DISCOURS AUX ETATS DE PROVENCE
1789. — 3 Février.
L^OT&teur , outré des calomnies , et de Pinjustice que par suite croit avoir éprouvée de la part de la noblesse et du clergé iB«le8 états de Provence, en se voyant sur le point d'être exclus fc classe des possédans- fiefs, répond à ses accusateurs^ et fait profession de foi politique.
«>lVttaque aussi imprëvue que viotanie, dont les deux Tcimers ordres m'ont accueilli dans la dernière séance • • n'ai répondu que par le cri d^une juste indignation Qe provoquait la conscience de mes intentions travesti et par la demande d^lne communication partidiire de ces écrits remplis de faits notoirement calomieux.
Pai été £dèle à mon serment^ de donner Ta vis que je 'ûrais le plus utile au service du roi , de Tétat et au »ciidu pays. Voilà ma défense j si pourtant je ne dois pas 'daigner de me défendre j quand ceux (][ui me dénoncent
2 OeUTRES ORATOIRES *
n^osciit pas m^accuser ^ ou plutc^t, quand j^ai des accusa leurs et poiut de juges ; quand mon crime est celui de L nation , et qu^ilfaut Tinsulter pour me trouver coupable
Cependant je me suis obstiné à connaître plua parti culièreinent la dénonciation formée contre moi t cinc fois vous avez tenté des efforts inutiles pour que jostic( ne nie fût pas rendue.! Tantôt des procureurs du pajj fiVUaient transportés aux archives pour y trouver des pro< testatioiis que chacun savait bien n^y pas être ; tantà on ne ]:)ouvait m^en donner une communication légah qu^après l'inscription ; tautât on devait garder sur ce: pièces importantes et réservées au seul procès-verbal y h mCmu Secret que sur mon dire ^ lequel , au moment qu< je tennis ce langage ^ circulait imprimé. J^ai représenta qu^à rinstant où les protestations ont été lues^ Pinjun a élu consommée j ma réclamation faite , la demanda des écrits protestatoires accordée ; et qu^ainsi rien n< pouvait légitimement arrêter la communication de ce écritures. •
Vaines réclamations ! Dans ce moment même y ce protestations si publiques , lorsqu^on a vouli^ m'ou trager j si mystérieuses quand il s^agit de les défendre ne ni^ont pas encore été remises. Ce sont les traits di Farthe , décochés dESine main rapide et cauteleuse, tnav décochés en fuyant.
Et qu^œporte , après lout^ pour répondre à ces pro testationsy quer je les aie sous les yeux, ou qu'on m< les dérobe ? Il ne s^agit point d'en récuser les objectÎMis pas une seule ne s'y est présentée. Il faut uniquemen repousser une allégation profondément fausse et plo^ injurieuse pour les députés des communes que pour moi «l'entends cette calomnie : L'accord était conclu eijmré quand um ennemi de la paix est venu le rompre paru»^ motion incendiaire».
Je dis que cette circonstance serait plus injurieuse pour les députés du tiers que pour moi. En effet , à qui ai-je donc laissé le droit de douter que dans Pengourdissement universel , je n^eusse le courage de m'opposer ait paix de la servitude , et d^en faire gloire? mais les mandataires des communes méritaient de grands reproches 8Îf contre Fintérét du pays et le vœu de leurs cornmettans^ ils avaient laissé échapper une seule occasion de fidre des protestations dont ils étaient expressément chargés.
Cependant ^ jamais la lutte de Popinion publique contre les prétentions des classes privilégiées ne s'était développée avec plus d^énergie que le jour où jVi fait ma motion, dans la persuasion invincible que. pour rendre le peuple tranquille et même généreux , il ne faut <iue reconnaître ses droits ou respecter ses réclamations» Ce jour-là même^ la seule modération des députés du tiets , leur seule déférence , ou plutôt leur prévoyante sensibilité , empêcha des excès j des voies de fait ^ des catastrophes ; eh ! si tout était calme , pourquoi ce ré- ((usitoire si hâtif ? pourquoi cet arrêt du parlement si subit? pourquoi la séance commença-t-elle par une ^losion si bruyante et par des acclamations sur Pillég^té de rassemblée ?
IMais un mot suf&t : j^atteste le procès- verbal j dont Urédaction sera exacte , la déclaration soudaine et solenaelle des députés du tiers ; leur vigoureux élan au moloent où Pon n'a pas rougi de me dénoncer ; Pardeur a?ec laquelle ils ont revendiqué Phonneur d'avoir porté ka premiers mon vœu.
QaVi'îe donc fait de si coupable ? j'ai désiré que mon <Mdre fût assez habile pour donner aujourd'hui ce qui Ittiaera infailliblement arraché demain 5 j^ai désire qu'il >'aaaurât le mérite et la gloire de provoquer Passemblée
des trois ordres ^ que toute la province demande à V
vi Voilà le crime de Pennemi de la paix !
plutôt j^ai cru que le peuple pouvait avoir raison... ^ sans doute y un patricien souillé d'une pareille pei mérite des supplices ! mais je suis bien plus coupi qu^on me suppose ; car je crois que le peuple qu plaint y a toujours raison^ que son infatigable patie attend constamment les derniers excès de Poppresi pour se résoudre à la résistance ; qu^il ne résiste jan assez long temps pour obtenir la réparation de tous griefs ; qu^il ignore trop que pour se rendre formidi à ses ennemis 9 il lui suffirait de rester immobile j et le plus innocent comme le plus invincible des pouv
est celui de refuser à faire je pense ainsi j puni
rennemi de la paix.
Mais vous 9 ministres d^un Dieu de paix, qui, titucs pour bénir y et non pour maudire, avez lancé moi Panathème , sans daigner même essayer de me mener à d^autres maximes !
Et vous j amis de la paix, qui dénoncez an peuple i la véhémence de la haine, le seul défenseur quHl ait tn hors de son sein !
Qui , pour cimenter la concorde , remplissez lacapi et la province de placards propres à armer le peuple campagnes contre celui des villes , si vos faits ne n taient pas vos écrits !
Qui, pour préparer les voies de conciliation , prot€ contre le règlement provisoire de convocation des et généraux, parce qu'il donne au peuple un nombr députés égala ceux des deux autres ordres réunis!
Et contre tout ce que fera Fassemblée nationale , s décrets n'assurent pas le triomphe de vos prétenti< l'éternité de vos privilèges !
Généreux amis de la paix , j'interpelle ici votre J
ri>;. ,
near^ et je tous somme de déclarer quelles expressions démon discours ont attenté au respect dû. à Tautorité loyale, ou aux droits de la nation;..? Nobles Provençaux, TËurope est attentive; pesez votre réponse. Hommes de Dieu , prenez garde, Dieu vous écoute !
Que, si vo'us gardez le silence , si vous vous renférnxè dans devagues déclamations que vQus avez lancées contre moi, sonfFrez que j ^ajoute un mot.
' Dans tous les pays , dans tous les âges , les aristocrates ont implacablement poursuivi les amis du peuple; et si, par je ne sais quelle combinaison de la fortune , .il s^en est élevé quelqu^un dans leur sein^ c^est à celui-là surtout qnHls ont frappé, avides qu^ils étaient dUnspirer la terreur par lè choix de la victime. Ainsi périt le dernier des Gracques de la main des patriciens; mais^ atteint d^nn coup mortel^ il lança de la poussière vers le ciel , en attestant les dieux vengeurs : et de cette poussière naquit Marins; Marins , moins grand pour avoir exterminé les Cîmbres que pour avoir abattu dans Rome l'aristo* cratie de la noblesse.
