esbatre ne déduire*

A l'assaier , |iour fain que cuer en aye ,

Car la folie en rendroil dure playe.

Il se vante d'estre fier et puissant , d'avoir Feschine roide et robuste , et bras pour conduire grand fait, comme s il voloit dire|: <« Se tu en as faim , si en pren » . Les quelles choses sont hautaines et demi desfiemens. Dont, pour nous plus enai{p*ir , dit oultre : que pour ef* fort nul que nous saurions mettre avant, nous ne porrions desraciner la puissance qui y est, et que Tassai n'y vauidroit riens , car la folie en porroit bien rendre ung grand grief à Tassaiant. Gomment porroit-on plus aigre^ ment parler à hommes ne si cuisamment , si non à intencion de les voloir mouvoir et provoquier au débat? Et que cela soit vray , vecy le quarante-et-uniesme article après , qui le déclare tout et outre , quand il dit ;

Cestui point seul notez que je vous touce , Cestoi point seul vons cause tostre envie : Se nous fussions l'ung borgne et Pautie louoe > Mois et chetifs , bridables en la bouce , Lors nous seroit vosfre amour appleuvie, Et diroit on : u ])ieu vous doint bonne vie ! Comment vous va? vous plest-il venir boire?;» Mais garde après du cop de la cachoire.

: Ici veuli ton acteur dire : que ce que vous nous sontez roides et puissans , non craignans vostre effort , c'est ce qui vous cause et donne vosire envie sur nous , et que si nous fussions Tun borgne etraullrelouce , ainsi qu'on poi»roit (lire deux tigneux et ung pelé , mescbans

et chetifs sur qui on pèbst avoir comlmondement, lors serions nous prests à vou3 voloir dil bien comme nuxaultres communément; maif il se convendroit garder après de la ca-' choire par la quelle on fait saillir avant letf compaignons. Ne sont ce pas beaux mots, sire^ et bien amiables , pour venir à bonne conclu-' sion et pour mettre paix entre deux débafr^ tans ; qui encore loe Dieu et lui rend gràcë de ce qu il lui a preste prince et tel champioli que le sara bien garantir et deffendre à Fen* contre de nos estraignans grippes; le quel ne feroit par menaces ne craintes rions tant soit peu , jà'Soit-ce que nous le cuidons i mais Tattempter y seroit périlleux. C'est assez cour* toisement menacier etassez couvertement roe»^ prisier son compaigoon. Entendement ^ dooc ques que voudras-tu dire droit cy ? nous sariÉ tu faire de ce venin, qui droit cy est^ sucre ott miel P ou quelle confection nous en feras qui nous soit bonne ? Et est tel cestui couplet.

Mais h Dieu los ! qui de sa bonté large, Et par renvoi de ses grâces tant maintes , Nous a donné tel champion et targe , Que son hatilt cuer nous afft'ancist et targe Contre les mains de tos aigres estraintes ; Car ne seroit par menaces ne craintes , Riens tant soit pou , jà soit ce qu*on le cuide ; Mais périlleux y feroit eslre guide.

ENTENDEMENT

Dame, envis meurt qui apfis ne Faf; et envis se rend mat et vaincu , qui a en ^f vertu souflSsant à deffence. Tu m'a^ drôft cy proposé trois articles , dont du premier tu té plains , disant : que Taeleur use de jactance en la personne de son parti , soit son maistre ov autre ; et secondement use de dépression eM i^Françoîs par hanltes sures paroles dépressives^ comme la lettre le tesmoîngne. Pourquoy, pMT t'en mettre à ta paix et sauver Tacteuf en sou équité , d'autant que j'en comprens , arvii m'est que se tu as entendu la distinction (|M j'ai faite en Tarticle devant, des hommes ftvah çois dont les uns sont plains de savoir et dpd, bonnes moonrs ot ne chiet nullement les îm^ propci*er , le» autres sont flrens psrciaax, adoft* nés à étfttMt ^kffÊm

sea

EXPOSITION

concordantes , non bien discutant parfondé- I maintes haultes et glorieuses oearteÈ ont

ment une matcre , légiers en leurs mots, présumpcieux en cuer, avanciés par fortune mal juste , qui, avec autorité non mérie , conseillent et proposent souvent choses non méritoires ; les quels Tacteur congnoissant estre non pourfitabïes ça envers, non fort affectés ne délibérés^à y voloir aucnn bien , ains du contraire largement, et que toutes les chetivetés des questions qui régnent aujourd'hui, d'culx procèdent : Facteur adresse son iangaige à eulx et à nuls autres ; et en telle qualité comme il les congnoist estre par deçà envers, en telle qualité proprement il les arraisonne et redarguê , et leur remonstre hardiement : que par deçà on est tout aultre que peut estre ils ne pensent ne entendent ; car n*en coDgnoissent ne le parti ne les marches, parce que oncques ils n y furent. Si leur dit Facteur, et dit vray : ;

a Cuer avons gros et avons roide eschine ; Force et pooir, et bras pour les conduire »j

comme s'il voloit dire : « Ce que vous ignorez , je le vous remonstre , non au très noble roy très crestien^ le bras souverain du monde à qui nous sommes suppos et bien veuUans comme vous , mais à vous autres , beaucop de gens descongneus , enfiéris en vos aveuglées fortunes, gens de petite estofl'e, qui vous vantez et présumez de cecy et de cela , et ne quérez que discordes et divisions, pour continuer en vos vanités en quoy estes nourris et parcreus.»

