‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 75 sur 494 · CHAPITRE LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV

Des émeolles qai eurent Uea à Bmdfei et coalre le dur Jehan de BraJiant et ses conseittiefs , et rna—fiH le cooile de Sainct-Pol fut appelé pour gomxtntet le pays.

A ce temps ci régnoit en Brabaot le doc Jehan , fils aisné au comte de Saind-Pol, qui peu ou néant se mesloit des guerres de Âance , car peu estoit enclin auharnois, et avec ce de féminin gouvernement , car en lay ivoit pea de fait et peu de malice. Et ponr ce, aucuns estans entour luy, qui le véoient simple, le gouvernèrent à leur prouflit et pen au sien ne à ses pays. De quoy les nobles dn pays , qui n'estoient de celle bende , et avec ce les bonnes villes , murmurèrent assez et en convert-, et y eussent volontiers mis proTÎsion sMIs eussent peu, souverainement ceulx de Bruxelles. Si s'avisèrent ung jour de aller vers madame de Uaynault , douagicre , Marguerite de Bourgoingne , mère à leur princesse , ma^ dame Jacques de Bavière , et le duc Jehan de Brabant avoit espousé sa cousine germaine. Toutesvoies eulx venus devers elle, firent leur complaincte de Testât et gouvernement du prince son beau-fils , et d*aulcuns qui autour de luy estoient , par lesquels la chose publique se corrom|>oit toute et anéantissoit en leur pays, et estoient toutes choses en quoy on peust espérer prospérité en povre estât par eulx ; dont ils lui requirent humblement d*y avoir aulcune [provision et remède. Et la dame , qui estoit moult saige et bénigne , les escouta voulentiers. Et comme ayant aucun interest en ccstuy faict, premièrement , pour ce qu'elle estoit tante du duc de Brabant , seur germaine à feu son père , le duc Anthoine, secondement pour ce qu*elle estoit belle mère , car il avoit espousé sa fille ; certes elle promit do y cutendre vou-

lenticrs et de y faire mectre aulcune provision. Et de faict , là présent eulx tons, avec leur bon advis et conseil , délibéra et jugea cslre bon d'envoyer querre en toute diligence le comte de Sainct Pol , qui lors estoit es affaires du roy en Picardie , affin qu il venist en Brabant pour meismes remédier au faict ; car luy seul le povoit plus que nul autre ; et à luy appartenoit à faire ce que aultre n'eust osé entreprendre. L'advis de madame fut trouvé bon et sain ; et de faict on y envoya ambassade notable , de par ladicte dame et de par les estats du pays. Laquelle arrivée devers lui , tant fit et procura que il se conclut d*y aller voulentiers , car meismes par avant y avoit prins de desplaisir assez , en ce pourquoy maintenant il estoit requis et pourquoy on vint à luy à refuge. Si y alla de faict ; et vint en bonne compagnie assez dedans le pays de Brabant, au quel, après toutes honneurs et bonnes chieres faictes , il fut establi et faict gouverneur sur tout le pays, nonobstant que leur naturel prince et seigneur vivoit encoires et estoit meismes au pays résident , à qui oncquesne demandèrent congié ne conseil. Si vint ledict comte de Sainct Pol tenir son estât et sa demeure en Bruxelles, la plus puissante ville de sens , d*avoir et jle gens de tout le pays. Si fit en sa première venue aulcunes nouvelles ordonnances contraires aux vieilles establies et mises sus par les gouverneurs du duc ; en quoy lesdicts gouverneurs prindrent desplaisir, et en murmurèrent beaucop autour de leur maistre qui n^estoit pour lors à Bruxelles. £t pour rompre une telle division qui sourdoit contre eulx , firent tant devers leur maistre le duc de Brabant qu'il se mit sus à main armée puissamment et avec plusieurs estrangers, Allemans et baussaires.Et Tamenèerut devant la ville de Bruxelles cuidant y trouver entrée et ouverture, ainsi que autrefois avoit faict , comme à leur prince à eulx appartenant, ce leur sembloit, ce que point ne trouvèrent ; ains leur tenoit-on les portes fermées une pièce ; et ne les vouloit-on ouvrir, jusques à tant que le comte de Sainct Pol meismes vint jusques à ung guichet, par lequel il parla à son frère le duc, auquel, en bref langaige , il dit que point n'y entreroit si il ne permeltoit , et baillast caution , que les siens