Mais vous, communes, écoutez celui qui porte vos applaudissemens dans son cœur , sans en être séduit. Uhommen^est fort queparPunion , il nVst heureux que par la paix. Soyez fermes , et non pas opiniâtres ; courageux, et non pas tumultueux; libres, et non pas indisciplinés; sensibles, mais non pas enthousiastes. Ne vous arrêtez qu^aux difficultés importantes^ et soyez alors entièrement inflexibles ; mais dédaignez les contentions de Pamour- propre , etnevnettez jamais en balance un homme et la patrie. Surtout, hâtez, autant qii^il est eu TOUS, Pépoque de ces états-généraux qu^on vous accuse d'autant plus âprement de reculer ^ qu^on en redoute davantage les résultats; de ces états-généraux, où tant de prétentions seront déjouées, tant de droits rétablis , tant
Xyj 90TICB HXSTO&XQtTB BVK LA. TXB DB MXmAlBÂÎT.
qui, de aa toîx^ terrassait des corporations entières, dana ue •aile contenant trois à quatre mille uoditeurs. J^^iosseété carieax de Toir ce qn^aurait pu rambitieux capitaine qui se flattait de tout courber sous Tempire de Tor et du fer, contre la liberté de ce colosse moral qui méprisait si fièrement ce quMl nomma lapuds^ êance des baïonnettes» 9
Ha ML*
selon moi y un grand inconvénient dont les préopinanS ne m^ont pas paru tous assez frappés.
Indépendamment de ce que le parti que nous pro* pose M. Chapelier tend à porter un décret très solennel avant que nous ayions aucune existence légale , indépendamment de ce qu'il confond deux ordres qui ont tenu une conduite très différente ^ indépendamment de ce quHl avertit nos adversaires d'un système qu'il est bon de ne leur faire connaître qu'en le développant tout entier 9 lorsque nous-mêmes en aurons saisi toutes les conséquences y il appelle y il nécessite en quelque sorte une déclaration de la noblesse encore plus impérative que celle dont nous fûmes accueillis hier ; une déclaration que y dans nos formes actuelles, nous ne sommes ni préparés ni aptes à repousser, et qui cependant peut exiger les résolutions les plus promptes. Si nous sommes persuadés, Messieurs, autant que nous devons l'être,' qu'une démarche aussi mémorable , aussi nouvelle, aussi profondément décisive que celle de nous déclarer assemblée nationale , et de prononcer défaut contre les autres ordres, ne saurait jamais être trop mûrie , trop mesurée , trop imposante , et même qu'elle nécessite d'autres actes, sans lesquels nous pourrions obtenir, pont tout succès, une dissolution qui livrerait laFxiance aux plus terribles désordres , nous devons infiniment redouter de nous trouver contraints en quelque sorte, par notre déclaration même , à faire avec précipitation ce qui ne peut jamais être soumis à trop de délibérations. D'un autre côté, la motion de M. Rabaut de Saint- Etienne dissimule entièrement la conduite arrogante de la noblesse j elle donne en quelque sorte l'attitude de la clientelle suppliante aux communes , qui , ne fussentelles pas bravées et presque défiées , doivent sentir qu'il est temps que le peuple soit protégé par lui seul , c'est^
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DB BtniABEAir. ^
lire par la loi qui suppose rexpression de la volonté lérale. Cette motion enfin traite avec la même déféce ceux qui^ se rendant juges dans leur propre eau se ^ it pas même daigné condescendre à la discuter ; et [ qui j plus habiles ou plus délicats , couvrent du ns de quelques procédés leur marche irrégulière et icelante.
es deux avis j chacun dans leur sens j me paraissent ement exagérés.
t qu'on ne nous répète pas de grands lieux communs la nécessité d'une conciliation. Rien n'est plus aisé de saisir. , par le mot salutaire, des esprits peu attenou même les bons citoyens qui ont plus de qualités lies que de connaissance des affaires , plus de ^èle le prévoyance ; car le vœu de tous les cœurs Iioni est la concorde et la paix j mais les hommes éclairés it aussi qu'une paix durable n^a d'autre base que la ce y qui ne peut reposer que sur les principes, .ais peut-on y sans aveuglement volontaire , se flatter e conciliation avec les membres de la noblesse , u'iJs ne daignent laisser entrevoir, qu'ils pourront réter qu'après avoir dicté des lois exclusives de toute liation ? lorsqu'ils font précéder leur consentement mmer des commissaires pour se concerter at^ec les i ordres de la fière déclaration qu'ils sont légalement itués? N'est-ce pas là joindre la dérision au despo- {? Et que leur reste-t-il à concerter du moment où idjugeut eux mêmes leurs prétentions? Laisse:^-les , Messieurs^ ils vont nous donner une constitution y r l'état, arranger les finances } et l'on vous apporsolennellement l'extrait de leurs registres pour ' désormais de code national.... Non , Messieurs , 3 transige point avec un tel orgueil , ou l'on est
lO OEUVEBS ORATOIRES
Que si nous Toulons essayer encore des voies de con«ciliation y c^est au clergé y qui du moins a eu pour nos inritations Pégard de déclarer qu'il ne se regardait pas comme constitué légalement f et cela au moment méms où la noblesse nous dictait ses décrets souverains ; c'est au clergé qui y soit intérêt bien entendu , soit politique déliée y montre le désir de rester fidèle au caractère de médiateur j c'est au clergé y trop habile pour s'exposer au premier coup de tempête ; c'est au clergé y qui aura toujours une grande part à la confiance des peuples | et auquel il nous importera|long-temps encore de la conserver; c'est au clergé qu^il faut vous adresser^ mm pour arbitrer ce différend y une nation juge d'elle et de tous ses membres y ne peut avoir ni procès p ni arr bitres avec eux j mais pour interposer la puissance de la puissance, de la doctrine chrétienne y des fonctions sacrées des ministres de la religion , des officiers de morale et d'instruction qu'elle consacre à faire revenir y s'il est possible y la noblesse à des principes plus équitables y à des sentimens plus fraternels y à un systèn» moins périlleux > avant que les députés des communes | obligés de remplir enfin leur devoir et les vœux de leurs commettanS) ne puissent se dispenser de déclarer^ à leur fournies principes étemels de la justice, et les droits im* prescriptibles de la nation.
Cette marche a plusieurs avantages j elle nous laisse le temps de délibérer mûrement sur la conduite à tenir avec la noblesse , et sur la suite des démarches qu'exigent ses hostilités ; elle offre un prétexte naturel et favorable à l'inaction qui est de prudence y mais non pas de devoir; elle fournit à la partie des députés du clergé y qui fait. des vœux pour la cause populaire, l'occasion dont ils ont paru très avides, de se réunir avec nous; elle donne enfin des forces à la trop peu nombreuse partie de la""
1>B MIRABEAU. il
noblesse .y que sa généreuse conduite nous permet de n^der comme les auxiliaires des bons principes» Vous amservez donc ainsi tous vos avantages ^ et vous ne yous compromettez en aucun sens y ce qui ne peut pas se dire Jans tous les systèmes ; car on aura beau se récrier sur ^ €8 qu'on appelle des disputes de mots ^ tant que les hom- 4 mes n'auront que des mots pour exprimer leur pensée j il faudra peser ces mots. Eh ! de bonne foi, e&t-ce bien à ceux qui courbent la tète devant les pointilleries des puhlicistes ^ est-ce bien à ceux qui nous rappellent sans cesse i de vieux textes, à de vieux titres , à de belles phrases y à des autorités de discours et d^insinuations ) est'^e bien à ceux qui nous ont journellement fait dire ce que nous ne voulions pas dire y répondre ce que nous ne pouTions pas répondre y à nous reprocher de peser sur les mots ? Nous n'avons pas cessé de convenir que nous n^étiona pas constitués : devons-nous promettre des formules qui aient toutes les apparences d^un acte de juri* dictions ? Avons-nous eu tort de prétendre que la puiséance doit précéder Taction ? si cela était vrai hier ^ cela ne Pest-il plus aujourd'hui ? Si cela Test encore, pou/* vons-nous plus que les jours passés faire des déclarations secrètes j commencer des registres y donner des pouvoirs? Tout peut se défendre ^ Messieurs ^ excepté Finconséquence.
Envoyez au clei^ë^ Messieurs j et n'envoyez pas à la noblesse j car la noblesse ordonne et le clergé négocie. Autorisez qui vous voudrez à conférer avec les commissaires du clergé , pourvu que vos envoyés ne puissent pas proposer la plus légère composition , parce que sur le point fondamental de la vérification des pouvoirs dans rassemblée nationale ^ vous ^ne pouvez vous départir de rien; et quant à la noblesse , tolérez que les adjoints confèrent aVec elle comme individus ^ mais ne leur
la OEUVRES ORATOIRES
donne? aucune mission , parce quMle serait sans but et ne serait pas sans danger.