A vous, telles gens qui ne prisiez nulluy que vous , on vous remonstre , que par deçà est roideur et puissance , savoir et hardement , que tous vous , la seule personne royal soy tenant quoye , ne sariez miner ne mettre à fin; car y est telle la roideur, qu'cncontre toute région autre , fors France, porroil mettre pié ; et y seroit Fattemptement périlleux pour vous autres d'y voloir faire escart. , En quoy Facteur entend deux choses : Fune si est , touchant la nature des pays et du peuple qui n'est pas mol , mais a esté assez examiné aultres fois, eicongneu passé a mil ans , dont la recordacion ne lui est pas remèsc obscure ; Fautre point que Facteur y entend si est, que la nation de deçà a un{|[ prince belliqueux , tel en gloire et en prix comme ses

méri maintes fois, et à qui Dieu onques encore n'a souffert qne morsure lui ait esté faite, ne en sa très noble personne, ne en sa très haulte non entamée seignourie, pour laquelle deffendre il exposeroit Famé et le corps; et sur la confidence d'icelui et de ses haultes cbevaleureuses vertus non oncques subjuguées , Facteur, en la personne de son parti , dit ce qu'il y congnoit, non pas à ceùlx dont il porroit traire reprehension de mesdît, mes à ceulx qui valent et sont dignes qo^on leur monstre barbe , et qu'on leur paye semblable par semblable.. Si dit bien vray Facteur, quand il dit en son quarante uniesme article : que ceste puissance et roideur qui est tant en la personne du prince comme de ses subjets est cause à vous^et nourreture de tostre envie , quand tout cler est que envie jamés ne se congrée contre ung meschant , ne james ne s'envenime en une chose basse ne foible , mes en une chose 'qui Tapproce en égualité ou en surmontance, comme vous, qui infelices à vous mesme avez envie de la félicité de vos prochains ; les quels , s'ils estoient si mois et chétifs comme vos fiertés affectent et volontiers verroient , souffreriez estaindre cavie à l'aventure , et monstreriez en^ ce| lieu une fainte amour , dont lu fin seroit servitude et suppeditacion. «

Déa ! dame , sans que Facteur ait renouvelées droit cycestes manières de faire, si sont elles trop et trop longuement cougneues. Par quoy se vérité avoil lieu d'estre oye , la narracion aussi en seroit bien utile et convenable; car pité est , et une chose désolabie , qu'en ung royaulme et sous ung mesmes chef à qui tout respond , cestes envenimées rumeurs et envies régnent et durent , et que Dieu visiblement ne pugnit les ung et les autres , par les quels tant de périls s'attendent en la crestienté.

Et conmient ! dame , n'entends-tu que haine et envie sont deux tisons de l'ennemi par les quels aultres fois il a fait clieoir ce noble royaume en sa grippe, perdre tout et :ip'»îchilcr jusqucs à âmes innocentes par mitions? Et comment doncqucs, se tu congnois tels ces deux tisons , et par science et par cspreuve les ,y oense-on tenir par^ héritage , les y

SUR VÉRITÉ MAL PRISE-

quîert-on [à faire regner^possesseurs par nature? c'est bien doncques une dure malédic-. tien pour les hommes , et finablement petit espoir de salut. 0 dame , se tu savoie ce que MÉSfOiRB m'en raconte , et sur quoi je prens pié ferme en mon parler, ;^bien diroie que assez suis expert de ceste hayne et envie de vous aultrea^ quand seulement maintenant Mémoire me prie d'en reciter ung cas que longuement a tenu reclos ; c'est que : ung noble homme de ton parti ayant charge de cen lances aultrefois, par fois aussi de plus grand nombre , soy trouvant en my aucunes de la nacion de deçà , desgorgea en publique : se Bourguignons et Sarrazins estoient en bataille l'ung contre l'aultre , il se tireroit de la part des Infidèles contre les Bourguignons; et s'il convenoit faire l'ung, ou aller sur les payens ou sur les Bourguignons, plustost iroit en la désercion des Bourguignons que^des payens. Gecy m'a ramenteu Mémoirb droit cy, comme celle qui l'a conceu vivement une fois et le bouta en coffre ; dont par l'exemple allègue l'envie et hayne de vous autres qui tels estes, est bien à redoubter, et juste plus et raisonnable d'estre remonstrée, puisque si clérement est congneue , non pas en celui seul homme, mais en plusieurs aultres, de quoi le conte se taist.

Dont, se l'acteur voiant et considérant vos natnres enfellies desraisonnablement encontre, ung homme innocent, ung prince juste et proudomme qui ne quiert que paix et amour, équité et droiturièurement vivre „amer là où il doibt, et servir, garder et deffendre ce à qui Dieu Ta commis; et que les expectacions finablement de telles racines mauvaises sont guerres et entreprises de l'ung sur l'aultre , confliction de puissances contraires, notamment loe Dieu , quand il lui semble que encore vit celui en cui baston , se vous contendez à mordre, qui se sara bien deffendre , et le quel véritablement, comme dit Tacteur, et comme se trouve par expérience de sa nature bien examinée autrefois , ne feroit rien par menaces ni cremeur, se le faire ne lui procédoit d'autre plus noble racine de cuer. Car est ^^lui qui oncqnes ne conceut paour, ne qui oncques ne flcci Toeil soubsmain ficre; de quoy ceux dvnl il trait origine le doih-

vent honnourer et prisier , et plus encore quand Texécucion y est avec le courage.

