‹ ŒuvresChapitre 12 sur 37 · DISCOURS SUR LŒTABLISSEMENT DES ASSIGNATS-MONNAIE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LŒTABLISSEMENT DES ASSIGNATS-MONNAIE

1790. — 27 Jiout.

Mbssieur Sy

Etonné d^abord, effrayé méme^ jePavouc , de la mef-

'inredes assignats -monnaie, et néanmoins ne voyant

gaère comment nous en passer , au milieu de tant d^emt-

barras I 61 avec si peu de choix dans les ressources ^je

m^étais réduit au silence sur cette matière , abandonnant

cette décision hasardeuse à des esprits plus exercés oti

'plos confians que moi , mais n^en suivant pas moins y

'avec Pinquiétude du doute et Fintérêt du patriotisme ,

^kms les monvemens que la nouvelle création des assi-

j^ats devait imprimer aux affaires. Aujourd'hui , muni

^Pexpérienceet des réflexions nouvelles, voyant la crise

*oknoa8 nous trouvons et les menaces de Pavenir, pressé

4'ailleuTS par les projets qui vous ont été soumis , je me

'fois décidé sur toutes ces circonstances réunies ; et je ne

lilance pas à vous exposer mon opinion actuelle sur le

'leiil parti sage et conséquent que ces circonstances sol-

Sdtent.

' Cette assemblée, obligée de mener de front beaucoup ^lV>bjet8 9 a déployé sur tous de grandes vues ; mais il n'en Cit aucun, ou très peu du moins, qu'elle ait pu amener i sa perfection ; et parmi ces objets qu'un puissant intérêt recommande, mais que de nombreuses difficultés «nrironnent , nous pouvons mettre les finances au pre^ ■lier rang.

lyO ORUVRES ORATOIRES

Kappelez-Yoïis | Messieurs j ces momena d^où nom sortons à peine ^ où tous les besoins nous pressaient t cruellement 9 où la Jette publique se présentait à la£ni comme un engagement sacré pour la nation, et oommi 1IU abîme dont on n^osait pas même mesurer la profi(m-

deur. Des biens immenses étaient en réserve ; maisoei

biens avaient une inimité de possesseurs qui les reg9^ daient comme leur partage. Armés de la rigueur est principes , de la force de Popinion ^ et du courage delà nécessité , nous déclarons la vérité ; ce qui n'exisUit qu'en système devient une loi ; les biens ecclésiastiqoMf réunis aux biens du domaine^ sont reconnus natîonaoxs et la France , qui ne voyait que le gouffre ^ voit alois d||i , quoi le combler | et respire pleine d^espérancf •

Cependant il y avait loin encore de la déclaration â^oii droit à son exercice ; et cet exercice ne pouvait pins tbi retardé. A Fexcédant des dépenses sur les recettes wHf naires y se joignait un déchet énorme des revenu^ i qû' fi^augmentait de jour en jour par Tétat déplorable db royaume ^ et la stagnation de toutes les afiÛres. HiBi besoins , mille dangers sollicitaient & Penvi dea aecMpi^ et dans le petit nombre d^expédiens qui se p celui qui parut le plus efficace réunit par-là mêtiae suffrages. Vous décrétâtes successivement f que procéderait à la vente de 400 raillions de biena xiaux ; et qu^en attendant que la vente en fût e le gage de cette vente et son produit anticipé ti< lieu de numéraire. Vous créâtes à cet effet | aouale d^assîgnats, des billets , espèce de lettres de change | 6ont j en fait de valeur ^ tout ce que peut être un effirt n^est pas de Pargent réel.

Cette mesure eut tout le succès annoncé par cens Pavaient conçue. Les mauvais effets présagés par adversaires ont été relégués parmi les fictiona

venses ; et la chose publique sortit alors de cet état de ^détresse qui nous menaçait d'ime ruine prochaine.

Mais ce n^était là qu^un remède passager^ et non une jCnre complète. L^effet ne peut avoir plus de latitude que la cause ne comporte. La restauration ducréditjientàdes ^combinaisons aussi délicates qu^é tendues ; et le rétablisjMment général auquel nous travaillons j doit nécessailement produire des embarras momentanés , qui empédieat le crédit de suivre de prè| l'espérance. Ainsi y le Jemps qui s^écoule ramène assez promptement les mêmes Jwsoins ; ces besoins ramènent la même détresse ; et iÊÊn% que nous n^établirons pas sur la base dont nous •tons reconnu la solidité, une opération vaste | une grande mesure générale ^ qui nous mette au-dessus des .événemens , noiis en serons les étemels }ouets ; et nous ^périrons de langueur , dans la vaine crainte d'une décision Jiardîe qui nous sorte de l'état où nous nous trouvons.

k Messieurs 9 qu'avez-vous pensé quand vous avez créé s assignats-monnaie ? qu'avez-vous dit à ceux dans les ains desquels vous faisiez passer ce gage de fidélité ? jpifous avez pensé que la vente des biens sur lesquels ce est assis , s'effectuerait incontestablement j quel [p'en fût le. terme. Yous avez dit aux porteurs d'assî- Lts : voilà des fonds territoriaux : la nation engage son »nr et sa bonne foi à les échanger en nature , ou à inger le produit de leur vente contre ces assignat» liles représentent; et si l'argent n'est lui-même qu'une irésentation des biens de la vie , vous avez pu donner ^ l'on a dû recevoir comme de l'argent ^.cette représention des propriétés territoriales y qui sont la première

richesses.

