Troisième partie. Régime monétaire j ancien et moderne
En convenant d'un signe qui représentât tout ce qui peut se vendre^ ou a senti d'abord la nécessité de lui imprimer un caractère quijle rendit sacré pour toute la £unille dps h6inu:ies. Ensuite s'est présentée une seconde nécessité 9 celle d'attribuer à quelqu'un le droit de faire apposer sur ce signe , la marque qui devait constater son authenticité. Graduellement on a compris qu'il était impossible de se dispenser de surveiller ceux auxquels tm confierait la manipulation j de leur prescrire la ma- ■iiiàre dont ils opéreraient^ de les astreindre à une compiabilité ; et voilà ^ Messieurs ^ comment se développe la
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'HiScessité d^un régime monétaire; mais aussi dans ces trois mots y surveillance ^ manipulation ^ comptabiliié , conûste tout ce régime relativement à la fabrication ; et vous conceyez qii^ii nVst pas besoin de trois corpS| tint administratifs que judiciaires ^ et moins encore deplas de douze cents personnes pour un genre d^opëration ^i u^en exige pas trente-six , comme je vous la démontreni bientôt.
. Nous n^avons aucun renseignement sur le régime monétaire des Gaulois : nous savons seulement qnt lorsque les Français ont repoussé l'aigle de Rome ta delà des Alpes ^ ils ont conservé le régime des monmdei romaines ; ce qui ni^a déterminé à jeter un coup d'inl| non sur ce régime surchargé d^inutilités par Constantiiiy mais sur le mode simple qui était en usage dans les six premiers siècles de Kome.
Nous avons vu que pendant quatre cent quatre-vingtquatre ans^Rome n*a eu qu^une monnaie de cuivre jnous savons que dans Porigine j elle était coulée , et nous igno^ rons quand on a commencé à la frapper. Nous ne con* naissons pas davantage le régime administratif de css premiers temps ; ce n'est que près de quatre cent soixante* trois années après la fondation de Rome qii^on troOTt trois magistrats chargés de la fabrication des moidudei (on les appelait triumvirs pour la fonte et le momuyagt du cuivre). On trouve sur les monnaies dealers liplte désignation en abréviation j III. Y. A. F. F» y ce qui veut dire j Triumviri œrefiando feriundo.
Lorsqu'en 484 ils firent frapper des monnaies d'brgeBAf et soixante-deux ans après | des monnaies Sfett^ cn triumvirs ajoutèrent d'abord un second A ^ pais imtfoi^ sième à la légende des monnaies ^ pour indiquer qa% étaient aussi les magistrats chargés deVeiller à lâfiilNnc»* tion de ces deux métaux précieux. Yoilà la siinplidtf^
SE MIRÂBKAIT. Sop
radministratîoa des Romains pendant plus de cinq siècles^ etc'estce régime que^nous avons d^abord adopté.
Ensuite j et sous les deux premières races de nos rois y nous tronyons deux officiers nionétaire*8 ; savoir : 1« garde des trésoriers du roi , qui correspond au comte des dépenses impériales j officier créé par Constantin ; et le monétaire , qui travaillait sous ^inspection des comtes des villes. Boizard prétend quHly avait en outre des procureurs et maîtres des monnaies; mais c^est qu'il n'a pas lu une ordonnance de i33^ ; il y aurait vu qu'on désignait la même personne sous les trois qualifications. On pouvait être garde du trésor du roi en même temps que monétaire. Saint-Eloi était l'un et l'autre*
C'est sous la troisième race de nos rois qu'on trouve les administrateurs du régime monétaire , avec la désignation de généraux maîtres des monnaies y et il n'y en avait que trois ; on en porta le nombre à quatre y puis k €ept; on en a réformé deux : on les a recréés : de telles variations tenaient à la protection plus qu'au besoin.
Dans le quatorzième siècle , on réunit en un seul corps les trésoriers des finances ^ les maîtres des comptes et les généraux des monnaies; mais comme leurs fonctions étaient très distinctes y ils travaillaient dans des chambres différentes*
Dans la suite ces généraux maîtres ont été séparés des maîtres des comptes et des trésorier» des finances ^ et ils ont formé un tribunal sous la dénomination de chambre des monnaies.
En i 359 y on fixa leur nombre y et on leur adjoignit un clerc. Deux de ces généraux y en qualité de commis^ saires^ faisaient leur tournée dans les provinces , et ren^daient compte à la chambre de leurs inspection^.