Y a aussi ung autre point droit cy , qui excuse l'acteur, et qui luy peut estre cause de parler ung peu hault , non pas en la personne de son maistre, mais de ses sub-* gects, car iceulx subgects , dont il en y a de divers pays et de diverses condicions , sont de diverses natures aussi et de diverses affections anciennes, qui ne sont point du royaume,''ne oncques subgects à icelui, et des quels , à Taventure, les affections ancienne ment ont plus tiré ailleurs que envers les François, et encore aujourd'hui feroient, ne fust la bonté du maistre , qui les tire devers vous joins avec lui. Dont ce qu'ils vous honneurent et faveurent, n'est paspar loy de nécessité , mais par révérence et obéissance faictes au maistre , avec qui sont contons de prendre toutes querelles , comme avec leur roy et souverain, dont aultre ne reeongnoissent, jà soit ce que roy ne soit point , si non en leur estime.

Dont, et se ung tel peuple qui est si grant, et qui oncques ne s'est trouvé joinct là où il est aujourd'hui, posé qu'il veulle bien recongnoistre et honnourer la très noble personne dont il scet bien que son per n'a en la terre , n'est pas affecté pour tant ne constraint de ploier envers les aultres membres, dessoubs celui lesquels il perçoit et congnoit estre rudes et plains d'argus envers leur seigneur et prince, et par chascun jour plains de nouvellelés et de haultaines très despites,[comme non [mie les nobles et royales personnes des seigneurs du sang , mais povres gens de fortune, compagnons de sauvage venue, mesmoment et par coustume ceulx du parlement qui non faisans pois ne pris de lui , ne diffèrent à l'injurier et de lui faire ou faire faire rudesses ; là où semble avoir faulte de prudence , et encore plus de noble et saine raison , qui dès le principe du monde conseille de traitier les hommes selon leur qualité : déà ! dame, entens bien : oncques ton royaume ne receut ung tel suppos, oncques nulle telle brance partie de son tronc , oncques nul tel subgcct ne tel serviteur , oncques nul tel ami ne si propice , oncques nul de tel pois ne de telle roideur. Si ne devroit pas estre

EXPOSITION

traitable avec les communs membres, qui, passant toute puissance et ancienne production, se treuve traictié maintenant à la courgée par ceulx dont lui mesmes se est plaint souvent, et qui n'en sont ne de valeur ne de pris , là ou hayne se descouvre et envie , et se cachent volontairement honneur et proud'ommie derrière Tuys , comme qui n'y aconteat. De quoy plusieurs se dbnroie bien exemple , se je voloie , qui mesmes au très noble et prudent cuer du roy ne sembleroient ne justes ne honnestes. £t ne fust que celui de Lille , une fois , là où ung sergent du parlement vint rompre à marteaux de fèvre la prison de ce duc , [lui estant joingnant à ses maisons près, pour toutes voies ung garnement le pire des autres, dont il estoit suflSsant assez pour en faire justice et |rai^ stti. Si procéda cestui exploit, non pas de hi très noble personne du roy , mais de ceulx de son parlement qui si pou prisoient sa personne. Et dame, ne penses-tu point que telles et si faites besongnes animent le peuple et le retirent d'affection envers, vous, quand vo«s, si pou prisans ung tel prince leur duc , aguillonnez par si faites pointures et rudesses, qui tant leur est parfont eu leur dilection comme^nul roy aultre à son peuple dont amé est et obéy.

FRANÇOISB YMAfilNACION.

Entendement , ne sçay se ta cause est juste , comme tu la couleures de divers paremens , mais ne puis entendre quelle différence tu peus mettre entre' le roy et ses subgects, entre la royale majesté et ceulx qui Fadestrent, ses princes et barons, ensemble ceulx de sa justice et de son conseil., quand, ce que son conseil est, le roy est, et ce que ses nobles princes et barons manient ensemble , ce mesmes se conçoit et retourne en la personne royale, par tel si, que qui Tung honneure, honneure Taultre,. et qui Tung injurie, Taultre il

blesse.Sim'esmerveille comment lu penseschoses de si grant pois et de telle aiijreur parer par argumens de si povre effect et (jui ne sont pas sufiisans à la substance du cas, entendu encore que cy-après ton acteur , en continuant sou œuvre plus et plus, continue tousjours en dures

paroUes; les quelles, jà soit ce que la\ei poiles et racles icy et là , cuidant les nettoyer, demeurent toutes voies piaiues de neux et de superfluités bien rudes , par lesquelles elles donnent à entendre leur nature silvestre -, et prestement droit cy arrière , en son quarante troisiesme article , là où il affirme et dit : que c'est chose cl^re et fort congneue de chascun, qu'en ce royaulme n'a rien que ung homme trop, lequel, se Dieu Tavoit mis à l'envers par mort, François aroicnt les bras au desseure alors ; voire qe leur sembleroit; mais sachent bien toutes voies qu'en celle heure quand il defincra , qui leur sera bien dure, Thonneur du siècle morra avec lui : comme le tesmoingne cestuî coupplot. ^

II est tout cler , et le congnoiftC toute une; Mais doleur m'est qu'ainsi je rasswreure , Rien n'y a trop qu'ung homme en ce royame Lequel, se Dieu ravoit mis soubs la lame Tous auriez lors tous tos bras au desseure. Ce tous semble-il ; mais sachiez dcL ceUe beii|e , Bien dure à vous , quand il définera L'onneur du siècle entier se périra.

