‹ ŒuvresChapitre 7 sur 37 · JuÎK · texte numérisé non relu

JuÎK

Le roi ordomie aux députés de se séparer, de leprendi séances daju les chamhres aflectées aux ordres. La major; hi noblesse , la minorité du clergé obéissent de suite ; les f membres restent immobiles : M. de Brézé signifie au préj Tordre dé désemparer. Mirabeau se lève et dit :

Lbs communes de France ont résolu de délibérer: avons entendu les intentions qu^on a suggérées au et vous qui ne sauriez être son organe auprès de Pas blée nationale , vous qui n^avez ici ni place , ni 1 ni droit de parler , vous n^étes pas fait pour nous rap son discours : allez dire à votre maître que nous son ici par la puissance du peuple , et qu^on ne nous e rachera que par la puissance des baïonnettes.

48 OEUVREâ ORATOtliBS

à leur volonté mieux éclairée; si nos rois y pennadéi qu^il n^appart«'Dait qu\^ un despote imbécille de se croirt infaillililoy cédèrent tant de fois'aux avis de leurs par- Ioniens, comment te prince qui a eu le noble coarago d& convoquer rassemblée nationale , ji^eu écouterait-il pas i<^8 membres avec autant de faveur que des cours de judicatnre, qtii défendent aussi souvent leurs intérêts ^ personnels (|ue ceux du peuple? En éclairant la religion du rcii y lorsque des conseils violens Tauront tromperies | députés du peuple assureront leur triomphe; ils invoque* rout toujours la bonté du monarque ; et ce ne sera pss en vain , dès qiiUl aura voulu prendre sur lui-méiiift de ne se fier qu^à la droiture de ses intt:ntionS| et do sortir du piège qu^on a su tendre à sa vertu. Ils ont été calmes dans un moment orageux; ils le seront toujours; et ce calme est le signe non équivoque du courage.

Mais la journée du 2.3 juin a fait sur ce peupki inquiet et malheureux j une impression dont je crains les suites. Où les représentans de la nation n^ont vu qu^une erreur de ^autorité , le peuple a cru voir un des- i sein formel d^attaquer leurs droits et leurs possessions. Il n^a pas encore eu Poccasion de connaître toute la £er« meté de ses mandataires. Sa confiance en eux n^a point encore des racines assez profondes. Qui sait d^aillenrS' comment les alarmes se prolongent j comment la vérité même, dénaturée par des craintes , exagérée par les échos d^une grande ville, empoisonnée par toutes les passions, peut occasionner une fermentation violente, qui ^ dans les circonstances actuelles et les crises de la misère pn* blique, serait une calamité ajoutée à une -calamité? Le mouvement de Versailles est 'bientôt le mouvement do Paris; Tagitation de la capitale se communique aux provinces voisines ; et chaque commotion , s'étendant à nn cercle plus vaste, de proche en proche, produit enfin uns

DB MIRABEAtr.' ^9

agitation umverselle. Telle est Pimage faible y maïs vraie^ des mouvemens populaires ; et je n^ai pas besoin de prouver que les derniers événêmens^ dénaturés par la crainte^ îàterprétés par la défiance ^ accompagnés de toutes les mmeurs publique^^ risquent d'égarer Pimagination du peuple^ déjà préparée aux impressions sinistres par une titaation vraiment déplorable !

Ab! sans doute ils seraient pardonnables^ ces mouvemensy fussent-ils même ceuxdù désespoir^ à un peuple qui y sons le règnejd'unbonroi^ s^est vu traîné parla per« £die des mauvais conseils , je ne dirai pas sur les bqrds y nais sur les pentes escarpées du plus affreux des précis pices. Et comment les citoyens auraient-ils les mêmes motifs que les députés pour rassurer leur confiance ? Ont-ils vu dans les regards mêmes du roi ^ ont-ils senti dans Paccent de son discours , combien cet acte de ri* gneur et de violence coûtait i son cœur? Ont-ils jugé^ par leurs propres yeux , qu'il est lui-même quand il veut le bien , lui-même quand il invite les représentans do son peuple à fixer une manière d'être équitablement gouverné; et qu'il cède à des impressions étrangères , lorsqu'il restreint la générosité de son cœur, lorsqu'il letient les mouvemens de sa justice naturelle? Si notre loi était plus qu'un homme, s'il pouvait tout par luimême, on ne redouterait pas Tes effets de cette démarche j que des conseillers impruden s et pervers lui ont arrachée j il serait inutile de prémunir le peuple contre les égaremens où des intentions criminelles et des séductions adroites ponrr/iient le précipiter.

Quand on se rappelle les désastres occasionnés dans la capitale par une cause infiniment disproportionnée à les suites cruelles, tant de scènes déplorables dans diffirentes provinces , où le sang des citoyens a coulé par le &r des soldats et le glaive des bourreaux , on sent la né«

cessîté de prérenir de nouyeaux excès de frénésie et di Teageunce ; car les agitations y les tumultes | les excès im seryent que les ennemis de la liberté.

Mais les hommes de mauyaise foi , qui affectent Ionjours de confondre la liberté avec les écarts de la licence; les hon^mes faibles ^ incessamment alarmés lorsquW J leur montre le pins précieux des biens précédé de cet dangers et de ces convulsions populaires; le ralliement des partisans du pouvoir absolu , alors armés d^un pri* texte ; tant d^infortunécs victimes de la fureur du nomenfi des précautions sanguinaires ^ ou des punitioni légitimes; tous ces maux si graves ne sont pas ceux qnif dans ce moment, m'effraient le plus.

