CHAPITRE LXIII
Cy parle des dcbasU entre les Oncs et les Cabiflaiu en Flandres , et de madame Jacques de Bavière , duchesse de Brabant , et de son mari.
Or, fault-il donner cesse ung peu à cestuy roy anglois, qui, sur les vexacions données au royaulme franchois encoires le menasse bien de plus fort, et fault ouvrir ung peu une matière, grande de poix en son temps et de grant fait. Mais ne se pourra toute encoire déduire en son appertenir, par aulcunes grandes cnlrcfaictcs qui vont devant; lesquelles passées , ceste matière dont je parle, et qui prestement sera ouverte, recherra en son lieu tout au long , et sera amplement devisée , comme le cas le vault bien. Si sera de madame Jacques de Bavière*, jadis duchesse de Tourraine et daulphine de Yiennois , et depuis duchesse de Brabant , dame aussi héritière de Hollande , de Zéellande et de Haynault , par qui, a l'occasion de sa fortune qui n'estoit peut-estre meilleure , il vînt depuis maintes tribulacions en ses pays, et apparences de grand meschief, qui n*y eusl remédié aigrement et pourveu.
Dont pour venir à la racine du cas , il loyst sçavoir que, es parties de Hollande dont la dame Jchanne de Bavière estoit princesse et dame héritière , de très longs ans a couru et regnié une division des parties > dont Time se nomme One et Taultre Gabillau, dont le nom de l'un signifie ung poisson qui a ung grand cngoulement; et large, et Taultre signifie ung engin de fer crochu et très agu , par lequel il se prend et se estrangle. Et peut-estre qu'ils y ont aulcun entendement de mistère en cccy , et est bien vraysemblnble , comme se on voulsist dire qoe Tung contend à tout engoulcr, et l'aultre à faire cslranglcr les cngouleurs.
Or^ estoit ceste dame Jacques fort adhérente
à la partie desOncs, et des oncques les avoit portés et soustenus sur les aultres ; mais son mari, le duc dé Brabant , qui, à cause d'elle, estoit prince du pays de Hollande , maintenoit la partie contraire. Et venoient les ungs à l'ung, et les aultres à Taultre , nourissant couvertement tousjours sédicions et controverses, es affaires et opportunités de leurs seignouries , qui mieulx mieulx, et contendoient tous deux à régner et à vaincre Tung sur Taultre Tung par la vertu de la princesse naturelle héritière, Tautrepar la vertu du seigneur, advoé du pays par vertu de mariaige.
Si fiault entendre que cesiuy duc de Brabant nonuné Jehan , et nepveu audit. Jehan de Bourgoingne, estoit en afiinité avec la duchesse Jacques sa femme, sy de'près, que luy et elle estoient cnffans de frère et de seur germains ; msds nonobstant que si alBns feussent de lignaige et de sang , si estoient ils bien différent de nature et de condicion; car le mary estoit tendre et homme linge et blaiche , non fort, mondain , et se laissoit mener et manier bien légièrement, et la dame estoit cointe beaucop et gaye fort , TÎgoreuse de corps, et non proprement sorte, ce sembloit, à homme foible , si se fault rapporter au secret de son coraige en cestuy endroict. Mais se cela y aidoit ou non , toutesvoies, sous longue dissimulacion, en elle enfin [se descouvry Targu et la division Tque elle avoit prinse encontre luy, et soubs tiltre de son povre gouvernement , en quoy elle Taccusa, conune desoy laissier gouverner par meschans et par gens inutilles au bien de leur pays , et elle quéroit séparacion et d*estre dessevrée de luy, ne luy chaiUoit comment. Et pour mieulx donner couleur à son désir , elle allégoit que trop y avoit de prochaineté^de sang entre (culx deux, 'pour estre mary es ense^lble , et que pourtant à paine estoit-il possible que entre eulx eust aulcune terminacion, ne jamais paix. Et soubs tels et tels tiltres, qui sembloient aulcunement donner justifficacion à la matière, elle s*accordoit au divorce, et quéroit la franchise de son plaisir, pour transporter son corps ailleurs, ou à aultre , si Vadventure ainsi advenoit , et que ce fust son plaisir. Sien fut cestuy prince, le mary d'elle, comme houtculx et confus ^ de ce cas fit sa
DUC PHILIPPE
complainte souvent à sa belle-mère , la con tesse de Haynault douagière , Marguerite de Bourgoingne, et pareilletnent à son cousin germain, le jeusne duc Phelippe de Bourgoingi^e , qui , par plusieurs fois , s'y estoient traveilliés, pour y meclre accord et union ; et de fait, plusieurs fois les avoient rejoints et accordés , mais non pas de telle foy , comme il appert , que Tamour y fut entière ni de grant fruit. Par quoy il failloit finablement que la haine accuillée entre eulx vint à son descuevrement , là où nul radouber d'amy ni de parent ne povoit prouflBter , mais que la séparacion se fist , fust honneste ou non , illicite ou excusable , ou honteuse, par les malices etfrauldesd'aulcuns, qui se déchireront en ce présent chapitre par quelle manière.