En effet j ne nous dissimulons pas : que dans notre sein même on s^efforce de former un parti pour diriser ] les états -généraux en trois chambres ^ pour les faire dc^libërer et opiner par ordre j unique ambition des privilégiés en cet instant , et qui est Pobjet d^un yéritable . fanatisme. Toute déviation du principe ; toute apparence de composition encouragera le parti j et entraînera ceux d'entre nous qu'on est parvenu à ébranler. IMjà . Ton a répandu ^ déjà l'on professe , qu'il vaut mieux opiner par ordre que de s'exposer à une scission ( ce qui revient à dire^ séparons-nous ^ de peur de nous séparer ) ; que le ministre désire ^ que le roi veut^ que le royaume craint. Si le ministre est faible^ soutenez>le contre loimême, prêtez- lui de vos forces , parce que vous avez besoin de ses forces. Un aussi bon roi que le ndtre ne ▼eut pas ce qu'il n'a pas le droit de vouloir. Le royaume •craindrait s'il pouvait vous croire vacillans. Qu'il vous sache fermes et unis^ vous serez investis de toute 'sa sécurité. On vous flatte enfin ( et c^est le plus adroit des pièges que depuis vingt-quatre heures seulement on n'a pas. craint de- dresser ^ même à découvert )*; on nous flatte que les ordres privilégiés vont sacrifier leurs exemptions pécuniaires ^ et quel intérêt ^ dit-on alors ^ d'opiner plutôt par tête qiie par ordre ? quel intérêt ! Je comprendrais ce langage s'il était adressé k ceux qui s'appellent les deux premiers ordres ; car oomme ils n'ont pas un seul privilège au delà des exemptions pécuniaires ^ comme hors de ce cercle tous nos intérêts sont évidemment communs j je ne leur vois pas une seule raison de s'opposer à la délibération par tête , s'ils sont de bonne foi ;^t voilà ^ pour le dire en passant ^ pourquoi je ne crois encore que faiblement à la sincérité de leurs sacrifices. Mais nous
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Huij malgré leur fierté dédaigneuse y avons de grandes iiisoiis de douter qu'ils aient le privilège exclusif de Piostruction et des lumières y nous qui ne regardons point rassemblée nationale comme un bureau de subdélégués , 11008 qui croyons que travailler à la constitution est le premier de nos devoirs y et la plus sainte de nos missions 3 nons qui savons qu^il est physiquement impossible de s'assurer d'avoir obtenu le vœu national autrement que par la votation par tète ; la renonciation la plus complète et la moins ambiguë aux exemptions pécuniaires ne nous désintéressera nullement du seul mode de délibérer et d'opinpry auquel nos pouvoirs nous autorisent ^ et nos consciences nous contraignent.
Ne compromettons pas ce principe sacré y Messieurs ^ nVncourageons pas les intrigans y n'exposons pas les faibles 9 n'égarons pas, n'alarmons pas Popinion publique y marchons avec une circonspection prévoyante ^ mais marchons, • • • J'?'*
Lianoblesse a rompu par le fait Tajournement du roi^ nous devons en aviser M. le garde des sceaux^ pour constater que le provisoire est fini y et annoncer ainsi, par la voie la plus modérée et la plus respectueuse y mais la plus régulière et la plus directe y que les communes vont s'occuper des moyens d'exercer leurs droits et de conserver les principes.
Envoyons ensuite au clergé des hommes munis de notre confiance y et autorisés à inviter y à entendre y mais non à proposer. Laissons la nohlesse continuer paisi-* blement sa marche usurpatrice autant qu'orgueilleuse ; plos elle aura fait de chemin ; plus elle se sera donné de torts ; plus les communes y qui n'en veulent point avoir, qui n'en auront jamais , seront encouragées aux principes y sûres de leur force^j et par cela même de leur modération ; plus la concorde y l'ensemble y l'harmonie
i4 ocrrmjBS omATOiuss
s'étaUironi parmi noos : plos Tespiit paUic se Chumia | et de lui «eul ie composeront notre irrésistible pnimfty lUM glofienx et durables succès.
ZLf JtîaL
Le clergr sera- 1- il prié tenl de se révnîr i«z commwMt font traTilller k la rvctrnc ration tant désirée d« roTâMme. œtoidn •yint rempli j«sqae-li le rôle de ooncîliatev ?
Messieurs , je ne rois rien que de sage et de mesori djms la motion qui tous est soumise , et je conTiens que l'on peut sans inconTênient se donner encore le m^rit» de cet utile essai ; mais je crois qn^il ne suffit pas^ et je vous demande la permission d examiner s^il ne serait pas bon d^y joindre une démarche plus efficace j et qui ait un but plus déterminé.
Il est clair , diaprés I^ compte rendu que tos tris dignes commissaires ont mis so. ^ tos yeux, que la proposition qu^on leur a faite est entièrement inacceptable ^ et ne peut conduire à aucune espèce de dénouement raisonnable; elle choque tous les principes ^ elIs excède nos pouToirs.
La Terification par commissaires choque les principes; il est , et il sera à jamais impossible de suppléer dans cette Terification à la sanction des états-généraux réaniS| surtout aussi long-temps que Rassemblée nationale sera composée de ce qu^on appelle trois ordres. Il ne Pest pas moins ^ que des contractions qui intéressent les ordrss respectiâ j ne soient pas débattues par les trois ordres | en présence les uns des autres.' Il Test encore daTantags qu^un ordre en particulier devienne le juge des quee* tions qui intéressent les deux autres ; chaque ordre n'est que partie. Les états-généraux^ réunis sont seuls jugeai et indépendamment de ce que Pintégrité^ la pureté j la
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i^ité de rassemblée nationale est le premier deroir , Il premier intérêt ^ et l'objet de la continuelle snrreil- Iince de tous les membres qui la composent; admettre Doe vérification des pouvoirs, séparée ou partielle, c^est Tooloir être agités d'un étemel conflit de juridiction , c'est susciter une foule de procès interminables.
La vérification par commissaires excède nos pouvoirs, laveslis par la puissance nationale, autant du moins qu'une espèce de législature provisoire peut l'être , nofe j ne le sommes pas du droit de la déléguer. Nous pouvons J nommer des examinateurs , des rapporteurs , mais nous ^ ne pouvons pas subroger des juges à notre place. La consé- ,i quence du principe contraire serait que , sous le prétexte i de conciliation , de la simplicité , de la rapidité de nos opérations, nous pourrions limiter les états-généraux, les circonscrire , les dénaturer , les réduire , enfin nommer des dictateurs* Or, une telle prétention serait criminelle autant qu'absurbe. Ce serait une usurpation de la souveraineté, qui ferait sortir de cette assemblée une véritable tyranuie , et qui frapperait de la plus détestable , si ce n'était en même temps de la plus pitoyable nullité, toutes nos opérations*
Voilà, Messieurs, où conduit le système que proposent les deux ordres, et dont sans doute ils n'ont pas senti toutes les conséquences*
Je ne parlerai point de la proposition d'un des com<* missaires du clergé j elle est probablement celle d'un ami de la paix ; mais outre qu'en reconnaissant qu'il y a dans la vérification des pouvoirs , procès et nécessité à un jugement , elle nous renvoie à la sévérité du principe sur le choix des jnges, outre qu'elle ne saurait jamais échapper à cette observation simple , que s'il est possible, tHlest nécessaire, s'il est inévitable de se réunir pour la solution de certaines difficultés, il n'existe point^'une
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raison dô ne pas se réunir pour la solution de tontes ]e# difficultés. La proposition d^un seul homme ne peu S point en pareil cas être matière à délibération, et noutf savons (jue la noblesse a déjà repoussé les expédiens.
Sans doute y Messieurs y le «ystème des ordres priti* légiés est très coiiséqueut. L\in s'est déclaré légalement constitué. Il s'est lui seul investi de tous les pouvoirs qu'il a trouvés à sa convenance ] il a fait des actos de véritable souveraineté, et Pun de ses membres, tont en parlant des principes constitutifs de la monarchie^ ridicule cri de ralliement de tous ceux qui voudraient bien que lamonarchiene fût jamais constituée, n'a pas craint d'appeler l'assemblée des députés présumés de la noblesse , cette chambre législative et souveraine.