Je considère tous les bons effets d'une marche falrme) sage et tranquille; c'est par elle seule qu'on peut là rendre les événemens favorables ^ qu'on profite des fiintei de ses adversaires, pour le triomphe du bon droit ; É9 lieu que y jetés peut-être hors des mesures sages | les itr présentans de la nation ne seraient plus les mattres ds leurs mouvemens; ils verraient d'un jour à Pantre kl progrès d'un mal qu'ils ne pourraient plus arriSler, et ill seraient réduits au plus grand des malbeun | celui M n'avoir plus que le choix des fautes.

Les délégués de la nation ont pour eux la ^nveraîat des événemens | la nécessité ; elle les pousse an but sahp taire qu'ils se sont proposé; elle soumettra tout par il propre force; mais sa force est dans la raison : rien ne lui est plus étranger que les tumultes y les cris du iê^ aordre^ les agitations sans objet et sans règle. La laiâoa veut vaincre par ses propres armes; tous ces anxiliainl séditieux sont ses plu^s grands ennemis.

A qui y dans ce moment, convient-il mieux qnhnf ' députés de la France, d'éclairer , de calmer, de saw le peuple des excès que pourraient prodnire rifresaft]

DB MlEABÉAtr* , 5X

i^nn zélé furieux ! C*est un devoir sacré pour les députés que d^inviter leurs çommettans à se reposer entièrement Bar eux du soin de soutenir leurs intérêts , et du soin défaire triompher leurs droits ^ en leur apprenant que| loin d^avoir aucune raison de désespérer^ jamais leur confiance n'a été mieux fondée. Trop souvent on n'oppose aux convulsions que la misère ou l'oppression arra« chent aux peuples ) que Içs baïonnettes ; mais les baïon* nettes ne rétablissent jamais que la paix de la terreur ^ et le silence qui plait au despotisme. Les représentans jelanatiou doivent au contraire verser dans les cœurs inquiets le baume adoucissant de l'espérance ^ et les apai* ter avec lu puissance de la persuasion et de la raison. La tranquillité de l'assemblée deviendra peu à peu le fondement de la tranquillité de la France ; et nos représentans prouveront à ceux qui ne connaissent pas les (&t$ infaillibles du régime de la liberté, qu'elle est plus §ûiî» pour enchaîner les peuples à l'ordre public ^ que toutes les cruelles , mais petites ressources d'un gouvernement qui ne met sa confiance que dans ses moyens de contrainte et de terreur.

n serait doue de la prudence des représentans de la nation de faire une adresse à leurs çommettans , pour lenr inspirer une confiance calme y en leur exposant la position de l'as&emblée nationale ^ pour leur recommandtTj au nom de leurs intérêts les plus chers, de contribner de toute leur sagesse ^ de tous leurs conseils au awitieii de Tordre ^ à la tranquillité publique, à l'au» tacite dea lois et d^ leurs ministres, pour se justifies* mkiitt ^ leurs yeux, quels que soient les événemens^ en leor montrant qu'ils ont connu tout le prix de la modé<« atioa et de la paix*

Yoià la projet d'adresse que je présente.

enfin ont échanffé les esprits ; et Tétat de fermentation où se trouve le royaume est tel, nous osons le dire, que ceux quiyeulent user de violence, lorsque les pliis grands ménagemens sont tous les jours plus nécessaires, ne se rendent pas seulement indignes d'être regardés tomme Français , mais d^être envisagés comme des incendiaires.

Diaprés ces considérations^ Messieurs, nous croyons devoir vous présenter le tableau de notre vraie position, pour vous prémunir contre toutes les exagérations et les craintes qu^un zèle trompé, ou que des intentions coupables pourraient affecter de faire prévaloir.

Dans cette même journée, où un appareil plutôt menaçant qu^imposant , vous montrait un monarque absolu et sévère , quand rassemblée nationale n^aurait voulu voir que lechef suprême , escorté seulement de ses vertus ; dans cette même journée , nous avons entendu de sa boucbeles déclarations les plus pures de ses grandes vues^ de ses intentions vraiment généreuses , vraiment magnanimes. Non, les formes les moins propres à concilier les cœnrs ne nous déguiseront point les sentimens de notre loi; nous pourrions gémird^être mal connus de ce prince j nais nous n^aurons jamais à nous reprocher d^étre injustes. Malheur à ceux qui nous peindraient formidables! lïoas pourrions le devenir au jour de la justice 3 mais ce aérait pour eux seuls.

Etcomment les sentimens du roi pourraient-ils causer quelques alarmesl Si nous connaissions moins ses vues, ■'avons-nous pas la garantie de ses lumières et de son L intérêt? L^aristocratie cessera- t-el le jamais d'être l'en- .annie du trône? Toute son ambitiox^ n'est-elle pas de ^fiactionner l'autorité? Ne sont-ce pas ses prérogatives, tes privilèges , ses usurpations qu'elle cherche à cimenter fttr de mauTaises lois? Et n'est-ce pas une vérité dé-

54 OCaVRBS ORATOIliES

montrJe^ quele peuplene veut que la justice, maisqu^aux grands il faut du pouvoir? Âli ! Paristocratie a fait à nos rois le plus grand de tous les maux; elle a souvent fait douter de leurs vertus même j mais la vérité est arrivée aux pieds du trdne; et le roi^ qui s^est déclaré le père ^ de son peuple, veut que ses bienfaits soient communs; il ne consacrera point les titres de la spoliation, qui n'ont été que trop long-temps respectés» C^est à la prévention seule , c^est à la fatigue des obsessions, c^est peutêtre à la considération que les meilleurs esprits conservent long temps pour les anciens usages, et à Tespoir d^opérer promptement la réunion ; c^est à tous ces motifs que nous attribuons les déclarations en faveur de la s^ paratioQ des ordres , du veto des ordres, des privilèges féodaux ; ces timides ménagemens pour tous ces restes , de barbarie, pour ces masures de la féodalité, qui Ate* raient toute solidité, toute beauté , toute proportion à Fédifice que nous sommes appelés à construire.

