CHAPITRE XLI
De l^arrivée du roy anglois à Trojcs auprès du roy de France , et de la compaignie <|ue lut fit le duc de Bourgoingne.
Le roy Charles continuoit tous-jours^sa^résidence à Troyes sur Tattente du jour de la convencion du roy anglois et de luy présent, qui encoires n estoit venu , mais fort aprochoit. Si en convient faire narracion telle que le cas le requiert , et parler de la venue du roy anglois vers le roy Charles , qui plus y vint par orgueil que par amour, et plus à la confusion de la magesté françoise que à son bien , sinon en tant qu'il touchoit seuliement à son prouffit. Et combien certes que le duc bourgoingnon fut beaucop cause d'avancement en ceste matière , comme il quéroit bien et vouloit que Ten le sceust , toutesvoies , ne fust esté pour venir à la vengance de doloreuse injure receue , pour Tor du monde avoir eu entièrement , si ne s'y fust trouvé né accordé , car n'avoit cause de bien vouloir aux Anglois, ne nature ne s'y povoit traire , sinon par fiction constraincte, procédant de couraige enfelly de yre et replet de sang vindicatif, comme depuis il a montré par fait et par effect evidamment assez , là où sa vertu s'est résolue en sa nature telle qu'elle devoit estre. Le roy anglois doncques , acompaingnié de ses deux frères, les ducs de Clarence et de Glocestre, et des comtes de llantindon et de Quint avec pluiseurs autres grands seigneurs , partit de Bouen, environ à seize cents comhatlims, la plus part arcbiers. Si vint àPontoise, passa par )
GEORGE CHASTELLAIN. [i*»]
Sainct Denys et emprès au port de Cbarenton,
auquel lieu il laissa de ses gens aucun ncoH bre pour garder le passaige. Delà 8*en vint à Provins; et y coucha celle nuyt ; et le lendemain print son chemin vers Troyes en fier et orgueilleux contenement sur les champs , le plus que Ten pourroit dire , combien que la terre sur quoy il marchoit ne luy estoit pas amye; et si faiiloit-il toutesfois que elle loy souffrist le passaige sans saulf-conduit , dont force non équité fut cause de la violacion. Le duc de Bourgoingne , sentant sa venue assez de près , se mist es champs noblement accompaignié, et là, pour Thonneur de réaulté, et de Taliance aussi qui devoit estre entre eulx des deux seurs , s'en alla au devant de luy assez avant. Et venu près dudict roy Henry, lui fist comi)étent honneur et le salua à cheval assez révéramment , ne trop ne peu ; et le roy anglois arrière luy, par semblable cérimonye qui y apartenoit à faire, chascun soy contenant en ses termes joyeusement de sa haultesse et s'entrefirent grand chière. Aussi firent les seigiieurs tons les ungs aux autres; et vindrent tousjours devisant ensemble , par espécial le roy et le jeusne duc jnsques au descendre au logis là où le duc Bonrgoingnon le convoya ; mais descendu , n'arrestagaires qu'il ne s'en alla atome sa grand seigneurie amenée devers le roy^ oii le doc bourgoingnon jà estoit rallé luy signiffier sa venue , et poiu* soy donner parement et cornpaingnye à son seigneur chief, et splendeur^de sa maison là où il debvoit foy et honneur.