U £siut le dire , Messieurs , à l'honneur de la nation y. là» la confiance qu'inspirent ses promesses ; il faut le à l'honneur des lumières qui se répandent en France^

et (le rcsprît public qni natt de Tesprit de liberté : la do^ tri ne des assignats^monnaie est généralement entendoi et admise parmi nos compatriotes, telle quMle est professée dans rassemblée nationale. Ils savent fort Un distinguer ce que l'on appelle ailleurs , et ce qnenoni appelions jadisdn papier-monnaie d'avec notre papier to^ ritorial , et les hommes de sens qui sont patriotes y ne se laissent point égarer par des équivoques ou par de trompeuses subtilités. .

Je pense donc , Messieurs , après Phenrenx essai qn» nous avons fait y et en partant des lumières répandues nC: cette matière ; je pense que nous ne devons point changer.! de marche et de système ; que nous pouvons , qneaotti devons accomplir ce que nous avons commencé ; qii nous devons faire j pour la libération de la dette nationale j une opération qui n'admette d'autre interméditiis entre la nation débitrice et ses créanciers, que la mêoN espèce de papier actuellement en circulation, que cflsj mêmes assignats-monnaie , dont les fonds naticmanzÉt la nation entière garantissent le payement.

Je veux m'écarter également ici d^un projet par son étendue , et d'un projet insuffisant par sa dite. Je me défie d'une conception trop eztraordinairf| qui peut éblouir par sa hardiesse , et n'offrir au fond des hasards. Je propose , en satisfaisant à de vastes soins , de se borner néanmoins au nécessaire y et d*i server des mesures, tout en s'élançant dans une geuse détermination.

Je fais de la dette deux parts très connues ; Pnne qi est instante^ dont l'honneur et l'a justice pressent lai tion de s'acquitter incessamment : c'est la partie ble , la partie arriérée , les effets suspendus , de même ql le remboursement des charges et ofHces. L'autre est cal des contrats, des rentes quelconques j en un mot^ t

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pe qui n^est pas compris sous la, première dénomination* l^and la totalité de la dette n^estpas encore bien connue ; |aand la valeur des biens nationaux destinés à son paye* |Dent est moins connue encore , on ne peut savoir la— jnelle des deux surpasse Pautre ; vraiment il serait étrange qu^on se proposât d^entrée ^ de rembourser ce <|n'on ne doit pas, au risque de ne pouvoir pas alors Umbourser ce qu^on doit.

Je propose donc d^acquitter dès à présent la dette exi- ;fjible^ la dette arriérée ^ et la finance des charges suppribinées. C^est à cette partie de la dette publique que je borne ii remboursement actuel que nous devons faire ; et je mopose pour cela une émission suffisante d'assignatsi|nonnaie : car les émissions partielles pourraient bien apporter quelques facilités momentanées au trésor pu rUic; mais tout en affaiblissant le gage national, elles ne. Lftfaangeraient point Pétat de la nation, r Sans doute y Messieurs y vous êtes assez faihiliarisés ■vec les grandes affaires et les grandes vues, pour ne pas hrous étonner du fonds immense qu'un pareil rembourlent exige, et ne pas redouter les effets d'une pareille Fusion de richesses au milieu de nous. La masse Peaux que roulent les torrens et les rivières est prodi- ^ense, mais c'est dans TOcéan qu'elles se versent* Dès ^•temps notre sol est altéré, desséché^ et pendant (-temps aussi il absorbera ces eaux fécondantes avant fj^a les refuse, et qu'elles croupissent à la surface. Il aes^agitdoncquede garder une proportion entre le besoin ict le moyen d^y pourvoir, de manière que Pun n'excède Pautre.

Or^ Messieurs , deux considérations décisives se préitent ici • c'est que , d'un côté , nous avons un besoin mt de rappeler l'activité , la circulation dans nos l^uffidres ^ de nous y attacher en quelque sorte ^ un besoin

174 OEUVRES ORATOTllES

pressant des moyens qui les faTorisent : cVst qae ^ iê Paatre | las assignats-monnaie ^ en même temps qn% paient la dette ^ nous fournissent ces moyens d^éniuli" tion y d^activité ^ de restauration j et quand les befoimf k cet égard seront satisfaits ^ le surplus des assignats jUl en est, ie irop plein ^ qii^on me passe cette expression y se reversera naturellement dans le payement de la dette contra<:tée pour racquisition des biens nationaux. Dv cette manière j tous les effets qii^on peut attendre d^unt mesure bien calculée seront obtenus ^ autant dn mont-' que les circonstances peuvent nous permettre de Pd» pérer.

Car , Messieurs, on dirait, à entendre certaines sonnes , qui ne veulent jamais voir que le côté défiiTO^i rable ou incertain du parti que Ton propose j on dinSl' qu^il existe dans les embarras où nous nous trcavons, et dont il faut sortir , quoi quHl en coûte , une fiiol^S d'expédiens tout prêts , qui n^ont ni incon venions , ni incertitudes , et qui méritent hautement la préférence |*^ et, quand on examine ces prétendus expédiens , on * qu^ils nous jettent de Carybde en Sylla ; qu^ls né médient en aucune manière au mal qui nons preiM| et qu^on y sacrifie , je ne dis pas le présent à Tav^ ou Ta venir au présent, mais Tun et l'autre , tandis tp* importe si fort de tout concilier, de tout sauver â la:

Quand la pénurie des espèces nous tourmente; qi les métiers, les arts , les manufactures , le commi demandent à grands cris d^étre sustentés, es^ce nne: sure de restauration , je vous en fais juges, qne celle ne met pas un écu réel ni fictif dans les affaires? dis-je ! une mesure qui exige elle-même des rembÂni mens futurs et successifs^ sans créer aucun moyen satisfaire? Que se propose-t-on par là? Ne voit-oâ le gouffre? ou si Ton veut nous y précipiter ?