Nous voyons par Phistoire de tous les temps ^ surtout i par la nôtre, que ce qui est vrai, juste, nécessaire, ne | peut pas être dispute long- temps comme illégitime , faux et dangereux; queles préjugés s^usent et succombent en£n par la discussion. Notre confiance est donc ferme et tran- ' quille. Vous la partagerez avec nous. Messieurs, vous ne croirez pas que, sous Pempire d^un sage monarque, les justes, les persévérantes réclamations d^un grand peuple puissent être vaines à câté de quelques illusions particulières , adoptées par un petit nombre , et qui per^ dent chaque jour de leurs partisans. Vous sentirez que ] le triomphe de Tordre , quand on Pattend de la sagesse ^ et de la prudence^ ne doit point étreexposépar des agi* tations inconsidérées^ C'est à vous , Messieurs , à nous aider dans la carrière qui nous est ouverte par vos conseils et par vos lumières; vous entretiendrez partout li ,

DB MIRABBAU. 55

calme et la modération j vous serez les promoteurs d'# Pordre ^ de la subordination ^ du respect pônr les lois et pour leurs ministres; vous reposerez la plénitude de TOtre confiance dans Pîmm'uable fidélité de vos répréaentans ^ et vous nouis prêterez ainsi le secours le plud cfiEcace.

Cest dans une classevënale et corrompue que nos enne« mis chercheront à exciter des tumultes , des révoltée , qui embarrasseront et retarderont la chose publique. Voilà^ les fruits'de la liberté, voilà la démocratie* affectent de répéler tous ceux qui n^ont pas hopte de représenter le peuple conune un troupeau furieux qu^il faut enchaîner > toas ceux qui feignent d^ignorer que ce même peuple y toojoar^ calme et mesuré Iorsq4ï^il est vraiment libre , n'est violent et fougueux que dans les cotisti tu tiens oui on Pavilit j pour avoir droit de le mépriser. Combien n'est-il pas de ces hommes cruels ^ qui ^ indifïérens au sort de ce peuple toujours victime de ses imprudences'^ font naître des événemens dont la conséquence infaillible est d^augmenter la force de l'autorité ; qui y lorsquVile se fait précéder de la terreur y est toujours suivie de la servitude ? Ah ! qu^ils sont funestes à la liberté y ceux qui croient la soutenir par leurs inquiétudes et leurs révoltes ! Ne voient-ils pas qu'ils font redoubler les précautions qui enchaînent les peuples^ qu^ils arment k calomnie au moins d'un prétexte | qu^ils effraient tontes lésâmes fiiibles, soulèvent tous ceux qui, n^ayant rien à perdre , ie font un moment auxiliaires ^ pour détenir les plus dangereux ennemis ?

On exagère beaucoup y Messieurs ^ le nombre de nos •noemis. Plusieurs de ceux qui ne pensent pas comme nous 9 sont loin de mériteif pour cela ce titre odieux. Les dioies arrivent souvent à la suite des expressions y et les inimitiéa trop aisément supposées font naître les inimi*

liés réelles. Des concitoyeos qni ne cherchent comme nous que le bien public j mais qui le cherchent dans une autre route; des hommes qui, entraînés par les préjugés ' de Téducation et les habitudes de Penfance, n^ont pas la force de remonter le torrent ; des hommes qui , en nous voyant dans une position toute nouvelle , ont redouté de notre part des prétentions exagérées , se sont alarmés pour leurs propriétés ^ ont craint que la liberté ne f&t un prétexte pour arriver à la licence ; tous ces hommes mi* riteut de notre part des ménagemens : il faut plaindra les uns j donner autres le temps de revenir, les éclairer tous , et ne point faire dégénérer en querelles d^amourpropre, en guerre de factions, des différences d^opinions, qui sont inséparables de la faiblesse de Pesprit humain, de la multitude des aspects que présentent des objets si compliqués, et dont la diversité même est utile à la chose publique sous les vastes rapports de la discussion de Texamen.

Déjà nous pouvons nous honorer de plusieurs conquêtes heureuses et paisibles. Il n^est pas un jour qui ne nous ait amené quelques-uns de ceux qui d'abord s'étaient éloignés de nous. Il n'est pas un jour où l'horizon de la vérité ne s'agrandisse , et où l'aurore de la raison ne se lève pour quelques individus qui jusqu'à présent avaient été éblouis plutôt qu'éclairés par l'éclat même de la lumière. Que serait-ce si , désespérant delà puissance de la vérité, nous nous étions séparés de ceux que nous invitions inutilement? Nous aurions glacé nos amis même dans les deux premiers ordres de nos conci* toyens ; nous nous serions privés peut - être de cette réunion si avantageuse à la France ; au lieu que notre modération actuelle leur ayant paru un gage de notre modération future , ils ont conclu que la justice dirigeait nos démarches ; et c'est en leur nom comume au nâtra

que nous tous recommandons cette douce modération dont nous avons déjà recueilli les fruits.

