CHAPITRE LXXIV
Encore du siège île Snincl-Bicquicr.
Le Pont-de-Uémy doncques bruslé ainsi mis en gast, le duc tanlost s'en parly et vint devant Abbeville à toute la chevallerie de son liosiel , et laissa la route de gens-d'armes logiés aux fourbours. Si est vray que pour at tondre aulcunes communes des bonnes villes qui luy avoient promis service , il se tint par aulcuns jours en ladicte ville, jusques vers la fin de juillet que toutes ses besoingnes estoient apprestêes pour aller roecue le siège à Sainci Ricquier, dont il n'y a que deux petites lieues et plain chi'mia depuis Abbeville, duquel il priai son parlement en noble et fier arroy de prince. El vint jusques audicl lieu sonnant trompettes et clairons tellemcnl que l'ayr en reteuiissoit et la terre. Luy de son corps pour le dangier de sa personne , ne fui pas soutlcrtà esire lo|ïié en gens-d'armes sur les champs , en dun{;icr du Iraici et, des çanotu dont ils estoient birgetncni four^^-
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GEORGE CIIASTELLAIN.
nis dedcns ; mais se logea dans La Ferté qui ] voyés , car ce sont ceux qui se boutent aux
avoit esté bruslée nagaires , mais la muraille estoit remise saine et entière assez pour povoir porter garant cnconlre traict. Si s'en aisa icdict duc au mieulx qu'il povoit , et les vaillans chevaliers, dont il en v avoit moult, et les auUres gens-d'armes et communes se logèrent es lieux qui leur estoient députés par conseil tout ù Tentour , Tung ici , TauUre là ; celluy de Luxembourg devant la porte de Sainct-Jeban , au lez vers Auchy , le seigneur de Croy auprès de la porte de Sainct-Nicolas, devers Abbeville. Et à la porte du Héron qui est située en lieu hault vers le Crottov, là n avoit nulluy, ne sçay à quelle cause, ne si ainsi il fut conclud de faict appensé; mais sauvémcnt povoieut saillir hoi*s les assiégés quand il leur plaisoit , et recevoir gens aussi et messaiges, fust de jour, fust de nuyt. Toutesvoies , ne povoit estre par faulte de gens que ladiete porte ne fust assiégée , car au regard de la ville qui ne comprend pas grand tour , le duc avoit bien six mil combattans avec luy, et toutes gens fois et duys de guerre la pluspart.
- Or faisoient les assiégans fièrement leurs approches ^ et labouroient à toutes heures pour venir joindre à leurs murs, car plus en estoient près , plus en estoient asseurs, et lès aultres plus grevés ; si y avoit honneur, vous dis Je bien, très grand en approchier, car moult y faisoit périlleux, pour la cause que les ^"^.^IipS sont beaucop au descouvert entre la yille 0t que ceulx de dedans estoient vaillans hommes, aigres et coragieux, et tous expers et réconfortés de péril. Car certainement, en la première venue , ils firent merveilles d*armes^ et saillirent hors jusques à leurs barrières encontre leurs ennemis, au moins pour montrer signe de couraige , posé qu ils n^avoienl puissance de les rebouter. Dont . quand nécessité les constraindoit de eulx r^traire en leur fort et de recourir à la deflence do leurs murs, il ne faict à doubler que leur dîligonoe ne fust à redoubler beaucop et que olle donna du mesdùef largentent à ceulx du doluMrs , comnte d^autre pari U a ostè de ct>tt$tume en tel cas, et comme il advient tt>iis les jours ; meismes s^^uvent les
périls. Chascun en son endroict fit bien et le mieulx qu'il polt , l'ung en grevant par dehors , l'aultre en deffence par dedens. Et tiroient l'ung contre l'aultre fièrement, et faisoient tel estourmys que ce sembloient Ionnoires et fouldres qui descendoient du ciel à tous lez. Et certainement beaucop leur donna à souffrir l'ost par les bombardes et aultres gros veuglaires qui leur desrompoient leurs murs et leurs portes et adommageoient fort leur ville , et dedens tuoient gens et abattoient maisons. Et pareillement en tuoient-ils tous les jours de ceulx de dehors. A qui le malheur escliéoit , il le recevoit, et qui ne payoit le payai[;e de son corps , il escbappoit quicte pour l'aultrui. Or ne restoit jour que ceulx de Harcourt n'envoyoient gens et messaiges dedens la ville , et qu'il ne leur requist de leurs affaires et nécessités: s'il leuriailloitne vivres , ne riens , ils irouveroient mam'ère de les furnir. Si leur signifioit conmient il leur avoit envoyé en toutes les frontières du daulpliin de deçà Paris, en Ghampaigne» en Vallois , en Brie et Compiègne et ailleurs , requérir et prier chacun et tous capitaines que ils voulsissent venir à secours à ladiete ville de Sainct Ricquier, ou pour lever le siège ou pour combattre le duc de Bourgoingne qui estoit devant eulx fier et puissanL Si requirent auxdicts assiégés qu'ils ne se décoofortassent de rien et qu'ils se tinssent en bon espoir, car certainement ils auroiettl secours, ce savoit bien. Sy furent pour dire vray lesdicts assiégés tous resbaudis et re-soolagiés de leurs continus labeui'S; et les portoienC plus à doux que ils n'avoient faict par avant. Et à ceste occasion firent plusieurs sailliea pourmonstrer vertu et couraige à leurs ennemis , et les vindrent attamer en leur si^e , là où ils pensoient leur avantaige. Teb fois fut à leur proulit, tels fois à leur perte aussi ;. mais tant leur en prist bien que à deux oa trois fois, ils prindrent cinq ou six gentilshommes bons prisonniers, et les amenèrent avec eulx. Dont messire Ilémon de Bouber en fut l'uo.^; les aultres, Honnr Lallemanl^