DUC PHILIPPE

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serviteurs, avec ce tous les habitans de la ville, il laisseroit paisibles et en leur estât, chacun là où il en trouveroit , et que de ce il donnast et fist telle convenance que tous s'en peussent tenir à contens.

Le duc Jehan parla ung petit 5 ses plus prochains de ceste matère ; lesquels lui conseillèrent qu'il le fist , pensans peut-estre de bien parvenir à leurs fins quand temps et lieu seroit et qu'ils seroient dedans. Et sur cela ledict duc le promit et le créança par serment, tellement à haulte voix que les portes leur furent ouvertes. Mais quand on les vist entrer à tant de routiers et de gens estranges, il faict à penser, et vray fut, que ce ne fut sans grand murmure du peuple; car trop en estoient mal contens les communes , et y prenoient des imaginacions beaucop , et non pas sans cause ; car une partie , les plus grands qui autour de luy, estoient et avoient tout le maniement de luy estoient tous estrangiers : comme le seigneur de Hamseberghe et Damoiseau de Montjoye de devers le Rin. Si en vinst un grand mes* chief comme vous orrez tantost.

Or estoit le duc Jehan dedans sa ville de Bruxelles et le comte de Sainct Pol aussi , son frère , à qui toute la ville avoit son espoir et reffuge. Si véoient bien les gouverneurs dessusdicts, le convin du peuple et du comte de Sainct Pol ; et s'apperceurent bien qu'il y avoit grand habitude et grand entendement entre eulx. Parquoy d'aultant qu'ils povoient ils reculoient et tenoient en esloingne ledict comte devers son frère le duc, et ne luy souffroient avoir auctorité que le moins qu'ils povoient entour luy, ne pareillement les autres nobles du pays qui estoient de son alliance. Si y eust des conspirations contraires l'une contre l'autre; et tendoit l'une partie de tenir l'autre en soubte et de demeurer en règne , et l'autre peut-estre tendoit à subjuguer et à mettre au bas celle qui dominoit. Si tenoit chacun ses' secrets parlemens, et les emblées convencions en la partie qu'il tenoit , tendans tous deulx à une fin; c' estoit de vaincre et régner. Si advint que aulcunes secrètes lettres furent faictes et ordonnées du costé devers le duc Jehan et ses gouverneurs. Et portoientcesdictcs lettres, vouloit-on dire,

