Craton Hofiman
Et autres.
Le magistrat de Selestadt a le patronage de la curerectorat ; le curé tient en outre deux vicaires manuels , qui administrent la paroisse sous ses ordres. Il y avait autrefois treize bénéfices ecclésiastiques possédés par autant de chapelains perpétuels , dont neuf étaient fondés dans l'église paroissiale , deux dans l'hôpital , un dans la ladrerie et un dans la chapelle de Saint-Nicolas du faubourg. Ces bénéficiers étaient obligés de résider, d'assister le curé-recteur et de faire avec lui l'office divin dans l'église paroissiale. Mais leurs revenus s étant perdus
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insensiblement, l'évéque Guillaume réunit ces le 25 juillet 1513, et les incorpora pour en former six chapellenies. Cette union fut confirmée par bulle de Léon X, du I e »" juin 1514. Ces chapellenies sont aujourd'hui réduites à trois et forment le titre de trois prêtres bénéficiera perpétuels , compétenciés des revenus de la fabrique, nommés par le magistrat et investis par l'évéque.
11 y a, outre cela, un quatrième bénéfice, dont le titulaire est appelé chapelain de la Sainte-Vierge. Il fut fondé le
12 avril 1708 , par Melchior Bittel , bourgmaître de Selestadt, et Anne-Catherine Fuchs , sa femme. Le magistrat en est collateur, mais il doit exercer le droit de patronage en faveur du plus proche parent du fondateur.
Il y a , dans l'église paroissiale , deux confrairies. La première , dite Raidt-Bmderschafft , sous le titre de l'Immaculée Conception , fut établie par bulle du pape Paul V, du 11 avril 1615. La seconde, érigée à l'autel de Saint- Jean , pour les maîtres charpentiers , maçons et tailleurs de pierre, doit son origine à une bulle du 10 avril 1504.
Au-dessus de l'églisQ paroissiale , et dans une salle qui y est attenante, est conservée l'ancienne bibliothèque que la ville y avait établie en 1462, mais qui depuis plus d'un siècle et demi n'a pas été continuée. On y transporta , en 1758 , les livres de la bibliothèque de Beatus Rhenanus , qui jusqu'alors avaient été déposés dans un appartement de la Kaufhaus ou de la douane.
Au mur de cette bibliothèque on lit ces mots d'un côté:
Pro christi lande lege libros, post hac claude. 1462.
L'acrostiche suivant se trouve d'un autre côté : rhenais I LIbrI anno hoC LoCI restItVVntVr , qVo prInCeps LoDoIX £Des saCras VIsItaVIt InsIgnIs pIetate, rodan progenIe CLarVs.
Cette bibliothèque, assez mal conservée, renferme outre plusieurs manuscrits relatifs au droit canon ou civil , à la théologie ou à la philosophie, qui sont des quatorzième et quinzième siècles, plusieurs livres imprimés de la première impression, un recueil de lettres originales, écrites à Beatus Rhenanus par Zwingle , Bucer, Paul Voltz , et d'autres savants avec lesquels il était en relation. Plusieurs de ces lettres portent en adresse : Beato Rhenanono totius
eruditionis antistiti Beato Rhenano omnium erudilorum
judicio vexe beato, etc. f un Teurdanck, imprimé sur velin et enluminé , dont Jacques Taurel , ou (Echsel, avait fait présent , en 1575 , à la ville de Selestadt, sa patrie, etc. On y voit aussi l'original des lettres de noblesse que Charles-Quint accorda, le 18 août 1523, à Beatus Rhenanus. La plupart des livres qui appartenaient à Beatus Rhenanus , sont chargés de notes marginales. On y lit , écrit de sa main , sur un grand nombre : sum Rhenani , nec muto dominum. On lui doit l'édition de plusieurs anciens auteurs latins, celle surtout de Velleius Paterculus, en 1520 , qu'il découvrit dans l'abbaye de Mourbach et qu'il donna sur le seul manuscrit qui existe aujourd'hui. Il mourut sans testament, mais sa bibliothèque fut donnée à la ville de Selestadt , suivant ses dernières intentions. On m'a montré, à Selestadt, la maison qu'il habitait autrefois , et on m'a assuré qu'on conservait dans les archives de la ville, la tasse d'argent dont il se servait pour boire.