L'autre, plus teniporiseur, pluscirconspect, et surtout plus métiacé de divisions intérieures^ sous le titre modeste d'états provisoires, fait à peu près les mêmes choses et tend évidemment au même but , avec cette circonstance très remarquable, qu'il augmente tous les jours par sa modération même le nombre de ses auxiliaires > tandis que la démarche violente de la noblesse attiédit . les préjugés des hommes de bonne foi qu'elle renfermai ^ et augmente les forces des amis de la liberté et de la paix.
Que devons-nous à nous-mêmes dans ces circons- -^j tances pour être fidèles, tout à la fois, à notre système de pacification , à nos devoirs , et aux intérêts de nos j commettans ? 1
J'ai déjà eu Phonneur de le dire dans cette assemblée^ Messieurs^ je ne conçois pas qu'il puisse être ni convo- l nable^ ni prudent de traiter de même avec celui qni-'B ordonne sans titre , et celui qui négocie de notre gtém . ^ Est-il bien certain d'ailleurs que dans ce système il y ait ,jM{ conTpensation entre nos acquisitions et nos pertes P^i^ L'est-il que le contraste de la conduite des comjnunitêiy
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SE MIRABEAir.' 1^'
et des ordres privilégiés nous acquière autant d'amis tians la noblesse j que Pintrigue favorisée par notre inac< tion nous en fait perdre dans le clergé ? L^est-il qu'une plus longue persévérance dans notre immobilité ^ fct surtout dans l'uniformité de notre tolérance , ne compro-' mette pas les droits nationaux j en propageant Vidée qne le monarque doit prononcer y si les ordres ne penrent s'accorder j qu'au lieu de n'être que l'organe du jugement national j il peut en être l'auteur? Ces maximes très odieuses , mais autorisées par des exemples ^ si la déraison et l'injustice pouvaient l'être y et que la mauvaise foi parvint à confondre les temps et les circonstances j ces maximes acquièrent tous les jours beaucoup ie partisans y parce qu'elles ont beaucoup de prdneurs intéressés ^ et que le besoin de faire et d'agir qui nous tourmente^ leur conquiert un grand nombre de suffrages*
Il me semble y Messieurs , qu'il est temps j sinon d'entrer en pleine activité , du moins de nous préparer de manière à ne pas laisser le plus léger doute sur notre résolution y sur nos principes, sur la nécessité où nous sommes de les mettre incessamment en pratique.
Les argumens de la noblesse se réduisent à ce peu de mots j nous ne voulons pas nous réunir pour juger des pouvoirs communs. Notre réponse est très simple : nous vou-» Ion* vérifier les pouvoirs Eif commun. Je ne vois pas, Messieurs, pourquoi le noble exemple de l'obstination, étayé de la déraison et de l'injustice , ne serait point à FjHage de la fermeté qui plaide pour la raison et la jostice.
Le clergé persévère dans le râle de conciliateur qu'il a dioisi et que nous lai avons confirmé. Adressons-nous iloi, mais d'une manière qui ne laisse pas le plus léger pétexte à une évasion.
Et pour y parvenir , j'ai l'honneur de tous demander 1. a
l8 OGUYRBS ORATOIRES
d^abord de fixer uti terme y ei un terme très court , à ]( nouvelle conférence que Pon vous propose dWdonner i vos commissaires.
Je vous demande ensuite de décréter une députatioi vers le clergé y députation très solennelle et très nom breuse y qui y résument tout ce que nos adversaires ob si subtilement allégué y tout ce que nos commissaire conciliateurs ont si bien dit y adjurera les ministres d'ut Dieu de paix y de se ranger du côté de la raison y de h justice 9 de la vérité ^ et de se réunir à nous pour tentei un nouvel effort auprès de la noblesse. Si les espérance: que nous avons conçues d'une grande partie du clerg( sont fondées y elles se réaliseront à Pinstant même ; d quelle différence pour nous d^inviter la noblesse y de 1^ sommer au besoin y de réclamer contre elle y s'il est mal heure usemeiit nécessaire, réunis avec le clergé ou isoUi de lui. Mais quel que sait le succès d'une telle démarche elle vous donnera l'honneur de tous les procédés y ell conquerrera Topinion universelle à votre modération c à votre ^rmeté.
Que si par impossible , si ^ ce qu'à Dieu ne plaise , U privilégiés s'obstinent dans leur conduite impétieuse < ambiguë y nous recourrons au commissaire du roi y * nous lui demanderons de faire «respecter son ajourne ment. M. le garde des sceaux y par ordre du roi ^'a ajoum cette assemblée. Towte assenÂylée ajournée doil; inoois testablement se retrouver k même qu'elle était au mi ment' où on l'a ajournée. M. le garde des sceaux dcr donc faire respecter et exécuter l'ordre du législàtei; provisoif e dont il a été Torgane j et ce n^est qu'aloi que la conduite des ordres privilégiés aura montré tôt à la fois leu r indiscipline et l^mpuissanoe du ministère que forcés d'établir et d'exercer vous-mêmes les droii nationaux; vous aviseriez dans votre sagesse aux mojes
BE MlRÀBEÀtT. Ip
kl plus paisibles y mais les plus sûrs d^en déyeloppei^ l'élendue.
Je propose d^arrèter qii^il sera envoyé une députatioil vers le clergé y députa tien très solennelle et très nom- Inrense ; qui j résumant tout ce que messieurs de la noblesse on^ allégué^ tout ce que nos commîssaires-conci' liatenrs ont si bien dit y adj urera les ministres du Dieu de paix de se ranger du côté de la raison, de la justice et de I^ vérité y et de se réunir à nous dans la salle commone.
28 Mai.
Le roi, par ime lettre , désire que les conférences soient leprises entre les commissaires des trois ordres devant le garde des sceaux et des commissaires dn conseîL
Acceptons-nous les conférences ? Tout ceci finira par nn arrêt du conseil \ nous serons chambrés et despottsés par le fait, d^autant plus infaillîi;>lement que tous les aristocrates tendent à Topinion par ordre y parce que là ils ont leur place y taudis que dans le mode d^opiner par tête, ils ne sont pas toujours les premiers y et souvent ils sont les derniers.
Si nous n^acceptons pas , ceux qui ont tant dit, lors* ^o^il s^agissait de s^opposer à la proportion populaire, ^e ks communes ignorantes , sans Thabitude des afîai' R8, façonnées à un long esclavage , enchaîneraient la Bttion au pied du trdne , et qui disent aujourd'hui , pour tuer Topinion par tête, que les communes tumultueuses , indisciplinées , avides d^indépendance , sans système , sans principes, détruiront Tau ton té ro jale ; ces gens de bonne foi professeront avec plus de ferveur que jsmais cette absurdité profonde , que la constitution va P^ sous rinfluence de la démocratie. Le trône sera
assiégé de dénonciations ^ de calomnies ^ de prédictions sinistres. M. Bouthilier (*) répétera que nous éludons le combat. Uappel au peuple de M. d^£ntraigues retentira plus que jamais.
Faisons route entre ces deux écueils.
Hendons-nous à Pinvitation du roi. Ah ! comment pourrait-on s^y refuser quand on a jugé à propos de déférer à celle du clergé ? Mais faisons précéder les con* férences d^une démarche plus éclatante qui déjoue l'in* trigue et démasque la calomnie. Vers quel but tendent les efforts des ordres privilégiés ? à inspirer de la méfiance au roi sur nos intentions et nos projets j parce qu^ils sentent bien que la puissance d'un roi uni à son peuple, a une influence irrésistible contre les préjtigés tyranniques , les prétentions oppressives y les résistances de Pintérét privé. Nous sommes bien forts ^ si toute leui ressource est de nous calomnier. Nous sommes bien forts • si pour faire triompher la bonne cause ^ il ne nous Ùlxx que marcher unis avec le roi^ et ajouter chaque jour i la puissance du prince j qui ne veut Paugmenter qu^ei réglant Texercice de son autorité sur les principes éternel de la justice, et de Pinvariable but de la prospérité publî que. Le roi nous a adressé un hommage rempli de bontë Portons-lui une adresse pleine d'amour , où nous consB crerons à la fois nos sentimens et nos principes.