DE MIRABEACr* 1^5

>son8> Messieurs, fixer le mal dans toute son étendue j plntât) pénétrons-nous de cette espérance , tout se raiera ; les affaires marcheront vers un rétablissement iéral ; les esprits^ agités par le besoin ou par la crainte, rendront leur caime, quand ^industrie sera réveillée, md les bras retrouveront de Poccupaiion^ quand un K>rt énergique sera employé à un mouvement néces* re, quand enfin la circulation des espèces, par des yens sages et faciles , atteindra les classes moins aisées la société.

Tout s^arance, par Pardeur et la constance infatigable ros travaux, dans Touvrage de notre constitution, lîi s'il faut que la constitution soit achevée pour ré- Kr tout à fait Pordre et la prospérité, croyez aussi 'an commencement d'ordre et de prospérité n'est pas iai nécessaire pour la faire marcher à sa fin. Croyez ^attendre tout d'elle, c'est la faire précéder de trop hasards; c'est peut-être l'exposer à être renversée int qu'elle ait atteint sa perfection.

Eh ! Messieurs , si vous aviez dans les mains un moyen Bple et déjà éprouvé , de multiplier les défenseurs de la volotion , de les unir par l'intérêt aux progrès de vos tfiox; $1 vous pouviez réchauffer par quelque moyeu, i&veur de la constitution , ces âmes froides , qui , n'a« iCevant dans les révolutions des gouvememens que I lévolntions de fortune , se demandent , que perdrai* 'que gagnerai- je? si vous pouviez même changer en ds et en soutiens de la constitution , ses détracteurs les ennemis, cette multitude de personnes souffrantes t voient leur fortune comme ensevelie sous les ruines l'ancien gouvernement , et qui accusent le nouveau Wur détresse; si, dis- je, il existait un moyen de réte tant de brèches , de concilier tant d'intérêts , do nir tant de vœux, ne trouveriez-vouspasque ce moyen

176 OEUVRES ORATOia£S

joindrait de grands avantages à celui de faire face i besoins j et que la saine polilique devrait s^empress raccueillir ?

Ov j considérez y je vous supplie , les assignats-i naie sous ce point de vue : ne remplissent-ils pas nemment cette condition? Vous hésiteriez à. les adc comme une mesure de finance j que vous les embrassi comme un instrument suret actif de la révolution, tout où. se placera un assignat-monnaie ^ là sûrei reposera avec lui un vœu secret pour le crédit des gnats, un désir de leur solidité j partout où que partie de ce gage public sera répandue ^ là se trouve des hommes qui voudront que la conversion decej soit effectuée, i|ue les assignats soient échangés co des biens nationaux ] et comme enfin le sort de la c titution tient à la sûreté de cette ressource, partouto trouvera un porteur d'assignats, vous compterez un fenseur nécessaire de vos mesures y un créancier intéi à vos succès.

Il faut donc ouvrir une mine plus riche ^ plus al dante, dont les parties se répandent, partout damt où des parcelles d^or peuvent pénétrer. C^est alors qt sera surpris de Vétonnante diffusion d^assignats qoi| avoir lieu, sans que la surabondance se manifeste; la richesse n^est pas dans la classe où se trouve la ] nombreuse population ; et nos assignats-monnaie, sont les nouveaux signes de cette richesse, sont de I forte somme pour être parvenus encore juqu'à c

classe.

Quand j^ai proposé de comprendre les titulaires offices supprimés parmi ceux qui doivent toucher in samment Tacquitde leurs créances, je n^aî peut-étrep que juste, équitable dans cette proposition; mais elleei aussi dans les mêmes vues politiques qui me dirige

DB MIHA BEAIT. I77

onnant la préférence au parti des assignats-monnaie. i doute y Messieurs y il n'est aucun de nous qui ne e que la finance des offices est non-seulement une î sacrée pour la nation ^ mais une dette instante y t on ne peut différer le payement sans sVxposçr aux I justes reproches. La nation a pu exiger des titulaires icrifice de leur état; mais la nation doit leur laisser moins la disposition de leur fortune. Ces créanciers lies sont eux-mêmes ^ pour un très grand nombre , Iteurs du prix de leurs charges. En acquittant ces rges j nôn-seulemeut vous paierez une dette y mais s fournirez à une série de débiteurs le mpjen de tplir leurs engagemens.

)uel poids 9 Messieurs , ne vient pas se joindre à cette sidération, si vous pensez à Timportance quHly a, r la chose publique ^ à ce que le corps immense dé ndicature supprimée soit payé sur-le-champ par des gnats, qu'il sera forcé alors de soutenir par intérêt, ne le fait par patriotisme ! Les officiers étant ainsi uittés par une monnaie légale , c'est alors qu'ils »nt vraiment expropriés. La vénalité des charges a moins cela de commode : elles ont été achetées ] on rembourse, et tout est fini. Les titulaires seront ic dépouillés par-là du dernier rayon d'espérance ; ette partie de la révolution , qui tient à la grande irme des corps judiciaires^ sera consommée sans >nr.