Charles VII créa un office de procureur an roi^ et douze années après y un de greffier. François premier
.tj tiit.i h ce triluinal (U*iix coiisi'illors de robe lougiie el
Il prtbi'Ieiit. Soit i-sprît de ilacilité y soit pour établir
MO balance ixifri' le.s î^iMii'raiix de robe cou r ta et longue ^
■. .••..;irii:nra , ««Il i.':.Si, la coiiipagTiie de trois généraux
..lit' loiï^tu*. r.i:iiM, on .sii]i|u'ima les généraux de
r. V iio.i t'- , et lin l'iiit Uaabiot'iiia. la chambre des mon-
ua. > ■•Il cm:r soiiveraiiiv».
Sl Ti^m id:T attention , d*nn«* piirt, au peu de fonctions t^'ic L' n ioiin.ii! à Ck*t:e ciiainbre des monnaies ^ et ta zii^'I-Im' . \l'< Ns;t Ji.' i{iidi*aiiie-sept magistrats dont oa ci-rT:-*- ^a:r un tnb.n.tL Lniicciipê, si j d^un autre câté^ r.*ri I L::to:.!ii-c la naiiiri* des privilèges lucratifs qn'oa l . .1 icLi^i^L* , (ft "siti '^iLcrement celui de la noblesse as yi "A '-. \ v;-" , i)Tt ^ota convaincn ijue la création J'aa >.' T. ' a»! f *. '' :i'ial II' f.it (^u\ine opération fi&caby J.c'».- "ù: e -v-soiri d\i:*i;ii: , i^ne Von ne poDTait$oor !! :* : iVi:i*.iii: .;m\)ii pi orienterait des appas séJoisuu r«' '-^ c^ "'^ r'el'cs et assrz »ots pour croire qn'ono «: ' 1 ;. ■ '<' c*« .' r i\:iiiti!e cour des monnaies j poa*
\'oi'^, ciniie a* ';o'.*rd"aui« on croyait qnSlétiitJf 'a V* î i*aul>: !:*::p«u:arii:e que tout ce qui concenmt I* Vi l !:.n •>C:-a*i«u.L'><rtiouuaiesfritnn secret impénétrable W' v.ï vc ; 4* "i rvja:*'ijit les opérations de Philippe-lcW l* tfc i'. Vj'o'», comme d'heureuses ressources dan» J* t^;T!|»* J.V.- c.-i^ : c--»r».'r!danton comprît qu'il était împoJ- l** >/:-i : l'.îiecoiJipj JLMLrfJequaraate-sept magistrats, i«" I'*' 'j jp pouvi:: ajouter quinze ou vingt bonoraiK* ■*** i V I • ■ : *. . c 1 i .' ^aij ce . l' ù t ijarJer le silence sur des opr ri .; ^ î.c ■:r-s; alîs^i ue lui douna-t-oa aucune part IB f^f :^z ■.t:e a Irî.-f. .st"i^:f »: li tut concentré dbna le dépai^ T^é ---■•: i.L inirii>tre des tiuauces. 1^*'
- i'-3 ■.:ti::i.jjiensiatacri4iiedecedéparteBMnt,tB*| ''îi
'-:.-> in luiïAucratie. Jamais ministre des fin»** r*^
DE MIHÀBBÂir» 3x1
euja moindre notion de la science et dti Véritable ime monétaire : jamais premier commis des finances instruit sur cette matière le ministre i qu^en répétant leçon trouvée dans le papier que lui avait remis le f de bureau chargé de cette partie; et ce chef de bn* Li , qui visait à une .place plus lucrative^ répétait la »n d^un de ces travailleurs routiniers j qui eux-mêmes voyaient dans la science des monnaies que Part d'éleau plus haut rapport le bénéfice du droit àê soigneuse, et les émoi u mens accidentels résultant des remèdes !b/ et àe poids; ce sont, Messieurs 9 deux mots sacraitauzy ou plutôt barbares j dont j^aurai soin de vous liqner dans son temps la valeur* A science des bureaux ne devrait consister que dans grand ordre de cartons ^ afia de pouvctir trouver les :es au moment où Ton en a besoin j ajoutez«y le talent 'édiger avec précision un^ ordre y un^ lettre , une ins- :tion y et vous aurez Part d^un commis de bureau : ir peu qu^il s^élève au-dessus de cette routine y soit lace y soit véritables talens, on le place dans le poste [oel il semble le plus propre; mais le poste de chef de »artie des monnaies , était une de ces issues obscures l'on ne s^arrëtait jamais , tant était invétérée rigpo« ce des grauds principes monétaires.