Je demande qu'il soit fait à sa majesté une très humbl adresse^ pour lui exprimer l'attachement inviolable d ses fidèles communes à sa royale personne y à sai auguste maison et aux vrais principes de la monarchie pour témoigner à sa majesté leur respectueuse- recon naissance^ de ce que^dans sa sagesse et sa bonté pour se
(*} L'un des commissaires-conciliateurs de la noblesse.
DE MTRABEAr. il
peuples j elle a convoqué , non trois assemblées distoncTes de trois ordres séparés d^intérèts et de Toe y mais /*««semblée nationale^ pour s^occDper^ de concert avec sa majesté} de la régénération du royaume ^ de ce que dans sa sollicitude bien^sante , sa majesté a daigné rechercfaer les moyens de mettre fin à la maliemrguse tnacttom k laquelle cette assemblée nationale est réduite par Pincident le plus împréTU y le plus «xmtraire au bien général j poar lai exposer que j par préférence au désir Àe sa ma* )esté ) les communes de son royaume ont autorisé leurs commissaires à assister k la conférence à laquelle sa majesté a daigné les inriter j et Finformer en même temps , qu'intimement convaincus que les députés des différens ordres sont députés à une seule et même assemblée : i.'ASSEiiBLéB vATioiîAUB ^ que la rérificatioii de leurs pouvoirs ne peut être définitivement iaite et arrêtée que dans l'assemblée nationale ; et déterminés comme iU y sont obligés par les ordres de leurs constitnans y à ne reconnaître pour députés à l'assemblée nationale y que ceux dont les pouvoirs auront été vérifiés et approuvés dans la dernière assemblée ^ ils chargent expressément leurs commissaires de s'occuper de tous les expédiensqui ^ sans porter atteinte à ce principe fondamental , pourront être jugés propres à ramener la concorde entre les divers ordres y et les faire concourir à rechercher en commun les moyens de réaliser les espérances que sa niajesté a conçues pour le bonheur et la prospérité de l^état ; enfin de leur en faire le rapport ; à l'effet que lesdites fidèles communes prennent une détermination 4ui, s'accordant avec les instructions qu'ils ont reçues de leurs commettans y les mette à portée de donner à sa niajesté des preuves non équivoques de leur immortel dévouement à sa personne royale et à tout ce qui la
aa OBUYRBS ORATOIRES
touche y et leur zèle illimité pour le bien et la prospérité du royaume.
Si cette motion est adoptée ^ je demande qu^il soit^ immédiatement après la délibération y nommé un comité de 5 à 6 personnes an plus y pour se retirer dans ime autre chambre 9 rédiger Padj^esse ainsi que la résolution de rassemblée ^ portant les instructions des communes^ et les rapporter dans cette séance même à rassemblée* Je demande que les instructions portent y i^. que les commissaires déjà chargés de la conciliation des ordres, sont autorisés à se rendre dans la conférence k laquelle il a plu à sa majesté de les inviter ^ et chargés d^y faire tous leurs efforts pour obtenir que cette conférence ait lieu dans la salie commune.
a^. QuHl leur soit intimé de n'agir dans cette conférence que comme représentant les communes y d'y exposer leurs principes 9 de chercher les moyens de ramener l'harmonie et la concorde sans toucher à ces mêmes principes.
3^* Qu'il leur soit de plus intimé de représenter ^ que dans une telle conférence ils sont prêts à ouïr arec attention y et à rappçrter aux communes les ouyertnres de conciliation qui pourraient être faites y tant par le^ autres ordres que par les commissaires de sa majesté. Mais que lorsqu'il s'agit des droits les plus précieux des communeS| ils ne peuvent prendre ni juges ni arbitres. 4^. Enfin y qu'il leur soit intimé de dresser dans chaque conférence ^ de concert avec les autres commissaires des autres or* dres , un verbal commun de ce qui se sera passé ^ de le signer en commun y et d'en préparer un double y pour être soumis d rassemblée et livré d IHmpression.
l5 Juin,
Propotîtîoii «Tiui dépaté de se coostîtiier soat le titra i^ Assemblée des représemiuMs comuu et vérifiés de la matiom fnnçaisem
KsasiBU&s, je a^ai jamais élé nuMna capaUe qa^aujoard^hui de discuter mse question importante et de parler devant tous* Agité depuis plusieurs jours d^ane fieTre opiniâtre , die me tourmente dans ce moment même } j# sollicite donc une grande indulgence pour ce que )• Tais dire : si mon ime parle à Totre âme , vos forces sappléeront à mes forces j mais j^ose tous de* mander en même temps une pande attention pour la série-des résolutions que j^aurai rhonneurde tous offrir. LoQg'tempa méditées ^ rédige dans un moment plus fiTorable j je les soumets à votre sagesse avec plus do confiance que le peu de mots que je rais balbutier.
Noos sommes prêts à sortir du cercle oii votre sagesse t'nt long-temps circonscrite. Si vous avez persévéré avec uns fermeté rare dans un système d^inaction politique , infiniment décrié par ceux qui avaient un grand intérêt i vous £ûre adopter de fausses mesures j c^était pour donner le temps aux esprits de se calmer j aux amis du bien public celui de sec<mder le vœu de la justice et de la nison ; c^élait pour vous assurer mieux que^ même Jaos la poursuite du bien j vous n^excéderiez aucunes bomes j c^était j en un mot, pour manifester une modeîttîon qui convient surtout au courage , ou plutdt sans laquelle il n'^est pas de courage vraiment durable et infîncible*
Cependant le temps s^est écoulé ^ les prétentions, les nturpaticMis des deux ordres se sont accrues 9 votre sag« lenteur a été prise pour faiblesse ; on a conçu Tes poir q ue l^ennui, Pinquiétode^ las malbeurs publics ^ inceswim*
sl4 oeuvres oratoires
ment aggravés par des circonstances presque inouïes y vous arracheraient quelque démarche pusillanime ou inconsidérée. Voici le moment de rassurer vos àmes^ et dUnspirer la retenue y la crainte ^ j^ai presque dit la ter* reur du respect à vos adversaires ^ en montrant ^ dès vos premières opérations j la prévoyance de l'habileté jointe à la fermeté douce de la raison.
Chacun de vous sent ^ Messieurs y combien il serait facile aujourdUiui d'essayer^ par un discours véhément^ de vous porter à des résolutions extrêmes; vos droits sont si évidens y vos réclamations si simples y et les procédés des deux ordres si manifestement irréguliers 9 leurs principes tellement insoutenables ^ que le parallèle en serait au-dessus de Patiente publique.
Que dans les circonstances où le roi lui-même a senti qu'il fallait donner à la France une manière fixe éPétn gouvernée y c'est-à-dire y une constitution y on oppose à fies volontés y et au vœu de son peuple y les vieux préjugés^ les gothiques oppressions des siècles barbares ; qu'à la fin du dix-huitième siècle y une foule de citoyens dévoile et suive le projet de nous y replonger y réclame le droit d'arrêter tout quand tout doit marcher ; c'est-à-^re , de gouverner tout à sa guise y et qualifie cette prétention vraiment délirante de /yropnV/^j, que quelque^^/soifne^^ quelques gens des trois états , parce que dans l'idiome moderne on les a appelés des ordres y opposent sans pudeur la magie de ce mot vide de sens à l'intérêt général^ sans daigner dissimuler que leurs intérêts privés sont en contradiction ouverte avec cet intérêt général; qu'ils veuillent ramener lé peuple de France à ces formes qui classaient la nation en deux espèces d'hommes ^ des oppresseurs et des opprimés; qu'ils s'efforcent de perpétuer une prétendue constitution y où un seul mot^ prononcé
par cent cinquante-un individus y pourrait arrêter le roi
et TÎagt-quatre millions dUiommes; une constithtion o& deux ordres qui ne sont n\ le peuple , ni le prince, se sertiront du second pour pressurer le premier, du premier pour effrayer le second , et des circonstances pour réduire tout ce qui n^est pas eux, à la nullité; qu'enfin, tandis que tous n^attestez que les principes et Pintérêt de tous, plutôt que de ne pas river sur nous les fers de Taristocratie , ils invoquent hautement le despotisme ministériel, sûrs'qu^ils se croient de se faire toujours dégénérer par leurs cabales en une anarchie ministérielle; c^est le comble sans doute de la déraison orgueilleuse, et je n'ai^pas besoin de colorer cette faible esquisse pour démontrer que ladivision des ordres , que lei;eto des ordres, que Topinion et la délibération par ordre seraient une invention vraiment sublime pour fixer constitutîonnellement Pégoïsme dans le sacerdoce , Porgneil dans le patriciat, la bassesse dans le peuple, la difision entre tous les intérêts, la corruption dans toutes les classes dont se compose la grande famille^ la cupidité dans toutes les âmes , Pinsignifiance de la nation, la tutelle du prince, le despotisme des ministres.