Et suivez , je vous prie^ Messieurs , le cours des aSvSÎ* its et leurs effets , relativement à la vente des biens donaux. Les mesures qu'on vous propose sont-elles nparables à la dissémination des assignats , pour tndre, pour faciliter cette vente, pour mettre l'ac« lisition de ces biens à la portée de toutes les classes de société , et des millions d'individus qui la composent ? 1. la

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On VOUS propose d^entasser des massea de contrats dans les mains des capitalistes. Ces capitalistes eux-mêmes soot entassés dans les grandes villes. C^est à Paris surtout que les porte- feuilles sont gonilés d^efîets royaux: voilà où Ton veut établir Pécliange des contrats, contro les propriétés nationales. Or^ comment croire que cet échange soit fort animé j si Ton compare le produit àb ces contrats à celui des terres; si Ton pense que ^ sur cent porteurs de contrats ^ il n'y en a pas un peu>itie à qui ce placement d^argent puisse convenir? Les ùmii nationaux se Tendront donc peu j et se vendront mol^ de cette manière; ou du moins , ceux qui se vendroal^ ce sera par suite de quelque spéculation considérable. Ii0^ capitalistes réuniront ces fonds en grande masse ; et les acquisitions y comme on le pense bien , seront assortieiy en général, à Pespèce d^acquéreurs que Foh y appelle.

Est-ce là j Messieurs , ce que nous devons ànd frères, à nos concitoyens de toutes les classes^ répsiulitf dans tous les départemens de ce royaume? Travaillomnous pour créer un nouvel ordre de grands propriétiûtt fonciers, qui donnent plus au luxe et à la ruine. d^, campagnes qu^à Part de fertiliser la terre , et d'étepdi* les bienfaits de l'agriculture ? Ne travaillons-nous pilr au contraire , pour rétablir Pégalité par la. liberté ;pdV| faire reverser sur les terres le produit des arts y du cofl^l merce , de Pindi^strie laborieuse ; pour répartir y. sie(l| le plus d^égalité possible, les avantages de la sociéU les dons de. la nature;. pour mettre de petites poasesaitftf ] territoriales à la portée des citoyens peu moyenaài comme nous voudi'ions pouvoir en faire passer. leS: dans les mains des plus indigens ?

Soyons donc conséquens à nos principes. Ce^SMÈ. regarderies capitales comme si elles formaient teuli' royaume , et les capitalistes qui les habitent-^ C(

DE MIRABEAU. 17a

i'îl5 formaient le gros de la nation; et dans la. liqaiiation de la dette nationale , préférons les moyens les mieux appropriés à Payanl^ge du plus grand nombre ; pnisqu^enfin c'est le grand nombre qui supporte la dette y et que c'est du fonds commun qu'elle s'acquitte. Pinsiste donc sur ce que l'intérêt des ci-devant provinces y aujourd'hui les dépaitemens , soit particulièrement consulté dans le parti que nous allons pretidre. J'insiste sur ce qu'on écarte tout projet , dont la conséquence serait d'appeler les capitalistes à PiiiVaision des biens nationaux, et sur ce que les créaildiers dé l'ëtàt soient remboursés , en suivant la juste distrniDtlon que j'ai présentée. J'insiste sur ce que lé remboursement se fiisse sans aucune métamorphose arbitraire des créances^ niais au moyen du papier précieiix que nous pouvons délivrer ; papier qui arrivera aux biens nationaux , par sa destination naturelle^ après avoir féconde dans son cours les différentes branches d'industrie ; papier qui ne commencera pas par tomber au hasard dans des mains plus ou moins avides , mais qui sera livré d'abord à la classe des créanciers les premiers en titre ; papier qui commencera son cours sous les auspices de la justice, et qui le continuera comme un instrument de bienfaisance publique.

Car j est-il douteux , Messieurs 9 que l'émission d^assignats faits avec Pabondance et dans le but que je vous propose y en même temps qu'elle est un étai ïnoral et infaillible de notre révolution , ne soit le seul moyen certain de nous soutenir dans la disette d'espèces çjue nous éprouvons ? Notre numéraire territorial ('ou pour transporter, puisqu'il le faut, des mots coiinus dans une langue nouvelle ^ , notre numéraire fictif érant fait pour représenter le numéraire' réel et le reproduire , pouvOns-nous* douter que son abondance

l8o OBUVAEB ORATOIABS

ne fasse tât ou tard ce que ferait l^abondance d'esp efFectives j je veux dire j d'élever le prix des el publics y de libérer le propriétaire de ces effets mains de son créancier qui les retient en nanti ment^ et qui dicte à son malheureux débiteur loi ruineuse , de faire baisser sensiblement Pintéré Targent) de faciliter les escomptes ^ de multiplier affaires y de remonter le crédit j et surtoutde donner plus grande valeur aux biens nationaux ?

Quoi ! serait-il nécessaire de le dire ? on parl< Tendre j et Fon ne fournirait au public aucun mo d'acheter ! On veut faire sortir les affaires de '. stagnation ; et Ton semblerait ignorer qu'avec rien, ne fait rien! ou semblerait ignorer qu'il faut un p cipe de vie pour se remuer , pour agir et pour rei duire ! Certes , ce serait là vraiment le cbef-d'œi de l'invention ^ la pierre pbilosopliale des finances^ sans argent et sans rien qui le remplace ^ sans cr quelconque y au sein d'une inertie qui nous tue, m trouvions le moyen de revivifier tout à coup les affair et de ressusciter y comme par enchantement | tra industrie y commerce ^ abondance!