Qu'il sera glorieux pour la France, pour nous 9 que cette grande révolution ne coûté à Phumanité nidesfor'* £dt6 ni des larmes ! Les plus petits états u^ont souvent acheté une ombre de liberté qû^au prix du sang le plus précîenx. Une nation j trop fière de sa constitution et des TÎces delà nôtre , a souffert plus d^un siècle de convulsions et de guerres civiles 9 avant que d^affermir ses lois» L'Amérique même y dcmt le génie tutélaire des mondes aemble récompenser aujourd'hui Paffrancbisseraent qui ett notre ouvrage, n'a joui de ce bien inestimable qu'après des revers sanglans et des combats longs et douteux. Et nous, Messieurs y nous verrons la même révolution s'opérer par le seul concours des iumières et des intentions patriotiques ! Nos combats sont de simples discussions ^ nos ennemis sont des préjugés pardonnables ^ nos Tictoires ne seront point cruelles j nos triomphes seront bénis par ceux qui seront subjugués les derniers. L'histoire n'a trop souvent raconté les actious que de bêtes féroces y parmi lesquelles on distingue de loin en loin des héros ; il nous est permis d*espérer que nous commençons l'histoire des hommes , celle de frères qui , nés pour se rendre mutuellement heureux^ sont d'accord presque dans leurs dissentimens ^ puisque leur objet est le même et que leurs moyens seuls diffèrent. Ah ! mallieor à qui ne craindrait de corrompre une révolution pare ^ et de livrer aux tristes hasards des événemens les plus incertains , le sort de la France y qui n'est pas douteux, si nous voulons tout attendre de la justice et de la nison!

Quand on pèse tout ce qui doit résulter pour le bon- «Knrde 25 millions d'hommes , d'une constitution lëfitk) substituée aux caprices ministériels } du concours

SS 0EUVRB8 ORATOniBS

de tontes les Tolontés, de toutes les lomièies ponr la perfectionnement fie nos lois ^ de la réforme des abus j ds radoucissement dos imp6ts y de Péconomie dans les finances | de la modération dans les peines | de la r^e dans les tribunaux y de Pabolition dHvne foule de sertitudes qtn entravent l'industrie et! mutilent les facultés hnmarnesj en un nrot^ de ce grand système de liberté qui y s'afiermissant sur les bases des municipalités ren* dues à des élections libres y s^élève graduellement jusqu'aux administrations provinciales , et reçoit sa perfection du retour annuel des ëtatsgénéraux; quand on pèse tout ce qui doit résulter de la restauration de ce vasts empire j on sent que le plus grand des forfaits^ le pins noir attentat contre Phumanité y serait de s'opposer à la liante destinée de notte nation ^ de la repousser dans le fond de Pabtme pour Vj retenir opprimée souë le poids 4e toutes ses chaînes. Mais ce malheur ne pourrait être ^ue le résultat des calamités de tout genre qui accom^ pagnent les troubles y la licence , les noirceurs y les abominations des guerres civiles. Notre sort est daiia notre sagesse. La violence seule pourrait rendre douteuse oa même anéantir cette liberté que la raison nous assure*

Voilà nos sentimens^ Messieurs ; nouis nous devioni è nous-mêmes de vous les exposer , pour nous bonoret de leur conformité avec les vôtres : il était important à^ vous prouver qu'en poursuivantle grand butpatnotiqaS] nous ne nous écarterions point des mesures propres à l'atteindre.

Tels nous nous sommes montrés depuis le moment (A vous nous avez confié les plus nobles intérêts j tels nooi serons toujours affermis dans la i*ésolution de travaillisr, de concert avec notre roi y non pas^ à des biens passagers] mais à la constitution même du royaume ; déterminé! à voir enfin tous nos concitoyens cUins tous les ordres •

î>B sfntABEAir. 5^

}om^ Aéë itlftônibjrÉbles dtàntagesi que Isl iîàttirt et la Kbentf Hotis plrométtent j k soulager le peuplé ^àditrAhi hs campagnes j à remédier au àétcttitàgieméiît àe là ttiêkt qtii étouffe les yerttis et Pîûclti^trie , ii*e8tirtiaitt rktt à régal ies lois qui , séiùblàblès pour tous j sëfoiit k MUtegarcle commune ; lion Moins inacceâsibleè avt± projeté dé Pàmbition personnelle qu^à VahàtiétiÈéni de la crainte ; souhaitant la coùcordé , inàis ite ttiùlant poitit racheter par lé sacrifice des droits du peup'le j <Âésirant enfin pour unique récompense de tîàs tt&irâti± y dé Tôir loDS les etifans de cette immeiïâe patrie f éufilè' défns leé ittêaies sentimens, hetireuz ait botifaétrr dé t&ai y et chélisant le père commun dont le règne aura été' répbqtfe ie la régénération de la Ftancé.

a Juilleti

Ua dignitaire dn clergé fait lecture d'an acte de réserve de cet ordre ; an de ses collègues le désavoue , au nom de la ma* jorlté déjà réunie , en voulant cependant distinguer les réserves des profestatioas.

pAJouTsaAi à la respectable déclaration faite par le préopinant , qu^il est fort étonnant qu^on se permette de protester dans cette assemblée contre rassemblée ; on ne proteste pas^onne £siit pas de réserves contre la nation.Nul ne peut rester membre de rassemblée nationale sHl nVn reconnaît pas la sonyeraineté j et Passemblée elle-même se peut pas délibérer en présence de quicotiquie se croit le Iroit de protester contre ses délibérations. Celui qtii vent protester contre lesactesde Passemblée doit, potrracqcrérir k droit , commencer par se retirer. Mon opinion est , ^'il est absolument contraire aux principes et anx contenances de recevoir des pièces pareilles à celle que vient é^effiir M. le cardinal^ et surtout dVn donner acte.

6o asUVAlS ORATOIRES

Ettt-il possible qu^on prenne pour «les protestations f même pour des réserves j un acte dans lequel se trouyent ces mots : sans préjudice du droit qui appartiemi au cierge f

dtfv ; droit q i^il ne peut ni ne veut , etc. • • • Messieurs j

ce ne sont là \\\ des réserves ni dos protestations ; ce sont des ordres très impératifs , que la miuorité du clergé pré' tend intimer à rassemblée ; et certes | la minorité du clergé n^a le droit de rien ordonner ici.

