‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 68 sur 494 · CHAPITRE XLVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIII

Comment le fort' de Montrean refusa de se rendre au roy anglois sur la demande des prisonniers.

Pendant ce temps le roy Charles , qui encoires n'avoit nulle part envoyé la déclaracion de la paix , la transmit tout au lon{; quoy et comment, en sa cité de Paris et en tous aultres lieux de son royaulme , prévostés et bailliaiges de son obéissance, et èsquelles le fist publier et manifester à haulte voix , à telle heure que , se grand part en y avoit qui ledict traictié (einssentà bien besoingnié, si y en avoit-il aucuns qui beaucoup murmuroientà rencontre; et non pour nulle cause , fors que pour le roy anglois qui trop avoit d*altente et d*auctorité en ce royaulme contre droiture , ce leur sembloit. Car quelque division que courut entre les princes , faveur toutesvoies du pays où on est né et nature ne peult mentir. Or estoit la ville de Montreau prinse et délivrée par ses ennemis ; et ne restoit mais que le chasteau qui estoit fort et de grand deOence. Parquoy le roy Henry, ensemble le duc de Bourgoingne et toute leur compaingnie se deslogèrent de leur lieu ; et pour mettre plus à Testroit ceux qui esloient retraicts , vindrent logicr tout à Tentour de ladicte place, par devant et par d.'rrière. Et de faict, avoit on fait ung pont sur Seine. Etalèrent logier ces deux princes entre les deux rivières , Yonne et Saynne , aigres durement et dilligens, et force et muhitude d'engins que Ton dressa devant eulx , pour leurfaire mauvaise compaignye, s'ils povoient. Et de faict, la leur firent par mainte dure envahye bien terrible. Dont , pour les assayer de eulx rendre au moins de péril , le roy anglois envoya , mais en bien seure main , les prisonniers qui prins avoient esté audict Montreau, jusqucs sur les fossés du chasteau, pour parler à leur capitaine et enhorter tellement que , en sauvant sa vie et la leur, il voulsist rendre le cliasleau aux assiégans. Pourquoy et pour plu^ le mouvoir h piiié sur leurs po-

vres vies, tous ces nobles hommes prisonniers se mirent à genoulx , joingnirent les mains plorans, et les aucuns le prièrent que, pour la saincte passion de Jehu Crist vray Dieu , ils voulsissent rendre ledict chasteau aux roys françois et anglois , ou autrement bien congnpissoient la cruaulté du roy d'Angleterre qui tant leur en avoit promis, qu'il leur convenoit morir et terminer leurs jours piteusement , sans respit de finance ne d'autre moyen. Mais leur pryère certes faite en vain leur rendit povre fruit, combien que piteuse fut à oyr; et leur respondi leur capitaine, cely de Guitry : « Compaignons , es faits de guerre ne gist qu'ung hasart. Qui est prins, il est attaint. Faites du mieulx que vous povez en vostre endroict , ce posé nous , de vostre malheur ; mais au regard de nous , nous tiendrons ceste place , et en prendrons nbslre aventure telle que nous porra venir. »

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