‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 27 sur 100 · H2 NID · texte numérisé non relu

H2 NID

NIDERBRONN est un grand village fort ancien , connu tant par les monuments romains qu'on y a découverts, que par ses bains, qui y attirent beaucoup d'étrangers pendant six mois de l'année. M. Schœpflin , Alsat. illust., tom. 1, pag. 473 , nous a fait connaître une colonne de pierre élevée à Jupiter, dont on avait découvert un fragment à Niderbronn. M. Oberlin , Muséum Schœpflini , pag. 20 et 22 , et tabula i, fig, 4, et lab. 2, fig. 1, décrit une statue de Pallas, trouvée en 1760 à Niderbronn et un autre monument romain , représentant un cavalier qui traîne après lui un prisonnier, découvert également à Niderbronn , en 1772. L'un et l'autre de ces monuments se trouvent aujourd'hui dans la bibliothèque de M. Schœpflin, qui obtint le premier de M. le comte de Lœwenhaupt et le second de M. de Dietrich. M. Oberlin , pag. 34 et tab. 2 f fig. 3> décrit aussi une pierre votive , élevée par un militaire de la huitième légion, sous le consulat de l'empereur Antonin Caracalla et du César Geta , ce qui revient à l'an 205 , qu'on tira, en 1755, de la montagne de Wasenburg, proche Niderbronn , et dont M. de Lœwenhaupt fit également présent à M. Schœpflin. Ce dernier, Als. illust., 1. 1, pag. 445, décrit aussi une petite chapelle élevée à Mercure , sur la montagne de Wasenburg , et en rapporte l'inscription déjà publiée , mais fautivement , par d'autres auteurs. Rœslin , Von Elsass und wasgavischen Geb'ûrg , pag. 195 et 205 , parle de plusieurs médailles de l'empereur Antonin, mort en 161 , trouvées à Niderbronn, d'où il conjecture que cet empereur vint visiter avec Faustine, sa femme , les eaux thermales de cet endroit. M. Schœpflin , Als. illust,, tom. 2, pag. 238, nota T, remarque aussi qu'on trouva , à Niderbronn , outre la statue de Pallas, plusieurs autres pierres et un vase de terre, avec

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le nom du potier , qui s'y trouvait écrit en ces mots : Belesus F.

L ancien nom de cet endroit est Brunn, Born ou Burne, ce qui signifie puits , ou fontaine ; Scherzii Glossarium Germaniciim , medii œvi, tom. 1, pag. 204. Ce ne fut que vers le milieu du quatorzième siècle, qu'ayant formé deux villages séparés , l'un fut nommé Niderbronn , et l'autre Oberbronn. Burcardus advocatus de Burnen et Volmarus plebanus de Burnen , sont nommés dans la charte de Henri de Werd, landgrave de la Basse-Alsace , de 1229, pour l'abbaye de Neubourg ; Als. dipl. 9 tom. 1 , pag. 364. Le môme Volmarus plebanus de Burne signa, en 1241, la charte de Thierri , comte de Werd , pour la môme abbaye ; ibidem, pag. 385. Niderbronn était dans son origine un fief impérial , possédé par les landgraves de la Basse-Alsace dé la maison de Werd. Le landgrave Ulric, du consentement de Jean , son fils , accorda das Dorff Burne bi Risenshoven, mit Zwinge, Banne, Lulen , Gutteren, Kirchensatz, Leyen Zehenden, Gerichte, Walde, etc., qu'il tenait en fief de l'empire , à Jean et Otton d'Ochsenstein en sous-fief, en l'an 1331 , de façon que si les landgraves venaient à décéder sans héritiers légitimes du fief, les Ochsenstein relèveraient Niderbronn de l'empire ; Bericht vom Adel in Teulschland, pag. 251. 11 faut remarquer que le landgrave Ulric avait vendu Niderbronn Tannée précédente 1330 , sous faculté de réméré , aux mômes Ochsenstein ; Als. illust. y tom. 2, pag. 238. Malgré cela , le môme Ulric, du consentement de Philippe , son frère et de Jean, son fils, vendit, en 1332, das Dorff und den Kirchensatz mittenander zu Nidernbrune à Hannemann et Louis de Lichtemberg, avec d'autres biens ; Als. dipl., tom. 2, pag. 146, Cette vente n'empôcha pas les Ochsen-

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stein de rester en possession de la seigneurie de Niderbronn, comme le prouve l'acte de partage de 1336, où les Lichtemberg renoncèrent à leur droit, et depuis ce temps les Ochsenstein continuèrent d'être investis de Niderbronn comme d'un fief de l'empire ; Volmar, par l'empereur Sigismond, en 1418 ; Georges, par le môme, en 1437, et par Frédéric IV, en 1442 et 1484 ; Alsat. illust., tom. 2, pag. 216 et 238. L'investiture , par laquelle Frédéric investit , en 1484 , Georges d'Ocbsenstein : dos Dor/f A' idemburen mit sumpt dern Kirchensati (Als. dipl., tom. 2, pay. 422/ , est la dernière où Niderbronn paraît comme fief impérial. Cet endroit, ayant été omis dans l'investiture de Henri, comte de Deux-Ponts, qui avait épousé Cunégonde d'Ochsenstein , et qui avait succédé dans les biens de Georges d'Ochsenstein , son frère , mort sans enfants, en 1 485, Niderbronn fut regardé comme un bien allodial. Le comte Georges , fils de Henri de Deux-Ponts , vendit , en 1520, la seigneurie de Niderbronn à Reinhard, son cousin ; Als, illust., tom. 2, pag. 238. Amélie, petite-fille de Reinhard et fille de Simon Wecker, comte de Deux- Ponts, obtint, eu 1541, la seigneurie de Niderbronn avec le reste des allodiaux que la maison de Deux-Ponts possédait en Alsace , en vertu du traité de Heidelberg , passé en conséquence ; Als. dipl., tom. 2 , pag. 463. Cette seigneurie passa ensuite, en 1543, à l'oncle paternel d'Amélie, Jacques, comte de Deux-Ponts, en vertu d'une somme de huit mille cinq cents florins qu'il paya aux tuteurs d'Amélie. Il la laissa, en 1570, aux comtes de Hanau, qui étaient ses petits-tils par sa fille ; voyez en ce qui concerne le reste des changements arrivés dans cette seigneurie, Schœpflin, Als. illust., tom. 2, pag. 238 et 239. Elle est aujourd'hui possédée par M. le comte de Dietrich , qui est au même

MDEKHItONN

titre décimateur universel du ban et collateur de la cure. Les comtes de Hanau avaient fait bâtir, à Niderbronn , un château qui est aujourd'hui négligé.