Ce que nous pourrions attendre à peine d'un mira nous pouvons l'espérer de moyens adaptés à n but. C'est le numéraire qui crée le numéraire 3 c'e! mobile de l'industrie qui amène l'abondance ; c'ei niouvement qui anime tout^ qui répare tout ; au que la misère est toujours misère ; et qu'avec «s sans courage ^ sans expédiens pour en sortir, il a qu'une ruine entière à envisager. Jetez donc ( la société ce germe de vie qui lui manque , et ^ verrez à quel degré de prospérité et de splendeur ' pourrez dans peu vous élever.

Combien y Messieurs ^ avec tout le zèle ijui i

BB MIRABEAU. l8i

anime dans nos travaux , nous sommes tardifs néaumoins en certaines choses ! Combien nous laissons péricliter quelquefois la chose publique y faute de prendre une résolution prévoyante , et de savoir devancer les érénemens ! C^est par les finances que Pancienne machine a péri; c^était assez dire que la nouvelle ne pouvait se construire et se soutenir sans les réparer incessamment. C^est par ce même défaut de moyens que nous avons éprouvé y durant nos travaux y tantdHnquiétudes y de perplexité ] et nous n^avons adopté encore y à cet égard ^ aucun plan> aucune marche sûre ! Nous nous sommes sauvés ^ il y a quelques mois, d^une crise terrible ; quatre cents millions d^assignats ont comblé le précipice qu^il fallait franchir y et nous ont fait respirer jusqu^à ce jour. Voyons donc, considérons comment cet éclair de bien-être s^est évanoni , et s?il faut conclnre de Pétat des choses y que nous ne devons plus user de cette ressource y que ^expérience nous en a fait sentir les dangers ; ou plutôt , sHl ne faut pas conclure que c'est encore là le port du salut !

Votre décret y Messieurs y au sujet de la création des assignats-monnaie y pour la somme de quatre cents niillions , fut Touvrage de la nécessité ^ parce que nous attendons toujours pour nous exécuter ^'Pinstant où nous sommes forcés par les circonstances ; ce décret ^ût pu être Pouvrage de la prudence y et porté plnt<^t,il eût prévenu de grandes angoisses. Mais enfin y dès qu'il fut rais en exécution , on vit nn amendement sensible dans les affaires y IHntérét de Pargent diminuer , les. effets reprendre faveur y le change avec l'étranger se rapprocher du cours ordinaire y les contributions patriotiques devenir plus nombreuses j heureux effets, qui incontestablement se seraient soutenus^ dJTeloppés, si les assignats eussent eu une destina^

Iu2 OKUVAES ORATOIRES

tion pins étendue j si leur éniisMon cAt été plus considérable j si les mesures prises d^avance eussent permit plus de promptitude dans cette émission ; et si | enfin , ils eussent été divisés en sommes assez faibles poar outrer dans les aflaires de la partie laborieuse du peuple.

Mais qu\'iriÎTe-t-il ? CVst que ce papier-numéraii» se précipite bieutùt dans les provinces dontrla capitib est débitrice. Près do la moitié était déjà censée en circulation par les billets de caisse que les assignats ODt remplacés. A mesure que rémission s^en f|iit du tréior ]>ublicy un écoulement rapide les porte loin de nons^ vt nous laisse à peu près^ pour la quantité dn boiik* faire ^ dans le même état qu^auparavant. Il n^estdonc pas surprenant qu^après quelque temps j les miatu besoins se fassent sentir , et que Paris n^éprouve pu aujourd'hui dans les affaires l'aisance qui aurait eu lita si tous les assignats eussent été resserrés dans la circà* lation municipale.

Est-ce donc sérieusement qu^on semble craindre vae espèce de submersion de ces assignats j si on les aocrott en quantité suffisante pour le payement de cette partie de la dette que j^ai indiquée ? Je dis que la sodilà Mt dissoute, ou que nos assignats valent des écus ^ et dfli* vent être regardés comme des écus.

Or , est-il quelqu'un qui puisse nous dire qnellei bornes on doit mettre au numéraire pour qu'il n'ezcèJe pas^ dans un royaume comme la France , les besoinâJi rindustrie manouvrière, de l'industrie agricole , del*!tt' dustrie commerciale ? Est-il quelqu'un qui ait pu USA ce calcul , même dans l'ancien régime où tout était gii^ étranglé par les privilèges, les prohibitions, lesrezatÎM de toute espèce? A plus forte raison, dans ce nonfM système de liberté, où le commerce , les arta, l'agricid^

DB MIRABEAU, 1 8j>

tnre doivent prendre nn nouvel essor et dematideront sans doute j poâr^'tilimenter , de nouveaux moyens dont rimagination ne peut fixer Pétendnë ! Est-ce donc dans l'ist disette efirayante où nous nous trouvons ^ est-ce à Ten» tr^ de la carrière où nous allons nous élancer > que vous pouvons redôuVer d^étre embarrassa du numéraire? Ne sait-on pas d^aiUeurs^ quelle que soit rémission dea assignats y que Pextinction s^eti fera successivènlent |)a4? ^acquisition des biens nationaux ?