D^ai Heurs ^ un acte enté sur les déclarations ^ ou les prétendus ordres donnés par le roi , dans la fameuse séance royale du ^3 juin ^ ou plutôt , en lit .de justioe^ dans rassemblée nationale , est par cela seul vicié et non* reccvable.

Je laisse à la sagesse des membres de rassemblée y de décider si ce ne serait pas également manquer à euxmêmes et à leurs comme ttans^ que de recevoir un acte^ou quelques-uns d'eux , proclamant une volonté diifërente du vœu de l'assemblée , et destructives de ses arrêtés ^ tandis qu'aucune puissance sous le ciel ^ pas même le pouvoir exécutif^ n'a le droit de direye veux aux leprésentans de la nation.

3 Juillet.

Il s'agissait de décider si les vingt députés qui se présentflieit pour les colonies seraient admis , ou si ce nombre serait réduit.

Messieurs ^ je me renfermerai dans la seule question que nous ayons à examiner ; j'entends la détermination du nombre des députes de Saint-Domingue.

J'observerai^ cependant , que nous aurions dû d'abord examiner, et avant de la juger , la question de savoir: s* il faut admettre les représentans des colonies»

On aurait pu dire sur cette question. Les colonies

BE MIRABEAtr. 6t

n^ont jamais assisté par représentans aux états ^génénux ; elles n^y devaient donc paraître iqne sous la convocation du roi. Or 9 leurs députés paraissent contre cette convocation , et malgré les ordres du roi.

Ce n'est pas là sans doute une raison pour les exclure^ inaisi c'en est une invincible pour qu'ils ne puissent être idmis qu'en vertu d'un acte du pouvoir législatif 9 lequel a incontestablement besoin de la sanction du roi. Mais lesdëpatés des colonies ont été admis.... (^).

J'observerai encore y qu'on a entièrement passé sous dence cette seconde et importante qnestibn :

VéUcUon des députés des colonies est-elle valide ^ et kurs pouvoirs sont-ils en bonne forme ^

Enfin 9 on n'a pas même essayé d'expliquer pourquoi les hommes de couleur, libres, propriétaires, contribuant aux charges publiques, n'avaient pas été électeurs et n'étaient pas représentés.

Mais ce n'est pas de cela dont il s'agit à^résént * b^est seulement de savoir quel nombre de députés doit être admis.

Je prierai d'abord de m'expliquer sur quel principe on le fonde pour la proportion de la députation des colonies. , Les colons prétendent que la proportion de leUrs re- ^ présentans doit être en raison dés habitààs de l'île , itt richesses qu'elle produit, et de âes apports commer-

cianz 3 mais ,

1*. Je rappelle ce dilemme irréplicable.

Les colonies prétendent-elles ra^ngèr leurs nègres et ^ftngens de couleur ^ dans la classe &^ hommes ^ où dans ttUe des bêtes de sonHne ? Mais' les gens de couleur sont

(*) Ils Pavaient élé provisoirement dans la fameuse séance tenue ** jeu de paume.

6a Œuvass oratoires

libres I propriéuirep fit contribuables ^ et cependant ils n^ontipu élte électeurs.

Si les Colons veulent que les nègres et les gens decoi^ leur soient bommes ^ qu^iU affrancbissept les premiers^

Îue tous soient électeurs , que tous puissent être élus ? ^ans le cas contraire | nous prierons d^observer f qu'ea proportionnant le nombre des députés à la population de la France | nous n'avons pas pris en considération la quantité de nos cbevanx ni de nos mulets ; qu'aioii Is prétention des colonies d^avoir vingt représentans y est absolument dérisoire.

2^. J ^observe ensuite qu^on s^en est tenu à ces gép^' lités vides de. principes et de sens | à vanter ce que nQVi rapporte la colonie de Saint-Domingue par sa balsnce du commerce. Les six cents millions mis en circulatioa par elle | les cinq cents vaisseaux ^ et les ao^coo matelots quMIe occupe y etc.^ etc.

Ainsi Ton n'a pas même daigne se souvenir qu^il est démontré aujourd'hui que les résultats des prétendues bs« lances de commerce sont entièrement fautifs et insigni* iians ; que les colonies « fussent-olles d'une milité aussi incontestal>le que Pont nié et que le nient les meilleui» esprits I les t^tes les plus fortes qui se soient occupées Je ces matières ^ il çst impossible de concevoir, pourquoi elles réclameraient; d'autres principes pour la proportion de leurs représentanS| que ceux qui ont servi à la fix^ tion de cette proportion dws toutes les provinces da royaume.

En effet | je supplie messieurs les diserts prodamateursdes six cents millions > mis dans la circulation psr le commerce de cette colonie ^ je les supplie de me diro s^ils ont calculé la quantité de millions que met endr* culatioQ la manufacture appelée le labourage f psr exemple y et pourquoi ^ d'après leurs principes* ils IM*

richment pas poyar Jes labour^iir« un noml>re dflrfeprélOitans proportioimé jk. iceftte fÀvcnHlion ? j/& les supplie Je me dire pourquoi) âans leurs prmcipiBSy STanles^ Bofdeauilc , Mar^eilb xi^ demsiiâ^r^ûent pas à &ber le oombre de leurs ôépvités d'après les millions sansnom- Imqiie leur commerce me$ daas la çirculalion ? .j»-Ua lopplie de me dire pourquoi , touj^^urs dsns lei^rs ppîndpeS| Paris ^ quiu^est point , qui ne peut pas ^^>i ^i}i oe sera jamais pn.e ville d^ comjn.erice 9^4^ d^piiiiés » ^tc. Le nombre des députas d^s iPQlmi^S doit âtrp ^ap^xùooné au nombre des éliec|;eiirs ^ éUgiblaf GolonSf Op y ce dernier nombre est tel , qne mon liFis est que jcçlui dffs iifmés doit être réduit à 4*

sipOXrSE ▲ X^OYXHIOV COVTB.AimB.