1 na ibllait que du bon sens pour enirevoir beaucoup vices à corriger dans le régime de la &briçation ; îs n^ayant pas assez de connaissances, pour trouver imède, Tadministration faisait des tâ(onneme|is aussi ardes les uns que les autres. Tantôt ou Aban^nqait ice de Tafiermage des monnaies fait en détail,, pour ferme générale ; bientôt après les iiicon venions de I4 3e générale se faisant sentir ; on cassaijt le bail , et Ton iuait à rafTermage en détail ; mais presq|ie KU^tôt ésiliait las baux particuliers ^ et Ton recréait unJeiv
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inîer*général des monnaies; l'ignorance était telle | que le dernier fermier-général des monnaies les âTait avec une conrention tacite j mais formelle y d^nne remise de toutes les amendes ou condamnations à restitution qn'Sl pourrait encourir. Colbert lui-même fut entaché de cette ignorance j il donna les mains à ces yariations multipliées.
Enfin l'on parvint à concevoir qu^une monnaie po^ tant Pempreinte de la souveraineté ou du chef dé la nation j devait être frappée par des préposés de confiance^ et non par des fermiers avides de gain; et^ comme il y avait une vingtaine d'ateliers monétaires à chacun desquels un directeur était préposé j on comprit qu^il £illalt un point de ralliement, un direcieur^général y avec lequel tons les directeurs particuliers correspondissent. Qn se détermina d'autant plus aisément à ce parti ^ que Ton ne put se dissimuler que cet office de directenr-génénl une fois stable, celui qui en serait revêtu s^oocpperait plus sérieusement d'améliorer cette administration. Ces premiers aperçus répandirent un plus grand jonr sur l'importance de la partie monétaire. On entrevit ses liaisons avec le commerce , et le directeur-général des monnaies devint membre du conseil royal des financée et du commerce, pour y être appelé dés qu'il s'agirait de questions de monnaies.
On ne tarda pas à éprouver quelque bien de cette b" jiovation ; mais comme toujours les intérêts particolien sont en contradiction avec le bien général y et que, dans l'ancien régime, le bien général était constanunent as* crifié an bien particulier , à la mort de M. Gnyon ^ lab" meuse madame de Fompadour fit suppdmer la charge de directeur-général , pour donner plus de lustre et plni d'émolumens à celle de trésorier-général y qu'avait h sieur Descbamps son protégé , qu'elle n'osait pas fiuit directeur-général, parce qu'alors le préjugé s'opposait
DE MIRABEAU. 3l3
k ce qu'un enfant natorel obtint le poste éminent auquel l^anrait appelé son génie.
Depuis Pépoque de cette suppression , une croûte d'i- ^orance et d^avarice a tellement recouvert les principes Lnyariables de la doctrinemonétaire^ qu'en tr'au très absurdités et sous Padministration de M. Necker ^ de ce directeur-général de' finances si yanté, il a paru^ le 23 aoât 1779 y des lettres patentes qui ont ordonné la fabrication de pièces de six sous , en employant les poinçons à. V effigie du peu B.01 ^ concurremment avec le miU lésime de Tannée 1779 *i ^^ ^^^ pièces ont été monnoyées^ c'est-à-dire , que Ton a commis un faox^ et compromis la tranquillité du public qui , heureusement ^ n'a pas pris garde à ce millésime. Je dis qu'on a commis un Ginx 9 et en effet une monnaie étant un billet dont l'ef-» Bgie du prince est la signature , comme ce ne peut être que par un faux que l'on mettra sur un billet la signature d'une personne morte , ce ne peut être que par un fanxi que l'on mettra sur une monnaie l'effigie d'un prince mort depuis cinq ans.
On sait que fréquemment un ministre ignorait ce qu'on lui faisait proposer au conseil du roi; il resterait donc à connaître si l'on doit imputer ces absurdes lettres latentes à M. Necker ^ ou à celui qui était alors à la tête de l'administration des monnaies.