O Entendement, icy a moult de haulx Luigaiges que je ne sçay à quoi ils servent ; les ungs sont adevinemens , et portent charge à aucunnuy , les autres sont supposemens qui n'ont point de fondacion , les tiers sont vanr lises et exaucemens qui aultrui deprimeoU Dont, pour amplier encore plus cestui article et.raccompagner par sentences plus courertes^ ditconséquemment en son quarante qoatriesme article :

AfTectez fort sa mort et sa ruine , Et lui plaindez sa vie bieneurée, Mais onc sur vous ne chut telle bruyne Ne si amer ne dolante pluyne , Comme en sa mort vous sera préparée - La quelle après avoir assez pleuréc , Vous conjçnoistrcz à cop par veuc experte Com doloreusc en tournera la perte.

Comme s'il voiilsist dire que ce fcust llionneur et le soustenciucut de France eiresUxîlle

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

an

tremontane' dont tout so gouverne; et si ne savons qui il est , car nous n^avons que ung roy et autre m. nous loist congnoistre. ;

ENTENDEMENT

Dame , se à toy cuisent paroles que tu littéralement entens , et n'encerces point les ra«cines dont elles procèdent, à moy ennuient aussi les déclaracions , les quelles, si j'en veuls user bien, flottent tousjours et se plongent en matères odieuses, parce que le fondement de nostre matëre présente est odieuse en soy ; et ne s'y peut faire édifice , tant soit juste en compas , que Touvrage en plaise ne d'une part ; ne d'auUre. Toutesvoies je t^avoie prié aultrefois , que tu mesmes meisses la raison devers toy , et qu'en escrutinant les matères en leur parfont tu en feisses le jugement au plus près du sain: Or n'as ce fait ; mais me vas impugnant tousjours en mes solucions, comme se tu me voulsisses prouver menteur ou homme sophiste qui n'a que apparence de couleurs et point d'existence ; de quoy toutesvoies les solucions bailliées sont preuve du cas et de ce qui en est , et de quoi la réalité mesmes de nostre matère radicalement me donne assistence. Mais comme j'ai dit : Sur mauvais fondement ne peut-on faire édifice bon. Encore le redis-je, car nostre matère à tous lez est fondée sur bayne et envie, repreuves et accusemens ; si n'en peut estre l'ouvrage que contencieux , plain de rumeurs et de de^plaisirs , tant aux arguans comme aux voians , nonobstant que faire en convient son pourfit chascun endroit soy, le plus bel que porra. Dont moy pour la part de l'acteur du quel je congnoi le bon vouloir , ay entrepris de le defiendre à rencontre de ses indignsms; et toy, pour la part des François qui se deullent de ses escripts, de le mettre en question sur l'entendement de ses clauses, comme maintenant , après en avoir jà fait grand nombre, tu lui reproces ses aigreurs qui tondis se continuent et vont en montant ; et lui imputes charge de adeviner smr Tonncur des François , quand il affirme 61 joff* estre tout cler que Ton désire w ee M

la mort de ce duc sur tous aultres hommes , avec les autres clauses qui y sont : Dame , combien que ce langage ici est dur pour en tenir question, et que mal se peut viiidier sans rongier au chanteau de quelqu'un , si dois-tu entendre : Que les fins de tous ou« vrages doivent estre du mesmes de leurs principes , et que les moyens qui sont entre deux ne peuvent estre autres que de la nature des extrémités. Se l'acteur eust encom* mencié une euvre de douce et aggréable 08« tencion, il eust quis les moiens tels que ser<vir peussent à l'exécucion de sa fin, comme aultresfois a fait, à la haulte exahaqioB de vous autres que maintenant il déprime. Mais ore a-il esté point de matère de rigueur; il a esté vexé en corrage de passion conceno ; el pour icelle vuidier à intencion do fruit , il a composé son oeuvre à la mesure et qualité de sa concepcion. Là où présentement en ceslui article, en ensievant son pourpos, il main* tient et déclare, que l'homme de ce royaulme qui y est trop, c*est le duc -son maistre, le quel toutesvoies est le prince du monde en qui le plus a d'onneur et qui mieulx y est séant vivre, l'acteur, dame, parle par ma« nière d^induciîon qui. nait des prémisses ; et lui samble que, selon les choses alléguées dessus, que vray dit. 11 parle aussi après aultres assez plus d'ung , qui ce mesme racontent et maintiennent. 11 parle aussi par expérience des choses faites et dites , qui ce mesme cas vérifient et approuvent. « Dent ce lui est doleur, ce dit, et passion que ainsi en va, et que une si noble généracion comme est celle de France se soulie et se ternist en une si noble nature d'omme. »»Et est voiremcnt cas de pité et de triste effect , quand , par envie ennemie de tout cler tilti*e , haulx e% nobles cuers d'ommes abusent de leur debvoir , et que ce que deussent amer et honnenrer, ils Iccontempnent et dépriment, et quièreni voies et moiens de le persécuter. Dont ce n'est mie merveilles se beaucop de meschiefis adviennentet escandres, quand si faites et si ploralles en sont les causes et racines.