Au cimetière de la paroisse, sur l'ossuaire , est la chapelle ruinée de Saint-Michel. Outre ce cimetière, il y en a deux autres , l'un à la porte de Strasbourg , l'autre à celle de Colmar.
A un petit quart de lieue de Selestadt, hors de la porte de Strasbourg, est la chapelle de Sainte-Anne.
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À une bonne demi-lieue de Selestadt , hors de la porte de Brisach , sur la route du Rhin , est la chapelle de Notre-Dame-des-Neiges , dite Illwald-Capell. C'est un pèlerinage avec grand concours de peuple. Cette chapelle est desservie par le recteur de Selestadt , et il y a d'ordinaire deux ermites.
Il y a, à Selestadt , un établissement de demoiselles de l'instruction chrétienne , que le magistrat a admis aux conditions d'instruire gratis les jeunes filles. Elles y vivent, conformément à leur règle , sous la juridiction spirituelle du curé. Elles tiennent des pensionnaires ; elles ne font aucun vœu , ni simple , ni solennel. Elles viennent originairement d'Ensisheim , où elles ont pris naissance vers l'année 1725, sous le titre d'Englische Fraunlein.
L'église paroissiale, bâtie sur une colline, est environnée d'un cimetière dont le sol s'élève beaucoup au-dessus du rez-de-chaussée des maisons voisines. Ce qui fait que les corps, que l'on y enterre pendant les chaleurs de l'été , font sentir très-distinctement dans ces maisons les différents degrés de leur putréfaction ; ce qui a fait juger à M. Lorentz, pag. 136 , qu'on devrait dorénavant transporter tous les morts, sans exception, au cimetière externe , qui est spacieux, bien aéré, exposé au nord et suffisamment éloigné de la ville, pour ne pas nuire à la salubrité.
Selestadt est une des anciennes villes impériales d'Alsace , qui tient son rang après Strasbourg , Haguenau et Colmar. Elle est située sur la pente douce d'un petit rideau qui borde la rivière d'IU , à une lieue de la chaîne des Vosges qui la couvre à l'occident , à quatre lieues du Rhin , à une lieue du fossé provincial qui sépare la Basse- Alsace de la Haute , dans la partie la plus étroite de la
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plaine d'Alsace. C'est un des passages les plus fréquentés de cette province , et on y aboutit par six grandes routes, qui conduisent en Alsace et en Lorraine. La campagne qui environne cette ville, est riante dans tous ses côtés et elle offre un coup d'oeil également agréable par la variété de ses productions et par les différents canaux qui l'arrosent. La partie de l'occident est plantée de vignes ; celle du nord est occupée par des terres labourables , des jardins potagers et des vergers. La face de l'orient et du midi présente une vaste prairie: celle-ci est bordée par deux forêts, dont une , tirant du sud au septentrion , peut avoir une lieue et demie de longueur sur environ trois ou quatre de largeur, et dont l'autre moins considérable , a conservé le nom de Burner, parce qu'elle dépendait autrefois du village de ce nom , situé à six cent cinquante toises au nordouest de Selestadt et qui fut détruit dans le cours du seizième siècle.
