CHAPITRE XLIV
Lamentation de George Chastellain sur les succès da roy anglois et comment le roy anglois marcha vertf Sens avec le roy françois.
A Troycs doncques ces doloreuses nopces solempnisées , qui estoit la consommacion de tous les traictiés, il fut trouvé estre expédient de partir de là. Et bien certes ay dict doloreuses , car elles estoient plaines de dou-
(1) Voyez la copie de ce traité dans Monstrelet, Ut. I , ch. ccxxxiii, dans la Collection du Panthéon.
GEORGE CIIASTELLAIiN.
leur el de racine et de conséquence , posé que joyeuses à luy pour qui se faisoienl. Dont pour donner rentendcment de leur douleur , comme je j'enteus et vray est , chacun doit savoir que le mariaiçe procédoit de force et de violence faicte par ledict roy Henry en ce royaulme , parce qu il ne irouvoit rcsistence à son effort, sinon en celuy, lequel, pour les divisions et envyes rcgnans contre luy , ne se osoit ne ne vouloit avancher de la luy faire, ni ne souffrirent soy esvertuer en son povoir de le luy deffendre , et que fortune depuis et malédiction amère redoublant arrière plus felle sur les François , en sa liaulte puissance et volonté de bien faire , menèrent à mort piteuse à Montreau , au temps que plus et mieulx esloît séant de vivre pour le commun salut. En laquelle mort le roy anglois perdit le seul obstacle que plus craindoit , et A gaingna radvanccmcnt de son orgueil que par avant ne povoit l)Outer oultre ; et ainsi , perdu Tun, qui luy estoit contraire et restif , îl recouvra faulre en amytié , soubs lillre de secours en la droiturière el honneste vengance du détestable délict sur les acteurs , qui fut cas d'inconvénient à tous lez ; car, se la mort ne fust du premier, que pleut à Dieu, advenue , certes la licence du second , bu^si vray que Dieu est , n'eust esté faicte ne cogitée jamais. Doloreuse doncqucs la mort et doloreuse Talliance , par inconvénient de qui le mariaige sortit si doloreux ; car doleur , calamité , misère et désolacion en partirent et nasquirent à tous lez en uug endroit.
' La succession droiturière de la couronne fut aliénée eu la main d*un eslrangier, ennemi encoires du royal ironcq , et en Tautre toute la généracion franchoisc destituée du nom de franchise ancienne , et ramenée à l'impropre de servitude soubs multitude de verges lamenteuses et désespérables , par longs ans , que divine équité permist loi^ advenir aux François en confusion de leur defl'ault. Or, faut vuidicr de telles lanientacions, et venir au point que j'ay toucliié sur le partcment de Troycs, où toute la soignourio , espéciallemenl le roy Charles et sa compaignie, s'esloit tenue très lon[;uemcnt , plus peut eslre par inconvénient que par plaisir , dont les causes sont assez déclairées. Si est vray qae les deux