‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 98 sur 494 · CHAPITRE LXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXX

Comment la TîUe de Dreux fut délivrée au roy d'Angle^ ferre , et des villes de Beaugency et de YUleneufvele-Roy qui luy furent délivrées.

Orlaissamesnous, vous savez, le roy ennemy à Mantes , durement mary de ce que le deffendeur de son heritaige, le noble daulphin, ne s* estoit présenté en bataille devant luy et qu'il s'estoit levé de son siège devant Chartres. Parquoy , pour faire nouvel exploit en son tout nouveau retour de delà sur ceulx que il n'aimoit gaûrés ,*pensant que en lieu de battaille non trouvée il conviendroit besoiogner aultrement, à toute sa grand puissance qui croissoit tous les jours et multiplioit de toutes pars, partit dudict Mantes; et s*en alla mectre le siège devant deux belles places et fortes as* sises haflit en un rocq bien deffensable et avanlagieusé ; mais de grand garde estoient à merveilles et bien esparses les deOenses Tune de Taultre. Sy avoit en la dicte place , pour la deffendre, de gens de guerre daulphinois huit cens environ ; lesquels, jà soit ce que hardement et honneur les accompaingnoient assez , se tenoient toutesfois bien deirière , quand se virent ainsy enclos de leur emie-

mi qui estoii mallement dur et de fier es- | tommac -, et esloicnl ses Iraiclieux vigoreux beaucop et austères , ce savoieut bien. Si se conseilloient Tung avec Taulre , comme en tel cas il fauU , et regardoient sur leurs affaires le plus honneste et le plus convenable. Et véoient la puissance de leurs ennemis grande et; la leur petite , et leur seigneur de devant Chartres retiré nouvellement et mal presl en leur secours. Si mirent de [difficulté beaucop en leur cas; et jugoient assez mal conduisable de eulx povoir sauver par cslrif , ne de povoir garder la place non prinse. Et quoy que de povoir et de devoir conclurent de y monsirer assez pour honneur garder et foy maintenir , mais cela à la longue nepourroitsouffire si avant qu'il leur feroit mestier ; si leur sembloit et vray fust. Ne fait à demander dont se Tanglois roy estoit garny d'artillerie et d'engins pour les saluer rudement de loing sans leur donner bonjour. Certes ouy , car estoffe y avoit terrible et d'ouvriers pour ouvrer bien à propos ; desquels il les menas soit pour les mectre en œuvre durement à leurs despens, s'ils ne s'avisoienl temprement. Si les envoya semondre par ung héraull pour rendre la place , et de choisir quartier de sauveté aultrc part s'ils vouloient , ou si non , et qu'il faulsist que force les humiliast en riguer, ils pourroientbien trouver traictié à l'aventure qui leur seroit dur ; et pourtant s'avisassent de faire tost ou de répondre , car par l'ung des bouts, leur mandoit-il, les auroit ou prins ou rendus. Dont ne fait à doub* ter toutesvoies que, comme nobles et vaillans hommes approuvés de leur mortel ennemi , ils en monstrassent toutes aigi^es etfelles deffences mortelles qu'ils povoiént , en quoy ils monstroient bien que plus contrainte que faulte de hardement leur estoit cause d'entendre à traictié , quand ce viendroit au besoing , et leur seroit excuse en leur honneur. Aussi, certes, orgueil et force s'y povoieni bien mectre sus entre eux pour commencement ; mais mallement s'y povoient-ils continuer ne parconduire , entendue la circonstance tout à l'entour, dont il n'y avoit point une seule pour eulx. Yeullans doncques remédier en évident péril par sens plustost que par folle présump-