Nous. sommes citoyens dé la Ft*ahce; né gràduonè donc pas toutes choses sur Téchelle infidèle de JParis. S^usqu^à présent les afFaireis n^y ont été menées que par saccades. Quand le mouvement irrégulier des espèces lé^ accumulait fortuitemient sUr cette place , on disait que le numéraire était abondant : mais bientôt àprè&y lé reûux ayant emporté et lé Superflu et le xiéé'éssàire ^ on ^Usait que le numéraire était itiré; él; ^ut-être ^ dans ces deux cas y nMtait*il pas entré ni éotti Un écii de pluà dLu royaume.

Nous avotis donc beau être à Paris j té ti^est pas sui^ les mouvemens d^argent qui ^é fotit sentir à Paris; ca ai'est pas sur les opinion^ Conçue^ à Paris ^ quant au numéraire 9 que nous devons régler lèé tidtres ; ce n^est pas sur les erremens de \d bourse dé Paris i\iie nous devons combiner nos opérations. Et je récuse ^ dans le sujet qui nous occupé ^ le jugeinent dé ces banquiers y ces agens de change , ces agioteurs de profession ^ qui ^ accoutumés jusqu^ici à influer sur les finances, et à a^enrichir des folies du gouvernement , voudfaient nous engager aujourd'hui à jouer son rôle j afin de continuer i jouer le leur.

Je pense donc, du moins qiiant à moi, et j^ai mille vtiaons de penser , que nous aurons à l'avenir plus be- ^in de numéraire que j.amais ; et que la plus haut»

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quantité que nous en ayons jamais eue | pourrait être plus que doublée y sans que nous éprouvassions ce surplus que Ton semble craindre.

Dans ces momens surtout , ne faut*il pas réparer mille échecs portés à la fortune publique et aux fortunes particulières F Ne faut-il pas adoucir, par un remède g(';Qcral j les maux particuliers ^ qui sont une suite inévitable du bien public que vous ayez fait ?

On doit louer sans doute le zèle et le courage de cette assemblée y qui travaille sans relâche à porter partout réconomic, à supprimer toutes les dépenses du fisc qui ne sont pas justes et nc^cessaires. Mais il n^en est pas snoius vrai que ces prodigalités journalières du gouTe^ iiement étant retranchées, il en rësultera^^omentani* ment dans les villes où se rassemblaient ses favoris^ moins de consommation , moins de travail j moins d'ai* sance. Une nation qui paie à elle-même, ne souffre pat de la multitude de ses payemens , et même de la légèreté de ses dépenses , comme souffrirait une nation tributaire envers les nations étrangères. Il résulte du moins ches celle-là j de la force de ses recettes et de se^ dépenses^ vn grand mouvement d^argent et d^affaires, dont le bien* être du peuple , il est vrai^ n^est pas Fobjet, mais dent le peuple tire toujours quelque parti pour sa subsii* tauce.

Maintenant que les choses sont ramenées à la vraie source de la prospérité publique , si nous voulons parfs- ■ iiir à cette prospérité sans une intermittence cruelle et des secousses dangereuses, il nous faut absolument, et c^est un devoir que nous impose Pouvrage neuf et de longue haleine que nous élevons, il nous faut prompte* ment pourvoir à ce nouveau déficit d^argent , de circulation , que nous avons peut-être en partie occasioniii par des retrancbemens et des réformes nécessaires.

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38 les grandes villes surtont ^ oùle peuple malaisé i, il faut un moyen actif qui met,te en monvement autres moyens ^ et qui nous fasse passer au nou« Ire de choses j à ses lents et heureux effets en ant du moins notre existence , en prolongeant enfài lanouvelle constitution, la bienveillance publique tient pas long-temps contre la misère. Et pesez ^ urSy je vous prie , cette considération : car si nous I pousser au peuple ^ dans son désespoir ^ un seul sur Tancien état des choses j que nous ayons pu rgner^ tout est perdu; nous n^avons qu^à quitter ^ernail , et livrer le vaisseau à la merci des vents : tempête.

s {^atteste ici la conviction profonde que j^ai de érité : c^est qu^avec Pardeur ^ la persévérance > le e inébranlable que nous avons montrés jusquHci y ne nous abandonneront pas ^ avec le patriotisme^ l qui n^est pas douteux y si nous savons donner tcousse aux affaires > les arrac^her à cette mortelle ^e dont elles ne demandent qu^à sortir y au moyen émission prompte et abondante du numéraire in notre pouvoir ^ nous ferons pour la chose pU' ce qui se présente de mieux à faire; nous agirons^ 3 ces me'decins habiles qui y en ayant égard à les indications de la maladie y pourvoient néanau mal le plus instant ; qui^ sHls ne guérissent core y prolongent la vie y et donnent enfin à la na- I temps de guérir.

» y nous écarterons ces plans subtils y qui ne res* t point assez les principes sévères de la justice y posent sur des opinions bizarres et particulières ; ^ui ont tout en vue , excepté ce quUl y a de plus ly de plus pressé et de plus facile, e parlais à des hommes moins éclairés que vous

lti6 OfîUYRES ORATOIRES

sur les affaires , je relèverais ici une impntatioB y <liraije une chicane faite aux assignats, pour les attaquer dans leurs effets. Je vous montrerais comment il n*eit pas vrai quUIs aient contribué à la rareté du numéraire. Tant que la caisse d^escompte a fait honneur à ses engt* gemens, en payant ses billets à vue , ces billets ont éii plus recherchés niôuic que Pargent. Mais dès que neos Pavons vu obtenir du gouvernement des titres d'infiJé-, lité , sous le nom d'arrêts de surséance , la confianoa s^est ébranlée, Pargent sVst resserré, et les billets ont perdu leur crédit. L^argent était déjà tellement rm avant que les assignats fussent décrétés, que les biUeti de caisse perdaient jnsqu^à cinq et six pour cent* Ce nV'taient donc pas alors les assignats qui chasttient Pargent. Au contraire, ils Pont rappelé, à leur appftntion , par un mouvement de confiance.