Les seigneurs de Fleckenstein avaient autrefois une cour seigneuriale à Niderbronn , qu'ils tenaient en fief de l'abbaye de Hohenbourg. Henri de Fleckenstein eut à son sujet, avec Pierre d'Andlau, une difficulté qui fut soumise, en 1355, à l'arbitrage de Gosson Sturm , burgrave de Strasbourg, et qui en partagea les revenus entre les deux prétendants ; Als. illust., tom. 2, pag. 239. Il y avait aussi une autre cour ou villicature , que les seigneurs d'Ettendorff tenaient en fief des ducs de Lorraine. Reimbold d'Ettendorff reconnaît, en 1366, tenir villwaturam in villa de Niderenborne en fief, de Jean , duc de Lorraine ; Als, dipl., tom. 2, pag. 256.

Il y avait autrefois une famille noble qui se nommait de Burne , ou de Born , éteinte vers le milieu du quinzième siècle. Budpertus de Burne est témoin d'un diplôme de Henri VI, pour l'abbaye de Neubourg, de 1196; Als. dipl., tom. f, pag. 305. Une charte de Henri , évêque de Strasbourg, de 1 269, fut donnée présente B. de Burnen milite ; ibidem, pag. 464. Lambert de Born vivait en 1314; Hertzog, lib. 3 et 6 , pag. 59 et i56. Guillaume de Born est rappelé sous l'an 1400 ; idem , lib. 6 , pag. 156. Fritschmann de Born vivait vers le même temps ; idem , lib. 3, pag. 53. Celui qui illustra le plus cette famille, fut Lambert de Burne, fils de Guillaume de Burne, successivement abbé de Gengenbach en 1348, évéque de Brixen en 1358, de Spire en 1364, de Strasbourg en 1371, et deBamberg en 1375, mort en 1398.

On lit dans Zeiler, Topographia Alsaliœ , pag. 8 , que

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Philippe , comte de Hanau , fit rebâtir l'ancienne maison des bains de Niderbronn.

Niderbronn est composé d'environ 58 familles catholiques, 124 luthériennes et 19 juives. Les catholiques sont desservies par un curé royal résident qui y est établi depuis quelques années , et les luthériens par un ministre résident nommé par le seigneur. L'église est sous l'invocation de saint Martin. Les catholiques y ont repris possession du chœur en l'an 1681. Avant le luthéranisme, il y avait à Niderbronn un rectorat , un plébanat et un primissariat. Oberbronn , où il y avait alors également un primissariat, dépendait aussi de la cure de Niderbronn. On lit dans Hertzog , lib. 3 , cap. 16 , que la chapelle de Niderbronn , ainsi que l'autel de la Sainte-Vierge , dans l'église paroissiale, furent consacrés en 1447.

11 existe une Dissertatio chemico-medica de fonte medicato Xiderbronnetisi , par Jean-Louis Leuschenring , imprimée à Strasbourg, en 1753, qui forme 80 pages in-4°. Il fit l'examen chimique des eaux de Niderbronn, sous les auspices de M. Spielmann. M. Spielmann , dans son Mémoire sur le bitume d'Alsace, écrit que les analyses des eaux de Niderbronn et d'un puits dans le Jaegersthal , lui ont fait voir qu'il y avait du bitume dans ces endroits.

Les premiers qui ont fait mention des eaux de Niderbronn , furent Jean-Guinther d'Andernach , professeur en médecine à Strasbourg, in commentario de balneis et aquis medicatis, Argent., i565 , dialog. 1 , pag. 93; Théodore- Jacques de Bergzabern , médecin de Worms , neven Wasserschatz, Franco fur ti ad Mœnum, 1584, pag. 539 et 553; Elisée Rœslin, médecin de Haguenau, in des wassgainschen Geburges gelegenheit, Argent., an. 1593, qui donne, cap. 4, une longue description , tant politique que topographique

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et médicale de Niderbronn ; Jean Bauhin , médecin de Montbéliard , de aqua médical, nov. method. et hist. font, bollensis, Montisbeligardi , 1611, lib. 3, cap. 34, pag. 215 et 269 ; Bonaventure Reyhing, médecin de Hanau, Kurtze Beschreibung des Niderbronischen Wassers , Slrasburg, i662 , qui n'est qu'une description copiée entièrement de Rœslin ; Salomon Reisel, médecin de Hanau, Niedcrbronner-Bads-Arth , Eigenschafft , W'ùrckung und Gebrauch , Strasburg , 1 664 ; Leuschenring , Dissertation, citata ; Zuckerts, Systematische Beschreibung aller Gesund-Brunnen und Bàder Teutschlands , Berlin und Leipsick, 1768, pag. 206 ; Richard de Hartesierck , Becueil d'observations de médecine des hôpitaux militaires , tom. 1 , pag. 234 , Paris , 1766 , et François- Antoine Guérin , Dissertatio chemico-medica de fontibus medicatis Alsatiœ , Argent., 1769, pag. 18-23. Mais entre ces auteurs, il n'y a proprement que M. Leuschenring et M. Guérin , qui en aient donné une notice ex professo exacte et suivie. Les uns, comme Guinther d'Andernach, Théodore de Bergzabern et Bauhin , n'en ont parlé que per transennam. Rœslin s'est plus attaché à la partie politique et topographique, qu'à la partie médicale et chimique, peu développée dans le siècle où il vivait , et dans ce dernier point Reyhing et Reisel n'ont été que ses copistes. Il y a cependant des observations essentielles qui ne sont pas à mépriser, tant dans l'ouvrage de M. Richard de Hautesierck, que dans celui de M. Zuckerts.