Gela est d'autant plus incertain, que l'on trouve d'autres monumens signés de ce chef des monnaies , qui fevaient foi qu'il ignorait les premiers élémens de la doctrine monétaire , ou qu'il en bravait les principes. Je citerai 9 en tr'au très y une lettre circulaire du 2 avril 1779> ^r laquelle il se plaint de ce que les espèces d'or et d'ar- Igeat sont trop bien faîtes^ c'est-à-dire, de ce qu'on ne fabrique pas les pièces assez faibles pour qu'il en puisse ré- '^ulter un plus grand bénéfice pour le roi. Un administra-
3i.^ OMTvnns onATOiRES
t(Mir pouvait-il tlonc i<>iioi'or que \e faible est un remJ €t non un biuuWicc nionétnirc; que si Pon toléi*eque pièces soient un peu ip\\\s faibles que ne le prescrit la loii c'est parce qu^il est phy.si(|uenicnt impossible d'appi clior^à Tait 1 1.' «los halancos onliiiair'^Sydu point mathéi tique Ji'lernuué pur les t'Jits?
Je pourrais produire la preuve de plusieurs autres vues de ce {;enre et peut-être d\inc plus grande îgi nince; mais il ne faut pas les imputer à M. Neckeroil ]*atlmiiiistrateur des monnaies comme auteurs directs;i| n^y ont d^autre part que PapproLation et l'uppoMtioK signatures. Eli ! qui donc iguore aujourd'hui comi était dirigé le gouvernement que regrettent lantd^ bi'cili\s docteurs ou de prétendus bons citoyens? Des ( mis iniportans faisaient tantôt un édit, tan tôt un arrêt i conseil^ ilsendisaientdeuxmotsau chef qui n'y entandiit] presque rien ; le chef en disait deux mots au ministre qi n'y entendait guère plus; le ministre £iisait sonrtppoi an conseil par-devant les conseillers d'état qui n'y tendaient pas davantage \ et voilà la loi faite. D'au! fois ces commis^ ne sachant quel parti prendre^ écriva des lettres qui n'avaient pas le sens commun } ilslisn* saient signer par les ministres qui souvent ne coniuiN saient de la lettre que ce qu'en avait voulu dire un mis. La manière des ministres était signée par tooîl chefs que le crédit et non L talent avait luis à la tètt' quelque partie «le l'administration j en dernière anal] c'était un commis subalterne (jui faisait la besogne.
C'est ain^i que la partie des monnaies a étrf dii dans le temps qu'il n'y avait qu'un commissaire dooài^l seil pour la législation et le contentieux. Cest ancort; ainsi qu'elle est dirigée depuis qu'on a créé un coiniii des monnaies j car il existe un comité de trois peraonoeiy quoiqu'on ne voie que la signature de M. de Lessart; ^
BE XZRAB£Air. 3l5
anjonrd'b e c'était en 1779 y un protégé de
ecLeret4le»^,^L».«a« t, ^in, en qi de pre->
commis des momiaies y ci ait ^ ^ moné- On pevt juger des 1 \ ce o inis p^r
dn conseil qu'il a ikb qoé très réo j rela-
t an titre auquel les recteors si obbgés de reaa change les ancîei] is ; an les dîrec-
sont obligés d'éloder d re éj able
dMwe pobliqoe, t^Us rt^ i re à cooTert des
auxquelles ils smit ri par
ice do gooTememe ^ous n'imaginez pas y Ml j combien j'anrais
à TOUS releyer de ta 1 s snr la partie admitiye des monnaies : je pourrais tous parier de ces créés pour avoir droit d'accorder des logemens et ft appointemens , tels que les inspecteurs-généraux j & n'inspectaient pas y auxquels on donnait neuf mille Kbs; nn ccmtrdleur-général qui ne contrôlait rien, et !L pour cela avait douze mille livres ; un contrôleur ft bâtimens j avec un traitement de huitmille livres et logement j un inspecteur des bâtimens j auquel on iine douze cents livres ; un trésorier-général de la plus ||£iite inutilité ; un premier commis j avec des gages fbrbitans ; enfin , je pourrais fair^ le tableau le plus |p 4n plus grand gaspillage ; mais j'ai tant d'autres m à. relever dans la partie de la fabrication , que je m borne à cette esquisse : elle doit vous faire désirer de prila tête du régime monétaire des chefs qui ne soient Hdes mannequins tonmans au gré de tous les vices |^;. Ij^ des hommes utiles y des hommes instruits. ^