La rareté de Pargent tient donc à des circonstance! étrangères qui frapperaient tout autre expédient que kl assignats , et auxquelles les assignats sont de toutes kl mesures celle qui est la plus capable de résister* Ln £ sourdes manœuvres, les troubles publics, les lerfilM j paniques , les délais du trésor dans ses payemenij H ^ Panéantissement des affaires qui en est la suite, voilik première cause de la disparition de Por, de la rareté dn 3mmé>aire. Détruira-t-on cette cause, en s^arrétant diB^ ^ le versement des assignats ? N^est-il pas clair, an oob* traire, qu'en attendant Pentier retour de la confiaiio0f :: les assignats sont le seul moyen qui puisse j snpplétff la rappeler même , et nous donner à tous égards mu sorte de sécurité ?

Si le difficile échange des assignats contre de Par^ tenait à leur discrédit , je le demande : pourquoi doi^ les assignats eux-mêmes participent-ils à la rareté dniHl' méraire ? Us devraient abonder sur la place ^' ètro ofièrii

DE IMIUABEAU. 1B7

.eut et pour tout , si Pon était si pressé de s^en dée. Mais en tout Heu y au contraire ^ et en toutpoint^ marchandises abondent ; et ce sont les acheteurs qui t rares. Plaçons donc cette calomnie contre les assi- ISjSLii rang de celles qu^on se permet tous les jours tre la plus glorieuse des révolutions^ contre les rênes les pliis> nécessaires, contre les plus sûrs amis de dre public. Sachons voir, que bientôt cette unique iaiu taire ressource de nos finances ^comptera à peu I les mêmes partisans et les mêmes adversaires que pe constitution ^ et faute de principes fermes ^ ou a courage éclairé sur cette matière , ne faisons pas le de nos ennemis , qui ne denuinderaient pas mieux qms 30U8 voir engouffrés dans les embarras pour rire ene de notre prudence meurtrière.

\t certes , c^est le. besoin universel d:'un instrument :hange et de travail qui se fait sentir ; c^est le besoin signats pour l'homme d^affaires^ c^est le besoin d^art monpoyé pour celui qui vit de monnaie et necotit quMle. Tons se plaignent , mais la classe malaiaéa 1 intéressiante pousse des cris plvis vifs y parce que ses Ans sont pins poi^gnans j et ses pasjsions plus impé- IsfiSs Ces t donc cette classe quHl s'agit incessamment (eçourir. Le premier versement des assignats n^ lui is encore fait sentir ses bienfaits.

lue conclure de là ? C'est que nos assignats établis r la partie spéculante de la société , ne suffisent pas y \n*ïi Qn faut aussi pour la partie travaillante* Il faut notre ressource pécuniaire entre dans les limites de besoins. Il faut qu'une série d'assignats puisse con* re de la somme de deux cents livres à la somme d'un Uy comme on descend d'un louis ^ par une série ipices, à la dernière pièce de monnaie. Alors la diffité ne consistera plus qu'à échanger nn assignat d'un

l88 QECVRES ORATOIRES

loiiis contre des espèces , c^est-à-dire quMIesera presqn»* nulle.

Nous avons suivi y dans les sommes fixées pour noi assignats y les erremcns de la caisse 4^escompf e dans k division de ses billets. Feu importait que le moindre dei billets de cette caisse ne fAt pas au-dessons de deuzcenti livres y pnisqu^à chac^ue instant ce billet pouvait tttt converti en écus ; mais nos assignats y étant faits euxmêmes pour tenir lieu dVspèces y ils doivent sVn rap« proclier par leur valeur. C^est la seule manière d'enfiûf sentir le bienfait an peuple. Des caisses patriotiques iMlibliraient aisément dans les grandes villes ponr opérer rechange de ces assignats de petite somme. Je ne pis esquisser que rapidement tous ces détails; mais lathéorii en est claire, et la pratique sAre et facile»

Je supplie donc cette assemblée de faire les plus U* rieuses réflexions sur ce que je viens de lui exposer. Elle a engagé Phonneur de la nation à respecter la dette publique y non-seulement dans sa totalité , mais dans chienne de ses parties, et de respecter par conséquent tOM les titres individuels. Chaque créancier y par sa positioily peut avoir ses raisons pour préférer la forme de sa créanes à toute autre forme ; cVst là-dessus qu^il peut avoir x^U ses affaires, assis sa tranquillité. Une réconstitution b la dette, ^,^^^9 ^ mon avis, est très embarrassante pour être faite avec justice, peut convenir très mal à la natioft débitrice, et ne disconvenir pas moins à une nsnltitnAi de ses créanciers. Une réconstitution n^est pas un payement ; et pourquoi ne pas payer quand on peut le fiiiref

Je ne puis voir dans cette masse énorme de contntf qu'on nous propose , qu^ine chute d'autant plus rapida de leur valeur , et du crédit qui doit en dépendre. An prix où est Pargent , et sans nouveaux moyens de se libérer | une infinité de ventes forcées de ces contrats serait uni

DOUTelle |ugulation d^un grand nombre de créanciers publics* N^ont-ils donc pas déjà assez souffert ? et ne ||OÛ.terons-nous plus la consolation de n^avoir du moins «xcité^ jusqu^à présent j que des plaintes inévitables ?