Cependant, Messieurs, que conclurons-nous de ces tristes vérités ? Sinon la nécessité de redoubler de sagesse et de persévérance pour parvenir à une constitution qui nous tire d'un état de choses si déplorable , et de proportionner notre émulation et nos efforts aux difficultés de cette entreprise, sublime sans doute, mais simple, et qui ne demande que le concours des lumières et de la soite dans les volontés ; car c'est aux développemens de la raison que la nature a remis la destinée éternelle des sociétés; et la raison seule peut faire des lois obligatoires et durables ; et la raison et la loi seules doivent gouverner Hiomme en société.
Espérons donc, Messieurs, loin de nous décourager ^
Jl6 OEUVRES ORATOIRES
et marchons d^un pas ferme vers le but qui ne saurait nous échapper.
Mais toutes les voies de douceur sont épuisées ^ toutei les conférences sont finies j il ne nous reste que dea partis
décisifs et peut-être extrêmes Extrêmes! oh! non|
Messieurs, la justice et la vérité sont toujours dans un sage milieu : les partis extrêmes ne sont jamais que les dernières ressources du désespoir j et qui donc pourrait réduire le peuple français dans une telle situation?
II faut nous constituer , nous en sommes tous d^ac* cord: mais comment? Sous quelle forme , sous quelle dénomination ?
En états-génëraux? — Le mot serait impropre } vous Tavez tous senti : il suppose trois ordres > trois étatSf et certes ces trois ordres ne sont pas ici.
Nous proposerait' on de nous constituer sous quelqns autre dénomination synonyme|après tout de celle d^étatsgénéraux? Je demanderai toujours : aurez- vous la sanction du roi ? Et pouvez-vous vous en passer? L'autoriié du monarque peut-elle sommeiller un instant? Ne faut" il pas qull coucourre à votre décret, ne fû^ce que pour en être lié? et quand on nierait, contre tous les principes, que sa sanction fût nécessaire pour rendre obligatoire tout acte extérieur de cette assemblée> accordera- t*il aux décrets subséquens une sanction dont on avoue qu'il est impossible de se passer, lorsquHls émaneroni: d'un mode de constitution quUl ne voudra pas reconnaître?
Êtes-vous sûrs d'être approuvés de vos comnoiettans ? N'allez pas croire que le peuple s'intéresse aux discussions métaphysiques qui nous ont agité jusqu'ici. Elles ont plus d'importance qu'on ne leur en donnera sans doute : elles sont le développement et la conséquence du principe delà représentation nationale , base de toute constitution. Mais le peuple est trop loin encore de connaître le sys-
DE MIRABEAU. TTf
tème de ses droits , et la saine théorie de la liberté. L9 people veut des soulagemens^ parce qu^ii n^a plus de ; ibcces poursouffrir j le peuple secoue Poppression ^ parce qa^il ne peut plus respirer sous Phorribie faix dont on Técrase^ mais il demande seulement de ne payer que ce qn'il peut 9 et de porter paisiblement sa misère. Sans <ioatc nous devons avoir des vues plus élevées^ et former des ^œoxplus dignes d^hommes qui aspirent à la liberté; mais il faut s^accommoder aux circonstances^ et se servir des instnimens que le sort nous a confiés. Ce n^est qu'alors <|ue vos opérationâ toucheront directement aux premiers intérêts des contribuables^ des classes les plus utiles et les plus infortunées ^ que vous pourrez compter sur leur <ppni, que vous serez investis de ^irrésistible puissance dePopinion publique, de la confiance , du dévouement illimité du peuple. Jusques là, il est trop aisé de le di- ^^par des secours passagers, des dons éphémères, des accusations forcenées , des machinations ourdies de la main des courtisans. Il est trop facile de l'engager à vendre la constitution pour du pain.
Enfin y le principe est-il indubitablement pour vous ? Nous sommes 'tous ici sous le mode de convocation que nous a donné le roi. Sans doute vous pourrez , et vous devrez le changer pour Pa venir, lorsque vous serez en activité j mais le pouvez-vous aujourd'hui? Le pouvezvous avant d'être constitués? Le pouvez- vous en vous constituant? De quel droit sortiriez- vous aujourd'hui des limites do votre titre? N'étes-vous point appelés en éiatO Le législateur provisoire n'a-t-il pas supposé trois ordres, quoiqu'il lésait convoqués en une seule assem- Uéeî Vos mandats, vos cahiers, vous autorisent-ils à ions déclarer l'assemblée des seuls représentans connue ^vérifiés? et neditespoint que lecasoili vous vous trouvez, n'a pas été prévu 3 il l'a trop été , puisque quelques- nus
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de VOS mandats , heureusement en très petit nombre y* vous enjoignent dp vous retirer , s'il vous est im'possîble de parvenir à la délibération en commun ^ sans quHl y en ait un cjui vous autorise à vous dire les seuls repris senians connus et vérifiés, 11 ne vous suffira donc pas de vous donner ce titre pour Pavoir en effet ^ ni pour qu'on vous en croie légalement revêtus.
Mais si vous échouez , si le roi vous refuse sa sanction^ si les ordres réclament son autorité, quWriverat-il? Dissolution ou prorogation. — La suite évidente en est le déchaînement de toutes les vengeances , la coalition de toutes les aristocraties , et la hideuse anarchie qui toujours ramène au despotisme. Vous aurez des pillages ^ vous aurez des boucheries \ vous n^aurez pas mêmerexé* crable honneur d^une guerre civile ; car on ne s^est jamais battu dans nos contrées pour les choses , mais pour tel ou tel individu ; et les bannières des intérêts privés ne permirent dans aucun temps à Poriflamme de la liberté de s'élever.
D'ailleurs ce titre de représentans connus et vérifiés^ éstril bien intelligible? Frappera-t-il vos comme t tans , qui ne connaissent que les états-généraux? —-Les réticences qu'il est destiné à couvrir , conviennent- elles à votre dignité ? — - La motion de M. l'abbé Sieyes vous donne- t-ellé des racines assez profondes?— «N'est-ellè pas évidemment une détermination première , laquelle a des conséquences qui doivent être développées? — Doit-on vous lancer dans la carrière , sans vous montrer le but auquel on se propose de vous conduire? — Fouvez-vous^ sans une précipitation indigne de votre prudence , et vraiment périlleuse dans les circonstances^ ne pas avoir un plan arrêté d'opérations successives, qui soit le garant de votre sagesse ^ et le mobile de vos forces ?
Le titre de députés connus et vérifiés de la nation fran*
caisenecoB à^ raîtè, nii lasQÎtedeTos
opéntions. ^ ^ 1a r < Tons ToaleB espérer
ctftrililfrJbns tftsisks te t^ sloroerùt à lechanger. Ke prenex fkHA lasi titre li efixaie. ^* Clierclies<>«ti im ' ^ft^on ne pimse tvcs cob er, qiii> plus doux ^ etBoa moiBS îinposaLiit fiais sa | tiide , conTienne i toas les temps, soît saicirpdble 3e U les déreloppeinens qoe TOUS pennettront les ère s, et puisse , au besoin ^
serrîr de lance comnir d' e j droits et auxprincipes nationaux.
Telle est , à mon sens, la fimosule suirante : Repré* sentaJU dm pemplc framcais.