Niderbronn est situé à l'entrée orientale de ces gorges de la Vosge qui séparent l'Alsace de la lorraine et qui conduisent à Bitsch. Ce village est éloigné de six lieues de Bitsch, de quatre de Haguenau et Bouxwiller, de deux de l'abbaye de Neubourg , de six de Weissenbourg et de

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neuf de Strasbourg et d'une demie-lieue d'Oberbronn. Il est situé dans un bon pays , fertile en toutes sortes de grains et d'arbres fruitiers, et où il se trouve même quelques vignes. Le milieu du village est arrosé par un petit ruisseau, nomme Falckensteinerbach, qui sort des Vosges et qui se jette dans la Motter, à quelque distance de Niderbronn. Ce ruisseau produit de bons poissons blancs, alburnos , des goujons et des truites. Niderbronn a, à l'occident, une forêt épaisse et à l'orient une plaine très-fertile. Les montagnes voisines sont remplies de métaux et de pierres à fusil.

Quoique les eaux de Niderbronn paraissent froides au tact , cependant le thermomètre de Farenheit , qui y est placé dans quelque température de l'air que ce soit , y monte constammant au 63" degré selon Leuschenring, pag. i5 y et au 60 e selon Guérin, pag. i9.

L'odeur de cette eau est semblable à celle de la terre mouillée, mais exposée à l'air, cetle odeur disparaît bientôt , pag, 20 ; sa pesanteur est plus forte que celle de l'eau de pluie et de l'eau de fontaine , pag. 22 ; son goût est entièrement semblable à celui de l'eau commune salée. Quand elle est tirée , elle est très-limpide et très-transparente, comme toute autre eau tirée de source, pag. 24; elle se mêle avec le lait et ne le fait pas coaguler, pag. 29; elle ne dissout pas le savon , pag. 30 ; elle amollit trèsbien les légumes qu'on y fait cuire , et les linges qu'on y lave, se teignent d'une petite couleur de rouille, pag. 33. Une mesure d'eau de Niderbronn forme trois livres , onze onces et six dragmes d'eau simple , huit grains d'acide vitriolique, trois grains de terre vitrescente , deux grains de terre alunée , trois grains de sel admirable , deux grains de terre de sel commun , un peu de. pétrole et de

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safran martial ; une dragme et 27 grains de sel commun , pag. 43. Les eaux de Niderbronn ont beaucoup d'analogie avec celles de Wisbaden, et les premières ne diffèrent des secondes que par une moindre quantité de sel qu'elles contiennent et par l'odeur que n'ont pas les dernières. II faut aussi remarquer que celles-ci sont beaucoup plus chaudes que les eaux de Niderbronn. Il conclut que celles de Niderbronn ne cèdent rien en vertu à celles de Wisbaden , pag. 44.

Dès l'an 4592, les médecins de Strasbourg conseillèrent de boire les eaux de Niderbronn , comme le rapporte Rœslin , pag. 54. Leuschenring , pag. 50-59 , décrit les vertus des eaux de Niderbronn prises intérieurement. Il les conseille surtout pour les obstructions, et pag. 60-72, quand elles sont prises comme bains froids et comme bains chauds.

L'effet des eaux de Niderbronn dépend principalement du sel marin dont elles sont chargées. Leurs sources sont renfermées dans deux bassins et sont très-abondantes. Ces deux bassins , dont l'un plus voisin des montagnes , nommé Oberbrunnen, et l'autre Unterbrunnen, fournissent, selon Leuschenring, pag. 12, et Guérin , pag. 18, fournissent six cent quatre-ving-seize livres d'eau par minute, ce que M. Renaudin , dans ses Mémoires fournis à M. Richard , évalue à plus de cent soixante pots d eau. Quoique cette eau , étant tirée dans un vase tranquille , soit très-limpide et très-transparente, comme toute autre eau de source, elle parait cependant trouble dans ses bassins, dont le fond est rempli de limon. Ces bassins n'ont pas été nettoyés depuis la fin du seizième siècle , c'est-àdire depuis 1592 , qu'ils le furent par ordre de Philippe, comte de HanaU , comme le raconte Rœslin , qui écrivait

en témoin oculaire , qui ajoute que ce fut l'ouvrage d une année entière et qui remarque , pag. 86 , que l'eau resta alors claire pendant quelques jours. Cette eau produit cependant ce phénomène qu elle devient très-claire tous les sept ou huit ans, quelquefois pendant quelques heures et d'autres fois pendant quelques jours. Cela arriva particulièrement au mois de juillet 1737 et au 1 er janvier 4750, comme le remarque Leuschenring , pag. 12 et 13. Alors on en peut voir le fond , qui est de quinze pieds de profondeur. On remarque dans le grand bassin, ou Oberbrunn, une pyramide de pierre creuse , que Philippe , comte de Hanau, fit poser en 1592 sur une source , afin de la conserver plus pure , et qui est décrite par Rœslin. Cette pyramide est de trente pieds et représente un cône convergent. Mais depuis ce temps, ce bassin et cette pyramide ont été tant couverts de pierres et de limon , qu'on n'y trouve plus qu'une profondeur de quinze pieds. La pyramide a eu d'ailleurs des ouvertures et mêle son eau avec celles de quelques sources douces du bassin. 11 faut aussi remarquer que les eaux qui sortent de ces bassins, tombent par des canaux dans le ruisseau de Falckensteinbach.

On voit encore , près de l'église de Niderbronn , les ruines du château et celles de la maison de bain , bâtie par le comte de Hanau.

M. Guérin , pag. 19 , dit que d'après les expériences faites sous la direction de M. Spielmann , un verre rempli d'eau de fontaine ordinaire, pesant 14 onces, 4 dragmes et 53 grains, lorsqu'il est rempli d'eau de Niderbronn , pèse autant d'onces, mais cinq dragmes et dix grains de moins. H raconte ensuite, pag. 19, 20 et 21 , différentes expériences qu'il a faites sous la môme direction.

NIDERBRONN

Il dit aussi , pag. 21 , que quatre livres de l'eau de Niderbronn produisent environ trois livres, onze onces et six dragmes d'eau ordinaire, huit grains d'acide vitriolique, trois grains de terre vitrifiable , deux grains de terre de sel commun , une dragme et vingt-sept grains de vrai sel commun , deux grains de terre d'alun , trois grains de sel de glauber. Il en a retiré aussi un peu de pétrole , d'ocre et de safran de mars.