Je crois que le préopinant a fait des richesses de Saint- Domingue un tableau plus ingénieux que ressemblanf.

Au reste , ce n'est pas des richesses de Swit-Domiogne dont il est ici question ; c*est de savoir s^il £Eiuft suivre ponr Saint-Domingue une autre proportion de députatien que celle suivie dans toutes les parties de la France.

M. de Sillery a dit que rétablissement des colonies est superbe ^ qu'il est susceptible d^acçroissement. Je réponds que nous aussi souunes susceptibles d'un grand socroîssement.

Que les richesses des Colons pont considérables; mais Bons aussi sommes considérablement riches ! -<— Que d'après cela , c'est-à-dire cette richesse , il importe que U députation soit nombreuse ; mais d'après cela y la nAtre doit Pâtre aussi.

Pourquoi donc voulez-vous adopter pour Saint-Dp- Bdngae une loi plus favorable que celle qui a fixé les datations de tous les bailliages P De tous côtés nos

64 OBUVAES O&ATOTRES

province» réclameraient contre' cette distiliction j elle demanderaient que Ietirsdépiitation&foêseiitaugmentéf)0

Ce n^est pas sans surprise que jWentendn dire^ poiii &ire valoir la nombreuse députa tion y que IdS* Jiègres ) gui fCont pas le droit de réclamer dans lé' sanctuaire de lu Ubené^ sont les agens des richesses' colosiales ; mais nos bœufs , nos chevaux sout également les agens de nos richesses.

Je demande de quel droit les aS^ooo blancs qui existaient.dans les colonies , ont exclu des assemblées prî« 'ftiairesàpeu près un pareil nombre d^hommes de conlear'i libres j pn»priétaires ot contribuables comme eux ?

Je demande pourquoi , surtout , on veut que les ao blancs qui sout ici ^ représentent les hommes de couleur^ desquels ils n^ont reçu aucun mandat?*

Je demande de quel droit les ^3 mille blancs électeurs

ont défendu à leurs concitoyens de se nommer des re*

présentans, et se sont arrogés celui d'en nommer exclil'

:8i¥ement et pour eux et pour ceux qu'ils ont exclniles

assemblées électorales ?

Crbient-ils que ces hommes qu'ils ont exclue^ nous ne

les représenterons pas ? Croient -ils que nons ne défen-

dronS'pas ici leur cause ? Ah t sans doute , A telle a été

• leur, espérance , je leur décUre qu'elle est outrageante

pour nous , et qu'elle sera déçue.

Le nombre des députés doit être en proportioii dei TOtans. Cette loi a été générale pour nons; je Gonclu9 ^ ce qu'elle soit la même pour les Colons.

8 Juillet.

Proposition d'nne adresse au roi pour le renvoi des tronpes stationnées dans les environs de la capitale.

Mbssisuks y il m'a fallu , pour me décider à inter««

Ï)E MIRABÏSATr; 65

hnnpre l'ordre. des motions que le comité se |>ropose de Toas soumettre j une conviction profonde que Pobjet iont j^ai demandé la permission de tous entretenir y est le plus urgent de tous les intérêts. Mais, Messieurs j i le péril qiie j'ose tous dénoncer menace tout à là bis et la paix du royaume j eit l'assemblée nationale ^ et la sûreté du monarque , tous approuTerez mon zèle. Lepeademomens que j'ai eu pour rassembler mes idées , ne me permettra pas sans doute de leur donner tout le* développement nécessaire ; mais j'en dirai assez pour éyeiller Totre attention , et tos lumières suppléeront à mon insuffisanceé

Yenillez , Messieurs , Vous replacer aii moment oit la violation des prisons de l'abbaye Saint-Germaiu occasionna Totte arrêté du premier de ce mois. En invoquant la clémence du roi pour les personnes qui pourraient s'être rendues coupables , l'asseniblée décréta qae le roi serait supplié de vouloir bien employer pouf lé rétablissement de Perdre les moyens infaillibles de lu clé* menceet de la bonté , si naturels à son cœur ^ et de la càn-^ fiance que son bon peuple méritera toujours.

Le roi , dans sa réponse , a déclaré qu'il trouyait cet arrêté fort sage ; il a donné des éloges aux dispositions )De l'assemblée lui témoignait , et proféré ces mots remarquables : tant que vous me donnerez des marques dé 'Hltrt confiance ^f espère que tout ira bien.

Enfin I Messieurs , la lettre du roi à M. l'atcheTeque ^ Paris ) en date - du a juillet ^ après aToir exprimé lés intentions paternelles de sa majesté ^ à l'égard des prisonniers dont la liberté suiTrait immédiatement le i^Uissement de l'ordre ^ annonce q^H va prendre des ^tiures pour ramener P ordre dans la capitale ; et qu^il ne ^M^e pas que P assemblée r^ attache la plus grande impof^

^'sce à leur succès ,

BB MIRABEAU. 6f

^ liberté eût ëtë souillé par des troupes ! ce n^était pas

■\ assez qu^on eût donné le spectacle inoui d^une assemblée

j nationale astreinte à des consignes militaires ^ et sou-

! mise à une force armée! ce n^était pas assez qu'on

joignit à cet attentat toutes les inconvenances ^ tous les manques d'égards y et pour trancher le mot^ la grossièreté de la police orientale. Il a fallu déployer tout l'appareil du despotisme j et montrei" plus de soldais menaçans à la nation ^ le jour où le roi lui-même ^ l'a convoquée pour lui demander des conseils et des secours , qu'une invasion de l'ennemi n'en rencontrerait peut-être ; et mille fois plus du moins qu'on n'en s pu réunir pour secourir des amis martyrs de leut fidélité envers nous y pour remplir nos engagemens les ' plus sacrés , pour conserver notre considération politi-^ ^ )Qe, et celte alliance des Hollandais si précieuse , mais ^ si chèrement conquise ^ et surtout si honteusement " perdue !

