CHAPITRE LXXIII
D'une joitste i|ui tal pKa le Poiit-i1c-R>;iiiy île six l'uiilre tl\, imur l'faonncul' îles dames.
Si no fault pas oublier comment, en passant l'ost du duc dessus dict par devant la ville de .Sainct-Ricquier, six gentilshommes, par l'agrécmcut de leur prince , iramisrenl ung poursuivant en ladicte ville, requérir et semondre aultrcs six gentilshommes , quels qu'ils fussent , pour rompre lances en l'houneurde leurs dames encoolre eulx, fustpour prestement faire sur le pié ou â jour assigné, ainsi que myeulx leur viendroit à point. Si fil le poursuivant très bien son messaige; et fut bien receu, en honneur de noblesse et de soa oUicê; et combien qu'ilypovolt avoir de verdcs testes , pour mettre leurs vies sur le cop d'ung hasart, aussi bien que à l'aultre lez, n'y eut celluy loutesvoies qui en fust crcu , ni qui poil obtenir congio de leur capitaine de le faire prestement; mais six en y eut qui, sur leur hountiur et foy, crcancèreut de venir en lieu nommé (1). . . et d'accompbr vou Icntier sans requérans leur demande, parniy quechascun endroict soy donseroit saulf-aller et venir ù son compaingnon. Le poursuivant fit son l'apport gracieusement, tel qu'il l'avuit trouvé , qui pleut bien Si ses maistres. El vint le jour dont il n'y avoit que la nuyl entre deux que ces armes se dévoient faire etnmy les champs, entre le Pont-de-ltémy et la ville. Si y alla ccly de Luxembourg par l'ordonnance de son maistre le duc ; et cent hommes d'armes or sa compaingnyc mena , et les six gentils-hommes requérans, montés et armés geniîlment et bien en point pour cstrc à leur Jour. Et avec ce , pour soy garder d'aventure , de malice et de subtil aguet, se la chose fust aullrement allée que bien , ledict do Luxembourg lit mecire en embusche trois cens aullres combattans en ung l>oi8
(Il Lacune dau« le luaiiusci'ii.
près assez du Ueu ilcs armes , pour y avoir recoui's , se besoinf; fusl, mais iicnnil. I : Or viodreot Iës si!C daulpliinois de l'aulire pari, aussi bien montés et armés et biea accompaingnés ; et n'y avoit celuy qui l'en veist , ne d'uog costé ne d'aulire , à qui ea eust peu jugier avoir le meilleur ne le plus fîer contenement, taul les faisoit bon véoir trcstous. Si s'arrouia chacun et print renl , et les cbuinpions se mirent en appreste de férir des espérons chacun à son homme , et bassans leurs lances vLadrenl de randon ferir l'ung sur Taultre par f;rand air. Dont si bien print loulesvoies à chacun , que tout ne se trouva grevé de cesle emprinse , excepté que deulx des chevaulx des bourgoingnons furent tués en cestuy premier cop , par trop avoir abassê son bois ; mais non obstant ce dommaige et despbîsir qu'en prindrenl les bourgoingnons, ils se remontèrent prestement d'aultres che* vaulx , et se mirent à la seconde course mus enfellts en cucr. Dont à riens l'attainte ne fut dommaigeose à nulluy, quant ao regard du percier barnois ne faire playe , mais trop bien s'enire-donnèrent de beaux tourchons. Kon fut la tierce ne la qnarte. Parqtioy quand les capitaines virent que l'ung et l'aulire s'esloit bien ncquité et faict bon devoir, sans vouloir trop lempter fortune snr fiance de bon couraige , ils firent cesser lesdictes , et remonstrani que biea et deuewnt estoient accomplies à tous le?. , les fir Ttut louchier ensemble et entrc-purler gradeosement à visière tenue , et reionma chnccra paisiblement en son lieu dont il estoil parly.Sy lurent cculs du partyde Bonrgoingnc et ceux de Raucomt, Uenry Lallcinant, le bastard de Roobay, Lyonnel de Bonmonville et denx aiillres; et du coslé des aulires y estoit le seigneur de Verduisant, Guillaume d'Aubigny ci quatre aultres dont je ne trcuve leurs noms. Or advînt que en retonroant de ces armes faire , Icdicl de Lnxemljourg jpctani l'tful vers le Ueu de son embûche , dont je parlay nagaires , siir- I vint aulcuns chevaulx partis hors de bois , I qni pasBoient emmy les bleds , tout au desieouvert, €l auknns des compningnons qui HCStoient dcsarroyés et mis à veue. De la- Equelle cUose si trotiblô que plus ne povoit ,
CTraONIOUE DU DUC PniLTPPK.
sans prendre ne demander syeute de nully j! priât une lance en la main de sou pai(;e, etn frappant cheval des espérons, tout plain ds*. fureur, dressa son chemin tant qu'il povok vers les bois, à l'intencion de venger son yre au premier enconirant. Mais les desaiToyés appercevans leur maislre ainsi venir vers eulx en telle menasse, doublant qu'il no leur en mcsprisl en l'altenic, montèrent à cheval , comme se l'ennemi les eust chassé , et s' fuyrenl vers leur embûche ; dont les aulcuns ne peurent oncques venir si à poinct que furent raltaîns , cspéciallement ung genti homme d'armes nommé Alloyer, auquel, à première empainte qui fut sur luy, luyperv-i la cuisse de part en part, abaiant homme et cheval. Et pour parfournir son poindre, vint aux aultres , cculx qu'il povoit ratlaindre , et du tronchon de sa lance rompue rua sur eutx de felles et degrans cops, à deux mains, cl leur dist des injures beaucop et lanl que ce fut mer^ veilles , et espéciallcment à ceulx qu'il tei gens de conduite et de gonvernement , qni ainsi povrement se portoient en telle ei piinse. Si les reniisl arrière et rebunta leur lieu et retourna vers sa ronle.