CHAPITRE XVII
Des bruit* du monde et de U coquetterie.
Il n’est souvent rien de plus difficile , pour ne pas dire impossilde « que de défendre avec quelque succès dans le monde une pauvre jeune femme qui a k* malheur de sc trouver, non -seulement très-haut placée cl par son nom et par sa fortune, mais encore d’avoir une figure charmante, un esprit remarquablement distingué, des lalculs et une instruction très-étendue.
Dès que l'insolente réunion de ces rares avantages a déchaîné le monde contre elle , ses actions les meilleures comme les plus iodiiléreutes, ses qualités, sa grâce, tout lui est opposé avec un art d’une incroyable perfidie, et on ne se montre un peu bienveillant que pour scs débuts.
Rien de plus triste à observer que les effets contradictoires de ce dénigrement acharné ; car si cette femme , contre laquelle on s'élève avec une haine si unanime, a une maison hautement recherchée, on s* y presse , aucune avance ne coûte ponr y être admis ; lui reproche-t-on des légèretés? qu'importe, toutes les femmes b reçoivent et lui amènent leurs filles , sans doute pour leur enseigner de bonne heure cet édifiant oubli dos outrages... qu'oo a prodigués, et des calomnies... qu’on a répandues soi-même.
Ces réflexions me viennent à propos de madame de Pënâfiel ; car peu à peu je m’étais habitué â b voir souvent, et bientôt près*] ne chaque jour.
Ainsi que ceb arrive d'ordinaire, je l’avais trouvée absolument autre qu’ou ne b jugeait. On la disait hautaine et impérieuse, je ne l’avais trouvée que digne; ironique et Méprisante , je ne l'avais jamais entendue adresser ses railleries ou ses dédains qu’à des sujets bas et méprisable* ; méchante et haineuse , elle m’avait paru bonne et pitoyable ; fantasque, bizarre et morose: quelquefois seulement je l avais vue triste.
Maintenant, celte différence si inarquée entre cc que je voyais et ce que j’avais entendu dire devait-elle être attribuée à la profonde dissimulation qu’on reprochait à madame de Pënâfiel? Je ne le sais.
J'ignore si J'étais fort épris de madame de Pënâfiel, mais je ressentais pour elle, à mesure que je la connaissais plus intimement, un très-vif intérêt, causé autant par son charme, par son esprit, par scs qualités, par la naïveté même de certains débuts quelle ne contrariait pas, que par l'acharnement avec lequel le monde l'attaquait sans cesse ; acharnement contre lequel je m'étais souvent et très-durement élevé,
t'e n'est pas sans quelque fierté que je me rappelle cotte circonstance, rien n’étant plus ordinaire que b lâcheté moutonnière avec laquelle on se joint aux médisants pour déchirer scs amis absents.
D'ailleurs, j’avais peu à peu découvert la fausseté de mille bruits absurdes auxquels, du reste, j'avais ajouté foi tout des premiers.
Ainsi, lorsque je pus causer un peu conûdcinment avec madame de Pënâfiel , je lui avouai très-franchement que sa présence â cette course fatale où M. de Mcrteuil avait été tué m’avait semblé au moins étrange.
D'un air fuit étonné elle me demanda pourquoi.
Je lui dis que M. de MerteuU et M. de Sennelcrre étant fort de son amis, eu un mol, extrêmement de scs adorateurs...
Mais, sans me bisser le temps d'achever, elle s’était écriée que c’était une insigne fausseté ; quelle recevait M. de Mertcuil et M. de Sennelcrre ses jours habituels: quelle ne les voyait presque jamais le matin ; qu’ignorant le danger de ce défi, elle était allée à celte course comme à toute autre, cl que, si elle n'était pas restée, jusqu'à U fin, c’est quelle avait eu froid.
A ceb je lui opposai le bruit, cl conséquemment b conviction publi-
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que que voici : c Elle savait lire aimée par MM. de Merteuil et de Senueterre, avant, par une coquetterie inexcusable, encouragé leurs soins rivaux ; elle se trouvait ainsi la première et seule cause de ce défi meurtrier ; aussi, son départ insouciant avant la lin de la lutte avait-il au moins autant scandalisé que sa présence à cette course ; enfin, le soir, son apparition en grande loge à l'Opéra avait semblé le comble de la sécheresse de cœur et du dédain. »
Madame de Pënâfiel ne pouvait croire d'aussi misérables médisances; quand je l’cn eus convaincue, elle me parut douloureusement peinée, et me demanda comment il se faisait que des gens du momie et sachant le monde lussent assez sots ou assez aveugles pour penser qu'une femme comme elle jouerait on tel r61c.
A cola je lui répondis que b bonne compagnie, avec une humilité toute chrétienne, se résignait toujours à oublier sa haute et rare expérience du monde pour desceudre jusqu'à la crédulité la plus stupide cl b plus bourgeoise, des qu'il s'agissait d'ajouter foi à une calomnie.
