‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 91 sur 494 · CHAPITRE LXXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIL

Comment le teigneur de Harcourt cntrm de bon gré dansia Tille de Saint-Ricquier , qui fut puis assiégée par le dac de Bourgoingne.

A tous lez s'efforça cestuy de Harcoort d attraire ennemis sur les frontières de Picardie, et de les bouter es places voisines de loy, affiu d'estre plus fort , et moins à grever par ceulx à qui il avoit prins estrif. Cestoit le fier duc de Bourgoingne criminel en couroux, et souverainement, en grand toriaîs^ comme de cestuy. Si s'assemblèrent nog jour le seigneur d'Offemont et Potton de &iinte- Traille et plusieurs aultres, en nombre environ de douze cens chevaulx, à la requeste et par Tadvertence de messire Jacques de Harcouit , tout endiu*cy en ceste nouvelle guerre. Et prindrent leur chemin par le pays de Yimcux , passèrent Somme par nuyt à. la B!anche-Tac(|uc , et vindrent près de Saint - Ricqnier. Auquel lieu ledit de Harcourt, joyeulx de leur advénement, alla au devant de eulx et leur fit chière et conjoyssance très bonne. Or desiroientbien avoir la ville de Saînt-Ricquicr entre mains , pour eulx V relraire, car c'estoit très belle villettc de guerre et forte assez ; et povoit porter beaucop d'annuys et de grands maulx ù ceulx dWbbeville h leur dos , et au pays d'Artois qui estoit riche et gras par devant.

CHRONIQUE DU DUC PHILIPPE

5y n'estoient ceulx de Sainct-Ricquier bien voulentiers ne prests de les y bouter , ains par Tespace d'aulcunes heures leur firent refius de leurs portes ; mais celluy de Harcourt tant fit par parolles et par promesses que enfin il les amoly, et que l'entrer leur fut accordé. Et y entrèrent à telle heure , tel y avoit , à qui la saillie cy après couslera chier. Bien fut aise celluy de Harcourt, et souverainement les survenus, les seigneurs d'Auf femont et Poitou , quand se trouvèrent logiés 60 ville si grasse et bonnes frontières pour devenir riches et drus ; et faisoient batailles , rencontres, destrousses et enlreprinses par euer et par pensées , ainsi que on faict les chasteaulx en Espaigne. Ils prenoient gens et renchonnoient et comploient les deniers, dont Tor gisoit au parfond de la myne ; car tout leur sembloit riflé devant eulx. Et de faict commencèrent à faire de maulx assez , qui à aultruy tournèrent à grand dommaige, mais à eulx à peu d*acquest. Et de faict bruslèrent une belle esglise où s^estoient retraits aulcuns bons hommes riches atout leurs biens , lesquels ils amenèrent prisonniers, et de tels semblables maulx, et commencèrent à fiure beaucop de travail sur le pays. Et avoient allraicts à eulx ung Nicaiso de Boufllers , capitaine de La Ferté , laquelle il leur mist en leurs mains ; et si fit celluy de Durgy, sur la rivière d'Autye aussi. Et y avoit une moult belle place nommée Donnerier, que PoltDn acquist par force de langaige et de corruption au capitaine , por laquelle la ville de Montreul souffrist tantost largement d*annuy ; si fit tout le pays marchissant.

Or e^toit le duc de Bourgoingne en retour à toute son armée du voyaige qu'il avoit faict à Manies, cuidant avoir combatu son ennemy le daulpliin , et estoit jà descendu jusques à une ville nommée Cioissy, près assez des marches où estoient venus ces nouveaulx hosies eulx nourir et engrasser sans payer escot , et tout à Tenhortement , ce savoit-il bien , et par malice de seigneur Jacques de Harcourt. Il print conclusion en luy d'y ponrvéoir prestement par puissance et de quérir ses eniiom-s en barbe , fnsl par siège ou par baialllo. El de faict (il hasiif mande-