GEORGE ClIASTELLAIN. [i4M]

leurdicte place de Dreux au roy leur ennemy, sur condicion que , si dedens cinq ou six jours n'estoicnt secourus et dessiégés par leur prince et seigneur le vray héritier françois, prestement le feroient obéissance et s*eB yi'oient aultre part en leur aventure , là où il plairoit à Dieu. Et de ce donnèrent certaines et bonnes asseurances de l'accomplir; et le roy les receut, plus joyeulx toutesvoies que le secours leur poeult venir et que rouYertwe luy fust faicte par non y entendre ; car ne desiroit aultre que d'avoir la bataille, et eapedallement encontre la personne de son adversaire , pensant que celuy oultre , par aiilcni hazart de fortune il estoit au dessusde tousses désirs et n'avoit mais nuUuy qui le coatredist. Les jours passèrent l'ung après l'aulire, et ne vint nuUuy qui les délivra, nonobstant qjo» leur nécessité estoit sceue assez en Tost du danlphin , mais lors n'estoit point heure d'y en* tendre. Si déli\Tèrent la ville de Dreux ei le chastel en la main du roy anglois , comme l'avoient promis ; et par verta de leur traictié que ils ne povoicnt avoir aultre , s'*obiigérent de non luy faire guerre ne porter armes encontre ses allyés d'ung an toirt entier; et sur ce partirent , corps et biens sauves , et s*en allèrent à leur bon chois , ne sçay où.

Or ne desiroit riens tant cestny roy que de trouver son contrediseur le jeune daulphin en puissance pour avoir battaille à loy, pour la playe de son frère perdu, le duc de Clarcnce , qui lui cuisoit et s'en pensoit i venger, partie aussi pour mectre à fin en longue guerre par brief champiage de leurs deax puissances ensembles , affin de demeurer seul roaistre en ce royaulme 'paisible héritier, comme son proposement portoit , se Dieu autrement n'en eust disposé. Et luy estoit bien advis peut estre , pour la victoire obtenue h Azincourt, que toute la gloire françoise se devoii humilier soubs son cspée , et que c'estoit son appertenir. Quand donc se vit au dessus de la ville de Dreux, que bien et grandement laissoit garnye de ses gens, pour venir à Tattainte de ce qu'il quéroit tantost , se deslogea et tourna devers la rivière de Loyre , qui estoit la marche du daulphin , pensant que quand le dict daulphin le véoitse

tien, conclurent de octroyer la délivrance de [ approchier, ou par^ orgueil ou paraulcun

despit, il se pourroit bien disposer à bataille contre luy, etluy vouloir calangier entrée et passaige ; parquoy il auroit ce qu'il alloit quérant. Mais ne sçay de quel conseil meu , ou plus utille ou moins bonuorable, ledict daulphin ne s'y trouva point lors. Parquoy, en lieu de riens faire et pour laissier enseigne de y avoir esté , s'embattit ung peu en la ville de Baugency ; et par menasses et par voye de fait tant fit qu'elle se mist en ses mains. Et à tant se déporta de plus tirer avant, et print son retour en la Beausse, en laquelle, si comme il chevaucboit, ung jour s'apperceut comme soixante compaignons bien montés et armés le chevauchoient de coslé, quérans leur aventure ; et tendoient peut estre à férir en quelqu'endroict sur ung troppeau ou sur une queue mal arroutée , comme il s'en hit souvent. Si commanda cestuy roy qu'ils fussent contre-chevaucMés de plus belle et qu'on les poursievist rudement. Or ils estoient montés à l'avantaige trestous ; et s'apperceurent bien qu'on les barguignoit et que l'attente ne leur estoit pas bien saine. Si se mirent à la fuyte et à prendre pays devant eulx ^ et les aultres après à force de chevaulx , qui oncqiies ne les abandonnèrent de vue quoy que mal les povoient appréhender de corps. Mais craindant et doublant que le courir ne leur l^ourroit donner sauveté si bien que la retraicte , se boutèrent dedans Longuel , une place qui séôit là environ , espérans par armes et par delences y trouver salut plustost que ailleurs. Mais le roy an(>lois chauldement les fit assaillir et mortellement envahyr à tous lee; et ne leur souffroitTepos ne respit à paine de reprendre alayne , tant les liastoit à la mort. Si ne faict à racconter leurs deffences , car toutes celles au monde possible, y estoient , mais ne povoient donner garant. Si fut prinse la place et les compaingnons, et pour la cause que ung seul Anglois y estoit mort en ceste envahye, le roy meu de eruaulté tous les soixante fit noyer en Yonne. Et de là , tirant tousjours pays , alla mectre le siège devant Villeneufve-le-Roy, la quelle luy ftit rendue aussitosl j et y mit garpison pour luy.

CHRONIQUE DU DUC PHILIPPE

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