Qui pent t-ous <lisputer ce titre? Que pe deTiendra-t*iI pis quand tos principes seront connus, quand vous aurea proposé de bonnes lois, quand tous aurez conquis la coofianoe publique ? — Que feront les deux autres ordres alon? — Adhéreronl-ils? II le &udra bien ; et s^ls en reconnaissent la. nJcesàté, que leur en coûtera-t-il de plas pooT adhérer dans une forme régulière? — - Ilefu* seront-ils d^adhcrer ? — Kons prononcerons contre eux , quand tout le nxmde pourra juger entre nous.
Mais ce n^est point assez de constituer notre assemblée, délai donner un titre, le seul qui lui conyienne^ tant que les denx autres ordres ne se réuniront pas à nous eu étaU-^néraujc, Il faut établir nos principes : ces principes sages et lumineux , qui jnsqu*à présent nous ont dirigés. Il but montrer que ce n^est pas à nous , mais aux deux ordres ^ qu^on doit attribuer cette non-réunion des trois àatsque sa majesté a convoqués en une seule assemblée. — Il faut montrer pourquoi, et comment nous allons entrer en activité ; pourquoi, et comment nous soutenons qne les deux ordres ne peuvent s^y mettre eux-uièmes en se séparant de nous. Il faut montrer quHls n^ont aucun ^Ai| aucun droit de prendre des résolutions séparées des
3o OBUVHBS ORATOIRES
ndtres. n faut annoncer nos intentions et nos vnes; 1 ùiiit assurer^ par une démarche également sage^ ^^g^lÀet graduée^ la solidité de nos mesures ^ maintenir \A ressources du gouvernement ^ tant cju'on les fera senrir au bien national , et pré:>euter aux créanciers de Vi^ V^poir de cette sécurité qu'ils désirent , que rhonneiiili national exige que nous leur offrions; mais toujours ait. la faisant dépendre du succès de cette régénération natifs nale') qui est le grand et le premier objet de notre cOii^ vocation et de nos vœux.
C'est dans ce but qu'a été dressée la résolution ^m je vais avoir Phonneur de vous lire.
Les députés dçs communes ayant y en conséquence da leurs délibérations du lo juin ^ fait signifier aux député! du clergé et de la noblesse, une dernière invitation à H rendre le même jour , tant individuellement qua colleoti* vement en rassemblée nationale , pour faire vérifier l&àH ' pouvoirs y conjointement avec ceux des députés descoaib* munes j sur Pappel qui y serait fait de tous les bailliage! convoqués par S. M. en ladite assemblée ; et lesusdit appel n'ayant été suivi que de la comparution d'un petit nombM de députés du clergé^ le plus grand nombre daa députa de cette classe , ainsi que ceux de la noblesse, parafssani persister dans le funeste esprit de séparation et d'éloigtia^ ment qu'ils ont manifesté en différentes occasions depnis' l'ouverture des états-généraux , les députés descommuneÉ* se sont vus obligés , en conformité de leurs susdites dé" libérations , de procéder à la vérijQcation de leurs pon*^ voira en l'absence du plus grand nombre des députa éd clei^é et en celle de la totalité des députés de la noblesse. Lecture faite du procès-verbal de vérification des susdits pouvoirs, en date des i3 et i4 jnin^ les députés dont Ifltt pouvoirs ont été vérifiés ledit jour, pénétrés des maJbeto'^ reux effets que pourrait avoir une plus longue durée dé
Os
jÊt U pors^'
3i l'i présent forcés, s classes privilégiées leur refas JLe se cémE r , et X4 [ant , aotanl qu'il est EKy » mettre en état de concourir aux Tues bienfait de sa xnaîesté, et an xœn général de la nation ^ jmr la régcnérztîoB dn royaume y ont pris et arrêté les iMatîaKs siBiranSes :
1*. Rcaeln qne le roi n^ajant pas estime pouvoir rem« fîiÎT m wesde sagesse , de justice et débouté envers ses peu* pksi «tremeitt qne par la couTOcation d'une assemblée
des députés destrois ordres « nommés t dans les dirers bailliages i sénéchaussées , ^nllef et provinces du royaume, les susdits députés | do IMlqne «irdre qn^îls soient y ont un droit individuel et CMmaan a AÎtgcr ensemble dans cette assemblée nationki et à y Terifier les pouvoirs, de leurs cominetlans : tnt connue anssi ils ont le droit d^exiger que les pouvoirs delearscodéputés, de quelques ordres qu'ils puissent être, soient produits et vérifiés dans la même assemblée, laquelle senleest qualifiée pour prononcer définitivement mr tontes les difficultés ou contestations qui pourraient a^éiever on être élevées au sujet des pouvoirs de quelques* uns des susdits députés.
1*. Résoin qne, diaprés le refus qu^ont fait les autres opales d^acquiescer à la réunion requise , et i\ la vérifi* cabumen commun , à laquelle ils ont été si souvent invités, il est maintenant indispensable de déclarer que les iépntésdont les pouvoirs ont été vérifiés lesdits jours i3 «l 14 jnin , ne peuvent considérer la vérification de pouvoinque les autres députés ont pu faire, ou pourront fcireà l'avenir hors de l'assemblée nationale, que comme m acte insuffisant et incomplet , qui ne peut recevoir sa Cnrce légale et son complément que par Li coufinuatiou 'c Rassemblée nationale, ou, ce qui revient au monie.
d^une assemblée à laquelle les députés des trois ordre!i aiciic été dûment invités et libres d^assister*
3^. Résolu que la vérification faite les i3 et 14 juin^ des pouvoirs des députés, après due convocation desdé^ pûtes des classes privilégiées, à reflet qu^ils puissent y coucourir pour ce qui les concerne, est suffisante pour autoriser les susdits (U^putés à se former et à se constituer^ ainsi qnUls le font par la présente délibération, dans la forme et sons le nom d\(ssemblée des représentans da peuple de France, à se mettre incessammedt en activité comme tels , et à procéder en conséquence à la nomina* tion d^ln président t:t autres officiers nécessaiiesau main* tien de la police de ladite assemblée.
4^. Résolu quVn se constituant en la forme et qualité d'assemblée des représentans du peuple de France, rassemblée n'entend point mettre d^obstacles à la réunion si désirée des autres députés avec les représentans du peuple dans rassemblée nationale^ qu'elle sera toujours prête à les recevoir aussitôt quUls témoigneront le désir de fie joindre à eux dans Punique qualité que leur assigneut la raison et Fintérét national , et de se faire légalement reconnaître en l'assemblée nationale par la vérification de leurs pouvoirs.
5^. Résolu que l'assemblée des représentans du peuple de France s'occupera sans relâche et avec toute l'activité dont elle est capable , des moyens de seconder les grands et nobles desseins du roi, et de remplir l'attente de ses peuples pour le bonheur du royaume, eu communiquant directement à sa majesté les différentes mesures qu'elb estimera les plus propres à remplir ce but; mais qu'elle ne reconnaîtra jamais daus les députés des classes privilégiées, en quelque nombre qu'ils soient, aucun veiOy c'est-à-dire, aucun droit de s'opposer par des délibérations séparées, prises hors de l'assemblée nationale, à ce qui
DB MIRABEAtr. 33
i ^m jagé nécessaire pour le bien général de la France j attendu qu^il ne tient qu^à eux y par leur présence individuelle et leurs suffrages en ladite assemblée y de contribuer au bien général , en la seule manière qui soit compatible avec la justice, avec la raison , et avec le vœu unanime du peuple de France.