IVlessiears j quand il ne s'agirait ici que de nous f quand la dignité de l'assemblée nationale serait seule blessée I il ne serait pas moins convenable, juste ^ nécessaire ) important pour le roi lui-même, que nous dissions traités avec décence, puisqu'enfin nous sommes les députés de cette même nation , qui seule fait sa gloire, qui seule constitue la splendeur du trône, de cette nation qui rendra la personne du roi honorable , à proportion de ce qu'il l'honorera plus lui-même. Fuis* que c'est à des hommes libres qu^il veut commander , il est temps de faire disparaître ces formes odieus^es , ceâ ptocédës insultans qui persuadent trop facilement à ceux dont le prince est entouré , que la majesté royale consiste dans les rapports avilissans du maître à Pesdave j qu'un roi légitime et chéri doit partout et en tonte occasion ne se montrer que sous l'aspect des tyrans

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irrites y ou de ces usurpateurs tristement condamnés méconnaître le sentiment si doux , si honorable de 1 confiance*'

Et qu^on ne dise pas que les circonstances ont nëce^ site ces mesures menaçantes; car je vais démontrer qn'^ gaiement inutiles et dangereuses , soit au bon ordre soit à la pacification des esprits ^ soit à la sûreté du trône loin de pouvoir être regardées comme le fruit d*un sin cère attachement au bien public et à la personne i\ monarque, elles ne peuvent servir que des passions particulières et couvrir des vues perfides.

Ces mesures sont inutiles. Je veux supposer que le! désordres que Ton craint soient de nature à être réprime! par des troupes *, et je dis que datis cette supposition même, ces troupes étaient inutiles. Le peuple , après une émeut( dans la capitale , a donné un exemple de subordination infiniment remarquable dans les circonstances. Un< prison avait été fi>rcée^ les prisonniers en avaient été arrachés et mis en liberté : la fermentation la plus con< tentieuse menaçait de tout embraser.... un mot de clé* mence , une invitation du roi ont calmé le. tumulte el fait ce qu^on n^aurait jamais obtenu avec des canons et des armes ; les prisonniers ont repris leurs fers , le peuple est rentré dans Pordre ; tant la raison seul^ est puissante ! tant le peuple est disposé à tout faire ^ lors-* qu^au lieu dele menacer et de Pavilir , on lui témoigne de la bonté 9 de la confiance !

Et dans ce moment , pourquoi des troupes? Jamais le peuple n^a dû être plus calme , plus tranquille ^ pln^ confiant; tout lui annonce la fin de ses malheurs , tout lui promet la régénération du royaume. Sesregardsy ses espérances ) ses vœux reposent sur nous. Comment n< serions-nous pas auprès du monarque la meillenn garantie de la confiance, de Pobéissance , de la fidéli^«

DE MIRABEAU. * 6ç

jes peuples ? SMl avait jamais pu en douter ^ il' né !• pourrait plus aujourd'hui ? notre présence est la caution de la paix publique , et sans doute il n'en existera jamais de meilleure. Âh ! qu'on assemble des ttonpes pour soumettre le peuple aux affreux projets du despotisme ; mais qu'on n'entraîne pas le meilleur des tois à commencer le bonheur ^ la liberté de la nation avec le sinistre appareil de la tyrannie !

Certes , je ne connais pas encore tous les prétextes j tons les artifices des ennemis du peuple f puisque je ne saurais deviner de quelle raison plausible on a coloré le prétendu besoin de troupes au moment où, 'non-seulement leur inutilité , mais leur danger frappe tous les esprits. De quel œil ce peuple , assailli de tant de calamités y verra-t-il cette foule de soldats oisifs venir lui disputer les restes de sa subsistance ? Le contraste de l'abondance des uns ( du pain aux yeux decelui qui A faim est l'abondance ) 9 le contraste de l'abondance des uns et de l'indigence des autres , de la sécurité du soldat, à qui la manne tombe sans qu'il ait jarnais hesoin de penser au lendemain, et des angoisses du peuple qui n'obtient rien qu'au prix des travaux pénibles ^t des sueurs douloureuses ; ce contraste est fait pour porter le désespoir dans les cœurs !

Ajoutez, Messieurs, que la présence des troupes frappant l'imagination de la multitude , lui présentant l'idée du danger , se liant à des craintes , à des alarmes , excite une effervescence universelle ] les citoyens paisibles ^nt dans leurs foyers en proie à des terreurs de toute espèce. Le peuple ému , agité , attroupé , se livre à des nionvemens impétueux , se précipite aveuglément dans le péril , et la crainte ne calcule ni ne raisonne» Ici* les «its déposent pour nous.

Quelle est l'époque de la fermentation ? Le mouve-

^O QEUYRBS ORATOIRES

ment des soldats ^ l'appareil militaire de la séance royale; avant , tout était tranquille ; Pagitation a commencé dans cette triste et mémorable journée. Est-ce donc à nous quM faut s^en prendre , si le peuple qui nous a observé a murmuré , s^il a conçu des alarmes lorsquHl a vu les instrumens de la violence dirigés ^ non-s^ule* ment contre lui^ mais contre une assemblée qui doit être libre pour s^occuper avec liberté de toutes iû causes de ses gémissemens ? Comment le peuple ne s^agilerait* il pas y lorsqu^on lui inspire des craintes conti^le seul espoir qui lui reste? Ne sait*ilpasque si nous ne brisons ses fers , nous les aurons rendus plus pesans , noos aurons cimenté Poppression , nous aurons livré sans défense nos concitoyens à la verge impitoyable de leurs ennemis y nous aurons ajouté à Pinsolence da triompbs de ceux qui les dépouillent et qui les insultent ?