Ces eaux sont, suivant ses différents usages, émollientes, abstergentes , tempérantes, apéritives, diurétives, purgatives , etc. On les boit , mais on s'en sert plus communément pour les bains. On est peu dans l'usage de les transporter. Elles produisent des effets marqués , principalement dans les obstructions , les rhumatismes , les sciatiques , les maux hystériques et hypocondriaques , les ankiloses, les dartres, la galle et dans différentes maladies de la peau.

A une demie-lieue de Niderbronn , sur le chemin qui conduit à la forge du Jsegerthal , est une censé ou bien emphitéotique , nommé Reissacker , et connue autrefois sous le nom de Reissackerhoff , appartenant à M. Mader, ancien archivaire de la seigneurie d'Oberbronn. Le propriétaire de cette censé voulant, en 1786, réparer un mur qui sépare son verger de la prairie voisine , fit déterrer des moellons qui se trouvaient sur les lieux. Les ouvriers qu'il employa , découvrirent un vieux mur ; ceux-ci , en avançant davantage, trouvèrent, à la profondeur de quatre pieds , la terre écroulante sous eux et un de ces ouvriers enfonça même jusqu'au col. De plus amples recherches découvrirent d'un côté les fondements d'une tour ronde , ayant seize pieds de diamètre, et d'un autre un petit appar-

MDEREHEMIEIM

tement muré, revêtu en -dedans de briques, qui avait cinq pieds de longueur sur quatre de largeur. Chaque angle du carré avait un tuyau de trois à quatre pouces , fait de briques en forme de cheminée ; le fond consistait en une plaque très-unie , que Ton crut être de fer, mais qui réellement était maçonnée. M. Eissen , curé luthérien de Niderbronn, ayant été appelé à l'endroit, reconnut que cet appartement formait un Hypocauslum , ou ancienne étuve romaine , assez bien conservée. Il fut encore plus confirmé dans son sentiment, lorsque aidé par M. Weiss , graveur de Strasbourg, auquel on doit la planche ci-jointe, il trouva un tuyau de plomb pesant 23 livres , qui était placé horizontalement pour conduire l'eau de dessus la plaque.

On ne doute pas qu'on ferait encore des découvertes plus intéressantes, si l'on voulait continuer la fouille, d'autant plus qu'il y a apparence qu'il y avait près de cet endroit, un ancien édifice romain. On trouva, en 1717, au Reissacker, un chapiteau de cet édifice et un autel quadrilatère, représentant \e& figures de Mercure , d'Apollon , de Minerve et d'Hercule. Cet autel, dont Schœpflin donne la description , est aujourd'hui conservé dans la cour du jardinier de madame la comtesse de Lœwenhaupt.

NIDEREHNHEIM. Sous l'abbé Regimbert , qui succéda en 707, à saint Hidulphe, dans l'abbaye de Moyenmoutier, et qui mourut en 758 , une dame noble , nommée Theudelinde, mariée à Rupert, quitta le monde et prit le voile. Elle accorda , du consentement de son époux , à l'abbaye de Moyenmoutier , un bien considérable situé à Ehenheim ; Libcllus de succesnoribus S. Hildulfi , cap. 2 , apud Belhomme, in Historia Mediani monasterii, part. S, pag. i48.

NIDEREHEïSHEIM

Regimbert y bâtit une église en l'honneur de saint Maximin de Trêves ; pag. 149.

Velkiercheim et Hundenesheim , quem abbas et fratres asciverint et cui eas (villam) commendare voluerint, ipsum advocatum , vel melius dicam custodem habeant , ipsique , qui ad hoc vocati fuerint , prescriptam legem advoca-

tionis custodiant in quibus etiam locis villicos, decanos,

dccimatores, cœterosque officiâtes abbas et prœpositus ejus , quos voluerint constituent, et cum voluerint de officio dejicient. Ecclesiam Veltkierckeim in honore S. Maximini et alteram in honore S. Apri apud Hernigesheim (id est Krautergersheim) , ecclesiam nihilominus apud Hundenesheim canonice sœpe dicti fratres teneant , et capellam in honore S. Marie apud Ehenheim, nec quisquam de decimis , vel de reliquis ad ipsos pertinentibus eis calumniam facere audeat, dit l'empereur Henri , dans son diplôme pour l'abbaye de Moyenmoutier, daté de Strasbourg, 1114.

Curtis de Welchercha cum appendiciis suis, ecclesia beali Maximini cum capellis béate Marie et sancti Apri de Erguiseim , sont nommés entre les biens de l'abbaye de Moyenmoutier, dans la bulle du pape Innocent, de 1140.

L'abbaye de Moyenmoutier possédait à Niderehnheim le tiers du droit de Banward , comme il paraît par la lettre de l'abbé Jean, de 1258 ; Belhomme, part. 4, pag. 325.

L'abbé Alexandre confie, en 1263 , la garde de la cour de Weldkirch à Conrad de Landsperg ; pag. 330.

Conrad de Landsperg obtint, en 1275, pour sept ans, de l'abbé Alexandre , la garde des cours de Veldkirch , Hindisheim et Utratzheim, ibid,, pag. 334; idem en 1283, pag. 341 ; idem en 1294, pag. 343.

En 1319 , quelques nobles fondèrent une prébende sacerdotale dans la chapelle de Sainte-Barbe , à Nieder-

fHDERMUNSTER

Ehenheim, du consentement de Benzelin, abbé de Moyenmou tier ; pag. 346.

En 1 320 , Benzelin , abbé de Moyenmoutier, présente à la prébende de Sainte-Barbe , de Niederehnbeim , Henri Arzot, prêtre , qui fut investi par Gebehard de Fribourg , grand-prévôt de Strasbourg ; pag. 347.

En 1332, par bulle datée d'Avignon, du vi des calendes d'octobre , le pape , Jean XXII , unit et incorpora l'église paroissiale de Weldkircb , avec tous ses droits et appartenances , à l'abbaye de Moyenmoutier ; pag. 349. Cette union fut mise à exécution en 1333 , le jeudi après l'Assomption, par l'évêque Berthold ; pag. 351.

L'évêque Berthold érigea , en 1340 , la chapelle de Sainte-Barbe de Niderehnheim , en bénéfice perpétuel ; pag. 351.