GEORGE CHASTELLAIN

aulcun grief en ladîcte ville de Bruxelles , et esloient faictes en aulcune faveur et avantage du seigneur de Hamseberghc , lequel , par aulcune renommée avec ses adhérens , devoit prendre vengeance de ceulx de la ville qui avoient esté et estoient contraires de leur gouvernement. Et faisoit-on courre la voix que leur prince et seigneur devoit avoir vendu et transporté sa ville de Bruxelles en la main dudict seigneur de Hamsebergbe pour en faire à son plaisir. £t pour venir à telle exécution il estoit nécessité , scmbloit il aux gouverneurs , d'avoir avecq eulx aulcuns les plus puissans et les plus nobles de la ville , et que on les exhortast de par le prince de mcctre leurs sceaulxà ces lectres, le plus secrètement que pouroient, pour leur plaisir et le grand bien du prince et de leur pays. Si en furent exhortés. £t de faict aveuglément les aucuns, et bien simplement, mirent leurs sceaulx , parce que ils véoient que aultres notables personnes et nobles y avoient mis le leur. Si se accordèrent et lui moustrèrent , peut-estre , tel y avoit , sans savoir le contenu ni à quoy ils tendoient , fors que à la bonne foy sur le train dés aultres de devant eulx, en quels ils ne pensoient que toute konneur et toute équité. Disoient aussi les auIcuDS que la nuit que faire devoit le terrible exploict en ladicte ville, avoit faict assemblée de gens armés en aulcuns lieulx couverts, lesquels, au son ordinaire, qui jamais ne fault , d^ung monastère petit qui là est', dévoient saillir hors et tirer avant eu Tentreprinse pour parler eutr'culx. Laquelle chose , se vraye estoit ou non , je ne veulx point proprement en estre acerteneur ; mais quoi qu'il en fust dict, fut révélé et mis si avant en descouvert , que tout le peuple , plein de fureur et de raige , cuidoient estre trahis et vendus; et s'en vinrent au comte de Sainct-Pol , et luy signiQèrent que s'il ne metloit la main hastivement à aulcunes nommées personnes , tant de la ville comme du gouvernement de son frère le duc, eulx nieismes la y meclroient, et en feroient ung tel exploict qu'il en seroit renommée loing et près. Le comte de Saiucl-Pol, pourveu de sens , bien convenoit le cas avec le peuple, rappaisa ung peu et réfréna son gré;

et de faict saigement Tun' après Taultre , sans aulcun bruit ni esclandre qui en sourdist, les fist prendre trestous, ensemble tous les scelleurs et conspirateurs de ceste besoigne. Les plus principaulx fit mectre en prison , excepté le seigneur de Hamsebergbe. Quand il vist la chose ainsi decelée, et la communaulté esmeue , s'enfuit, elle damoiseau de Montjoie aussi. Et tantost fit examiner lesdicts prisonniers , les uogs par géhenne , les autres par volontaire et légiére confession ; tellement qu'ils confessèrent voi* rement avoir scellé aulcune lettre par le pourchas de tels et tels , mais ne pensoient que ce ne fust à nul maléfice. Aoltres aussi alléguoient qu'ils ne savoient rien du contenu ni de l'entreprinse , fors tant seulement que ils avoient preste leurs sceaulx, sur la fiance tant seulement d'aulcuqs plus grands et notables d'eulx , èsquels ils n'osoîent ni n'eussent volu penser fraude. ToutesToies » toutes excuses mises derrière la comune crioit : « Crucifige! crucifige! » Ils furent menés au marchié devant tout le monde , et là furent décapités F ung après Taultre , présent ledict comte de Sainct-Pol, et voyant meîsmes leur prince le duc Jehan, lequel ils avoient astreint d'y estre et d'y venir, voulsist ou non voulsist. Et tous ceulx qu'ils povoient entraîner longs jours après et en trouvèrent coupables , s'en allèrent par ceste voie ; et ceulx qui avoient l'aventure d'estre eschappés de leur dangier, ils furent prononciés publicquement fuitifs et bannis du pays , eunemys perpétuels non jamais remetables en la ville , sur peine capitale. Et estoient les noms dps exécutés en ceste commotion, messire Jehan de Condenbergbe , Jehan Sloclart , Evorart Leduc , Henry Leduc, messire Henry Clans, messire Guillaume Clans, messire Guillaume Pipenpoix, messire Guillaume Moons , et damoiseau Guillaume d'Asche, Jehan Duwert , messire Everard Serclaus , Jehan Clans , geôlier, et beaucop d'aultres. Et laniost après ceste justice faiclc , la ville fut réunie et bien rappaisée, le duc fut mis en gouvernement des nobles et prend hommes de son pays ^ du gré et consentement de son frère le comte. Les choses après lui s'amendèrent toutes. Et vi-

[!4î01 CHRONIQUE DU DUC PHILIPPE.

voient les deulx frères unis et en bon amour assez despuis ceste exécution faicte.

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