Que les conseillers de ces mesures désastreuses nous disent encore s^ils sont sûrs de conserver dans sa sévérité la discipline militaire , de prévenir tous les effets ddPéter' nelle jalousie entre les troupes nationales et léS troupes étrangères ^ de réduire les soldats français à nVttîe que de purs automates y à les séparer dHntéréts , de pensées ^ de sentimens d^avec leurs concitoyens ? Quelle ittprudence dans leurs systèmes de les rapprocher du lieu cl® nos assemblées , de les électriser par le contact de Is capitale ^ de les intéresser à nds discussions politiques! Non y malgré le dévouement aveugle de Pobéissance militaire ^ ils n^oublieront pas ce que nous sommes; ^ verront en nous leurs parens ^ leurs amis , leur famille occupée de leurs intérêts les plus précieux j car ils fout partie de cette nation qui nous a confié le soin de sa liberté , de sa propriété, de son honneur. Non , de tels hommes , non, des Français ne feront jamais Pabandon total de leurs facultés intellectuelles 3 ils ne QXQ\t^^

[ue le devoir est de frapper sans s^enquérlr quelles victimes.

ddats, bientôt unis et séparés par des déaomina' i deviennent le signal des partis 3 ces soldats y métier est de manier les armes ^ ne savent, dans )ars rixes j que recourir au 4eul isstruisient dont aissent la puissance. De là naissent d^ combats le à homme y bientôt de ré^ment à régiment y des troupes nationales aux troupes étrangères ^ reaient est dans tous les cœurs ^ la séditdon marlevée; on est obligé, par faiblesse j de voiler la aire 9 et la discipline est énervée. Le plus affreux î menace la soci^é ; tout e»t à craindre de ces jui y après être sorties du devoir-, ne voient plus elé que dans la terreur qnMles inspirent* L| ont-ils prévu y les ccmseiUers de ces mesures ^ ^révu les suites quelles entraînent pour la sécurité ^ trône? Ont-ils étudié dans Phistcire de fous les comment les révolutions ont commencé ^ comlles se sont opérées? Ont-ils observé par quel enlent funeste de circonstances les esprits les plus Dt jetés hors de toutes les limites de la modération ^ quelle impulsion terrible un peuple enivré se e vers des excès dont la première idée TeAt fait Ont-ils lu dans le c<»ur de notre bon roi ? Cont-ils avec quelle horreur il regarderait ceux qui t allumé les flammes d'une sédition y d'une réut-être (je le dis en frémissant, mais je dois le eux qui Fexposeraient à verser le sang de son * ceux qui seraient la cause première des rigueurs, ences^ des supplices dont une foule de malbeuraient la victime ?

, Messieurs, le temps presse; je me reproche moment que mon discours pourrait ravir à vos

^^ OEUVRES OR>TOIEES

sages délibérations ; et j^espère que ces considérations j pliitât indiquées que présentées) mais dont Pérideiice uie paraît irrésistible ^ suffiront pour fonder la motion que j!ai Thonneur do vous proposer.

Qu'il soit fait au roi une très humble adresse ^ pour peindre à sa inajessé les vives alarmes quMnspire à Pas* eeuiblée nationale de son royaume , l'abus qu^on s'est permis depuis quelque temps du nom d'un bon roi pour iaire approcher de la capitale et de cette ville de ye^ sailleS) un train d'artillerie et des corps nombreux de troupes, tant étrangères que nationales ^ dont plusieurs se sont déjà cantonnées dans les villages voisins j et pour la formation annoncée de divers camps aux environs de ces deux villes.

Qu'il soit représenté au roi ^ non-seulement combien ces mesures sont opposées aux intentions bien&isantes de sa majesté pour le soulagement de ses peuples dans cette malheureuse circonstance de cherté et de disette des grains, mais encore combien elles sont contraires à la liberté et à l'honneur de l'assemblée nationale, propres à altérer entre le roi et ses peuples cette confiancequi fait la gloire et la sûreté du monarque, qui iseule peut assurer le repos et la tranquillité du royaume, procurer enfin à la nation les fruits inestimables qu'elle attend des travaux et du zèle de cette assemblée.

Que sa majesté soit suppliée très respectueusement dis rassurer ses fidèles sujets, en donnant les ordres nécei* sairesipour la cessation immédiate de ces mesures égals* ment inutiles, dangereuses et alarmantes, et pourl^ prompt renvoi des troupes et du train d'artilk)pcf an^ lieux d'où on les a tirés.*

Et attendu qu^il peut être convenable ^ ensuite i^ inquiétudes et de l'effroi que ces mesures ont jeté dai>-^ lu cœur des peuples, de pourvoir provisionneUonpieiil â^

aai&tlen du calme et de la tranquillité , sa majesté sera Dppliée d^ordonner que dans les deux villes de Paris et e Versailles, il soit incessamment levé des gardes bour* eoiseSy qiiîj sous les ordres du roi y suffiront pleinement remplir ce but, sans augmenter autour de deux TÎlles. raiaillées des calamités de la disette, le nombre des onsommateurs.

Un oratear rappelle qu^une semblable réclamation avait été iite ayec succès aux états de Bretagne , et qu'elle était partie le la noblesse.

Jb n'ai jamais douté que la noblesse ne se jetât entre lOQs et les baïonnettes : ce n'est pas elle que je redoute j e les connais , les conseillers perfides de ces attentats à a liberté publique; et je jur^ sur Fhonneur et la patrie le les dénoncer un jour.

9 Juillet.

MîraBean propose l'adresse suivante :

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