ment par tous ses pays , et commanda à mectre sus gens d'armes à tous lez , tant des bonnes villes du roy comme des siennes ; dont il tira grand nombre d'arbalesirîers et de cannoniers. Et meismes en personne alla en la cité d*Amiens requerre ayde et fournissement de vivres au siège qu'il entendoit à mectre , à l'aide de Dieu , devant Sainct-Ricquier, prochainement ; en quoy ceulx d'Amiens , fort affectés à luy complaire , si firent plusieurs aultres , villes lui promirent assistence et service ; dont moult fut esjoy ledict duc; et partant de eulx s'en vint^à Auchy, ung bon gros village appertenant à ung sien vassal , son chambellan Le Ber d'Auchy ; et là se tint par aulcuns jours, attendant gens d'armes de toutes pars , dont il en vint tous les jours nouveaulx. Or avoit-il envoyé , passé deux ou trois jours devant, messire Jehan de Luxembourg avec un nombre de gens vers Dommart, en Ponihieu, enquérir et sçavoir de Testât et de la puissance des ennemis survenus, ne quelle conduicte ne quelle cou* vine ils tenoiçnt entre eulx, car cela le povoit beaucop advantagier en son en* treprinse. Sy avoit faict ledict de Luxembourg son devoir et povoir ; et retournant audict lieu d'Auchy tout instruit de leur estre, en fit le rapport tel quel qu'il avoit trouvé : cestoit que, du nombre qu'ils estoient, ils estoient gens entreprenans et de couraige et bien à doubter.

Le duc bourgoingnon qui estoit vert et vîneulx , et gaires n'acoustoit au dangierdes armes , peu se trouva là au moins esmeu de ce rapport. Mais constant tousjours en son entreprinse , sur la fiance de ses nobles vassaulx et de son bon droit, fit deslogier son ost de la ville d'Auchy pour aller au Pont-de- Rémy, que ses enneitiistenoient, forte place et puissant , située par manière d'une isle , close toute à l'en tour de la rivière. Sy luy pleut ainsi , ou parce que son chemin ainsi s'adressoit , ou que attamer vouloit ses ennemis en avant vers ledict lieu du pont. II passa devant la ville de Sainci-Ricquier , où ses ennemis estoient , mais n estoit pas de si près que nuls engins poussent attaindre ne adoramaigier sa roule , mais trop bien donner despit à l'ennemie garnison qui y

GEORGE OHASTEU.AIN.

estoit. Et en pnssaiil par devunt ladicte villo en fier et verlueux arroy vint logicr un lieu de sa conclusion, le Poot-dc-Réiny, non pas dfldcns , mais droit devant , eu aulcunes maisons qui là cstoicnt, Si en furent les daulpliinois tous esbatiis quand se vireul approcliitis de tels voisins ; et ne se cuidoient pas joyeuU de leur venue, car véoicnl Lien qu'il leur lauldroit changer lofjis et partir par adventure à malle haste. Par quoy pour munstriT au moins bon vouloir de courai|;e et de se oser mecire en delTense possible, certes là où les corps ne povoient riens faire par eut\ mectrchors de leur TortdedeRS leur dos, ils {[ecièrent fusées de feu es maisonnemeus de leurs onneniis les bourj^oingnons , tellement que toutes, d'une ù aullrc, furent brusices et anéanties , et à grand paine sauvés leurs biens et clievaulx qui y estoiimt, sans i|u'il y on demeurasl une part \ et falut qu'ils se pourveussent ailleurs de logis, car lit n'eu y avoit lantost plus point. Si se logea l'ost ung peu plus arrière, jusquos fi lendemain, le jour de la Magdcleine , que les arbalcslriers d'Ajniens avec aulcuns autres gens d'armes devallcrent contre val la rivière de Somme , environ douze baleaulx, tous délibérés d'en- Irer en ladicto ialc et de envahir par force sur les possesseurs; mais eulx non se scntans fors pour la povoir deirondra encontre si grand flotte de gens , abbordàreol À pic secq ù eul\ pour cause de leurs navires , lantost abandonnèrent ladicte isic, et fuyant vers le cbasteau d'Arraines et aullrc part, prcnaus et emporlans ce qu'ils potrent de luurs liieus, délaissèrent la place sims ^arde et sans deffences, et l'abandonnèrent, ne leur cliailloit à qui. Et tanlost ceuls qui estoient dedens liabitans anciennement , les bons hommes du costé où estoit logié l'ost du duc , laissèrent couler le pont au bas, et luy donnèrent fou- Ycrture et l'entrée an pont, qui tantosl le fist brusler et mectre à g:ast , jusques ù riens y laissier, ne cliasteau, ne maison, ne bnron, aflin que auUre ne s'y esbaitist plus no lo- ^asl au grief nu au dummaîge de nulluy. Et nul n'en eust peu bonnement taire son prouQit, cir trop estoit foible pour tenir d'uultre puissance, et grcveusc assez pour im9 des maui\ sur les non lors. Dont les

aullres qui estaient lotîtes au chasieau de Slarcul et d'Eaucourt, quand ils virent le duc bourgoingnon leur cnncmy sy près d'eulx , et doublant sa puiss UKe , boulèrent le feu èsdicles maisons juïsi, et tuorcnt à Suinct-Ricquier, cutdjns y estie a sauvelé.

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