Or doncques, pour venir à l'intencion de l'acteur que tu accuses , dame , de adevinemens sur Im FnmçDis, l'acteur respond que non.

ttlfonâé es vérité et en preuve],

tf78

EXPOSITION

parce que tout cler est que d*ainour n'y a-il nulle envers lui , mais envie grant , et par conséquent bayne , de quoy la fin est mort. Dont se vray est qu'il y a des conspirateurs à rencontre de sa personne, y a aussi des soubaidenrs de son meschief, qui est fin ultime d'appétit mauvais. Si ne ment mie Tacteur, combien que cela griève à cuers ennemis, quand il dit,» que Tonneur du monde faudra avec lui quand il morra ; mais dit chose véritable , quand ton roy mesmes , Taigle du monde et le plus hault prince , autrefois par ci devant a confessé propre, là où en parlant de lui par humilité , plus que par son mérir, le jugeoit le plus vaillant chevalier de sa maison , et en qui plus avoit d'onneur qu'en tous eulx ; en quoy $oy jamendrissant en dessoubs de son moindre , se fit exalter tant plus comme plus se humilioit en devers ce lui dont il estoit plus grand. En est demeuré toutesvoies le mot en la terre, qui jamais n*en part. Non pas que par tant^ l'acteur le juge meilleur de celui qui le loe , mais bien il conforme son honneur, et approuve par dit de si noble bouce ; et par ce aussi que vraisemblable est , que ung si glorieulic mot ne feust parti jamais de bouce de roy , qu'en vérité et précédent mérite. Si en maudis bien fortune et les mauvais hommes, qui ont mis Tobstacle entre deux, qui jamais, à leur baulte félicité , à leur merveilleuse joye et consolacion , à leur perpétuelle gloire et salut , dame, à Tcxpectacion de leur mort plus doulcc et mieux contentée , et à la parfaite et toute entière béatitude de ce royaume branlant, ne se sont entre veus ensemble, ne se sont entresentus et conjoïs en leurs deux nobles natures, en leurs nobles glorieuses et vertueuses condicions , qui en leur adjonction eussent espanouy cuers, commeu vaines et entrailles , converti sang et racines en fleuve de lermes , qui tous par habondance de joye se f eussent résolus en pité. Si en soit maudite l'eure , et l'ennemi d'enfer aussi qui à ce noble royaulroe ne mesmes à culx propres n'a volu tant de bien , sans le quel tout n'a esté riens qui fait est, et par le quel tout eust esté iulériné en union indissoluble , qui maintenant est dissolvable par une legière entreforue, senesue et de maulvais accident. Damt,

doncques ce n*est mie pou de chose qœ d*ung corps honnonré; ce n^est mie perte petite en ung royaulme , de perdre ang proud'omme de tel estime , uog tel chevalier, le quel , se François l'eussent volu traictier bien en Tabsence de leur roy, ou en sob commant , il leur eust esté champion et tuteur, présentacle de sens et de vertus, i rencontre de toutes nacrons foraines , dont le bras seul autrefois a valu mille chevaliers. Doncques et se l'acteur dit après comp'aignamment ,

Affectez fort'sa morl et sa mine £t lui plaindez sa vie bien eurée ,

n'est de merveilles s'il chiet en ces termes, quand il le congnoit si pou grevable à tous aultres, si pou contraire à vos félicités, mais par contraire tant propice et bienséant i vostre durée et regnacion , au décorement^de vostre hault glorieux throne|, là où se fusc trouvé paix, se vos faultes ne fassent; non pas pour amendement de' sa fortune, non pas pour ampliacion de sa seigneurie , mais pour ostencion de sa très-ardante , charitable et toute] humble affection de sa nature, noîéc toute et plongiée en léauté , liée et resU'aiaie en honneur et en toute condicion séant à noble homme. Parquoi , non sans cause dit Facteur : que quand on le perdra en ce royaulme , il s'estaindra en son throne Festoiile qui plus cler y luist , et de qui plus tost on se percevra de la faulte emprès le soleil , qui est le roy dont les autres prennent lumière. Dame, doncques contente toy de cestuy endroit , et ne te arguëra l'enoontre de ce povre acteur, jusques en plus aigre et plus estroite cause que ceste n'est. Tu^le trouveras à but ; car ne dit chose que raison ne te face congnoisire mesmes, et qui bien entendue ne tourne i ta grant joye propre.

YMAGINACIOIT.

sire Entendement, j'entens bien ton cas. Tu fuis tousjours et recules arrière du dangier; et ne veux bouter ton doigt , ce me samble , au pertuis estroit, de peur que tu ne l'en retires non sain. Tu fais sens , se par ce moien ta