L'official de la cour d'Ulric de Sigenowe , prévôt de Strasbourg , confirme l'abbaye de Moyenmoutier dans le droit de présentation à la chapelle de Sainte-Barbe , en 1347; pag. 357.

N1DERMUNSTER.

Ottilia in summo requietcit vertice montis ,

Ouilia Alsatici glotïa lau&que soli.

Mathias Ringmannm Philesius, in carminé mss. de Alsatia.

Nidermunstcr, dont cette planche offre les ruines , était une ancienne et illustre abbaye princière de la Basse- Alsace , située à sept lieues de Strasbourg et dans son diocèse , à trois de Molsheim , à une d'Oberehenheim et à autant de Barr, au bas de la montagne de Hohenbourg. Je venais de révérer, dans le monastère de Sainte-Odile , les précieuses dépouilles de la thaumaturge de l'Alsace :

NJDEKMUNSTER

je venais d'y baiser le tombeau qui renferme les cendres du duc Adalric, son père ; de celui qui a donné tant d'empereurs à l'Allemagne , tant de souverains à la Savoie , à la Lorraine, à l'Autriche, et tant de héros à l'Europe, dont le sang même coule encore dans le sang auguste de nos rois ; je venais de contempler avec admiration cette perspective étonnante qui portait ma vue sur presque toutes les contrées du Haut et du Bas-Rhin , lorsqu'en descendant dans la vallée qui se trouve à la demie-hauteur de cette montagne , je fus joint par un militaire respectable. Cet homme , décoré des marques distinctives de la bravoure et du patriotisme , retiré depuis plusieurs années à la campagne , consacrait ses derniers jours à la piété et à la bienfaisance. Nos pas nous conduisirent insensiblement près des ruines de Nidermunster. Ce brave gentilhomme me vanta beaucoup sa vie retirée et le bonheur de sa solitude. C'est là, mon cher abbé, me disait-il, que

Loin d'un monde vain et trompeur, Loin du bigot, loin du critique, Du petit-mailre parasite , De l'Agnès à fausse pudeur ; Loin du grand , tristement stupide , Loin de nos abbés sémillants , De nos barons à tête vuide , De nos robins à froid bon sens ; Sans besoins, comme sans envie , Je sens les charmes de la vie.

C'est là que je sais vivre heureux , En bannissant de ma pensée Et l'ambition insensée, Et les projets tumultueux.

Douces erreurs de ma jeunesse , Où se livrait mon cœur séduit ,

NIDERMU>'STER

Votre charme est enfln détruit Far le flambeau de la sagesse.

La vanité n'est qu'un tourment , La gloire une vaine fumée .

Et les douceurs du sentiment Valent mieux que la renommée \

C'est en continuant ces réflexions, que nous nous trouvâmes dans la vallée de Niderraunster. Ce canton, qui nous parut sauvage , nous présenta d'un côté cette roche superbe qui s'élève jusqu'aux nues, une fontaine limpide, où s'abreuvent en foule de dévots pèlerins , un côteau sur lequel viennent se briser les rayons du midi, des châteaux déserts*, demeures de notre ancienne noblesse. Nous vîmes d'un autre côté , des bouquets d'arbres isolés , des prairies presque desséchées, des bancs de gazon frais, des feuilles éparses sur le sol , des chapelles antiques 5 , des ruines pittoresques d'édifices sacrés , des ermitages délicieux , des gîtes conformes à pareille situation.

Que sont donc devenues, me demanda mon compagnon, en considérant tristement ces débris de la piété de nos ancêtres, que sont devenues ces utiles fondations du sexe, ces belles et riches abbayes de chanoinesses nobles , fondées autrefois dans la Basse-Alsace par des empereurs, des impératrices , des ducs , des évêques ? Hélas ! lui répondis-je , elles n'existent presque plus que dans l'histoire : elles disparurent toutes dans le cours du seizième siècle. Andlau seul , ce chapitre noble et princier, qui n'est éloigné d'ici que d'une lieue et demie , a subsisté et subsiste encore dans l'éclat de son origine et la régularité

* Bércngcr.

* Les châteaux de Landsberg, de Rathsainhausen, de Lucelbotirg, etc.

* La chapelle de Saint-Nicolas et celle de Truteubausea.

NIDEBMINSTER

de son institut primitif. Mais c'est aussi à cette régularité que cette abbaye , au milieu des guerres de l'empire et des troubles de religion , dut son bonheur et sa conservation. Andlau , au témoignage d'un historien du temps \ était sur la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième , l'exemple et l'édification de la province , tandis que les cinq autres abbayes canoniales du même sexe et du même état, Hohenbourg, Nidermunster, Saint-Etienne de Strasbourg , Eschau , Erstein , en étaient devenues le scandale. Ces asiles de la piété et de la pudeur étaient alors changés , suivant les expressions tranchantes du même écrivain *, en un temple de licence et de prostitution \ Voilà , ajoutai-je , la véritable cause des ruines d'une église , sur lesquelles vous gémissez , et que je vais vous faire connaître dans les temps d'une existence plus heureuse. Asseyons-nous près de ce tilleul , arbre bien respectable par son antiquité , puisqu'on prétend que ce fut un des trois que sainte Odile avait plantés elle-même à côté de l'église de Nidermunster *. Nous pourrons ici philosopher à notre aise sur l'instabilité des choses humaines.

Odile , cette vierge sainte et bienfaisante , la gloire de son sexe et l'ornement de son siècle, fut, vers l'an

1 Wimphe lingue, qui publia en 1508, son ouvrage de Episcopi* Aryentincntibus, pay. $6.

* Ibidem , pag. 2i el H5.

* On lit dans Peltre , Vie de sainte Odile, pag. SOS, que le feu, qui réduisit en cendres, en 1546, l'église et l'abbaye de Hohenbourg, n'épargna qu'une partie du feuillet d'un ancien missel , où l'on lisait cet introït de la messe du XX» dimanche après la Pentecôte : Onmia , quœ fecisli nohis , domine , in vero judicio fecitli, quia peccavimut tibi el mandatis lui» non obedivimus.

* Suivant sa vie , écrite au 12' siècle , apud Mabillonem , in Actit SS. ord. S. Benedicti, parle 2, aveuli S, tom. 4, mm. 14. Les deux autres tilleuls périrent entièrement dans l'incendie qui consuma, le 8 mai 1681, toute la forêt voisine.