' 6*^. Résolu que , dans la présente circonstance , ce que Passemblée doit à la sécurité de ses constituans , son attacliemeni pour le roi , pour les vrais principes de la constitution, et la nécessité de pourvoir, durant la tenue des états-généraux , aux besoins publics d'une manière légale, ^ni porte le caractère du vœu national , et qui prévienne les effets trop actifs d'un zèle égaré par les malheurs pu* blics, exigent de sa part la déclaration suivante :
Attendu qu^aucun impôt, c'est-à-dire, aucune levée Je deniers pour les besoins publics , sous quelque forme on quelque dénomination qu'il soit établi, ne peut légalement exister sans le consentement exprès du peuple par ses reprësentans aux états-généraux , et seulement pour le temps qu'ils auront jugé à propos de fixer 5 at-^ tendu encore que ce principe sacré de toute constitution où le peuple est compté pour quelque chose, a été reoonnu par sa majesté elle-même^ par les cours souveraines et par le vœu unanime des peuples^ comme l'une des bases essentielles de la monarchie; attendu enfin qu'il n'estancnn des impôts actuels qui ne soit illégal, ou dans son origine, ou dans l'extension qu'il peut avoir reçue, l'assemblée des représentans du peuple les déclare tous nais et supprimés de droit, par l'effet nécessaire du dé« iàatde consentement du peuple auxdits impôts j et cependant , vu le temps nécessaire pour créer un ordre nouveau danscette partie des affaires nationales , et aussi afin d^éviter les inconvénients qui résulteraient pour le créditpublicet pou rl'impôt^futur d'une cessation absolue 1. 3
34 OCUTAES OKATOIBES
de tons mpporti entre les contri C le £fic j Ta»-
eemblée consent proTisoirement 9 1 . de ees cous
titnans y statue | sous le bon plaisir de sa nsajesté, qiK que tous les impôts perçus jusqu^i ce fowc soient oso menianément aotorisés et continuent à dire payés en \i même manière que ci-devant, et aux ternies des arrêt q[ui les ont établis ou prolongés ; mais seulement duran le cours de la présente session des étals • générau] et non an deli j à moins d^une nouvelle prolongalioi d^iceùx 9 librement consentie et expressément volÀ par les représentans du peuple auxdits états-généravx
7^*. Résolu qu^aussitdt que les principes après lesquel la régénération du royaume doit être opérée j auront éu légalement con Tenus et fixés, lesdroits du peuple assurés les bases d^une sage et heureuse constitution posées e1 mises à Tabri de toute atteinte, sous la sauvegarde de k puissance législative du roi et de rassemblée nationale y le^ représentans du peuple de France prendront toutes les me sures nécessaires pour la sécurité des créaniers de Pétat, e( pour que la dette du roi y qui deviendra alors celle de U nation, ait désormais pour gage Phonneur et lafidélitéd< cette nation même et la surveillance de ses leprésen tans, organe et dépositaire du trésor sacré de la Soi pa* bliqiie*
8^. Résolu que les dé libérations ci^dessus seront înces< samnientprésentées à sa majesté avec une humble adre0S< dans laquelle seront exposés les motifs de la conduite di rassemblée des représentans du peuple depuis leur préc^* dente adresse, la disposition invariable où ils sont d< répondre par leur respect, leur amour pour la personne sacrée du roi, et par leur application constante à toui les devoirs qui résultent pour eux de la mission dont ili sont honorés, aux intentions vraiment magnanimes d< sa majesté pour le commun avantage de ses peuples, ei
DE MIEABEAU. 35
^ne ces résolutions et cette adre^e seroat ihcoatineat iinpriinées et publiées*
Vous venez d^entendre^ Messieurs, la série des rësoladons dont je pense qu^il faut appuyer le titi% sous lequel je TOUS propose de constituer notre assemblée;- si elles TOUS pa raissentméri ter un^e discussion particulière^ j^anrai Pbonneur de vous exposer les motifs qui les rendent nécessaires. Dans ce moment ^ je me borne à insister ' sur la convenance de la dénomination que j^ai adoptée de r^résentans du peuple français. Je dis la convenance ^ \ car je reconnais que la motion de Mé Pabbé Sieyes est confimne k la rigueur des principes^ et telle qu^on doit l'attendre d^un citoyen philosophe. Mais, Messieurs, il n'est pas toujours expédient, il n^est pas toujours convenable de consulter uniquement le droit sans rien accordée aux circonstances.
Il est cette diflérence essientielle entre le métaphysicien, qui, dans la méditation du cabinet^ sai«it la vérité dans son énergique pureté , et Phomme d^étatqui est obligé de tenir compte des antécédens , des difiicultés , des obstacles; il est, dis-je^ cette différence entre Pinstructenr du peuple et Padministrateur politique, que Tim ne songe qu^à ce qui est^^ et Pautre s'occupe de ce qui peut être.
Le métaphysicien voyageant sur une mappemonde franchit tout sans peine, ne s'embarrasse ni d^s montagnes, ni des déserts ,v ni des fleuves , ni des abîmes ; mais quand on veut réaliser le voyage, quand on vent arriver au but , il faut se rappeler sans cesse qu'on marche sur la terre et qu'on n'est plus dans le monde idéaL
Voilà j Messieurs, un des grands motifs de préférence pour la dénomination que j'ai mûrement réfléchie. Si noas en prenons une avitro | nous aurons à créer une
nonveauté; elle Ta fonmir abondaminent aux déclama^ lions de ceux qui nous calomnient : nous aurons contro nous tous les antécédens, tous les usages ^ tout ce qui est 9 tout ce qui est consacré par les habitudes j tout ce qui est sous la garde puissante des préjugés et Taristocratie. Si nous prenons le titre de représentans dn peuple j qui peut nous Tâterîqui peut nous le disputer? qui peut criera Pinnovation^ à des prétentions exorbitantes ^ à la dangereuse ambition de notre assemblée ? qui peat nous empêcher d^étre ce que nous sommes ? Eh ! cependant ^ cette dénomination si peu alarmante, si peu prétentieuse , si indispensable y cette dénomination contient tout 9 renferme tout, répond à tout. Elle abordera £icilement le trône, elle âtera tout prétexte à nos ennemis, elle ne nous exposera point à des combats , à des chocs dangereux dans tous les temps, qui pourraient nous être funestes dans Pétat où nous sommes, et jusqu^à ce que nous ayons jeté des racines profondes : cette dénomination simple , paisible , incontestable , deviendra tout avec le temps; elle est propreà notre naissance, elle le sera encore à notre maturité, elle prendra les mêmes degrés de force que nous-mêmes ] et si elle est aujourdMiui peu fastueuse, parce que les classes privilégiées ont avili le corps de la nation , quMle sera grande, im* posante , majestueuse ! Elle sera tout , lorsque le peuple , relevé par nos eflorts.aura pris le rang que Pétemelle nature des choses lui aestine«
l6 Juin.
Réponse aux objections présentées contre le discours précédent.
Messieurs, la manière dont un des honorables membres a parlé , je ne dirai pas contre ma motion , elle
Kste entière j mais contre la dénomination que j'ai choisie pour nous constituer représentons du peuple fran^ foû; Papprobation qu'ont donnée aux objections plusieurs de ceux qui ont parlé après Phonorable membre y m'ont causé , je l'avoue , une extrême surprise. Je croyais L aroir énoncé clairement mon opinion touchant la sépa- ; ration des ordres ; et l'on m'accuse d'avoir favorisé la '' séparation des ordres. Je croyais avoir présenté une ^rie de résolutions qui montraient ^es droits et la digpité du peuple j et l'on m'apprend que ce mot de peuple xZ. une acception basse , qu'on pourrait nolis adapter e:(clusiYement* Je suis peu inquiet de la signification des mots ^ dans la langue absurde du préjugé ; je parlais alors la langne de la liberté ^ et je m'appuyais sur Pexemple des Anglais^ sur celui des Américains ^ qui ont toujours lu)noré le nom .àe peuple ^ qui l'ont toujours consacré dans Ifiurs déclarations , dans leurs lois^ dans leur po* litique* Quand Cbatham renferma dans un seul mot la charte des nations ^ et dit la majesté du peuple ;. quand les Américains ont opposé les droits naturels du peuple à tout le Êitras des publicistes sur les conventions qu'où leur oppose y ils ont reconnu toute la signification ^ toute l'énergie de cette expression ^ à qui la liberté donn,e tant de valeur. Est-ce , Messieurs, à l'école des Anglais et des Américains que j'aurais appris à employer ce nom d'une manière suspecte ^ qui blessât la délicatesse des teprésentans nationaux ^ et que je serais devenu moins jaloux qu'eux de la dignité de notre assemblée ? Novi , je ne le pense paa : je n'imagine pas même que je puisse être aci CQsé de dégrader le peuple j si je réfute l'opinion ha<^ sardëe d'un préopinant dont la jeunesse peut bien ajouteiL à mon esti]|^ pour ses talens 3 mais n'est pas un titre pour m'en imposer. .
n répond à ce qae j'ai dit sur la nécessité de la sanc*