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

ain^i peiis évader le péril , et si estroites el cuisantes malères parer par telles eslonges. Or ça, se vraies sont et justes , vraies soient; et se autres, tu demeures en la fange de ton mesdit , et nous en la lésion. Appert bien toutesvoies que tu redoubles forment tes escrips, quand par si subtiles voies et circuicions foraines tu viens à Tatoucement de la plaie , et nous fais à croire qu'elle est nette et curée , et y sentons toutesvoies le remain de Fouverturc. Et ne nous semble pas que tes ongnemens suflSsent pour icelle curer, parce que nostre lésion est trop parfonde , et la plaie trop meurtrièrement faite d*ung poinchon merveilleusement agu et délié. Si me semble que, quelque chose que désormès je te propose , jà n'en tirerai aultre fin ; tousjours tu te sauveras en tes subtillités, et ne venras jamès à regéir nulle offense; si me vaudroit mieuU taire que de maintenir cestui estrif , là où tondis tu veulx avoir droit. Au fort , voise comme il peut ; et je te paroreral jusqu'en la fin , puisque bi avant sommes , et tu me assoulBras en mes diGBcultés autres qui encore restent, les plus périlleuses de meshuy . Mais maintenant, '.sire, à <!|[uel conte vient Tacleur droit cy faire une grant héraudie des loenges de son maistre , se ce n'est à intencion couverte de voloir déprimer aullrui , et donner à congnoistre que riens n'est qui J'approce? Tu scés nonobstant ce, que toutes comparaisons entre personnes inégales sont odieuses, et cuist au plus grand ce quest donné à son moindre oultre mesure. Ton homme nous en fait cy, ce semble , ung dieu immortel , et que les noef preulx à pou ne sont que ses pages. Dont lui procède ne ceste haulte glorification , dont meut à ton acteur de lui baillier ces haulx tiltres , après nous avoir dit des injures beaucop, se ce n'est à entendement de nous faire obscurs et noirs emprès sa splendeur? Déa! nous créons bien que ce soit ung gentil chevalier et ung vaillant prince, mais non pas de si haulte exaliacion comme il le fait. « C'est , dit-il , l'honneur du Irésor du monde. C'est, dit*il, le miroir des rois et des princes. C'est, ditr-il, la perle des régnans', l'aigle «t soleil qui survole tous les bons de son iemptL»K'^ exception nulle; mais dit que .iMd/

estriver au contraire.' Que diras-tu , Entbh- DBSfBNT, de cecy? Est-ce cas qui appartiengne à faire ?^ Est-ce chose qui duise, d*extol-* 1er tant ung homme , que autres s'en pevent sentir foulés? Beau sire , que tu m'en appaises ung peu , et que tu me donnes l'entendement de ces quatre coupplets, qui font, tous mis ensemble , quarante huit articles.

C^est le trésor du haalt honneur du monde; C'est ciel en qui oncques n'entra reproce; C'est le miroir de noblesse parfonde Là ou proesse et vérité habonde Plus qu'en la terre aiUeùrs n'en est comprise; C'est celui seul qui l'anie a toute esprise De léauté envers Dieu et tout homme, Et dont la bouce amende qui le nomme.

C'est le miroir des haulx roys et des princes }

C'est l'ontrepas outrage de nature;

C'est le reclaim des longtaines provinces ,

Où les faveurs de fortune non minces

Passent en don toute autre créature ; ,

C'est icelui en qui toute ouverture'

D'amour divine est tournée et perfuse

Qui meilleur scet monstre que je m'abuse !

C^est des regnans la perle et l'outrepasse , L'aigle et soleil qui tous les bons survole, Voire en son temps. Qui voudra le me passe. Mais jà pourtant , pour denl qu'on y compassé , Je n'en faindrai ne lettre ne parole, 'Car tant s'y est resplendissant son rôle Là où sa gloire est painte et engravée. Que riens emprés n'y peut mettre estrivée.

Meure et s'en voîst quand il plaira au Sire ! Kendre une fois lui convendra ses armes. ^ Mais tant dis bien]: que France et tout l'empire ] Y perdront tout et en aront du pire , £t en plorront plus que ne pensent larmes :. C'est le vrai père aux crestiennes armes , Et qui de vous prent plus soing et chaloir. Mais ne poez l'amer ne bien voloir.

SNTBNDEMBNT.

*m puères de résumer les

EXPOSITION

argomens que tu m^as fait présentoment touchant eslonges et fuites que tu in*as imputées, car je n'en quiers nulles. Je quiers solucions véritables et clères de cestui povre bomme icy, qui grossement et sans viser à mal, a produit, à intencion de bien, ce qui en est, imaginant en lui mesmes que hommes raisonnables, tant fussent-ils hauk ne grans , peusscnt et deusscnt oyr et souffrir dire vérilc , veu encore que vérité procède de Dieu ; et n'en est nulle , tant soit aigre ne eslroite, qui de Dieu ne prendesadeppendance. Dont, par considéracion que tous sommes à Dieu , et tous conjoins et unis en une foy , pensant que vérité reboute erreurs , comme le soleil les bruines , se est bouté cestui hommes en spéculations véritables , lesquelles matérialement concenes , les a mises en escrîpt an plus près du vif, espérant que par la claité d'icelles beaucop d'erreurs se purîfieroient , et en devendroienl les yeulx et les enlendcmens des bommes plus sains ; lesquels , par contraire de son espoir, en sont devenus tous indignés, plusempeschiés et plus ténébreux que par avant; comme Dieu souffre, et veulent, espoir, les aventures du monde, qu'ainsi en soll. Dame, doncques, puisque vérité ne quiert nuls angles ne absconscmcns, ne luiestbcsoir.g aussi, pour cstrc soustenue, de quérir nulles fuites sans venir à réale rcsponcc : ou auUrcment vérité aroit honie de celui dont elle part et en qui est tout son retour, ce que non a ; mais elle est baude et fièrc de soy comme lyon, et de sa nature viclorienuc et confonderesse des cuers doubles.

!• Pour venir doncques à la nralèrc en son continuer, l« me demandî»s qui meut rncieur d'avoir fait ces liauUcs locti^jos do son maislrc, qui a beaucop de plus {îians do lui et de meilleurs rognans? Dont, pour soliiciou do cesfui point : et je te redemande à toi mesmes, qui est-ce qui a meu vous aultres François prendre et congréer ren\4e et lu hayne à rencontre de luy de si long temps ? Contentc-moy et me donne soUicion de cestui cas , et je le donrai promplemcnl ;)près la solucion du tien ; on se lu ne vculx respondre , moi mesmes ferai les deux personnages, et je respondrai pour toy.