NIDERMUNSTER

700 *, la fondatrice de Nidermunster *. Elle bâtit cette abbaye en l'honneur de la Sainte-Vierge , quelques années après la mort d'Adalric , son père. Elle avait commencé , de concert avec ce duc d'Alsace , à fonder sur la ctme de cette montagne que nous venons de quitter, et que sa situation fit nommer Hohenbourg , une nombreuse communauté de filles de qualité, qui , attirées par l'exemple et les vertus de leur fondatrice , vinrent de toutes parts s'y consacrer au Seigneur. On en fait monter le nombre à plus de cent trente.

Comme la fille d'Adalric savait allier les exercices de la vie active aux douceurs de la contemplative , elle fit construire au bas de cette même montagne , un hôpital pour y recevoir les pauvres et soigner les malades. Berswinde, sa mère, lui céda, dit-on, tous les biens qu'elle possédait à Bersch. C'est cet hôpital, peu éloigné de ces ruines, qui donna origine à l'abbaye de Nidermunster. Odile la fonda tout auprès, pour mettre ses compagnes plus à portée d'y exercer leur charité et leur zèle. Elle la nomma Nidermunster, ou Monasterium infwius, c'est-à-dire, Bas-Moutier, pour la distinguer de celle qui existait déjà au haut de la montagne 3 ; mais en formant ainsi ces deux communautés , auxquelles elle fit embrasser la règle canonique 4 , elle voulut que l'une et l'autre jouit d'une égalité

de prérogatives et de richesses. Les biens furent également

1 Kœnigshoven, Elsàssische Chronir.k, pag. 238, 278 et 401.

* Ceux qui voudront connaître plus en détail la vie et les vertus de sainte Odile, pourront consulter notre premier tome de l'Histoire de l'église de Strasbourg, pag. 341 et suiv., où nous avons rapporté , d'après Gebwiller, Peltre et Albrecbt, les faits principaux et intéressants qui la concernent.

' Voyex notre Histoire de l'église de Strasbourg , lom. 1, liv. 4 , pag. 34S et

* Pages 350 et suiv.

NIDERMUNSTER

divisés entre elles. Parcourez , monsieur, ce parchemin original , qui forme une espèce de testament que sainte Odile fit , vers l'an 708 1 ; vous y trouverez détaillés ceux qui, dans ce partage, échurent à Nidermunster.

Ne soyez pas étonné de voir la fondatrice dans cet acte, dont on aurait tort de suspecter l'authenticité 8 , prendre la qualité d'abbesse du Haut et Bas-Hohenbourg. Ce ne fut qu'à son décès, arrivé dans les vingt premières années du huitième siècle s , que chacune de ces maisons eut une abbesse particulière. Elle fut remplacée , dans celle de Nidermunster, par sa nièce Gundelinde , fille d'Adelbert, également duc d'Alsace. Celle-ci, marchant fidèlement sur les traces de sa tante, mérita d'être placée au nombre des saintes, ainsi qu'Emhilde, qui lui succéda 4 . Les reliques de Tune et de l'autre existaient encore à Nidermunster, en 1521 5 . Une partie de celles de Gundelinde fut transportée, en 1 594, à Einsidlen , en Suisse , où je les ai vues dans le trésor de l'abbaye.

Ce fut sous l'abbesse qui succéda à Eimhilde , et du vivant de Charlemagne, qu'arriva, en 803, l'histoire d'une croix miraculeuse , transportée à Nidermunster par un chameau. Le récit de cette translation , décrit avec emphase par le jésuite Lyra 6 , est plus propre à entrer dans la bibliothèque des romans , ou à parer le recueil de ceux

• Voyex notre Histoire de l'église de Strasbourg, Pièces justificatives, num. iS, pag. 42.

* Dissertation quatrième, pag. 90-94.

' Livre 4, pag. 555 et S56.

1 Ibidem, pag. 361, et Byœus, in Actis SS.. tom 1, octab., pag. 366.

1 Gebwiller, Leben S. Otilien , imprimée à Strasbourg en 1521 , pag. 61, et la Vie et miracles de Madame sainte Odile, imprimée à Epinal en 1616.

' Hisloria de antiqua , sancta et miraculosa Cruce Uolshemensi , imprimée à Molsheim en 1671.

120 NIDERMUNSTER

de chevalerie , formé par M. le marquis de Paulmy, qu'à faire partie d'une histoire véritable, ou d'une hagiographie édifiante. Cet amas de fables renferme cependant des vérités intéressantes , que j'ai fait connaître dans un ouvrage publié en 1776 \ Examinez , monsieur, ces anciens sceaux, ces armoiries éparses de l'abbaye de Nidermunster: vous y trouverez partout un chameau chargé d'une croix*. Jetez les yeux sur cette petite cabane de fermier que vous distinguez à un quart de lieue d'ici : c'est là qu'était autrefois l'ermitage de Saint-Jacques, c'est-à-dire, l'endroit où doivent s'être retirés les cinq cavaliers qui escortèrent cette croix. Vous apercevez à une demie-lieue d'ici , un petit village d'environ quarante feux , c'est celui de Saint- Nabor : vous trouverez, en y entrant, un arc de pierres de taille, où l'on prétend que le chameau , qui en était porteur, se reposa pendant quelque temps.

Je ne m'étendrai pas, monsieur, sur les diverses révolutions que l'abbaye de Nidermunster essuya dans les différents siècles ; elles feront partie de l'Histoire d'Alsace, que je compte publier incessamment sous les auspices du Gouvernement. Je ne vous ennuyerai pas non plus par de longues dissertations sur la couleur de l'habit que portaient les chanoinesses de Nidermunster, qui paraît avoir été noir 3 ; ni sur la règle qu'elles professaient, qui fut la règle canoniale de saint Augustin 4 . Je m'arrêterai encore moins à vous présenter ici la nomenclature suivie de ses

' Tonte premier, pag. 562-5G6.

* Oh trouve la figure de celle croix gravée dans la llexchreihuny von Hahenbury, publiée en 1781 par M. SUbermann, patj. 53.

1 L'annaliste de Colniar, apud Urstixium , in scrip. rer. Germ., pag. 16 , rappelle sous l'an i279, Midiramunster claustrum nigrarum monialium.

