CHAPITRE LIV
De la royne Jehanne de Naples , et comment le jensne Loys d' ÀDJoa fut reconnu et couromié roy de Sicille.
Autour de cestui temps et un peu paravant avoit eu grande contrariété et avoit entre les barons du royaulme de Naples et leur royne, dame Joannelle, femme d'assez estrange et divers gouvernement, et par especial en fait de luxure , dont elle usoit peu à son honneur et beaucop à aultrui meschief et confusion. La quelle royné, comme il est assez sceu, avoit espousé et volu avoir, pour ce que beau chevalier estoit , et grand et membru, messire Jacques de Bourbon, comte de La Marche ; mais après, quand elle en avoit prins son saoul par aven-> ture , et que le renouveller lui plaisoit mieux que longuement soi tenir à ung , soubs tiltre d'aulcune question, le fit mecire en prison et le tint en grand dangier de son corps, comme
(1) royoz CCS lettres -patenter dans Monstrelett
I I. 1, Ch. CCXXXTU.
GEORGE CHASTELLAIN
siairefoift aroil fait maints aullres et fait mectre ik ïn^jfi aiiMj; de quoi one grand baioe s*accoeillit oMTH \<ts barons 'dudict rovauloie et elle : et tellement qne , avecques Tassistence des CennoLS et des Florentins, vindrent en France devers la rovne de Sicille veufve du feu Lovs duc d*Anjon et de Sicille ponr nng temps, mais descbasv^ depuis de celui royaulme , comme assez a esté scen, pour la fraude et malice de ceste rovne Johannelle. Si vindrent cesdictes nationsd'ltalie requerre à la royne veufve que elle leur voul.sist baillier leur sei{pieur héritier son fils , car par puissance et main forte ils le meclroient en pOftv;ssion de son royaulme et le frToierit paisible roy , qui que le voulsist v^>if ou o/#n ; et k cesle cause avoient amené avec euh quïu/jt* ^allées de{;uerre dedans le jKirt de Marseille en Provence , pour Tavaneement de leur seigneur en ceste matière , le jeusoe duc J>oys. Ue laquelle chose, jà soit-ce que moult se tinta joyeuse ladicte royne, ne fust pas si legière loutesvoies que , sans grand pois de vjonimW, elle mist son fils en leurs mains. <>ingrieue ai hutn avisée la condicion des ItalieiiHqiii wui variables et cauteleux , si s'avisa et print delay dessus pour aucun temps; dont à cliief de pièce , bien conseilliée et saigenient leur accorda leur demande; et de Taggrémcnt des impétreurs détint huit des plus (p^iids seigneurs du royaulme de Naples ostagiers pour son fils , jusques à tant qu'ils auroient paraccoinpii leur promesse et mis le jeusne Loys en paisible possôs. £t sur ceste asseurance , à larmes et sospirs , comme mères font , le leur bailla entre mains , accompagnie de gens de sa nacion , comme il ;ippartenoit. Et se mirent les Néapolitains et les auhres nations en la haulte mer. Et tant eurent leurs voiles vent , qu ils arrivèrent à Rome, où notre sainct père le pape très- Milepnellement receut ledict enflant , le duc Ixiys , et luy mist entre mains , de toute auctorité et puissance que à luy appartenoit en l'i'iituy cas, le royaulme de Sicille et de Na- |»l<*» , et Testablii gonphanonîer de l'esglisc , l'fitiirne Ifs aullres rovs de devant luv avoient ti»ilr , et leur apparionoit destre ; mais ne liiy liailla pas coronne pour celle heure. Et • t»la l'aict , par Taydc de roulx qui Tavoient
i^u Cuuduicte , il se trausporia au royauljae
UMO]
de Naples : et là fust receo et coovoyé par les bonnes villes, l'une après raoïre. Et ayant trouvé ses conduiseurs véritables , prospéra tonsjours en régnacion ; et se cooh ronna, et fîit roy paisible , et fit délivrer, comme raison vouloit bien^ sesostagiers détenus en Provence. ^