La rivière d'il! se partage près de Selestadt en plusieurs branches qui parcourent les côtés du sud , du sud-est et du nord-est. Les unes percent la grande forêt qui en a pris le nom d'Illwald ; une branche assez considérable baigne les murs de Selestadt, une autre fait aller le moulin bâti dans la Demi-Lune de la porte de Brisach , qu'on nomme le M'ùhlthor. La troisième branche , qui est éloignée de près de quatre cents toises de la ville, est remarquable par l'écluse qui fut construite en 1675 ou 76 , et par le moyen de laquelle on peut , à l'approche des ennemis , inonder tous les environs. L'Ill se gonfle même assez souvent par la fonte des neiges et les grosses pluies, ce qui la fait déborder au point que plusieurs fois dans l'année, elle entraîne trois à quatre pieds d'eau dans toute la partie méridionale. Ces fréquentes inondations rendent
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les côtés du midi et de l'orient très-marécageux. Aussi , lorsque les Selestadiens établirent et formèrent , sous le règne de l'empereur Sigismond, le chemin dit Neuen-Weg, qui conduit à Heidolsheim et Marckolsheim , et de là jusqu'au Rhin , on fut obligé d'y construire , dans l'espace d'une lieue, depuis Selestadt à la censé du Schnellenbùhl, jusqu'à trente-quatre ponts , tant pour passer les marais , que pour servir d'écoulement aux eaux. C'est ce qui a fait dire à Beatus Rhenanus, lib, 3, pag. 293, qu'en prenant ce chemin on croirait être en Hollande; in Hollandia putarcs esse.
Deux torrents sortant des vallées de Lièvre et de Villé forment, à l'occident de Selestadt, une rivière qu'on nomme le Giessen, qui, en traversant les vignes, dirige son cours vers le nord-est, passe sous un pont de pierre , à six cents toises de la ville, et se jette à deux lieues de là dans 1*111. Le Giessen, guéable dans les grandes sécheresses, s'enfle subitement par les pluies d'orage , change de lit et cause quelquefois de grands dégâts par sa rapidité.
Le terrain qu'occupe la forêt au midi et à l'orient, quoique entrecoupée par plusieurs canaux de 1*111 , est assez ferme. Il Test moins vers le nord , également arrosé par cette rivière. Celui qui avoisine de plus près Selestadt, varie. « Dans certaines parties du levant et du midi , dit « M. Lorentz, médecin et physicien de la ville de Selestadt, « dans son mémoire médico - topographique , Journal de « médecine militaire, deuxième cahier, avril il 84, p.l$8, « les premières couches sont grasses et argileuses ; dans < d'autres, le dessus est un sable ferme, de la profondeur « d'environ deux pieds. On trouve ensuite un sable mou- « vant, d'où naissent des sources d'eau sans nombre. « Vers l'ouest , depuis la ville jusqu'au pied des Vosges ,
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« on rencontre des couches également sablonneuses , € recouvertes d'une terre légère , maigre et pierreuse. > C'est ce sol qui est planté de vignes , quoique le grain y eut peut-être mieux réussi, puisque, outre que le vin qu'il produit est des plus médiocres , la vendange y est trèssujette à manquer.
Il n'est presque pas de plante usuelle qui ne croisse à Tentour de Selestadt : comme il y a des bois , des champs labourés, des prés, des marais, des ruisseaux, du sable, des graviers et de la terre grasse , elles trouvent toutes le lieu qui leur convient M. Lorentz , pag. 128 , en compte au delà de huit cents espèces , sans s'écarter de trois lieues. Il a découvert, pag. 129 y dans les forêts voisines, une espèce de garou ayant l'écorce plus rude en dehors et moins lisse en dedans que celui qui vient des provinces méridionales de la France, il dit aussi, pag. 129, que les montagnes d'Alsace, dans les cantons secs et graveleux, produisent un arbrisseau indigène , nommé uva ursi , qui ne cède pas en vertu médicale à celui des pays chauds.
