‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 82 sur 494 · CHAPITRE LXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXII

Comment le roy anglois , revenu en Angleterre , convoqua les estats , et leur |>arj[a de tout ce que fait il avo^t) et commept il déUvra Jie roi d'Escosse de sa prison.

.Surjcesmeismes jours , le roy Henry , comme j^jay djit dessus ^ qui 3'eii estoit venu de Paris à Rouan, bien y avoit séjourné ungpeu. Sollicitant ses affaires, se party en très noble et bon arroy , luy et la royne , de la cité de Roaajd 9 à rintencion de soy en aller à Calaix, et de là en son royaulme d'Angleterre , au que) le peufrie e^ 1^ intiiabitans attendoieot bjeaigLÇop et désiraient la vepue , et souverain mepiept de leur nouvelle royne, que encoires jaffl^ p'avoieult veu^r Si avoi^ }isdit roy , pour ^oy'mon de s^o pays de Norma^diis , estably ^ frère le duc deGlareooe, gouverneur gé- Itérai (^ i^faine du4i( pays ; car mouU es* toit prudent chevalier, ys^illaiit, et prince de grand los , Bt avoit fiapce beaucop en ses 'vertiiSr Parquoy ayapt bien pourveu en tout , C0 lui sembioit , tant à Rouan comme à Paris et ailleurs , il se mist en chemia vers Calaix, ep la cûippajgnie de six ipiUe combat tans, passa par le pays de Caux, s'ep vint en la cité d'Amiens, et logea sur maistre Robert-le- Jeii^ne, noiivelleptent l^ailly d'Amiens. Au qi|0l lieu d* Amiens très bonorablement fut receu , et bien venu , et lui furent i^is des doj^et présens largement; puis s'en party, ^t s'en vint ^ Thérouapne', et de là à Calaix , où il séjourna paraulcuns petits jours, et de là passa oultre et s'en alla en Angleterre , où il fut receu à telle solempnité et joye, qu'il n'est nul qui le peust et sceust dire assez. Et pouf* ce que la royne, qui estoit novellement son espouse , n'avoit encoures receu couronne en son royaulme , en la manière et coustume du pays , tantost avec sa fresche venue , il ordonna le jour de son couronnement , et fit sçnioAdre tous les baolx princes et barons 1

de son royaulme pour estre à ce jour à Londres, qui est la ville royalle et la maîtresse cité plus propre pour convencion. Si y vindrent ïesdits seigneurs et barons , comme il leur estoit mandé, en grant et notable estât; et tint le roy. sa feste la plus riche et la plus magnifique qui paravant jamais avoit esté veue en telle cité, et tant en richesse que en parement de corps , comme en magnificence de toutes aultres choses , dont renommée peut tirer gloire ou oeul delcctacion. Et de fait furent vues toutes novelles nopces excessives, trop plus en estât que les premières , car certes n'est homme qui les raccomptastne sainement creust, qui ne Tauroit veu. S'en fault déporter à tant, et revenir sur les autres considcracions que avoit cesluy roy Henry sur ses affaires , dont il désiroit bien à besoignier avec ses subgccts , et avec tous les estats du pays, qui là cstoient tous assemblés. Si tost venu en ladite ville de Londres, et tantost après ceste feste passée, lui-meis^ mes, qui estoit saige merveilleusement et beau parleur, commença à faire des remonstrances plniseurs à son peuple : comment, en longue labeur et en péril de fortune , il avoit porté et soustenu de haulx et durs affaires en ce royaulme de France, auquel, par conseil etdélibéracion de eulx jà piéça , il estoit allé et meu pour attempter à conquérir son héritaige, en quoy Dieu et fortune Tavoîent beaucop et largement favorisé, comme il parut , car avoit conquis , ce disoient , les ports de mer de Normandie, la noble etpuissante cité de Rouan, et toutes les villes à 1 environ maistresses et principalles ; obtenu la victoire et la journée d'Aiincourt, où les plus haulx des princes fcanchois cheurent en son glaive ; conquis là ville de Melun , et tant fait par sa fière entreprinse , qu'il avoit obtenu à femme la fille du roy françois , et le béritement perpétuel de la couronne de France , en reboutant son seul fils légittime, son adversaire , par lequel et par- ses adhérens , il lui restoit beaucop encoires à parfaire en cestuy royaulme de France, premier que l'avoir tout à luy ne avoir expulsé le daulphin, celui qui s'en disoit héritier ; ains y fauldroit labourer et contendre à dure et forte puissance , et continuer aigrement , ce que par luy avoit esté

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GEORGE CHASTELUIN.

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bien encommencië jusqnes alors ; ou aultrement la chose qui maintenant lui estoit à prouflit et gloire lui pourroit tourner à dure .onfusion et à perte , et à eulx trestous. Par quoy, par non estre trouvé certain en labeur passé, ne descorrai{pé en oser bouter ouUre sa haulteentreprinse, qui jà, par Talliance du duc des Bourgo in^pions , son frère , la pluspart estoit venue à chief, et pour parvenir glorieulx victeur à ceste très excellente couronne Françoise, que, par tant de cruelles et dures batailles , les roys ses pères devanciers avoient barguifpayée , et jamais non peu parvenir où maintenant il en estoit , dont il rendoit graqf s à Dieu , certes il lui besoignoît hastivement provision et de gens d'armes et d'argent ; et prioit à chacun en sa qualité , que il vonlsist entendre, et qu'en l'opportunité d'ung si très hault bien publicque, qui touchoit à eulx trestous, ils luy voulsissentbaillier libérallement prompte main de secours, comme ils dévoient, et comme il s'en fioitbien à eulx. Et ceste requeste faite à Londres dont Taggréement luy fut donné joyeusement de tons les estats, luy-mcismes, en personne, se transporta par les aultres bonnes villes et principalles de son royaulme , et là les fit semblables comme il fit à Londres. Et trouva le peuple tout enclin à sa demande. Si leva pour celle fois trente mil combattans, les plus jeusnes et rades du pays , et accuilla tant d'or et d'argent à ceste cause , que c'estoit une merveille , et chose non commune à croire.

Or, avoit-il eu longuement guerre par avant encontre le pays de Galles, à l'un des bouts, et à l'aultre lez le royaulme d'Escosse , dont encoires il tenoit le roy prisonnier en sa cité de Londres. Si s'apensa et considéra le roy pour vray , qu'avoir guerre si prochaine et encontre si puissans voisins , comme estoicnt les deux , et tirer le plus beau et le plus fort de son royaulme pour mener hors guerre à la tierce main, et meismes y estre en personne, c' estoit chose assez dure et de moult grant péril , et y faisoit-on bon pourveoir en temps et en heure. Par quoy il condesccndy à donner trêves certain terme d'ans auxdils Gaillois et Ëscossois ; et leur roy prisonnier délivra de prisop , par coodicion qu'il prendroit

à femme sa cousine germaine, senr au comte de Sombreset , et mepce du cardinal de Yincesire , qui fut le principal procureur de ce^ tuy mariage , auquel ledit roy , pour estre quictc de prison , s'inclina volentiers et y procéda jusques au parfait.

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