Bien ne nous oblige donc y Messieurs y de nous ayentnier dans une carrière épineuse y dont Pissue est au moins couverte de ténèbres. Je ne sais ; mais il me semble <|li^au lieu de les aller chercher j nous devrions travailler àéclaircir cet horizon qui se rembrunit autour de nous. Nous devrions au moins saisir quelques rayons de lumière qui nous luisent encore , pour assurer notre marche y pour tâcher d^entrevoir où nous allons ^ quelles difficultés nous attendent ^ comment nous nous j prendrons pour les surmonter» Si nous n^y pensons }«8} nous' sommes comme des aveugles qui voudraient jouer le râle d'oculistes ; et nous nous acheminerions iiiomsidérément y nous conduirions ^ nous et la nation y nrs un abîme. Car y Messieurs y il n^en faut pas douter y Fil est ouvert > cet abîme ; il s^agrandit devant nous* *" De quelle ressource nous aviserons- nous ^ je vous ^ pie y pour triompher des temps critiques qui se prépatokty pour faire agréer paisiblement au peuple un non* 'Viaa système d^impôts qui le soulagera sans doute par le ^fiûty mais qui commencerait par effrayer son- imagina* { 6aBy si Ton n^ouvrait pas d'avance une source de moyeus b ^ni lui aidassent à supporter cette charge y et sUl n^était p8 rassuré, encouragé à cette vue ? De quelle ressource Bons aviserons -nous pour franchir Phiver qui s^avance y fuser sans terreur ces jours nébuleux, et ces longues Baits où nous allons nous enfoncer? Alors les besoins le réveilleront plus nombreux et plus pressans que jattais^et le plus impérieux de tous y celui de s^agiter quand on craint, de se plaindre quand on souffre , éclatera par* toat avec violence. Que ferons-nous alors y si nous u^y

pourvoyons âès à présent ? Nous verrons renattre et 88 multiplier toutes nos misères ; olles nous investiront i la foiS) seront peut-âtre irrémédiables. Que ferons^noni alors ) vous dis je ? N^aurons-nous pas épnisé tons lei expédiens dont nous avons pu nous aviser dans notre détresse j pour pousser le temps ? Nous avons exigé nus contribution patriotique ; de libres et nombreuses offrandes nous ont été présentées ; vaisselle ^ bijoux ^ toot est venu â\ notre secours ; tout sVst englouti ; la natîott s^est appauvrie^ et le trésor nVn est pas plus riche.

Je iiémis quand je pense, qu'avant deux mois nrnil touchons à la iin de nos assignats. Une fois consomma} qu^avons- nous ensuite pour nous soutenir? Rien. J^ vois déjà le ministre des finances venir dolemment nom présenter un nouveau certificat de notre ruine ^ etaotu proposer ce qui ne pourra pas même nous sanveT)» prix de la honte , des éternelles suspensions y dies atflrmoiemens indéfinis, des retr.rds de rentes, c^est^i^fi ce que nous avons repoussé jnsqu^ici avec tant d^loineur), mais ce qui nous atteindra enfin et nous envelopper malgré nous ; ce que je n^ose même nommer, tant ci nom seul doit révolter cette assemblée.

MaiS| Messieurs^ ne pas prévenir cette horrible citt^ trophe, cVst la vouloir ; et qui de nous pourrait sonfi* d^être entaché d^un si noir soupçon ? Alors, MessiddiA) je le vois , nous reviendrons sur nos pas ; nous j refieD" drons avec des regrets mêlés d^eff roi. Trop tard éclairiif nous ressaisirons alors le parti que nous aurons abâ»^ donné ; et nous préférerons la honte qui suit toujoflXK Taveii d^un grand tort , à celle d^en faire subir A la vi" tion les terribles' conséquences. Nous demanderons in^ tamment ces assignats que nous aurons repoussés contUBi dangereux. AJais en attendant, que de besoins, qvttA désordres , que de plaintes , que de maux ! Et si les bi^

DE MIRABSAXT. t^i

ïcclësiastiques sont eucore affectés à des contrats^ cdmmenfeles engager encore pour de nouveaux assignatsmonnaie ? D^ailleurs il est un temps où tous les remèdes sont s^a efiGcacité.

Ah ! prévenons ce moment fatal. Quant à moi f j^attestela patrie, que je ne vous ai rien dissimula des-dangers qu'elle court y si vous négligez le seul parti qui vous leste à prendre , le seul , oui le seul qui soit prompt y facile y énergique , qui remplace tout , et que rien ne remplace.

Je conclus donc :

1*. A rembourser la totalité de la dette exigible en assi* gnats-monnaie , sans intérêts.

2^. A nrettre en vente sur-lie-cbamp la totalité des domaines nationaux j et à ouvrir à cet effet des enchères dans tous les districts;

3^^. A recevoir y en payement dés acquisitions, les assi**

gnat«9 à Pexclusibn de l'argent et de tout autre papier.

4^. A brûler les assignats à mesure de leur rentrée»

5^. A chaîner le comité des finances de présenter un

projet de décret , et une instruction pour mettre ces

opérations en activité le plus tôt possible.

j^2 OEUYRBS ORATOIRES

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