La plupart des maisons de Selestadt sont mal bâties et peu commodes ; ce n'est que depuis une douzaine ou quatorzaine d'années qu'il s'en construit quelques-unes sur un meilleur plan. Les extrémités de la ville n'offrent que de petites baraques confondues les unes dans les autres et écartées par les fortifications dans certains endroits. Les rues , à l'exception de deux ou trois , sont irrégulières. Quoique l'étendue de la ville paraisse proportionnée au nombre des habitants , ils s'y trouvent cependant fort resserrés, parce que les églises, les couvents et leur enclos , l'arsenal , la douane et les autres bâtiments publics, occupent presque autant d'espace que les maisons des particuliers.
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Un canal, tiré du Giessen , par le moyen d'un réservoir en pierres de taille et d'une digue , arrive en droite ligne à la contre-escarpe de la ville , y entre par un aqueduc établi sur le fossé et la traverse dans son centre en allant d'ouest au nord-est. Il fait tourner quatre moulins , passe au travers de la tuerie, sert au métier des tanneurs et des chamoiseurs, emmène l'ordure des latrines et entretient la propreté des rues , dans les rigoles desquelles on fait passer l'eau deux ou trois fois par semaine. Un autre canal , qui n'a souvent qu'un demi-pied d'eau , se détache de 1*111» passe dans les fortifications et traverse l'extrémité méridionale de la ville sous le nom de canal des Capucins. Il lave les murs de l'hôpital militaire , il sert de retraite aux bateaux des pécheurs et d'abreuvoir aux chevaux de la cavalerie. Etant arrivé auprès de la porte de Brisach pour retomber dans 1*111 , il s'élargit en forme de bassin qui , lorsque les eaux sont basses , devient le réceptacle d'une vase qui se putréfie et infecte l'air. Comme on a , depuis quelques années, comblé successivement ce bassin, aussi inutile que nuisible , cette partie du canal se trouvera resserrée contre le rempart et l'on aura , du côté opposé, un quai de trente à trente-cinq pieds de large.
Les fossés des fortifications ressemblaient ci-devant à un marais. L'eau qui y refluait , dans les grandes crues de 1*111, et celle qu'ils recevaient par le moyen d'une écluse pratiquée dans le canal des Capucins , y croupissait faute d'issue et formait de grandes flaques qui exhalaient une odeur méphitique. Ces fossés furent mis à sec en 1 774 , par l'établissement de cunettes de douze pieds de largeur sur trois pieds de profondeur, et par un canal d'écoulement de trois mille six toises de longueur, qui traverse la forêt et se jette dans 1*111 , au-dessous du village de
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Rathsamhausen , à environ une lieue et demie de Selestadt.
La ville de Selestadt est assez peuplée , puisque dans 880 maisons , dont les plus considérables n'ont que deux étages , sans le rez-de-chaussée , et sur une superficie de soixante-seize mille huit cents toises carrées , y compris celle qu'occupent les églises , les couvents et leurs enclos, les bâtiments du roi , les édifices , places et promenades publiques , elle contient plus de sept mille âmes , sans compter le clergé , la garnison et l'état-major. M. Lorentz, pag. 143 , remarque que , dans un dénombrement que le magistrat fit faire en 1774, il s'y trouva 6706 personnes, 2937 en hommes et garçons , 3769 en femmes et filles. Il est certain que la population a augmenté depuis.
La majeure partie des bourgeois de Selestadt n'est pas riche , mais assez aisée. La fertilité du terroir, le débit facile des denrées que facilite la position de la ville , les pâtures publiques qui suffisent à l'entretien de beaucoup de bestiaux , le bois de communauté qui ne coûte que la peine de l'aller chercher, tout cela diminue les besoins.
Les casernes sont placées à l'extrémité et dans la partie la plus basse de la ville , couvertes d'un côté par le rempart et de l'autre par l'hôpital militaire.
L'air de Selestadt est sain et salubre. Il est exempt , dit M. Lorentz, p. 153, de toute affection endémique proprement dite et n'est point sujet aux maladies fréquentes dans les endroits trop voisins du Rhin , ou trop éloignés des Vosges.
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