Yofilre cuvie ancienne, dame , et nouvelle ,

n'est causée en vous fors de sa béatitude, de la graco et snperéminence de gloire que Dieu lui a donné en terre. Dont coarcîés ei corage couvert aultrefois avez quis it restraindre icelle par rudesse et comprimer par hanltaines bien estranges , comme dame Mémoire , au commencement de nostre convencion droit cy , a sufiisamment donné à coih gnoistre. Doncques, se tu veaix solucion de^ia demande, quiers-la en la racine de ion vice; car Tenvie que tu as ne te procède qu'en la perception que tu as de sa gVoîre. Bien entendu que onvie jamais ne se congrée contre ung meschant.

Dont , et se plus avant tu qniers soluck», et que tu ne te contentes de ceste icy. seule, vez n'en cyune aultre qui moult est vive, et qui te pourra suffire se ta entens nisoD. L'acteur droit cy a regardé & deux choses : Fnne si est , que François oontempnent cesie noble .personne de prince , comme féroieiit une chose vile qui est digne de contenpcioB, qni en lui toutesvoies n'a riens qui soit contempnable; l'aultre si est, qae Françmlm donnent et imputent charge qui loi unh ce a riionneur, et le quel lui est plus chier que sa vie. Pour la première considéradOB, l'acteur veullant remonstrer ceste conteopcion esire mal causée , met les causes par les quelles fait à e\to!ler. Pour la secoode, veullant rebouter leur erreur, affenne et pablie les haultes condicions et clartés qni y reluisent, tout en contraire de leur maintenir. Non pas que ce il face en ravalement d'antres, non pas que ce lui provien{pie par hayne ei nulles glorieuses personnes , ou pour flattrr les oreilles de son maistre en son vivant; mvs par vraie et vive vérité en lui congnene : que la personne de lui est nette, pure tt in* corrompue envers honneur, et clère et glorieuse entre tous aultres en toutes nobles H excelses vertus cl bonnes volontés, do* maintes a monstrces et donné à conpnoistre par œuvre et par effect , ignorées peut esirc ou non recongneucs. Par quoi, se Facteur lui baille excellence de liltres, ce no m'est point estrange , quand il , y perçoit les singularités qui les mérissent , et qui en autres lieux beaucop ne sont pas communes. Dont, comme ses envieux contendeni aigrement à le dëpi*imer,

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

il', par contraire , content aigrement à leur en ronfjier Tongle ^ et le mettre en hault siège, tendant tousjours à telle fin que de réduire , par vertu de vérité , les cners errans à congnoissance de leur salut et de propre honneur. Si ne fault cxposicion nulle sur ces quatre coupplès , autre que la littérale ; car ne sont que exaucemens et loenges de sa personne , qui toutes s^enlendent sans y exposer riens, réservé seulement , comme la protestacion porte au premier : que Tacteur ne comprent nulle part la personne du roy, à qui il congnoit son maistre non voloir estre équiparé. Non fait-, il à^nuls autres ; car se humilie envers tous, jà soit ce que Tacteur de soy mesmes nulles aultres n'en excepte que la seu\e une de qui il ressongne les comparisons. Parquoi, là où il dit : que c'est Tuigle et le soleil des bons ; que c'est la perle des regnans ; que c'est le miroir des roys et des princes-, que c'est l'onneur de France et de l'empire; que tout noble cucF devra pleurer et complâindre à son décès : l'acteur l'entend si précisément en termes d'ooneur et de devoir, que riens de ce qui au noble roy François touce n'y est déprimé ne compris, mais lui redonde en . aide et confort de son glorieux throne , qui tant plus sera cler et luisant comme plus il recevra décoracion de précieuses pierieries. Dit l'acleur toutesvoies, en la fin de son quarante huitîesme article, nng mot cuisant que je sçay bien, dame, que tu Tas noté; et est, qu'en lui donnant l'issue de ces loenges , il dit : que c'est celui du monde qui plus prent cure et soing de l'honneur et félicité des François , mais ne le pevent amer ne lui bien vouloir.

^ Quant au premier point , l'acteur dit bien , et si dit vrai ; car il en prent et a pris soing -et cure, voirement de tout temps; et ce a bien vo!u monstrer, non pas en ung endroit, mais en cent, comme le plus léal vrai François qui vive ; et a fait son devoir en ceci , et ouvré de noblesse de cucr et de nature.

Mais là 011 il dit : Que amer ne se pevent ; cela dit il impropéramment, parce que telle rélribucion est injuste , et que aultrement dcbvroit estre rccogneu comn:e proud' omme et léal, qui , seul après le roy, peut mienlx monstrer sa francise et libéralité quelle elle

est , et quel escart aussi il porroit fiiire , quand voudroit, es ennemis de, ce royaume, des quels iln'aconte guières, se ce n'est que coqs* trainte et compression de vous autres forcéement lui en donnent cause, qui dur lui seroit. Mais mort est plus convoitable à homme gl(H*ieux que foulure.

FRANÇOISE YMAGINAClOBf.