* Berlhold , évéquu de Strasbourg , dana ses statuts synodaux de 1345, les nomme veras canonisât regulares ordinis S. Auguttini.

NIDBBMITNSTER

abbesses f . La plupart des anciennes ne sont désignées que par les noms de baptême , mais lorsqu'elles commencent à y ajouter ceux de famille, on les voit, ainsi que les chanoinesses , issues des plus anciennes et des plus nobles maisons de notre province.

L'abbesse Heilwige obtint, en 1017, de l'empereur saint Henri , la confirmation des droits de son abbaye *. Edelinde, qui fut élue en H 74, fit réparer et orner, en 1197, la croix dont je viens de vous parler 3 , telle qu'on la voit eucore aujourd'hui dans l'église du collège de Molsheim , où elle fut transportée en 1580. Rodolphe de Habsbourg renouvela , en 1284 , les privilèges et biens de Nidermunster à l'abbesse Elisabeth , qui venait de succéder à Agnès de Gondreville. L'empereur Louis V de Bavière, investit, en 1322 et 1333, de tous les fiefs régaliens, Gertrude et Catherine , qu'il qualifie de princesses d'empire *. On trouve, en 1404, dans la liste des abbesses de Nidermunster, Elisabeth de Berckheim, à laquelle succédèrent, en 1411, Suzanne de Rathsamhausen ; en 1424, Anne, de la môme famille, et vers 1460, Adélaïde de Bock. L'avantdernière abbesse fut Ursule de Treubel , qui mourut à Strasbourg, le 3 avril 1514. Elle laissa , ainsi que Rosine

' Que j'ai communiquée à feu H. Silbermann, qui l'a insérée dans l'ouvrage que nous venons de cilcr, pag. $8 et $9. Cel ouvrage , orné de gravures , est véritablement utile à tous les curieux qui savent la langue allemande et qui veulent examiner tout ce que la montagne de Hohcnbourg et ses environs offrent d'intéressant. Il Tait autant d'honneur aux talents qu'au zélé patriotique de cet honnête citoyen , que la mort a enlevé le 11 février 1783 aux arts et à ses amis.

! Albrecht , llistortj von Hohenburg , imprimée a Schleatudl en 1751 , probal. pag. 3.

* Wimphelingue, pag. 55.

* Tous ces différents diplômes adressés ubbatiste inferiorix monaslerit in Uohenburch , principi sue dilecte , se trouvent originaux dans les archives de l'évèché de Strasbourg à Save me.

MDBRMtNSTER

de Stein , qui lui succéda , l'abbaye dans le plus mauvais état, tant pour la régularité, que pour les biens. Au décès de cette dernière , arrivé en 1534 , il ne restait plus que deux ou trois chanoinesses , parmi lesquelles Guillaume, évêque de Strasbourg , choisit Ursule de Rathsamhausen pour administratrice.

La huitième année de son administration fut fatale à JNidermunster. Tous les lieux réguliers, qui n'étaient pas voûtés, furent brûlés en 1542 Ursule de Rathsamhausen se retira à Barr, où elle vécut jusqu'à sa mort. Le peu de chanoinesses qui restaient , se retirèrent à l'abbaye de Hohenbourg, qui fut elle-même réduite en cendres, le 24 mars 1546 *. Erasme de Limbourg , successeur de Guillaume , dans l'évéché de Strasbourg , prit alors lui-même l'administration des biens de Nidermunster , et fit réparer une partie des bâtiments. Jean de Manderscheidt , qui le remplaça, obtint, en 1569, du pape Pie V, la réunion des revenus des deux abbayes de Hohenbourg et de Nidermunster à sa manse épiscopale *, ce qui fut confirmé, en 1575 et 1594, par Grégoire XIII et Clément VIII «. Il faut cependant remarquer que, dès l'an 1558, l'évêque Erasme avait accordé la jouissance des biens de la dernière au grand-chapitre de son église cathédrale , qui possède aujourd'hui la seigneurie entière de Nidermunster, avec tous les droits en dépendants. Il en obtint la propriété par un traité passé en 1682, confirmé en 1728 5 . Au reste, elle ne pouvait tomber en de meilleures mains. Les princes et les

' S|>eckle, in Colleclaneit mss., tom. 2, fol. 267 et 38S.

• Idem, tom. cit. fol. 275.

1 Pcltre, Vie de sainte Odile, imprimée à Strasbourg en 1719, pay 207.

* Histoire de l'église de Strasbourg, tom. 1, pay 300. 1 Ibidem, pag. 361.

NIDERMUNSTER

comtes qui composent cet illustre chapitre, versent journellement des largesses abondantes sur les pauvres de la ville et de la campagne.

L'abondance naquit, mais pour les malheureux.

Le feu du ciel qui tomba sur Nidermunster dans l'été de 1572, détruisit entièrement cette abbaye et enveloppa l'église, ainsi que l'hôpital voisin, dans les mêmes ruines 1 . Les murs qui échappèrent au double incendie , furent abattus en i585. Les pierres qui les formaient furent alors employées en partie aux fortifications de la ville de Benfelden et en partie à la construction de la tour de l'église d'Erstein 9 . Le restant fut accordé, en 1698 , aux Prémontrés de Sainte-Odile , auxquels le grand-chapitre céda aussi, en 1746, la jouissance des terres attenantes à Nidermunster et à l'hôpital 3 . Depuis ce temps, ils disent la messe pendant l'été, une fois par semaine dans la chapelle de Saint-Nicolas , que vous voyez tout près d'ici. Cette chapelle qui a échappé à la destruction de l'hôpital fondé par sainte Odile , a deux chœurs voûtés posés l'un sur l'autre.

Nous avons, monsieur, sous les yeux, le peu qui reste des ruines de Nidermunster 4 , et ces ruines vous feront juger que son ancienne église était du nombre de ces beaux et grands édifices qui furent élevés au douzième siècle 8 . Elle avait été consacrée, en 4180, par l'évéque de

' Speckle, lib. cit. fol. 448.

* Scliutlenheimcr, qui a donné, en 1 597» à Pribourg, en Brisgau , une nouvelle édition de la vie de sainte Odile, écrite par Gebwiller, in Noti», pag. 73. 1 Albrecht, pag. 401 , 418 et 419.

' Albrecht , pay. 321 el 522 , a donné le dessin de l'ancienne église , des bâtiments de l'abbaye et des lieux claustraux.

1 Speckle, tom. 1, fol. 74.

Mantoue, légat du Saint-Siège *. Ici nous voyons les débris de deux hautes tours , qui paraissent avoir été placées à son entrée ; là nous découvrons des traces de grosses colonnes de pierre qui soutenaient les voûtes. Cet arc de pierre de taille qu'on remarque, large de 18 pieds de roi, et qui séparait le chœur de la nef , peut donner une idée de la hauteur de l'église et de la largeur du chœur. Suivons tout le contour de ces ruines et nous trouverons que cette église avait 108 pieds de long sur 72 de large. Nous découvrons ici les traces d'une chapelle souterraine.

Nous allions pousser nos recherches plus loin , lorsque l'heure du départ nous força de nous séparer. Nous quittâmes ces lieux avec regret , et nous nous embrassâmes tendrement , bien résolus de nous revoir dans peu pour examiner les débris d'un mur romain , les ruines du monastère de Trutenhausen et celles des châteaux d'Andlau, de Landsberg, de Lucelbourg, de Kathsamhausen et de Spesbourg, que nous avions sous les yeux.

NIFFEKN. Il y a en Alsace quatre endroits qui portent le nom de Niffern , un dans la Haute et trois dans la Basse.

1° Le premier est le village de Nùfern , situé dans la Haute-Alsace et dans le bailliage d'Eschentzweiller, au diocèse de Bàle et l'archiprêtré dit entre les collines, dépendant de la cure de Zimmersheim. Cet endroit appartient à Mrs. d'Andlau. Rotlieb de Nu far tenait , en 1361 , Nufern à titre de fief de la maison d'Autriche ; Codex feudorum Austriac. sub Rudolpho IV, duce confectus. On en trouve

• Fragmentum hisloricum Irslisii, }>ag. #5.

NIFKERN

ensuite investi, en 1418, Llric de Huuss , d'où il passa, vers Fan 1430, à la maison d'Andlau , qui le possède encore aujourd'hui à titre de fief du roi ; Als. illusf., t. 2, pag. 60 cl 61. Lazare d'Andlau fut investi , en 1473 , du village de Nufar, comme d'un fief de la maison d'Autriche, par Pierre de Hagenbach , landvogt de Charles , duc de Bourgogne, en Alsace ; Als. illust., tom. 2, pag. 698.

Il y avait autrefois, en Haute-Alsace, une famille noble qui portait le nom de Nûffern. Eppo de Kuwennuar signa, en 1135, la charte de Bertholf , abbé de Mourbuch, fondant le monastère de Goldbach ; Als. dipl. , t. 1 , Rotliebus de Nuvar tenait , en 1301 , avec son cousingermain paternel, le village de Nùffern en fief, de la maison d'Autriche ; Codex feudorum supradictvs. Werlinus et Rutliebus de Nu/art sont encore rappelés sous l'an 1371 ; Als. illust., tom. 2, pag. 660. Les nobles de Nûflern s'éteignirent vers Tan 1 436.

2° Il y avait autrefois, dans la Basse-Alsace, au diocèse de Strasbourg et dans le chapitre rural du Hnut-Haguenau , un village nommé Nuffcrn , ou Nicfern , dépendant de la paroisse d'Lrweiller. Ulric, comte de Werd , landgrave de la Basse- Alsace , vendit, en 1332, dus Dor/f Nuffcrn, aux seigneurs de Lichtcmberg ; Als. dipl., tom. 2, pag. i46. Les deux tiers de la dîme de Niûern étaient autrefois fief de l'évêché de Strasbourg. Henricus armiger de Walten- Iteim habel in feodo duas partes decimarum de Niffren , dit le registre féodal de l'évêque Berthold , écrit vers 1330. Selon Hertzog , lib. S , pag. 45 , ce fut Baltram de Sultzbach qui vendit, vers le milieu du 14* siècle, le village de Niûern à Simon de Lichtemberg. Ce village est nommé Nuvarnen, dans une charte du môme Simon ou Sigismond de Lichtcmberg , de 1347 ; Ah. illust., tom. 2, pag.

NIFFERN

Cet endroit fut détruit vers le commencement du seizième siècle. Il n'en reste plus qu'un moulin , qui fait partie du ban d'Urweiller et est situé dans le bailliage d'Oberbronn.

3° Il y a aussi dans le diocèse de Strasbourg, à près de trois lieues de cette ville , à une demie-lieue de Rumersheim et à un quart de lieue de Berstett , un endroit nommé Niffern , ou Ifferen , qui était autrefois un village situé près du ruisseau de Neugraben , qui ne forme plus aujourd'hui que deux censés habitées par des luthériens, qui sont de la paroisse de Berstett. Il forme cependant un ban particulier, dont le chapitre de Saint-Pierre-le-Vieux, au titre de l'ancienne abbaye de Honau , est décimateur. Niffern appartient à la famille de Berstett, et l'aîné en est toujours possesseur à titre de majorât. La moitié de Niffern est allodiale et l'autre moitié est fief de l'évêché de Strasbourg (voyez Berstett). Boronus, petit-fils d'Adalric, duc d'Alsace , accorda en 748 , à l'abbaye de Honau , portionem meam, quod est Nuizwern , id est, tam terris, silvis pratis , pascius ; Hist. de l'église de Strasbourg , lom. 1 , pag. 70. Il est nommé Nivrida , entre les possessions de l'abbaye de Honau , dans le diplôme de Charles -le-Gros, de 884 ; ibidem, tom. 2, pag. 274. C'est le même Niufera, rappelé dans une tradition de l'abbaye de Fulde, de 788 ; Schannaty Tradit. Fuldcnses, nnm. S4. Il y avait anciennement à Niffern, une chapelle dédiée à saint Wendelin, qui est tombée en ruine depuis longtemps. Elle est le titre d'un bénéfice à la collation du prévôt de Saint-Pierre-le- Vieux. Conrad, évoque de Strasbourg, confirma en H90, une transaction passée entre le chapitre de Honau et le noble Garsile de Berstett , de quibmdam decimis apud Nifern, qu'ils se disputaient.

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