Voirement monstre bien ton homme que las n'est pas encore de mordre , et non pas tant seulement par ce que tu as dit maintenant , mais par ce qui ensieot et naist de celui après, là où il dîtj

Ains pardoteur de sa béatitude Kt de ses lianh très glorieux aflliires , YoiiB vous souffrez arroer d'iiigratitode Et parti preudre , et publiqpe habitude Non trop honneate avecques ses contraires. Boutez avant , mais ne soyez ignares Que tache cl maille en perle , quelque soit , L'œil jiige tout et papier le reçoit.

Peut-on plus manifestement reprendre gens, ne les corrigier de mcsus? Avis m'est que nenny.pr respons cy Entendement^ et y sauve ton homme , s'il y chiet.

ENTENBEtfENT.

- Dame, quel sauvemcnt y quîerslu, fors celu qui mesmes se tire de vos ftm? une chose est ou non est. Se vos gens ont fait chose qui face à reprendre, pourquoi se vcullent-ils doloir de répréhension? Pense homme oser faire aulcun mal , que homme autre à qui ce m% touce ne s'en doie oser doloir , et réciter te cas quel il le voitP Les alliances que aultrefbis avez quiseset prises, et que Dieu sensiblement a rompues et cassées en équité de son juger ment , et n'en estes de rien convertis pourtant, ne sont elles évidentement procédées de hayne à rencontre de ce noLle prince, et par volonté de le grever j^ celui qpe rom aen tiez estre son* coamîNwi^ ~ ^i de

Luxemboai^ doM II

EXPOSITION

jusqu'à vous , si non en tant que vons Vacceptiez de volenté , non de raison , et que ce vous estoit plus agréable de porter le fait d'ung estrangier, vostre très loingtain non bien aidable , que celui d*ung vosire prochain, à vous autres tous en ung mesme desgré de sang , qui avoit droit pour lui , et vous peut^ venir, an son d*une trompe , contre le renanant du monde.

Semble-il doncques aux François que Tacleur ayant cecy considéré, n'ait deu avoir hardement de vous blâmer en ce en quoi il vous a veu avoir le har dément de faire cas blâmable , et trop plus notoire que ne voulsist ; car n'est vivant homme qui auUrement Tait volu interpréter. Dont , ce poise moy, dame, quant à ma part, que constraint suis de maintenir estrif droit cy en cestes ruineuses et corro sives matères , qui mesmes me font frémir quand je les touce. Mais toutesvoies, afin que Tacteur ne demeure enraquié en ses propres escripts et que la justificacion appère que riens n'ait fait sans cause et à bon tiltre , je le pare et excuse , par ce que je y puis percevoir honneste et véritable. Dont se après il adjoint *. «Boutez avant, etc. » , ne fait chose cpnlre honneur , quand toutes les choses du inonde qui se font publiques, bonnes ou mauvaises , sont toutes conceues es humaines visions, et escriptes en livres , là où en quérant les précieuses pierres et margarites , l'en trouvera qu'il y ara maille ou macule , lors où celles qui se seront contregardces nettement seront les plus exquises.

FRANÇOISE TMAGINAGION.

Déà! Eotendement, combien que je me passe de répliquier sur toy , ne me acordc pas pourtant à estre paiée de telle monnoie que tu m'offres ; mais la reçoy au fort, à tel pris qu'elle vaut. Mais que diras-tu cy après de ton homme, qui en son cinquantiesme article mer

Lny seul vous put , Iny seul vous est h liayne , Luy geul vous est rebout de vos paroles , Lny seul vous est vostre amour plus loinglaine Et de TOI yeulx U douleur plus prochaine ,

Voyant vers tous ses nobles ambiniades.' Or Dieu gart tout et les sains et malades ! Mats quoique cy la chose pou vous moale , La fin ailleurs en requerra le compte.

ENTBNDBMET.

Ha ! dame! paix, droit cy . Je ^entends bien. Je ne te veul souifrir faire question en vain, là où je puis prévenir à ton demander. Quiers-tu conteutemens de ta demande.^ va et t*en retourne à Vendôme^ là où tu trouveras vivement escript le contenu de ceslui article, et les causes et raisons [sur lesquelles est fondé , quand oncques ambaxade de ^prince ne fust si froidement traictée comme estoit lors celle qui y estoit de par lui ; et par la recepcion de qui se pooît percevoir clèrement quelle amour il y avoit envers elle ne envers celui de qui estoit tranunise ; et là oà le procureur royal , présens tous les princes et pers , touçant pluseurs articles graves et pesans , chargea icestui duc de désobëissaoce, et luy imputa pluiseurs grans cas, cnidant le confondre , et faire animer contre loi umle la congrégacion des seigneurs, avec U* froid et très povre exploit en autres matères, après la demeure de six mois. Parquoy, se l'acteur dit après , par pitié et compassion da cas , qui est de si mauvais espoir :

Or Dieu gart tout, et les sains et maladeil Mais quoi que cy la chose pou voos monte La fin ailleurs en requerra le <x>mpte ,

dit bien , car il entend que : jà soit ce qn« droit cy on se seuffre du plaisir et voloir des hommes , qui tel fois est moult sauvage , ailleurs toutevoies se convendra- il trouver, là où compte sera rendu du tout, et du bien te et du mal fait , qui est la darnière et cerlaioe expeclacion des Justes et innocens, d'avoir droit et bon jugement ;de leur tenu tort

Et belle dame ! et ne dit bien Facteur après, en soncinquanlc uniesme article.

Qu'est en ce monde ung empereur en gloire? El envers vous, le plus humble qui vive Qui seul cssourt Tonncur de vostre histoire Farsu9 le ciel emprésla sienne noire ,

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