Puis je lui citai l'histoire d’broaèl. EUe me dit qu'elle avait en effet remarque et assez admiré en artitte son costume rempli de caractère, et qu'un momeut elle avait eu peur de voir ce malheureux homme renversé sous son cheval. Mais quand jeu vins à ces autres propos, et conséquemment à celle autre conviction publique, r qu'elle avait voulu se luire présenter Ismaël, » elle éclata a un rire fou, et me raconta qu'elle avait dit à I Opéra à M. de Cerna y, qui en fut d'ailleurs fort piqué : r Rien n'est maintenant plus vulgaire que les chasseurs et les heiduques; quand vous vous serez bien montré avec votre Ltos, et que vous en aurez tiré tout le contraste possible, vous devriez me l'envoyer, je le ferais monter derrière ma voilure avec un valet de pied ; ce serait fort original. » — Eh bien, madame, lui dis-je en riant, voici ces autres médisances, ou plutôt cette autre conviction : r Pendant que MM. de Merteuil et de Senneterre risquaient pour vous plaire leur existence, indifférente à cette lutte téméraire, dont vous saviez l’objet, vous n’aviez d’admiration que pour ce Turc, admiration qui avait éclaté par mille signes et mille transports presque frénétiques; enfin le soir, paraissant à l’Opéra, malgré la mort d'un de vos plus dévoués admirateurs, votre première pensée Tut de prier M. de Ceroay de vous présenter Ismaël. Mais pourtant, éclairée par les conseils de vos amis, cl voulant fuir b passion profonde que ce sauvage étranger vous avait inspirée, vous aviez pris le parü de vous aller brusquement mettre à l’abri tout au fond de b Bretagne. »
Madame de PënàGci me demauda si ce n’était pas 31. de Ceraay qui faisait courir ces bruits si calomnieux et si mensongers. Comme je tâchais d’éluder celte questiou, bien qoe je n’eusse aucune espèce de raison de ménager le comte, elle parut réfléchir un instant et me dit : r Confidence pour confidence. Monsieur de Ceraay, après s’être assez longtemps occupé de moi, a fini par me faire une déclaration... de mariage, qui n’a pas plus été agréée que ne l’aurait été une déclaration d'amour ; car, ne songeant pas à commettre une faute, je ne pouvais sérieusement penser à faire une sottise irréparable. Mais, comme M. de Ceraay n’avait pas plus à se vanter de mon refus que moi de scs offres, le secret avait été jusqu’ici scrupuleusement gardé entre nous deux ; maintenant qu’il me calomnie, ce secret n’en est plus un ; bites-en ce que vous voudrez au besoin, et citez vos tourte », comme disait toujours mon vénérable ami Arthur Youug. Maintenant , quant à ce voyage de Bretagne si précipité, avait ajouté madame de PéuàÜel en riant beaucoup de ces ridicules interprétations , vous me rappelez que ce soir-là à l’Opéra j’ai été bien brusque envers cette pauvre Comélie, ma demoiselle de compagnie. Je lui avais dit que le lendemain nous partions pour ina terre ; roak elle se mit à ine faire raille objections sur le temps, sur le froid, etc., qui finirent par m impatienter beaucoup , puisque je voyais bien, moi. Or, ce n’était pas absolument pour fuir ce pauvre dinde Turc que je partais ainsi, mais pour aller tout simplement voir b femme qui m’avait nourrie ; elle était à b mort, et assurait que, si elle me voyait, elle reviendrait à b vie. Comme je suis attachée a cette excellente créature, j’y su» allée; mais ce qu’il y a de très-curieux, c’est qu’aujourd bui elle se porte à merveille; aussi, n’ai-je pas vraiment eu le coeur de regretter ce rode voyage en plein hiver. »
A ce sujet je fis beaucoup rire madame de Pënâfiel en lui disant combien j’avais moi-même profondément plaint sa femme de compaguic d’être exposée à sa tyrannie, etc., etc., en voyant b pauvre fille si chagrine à 1 Opéra.
Je ne eHe ccs particularités, je le répète, que comme type très-vrai, je crois, de b plupart des bruits absurdes qui ont pourtant cours et créance absolue dans le monde, cl dont la portée est souvent bien dangereuse.
Tant d’aclwrnement contre cette jeune femme m’intéressait donc vivement ; d’ailleurs, plus je la voyais dans l'intimité, plus son caractère me semblait souvent inexplicable. Son esprit très-agréable, singulièrement orné, bien que souvent paradoxal et d’un tour scientifique prétentieux {c’était un de ses débuts), avait rarement quelques saillies de gaieté cordiale ou d'entraînement.
Quant à ce qui touchait les sentiments intimes, clic paraissait contrainte, oppressée, comme si quelque douloureux secret lui t ût pesé ; puis parfois c’étaient des traits de bonté et de commisération profondément sentie et raisonnée : bonté qui ne paraissait pas pour ainsi dire
naturelle, instinctive, mais plutôt naître de b comparaison ou du souvenir d’une grande infortune, comme si madame de Pénàfiel sc fût dit : — J'ai tant souffert que je dois m'apitoyer.
C’étaient enfin d’autres fois des explosions du mépris le plus acerbe, à propos des envieux et des méchauLs, qui éclataient en railleries mordantes, n’épargnaient personne, et avaient malheureusement dû lui assurer beaucoup d'ennemis.
Une circonstance m’avait aussi singulièremeut frappé, c'est que, malgré ce qu'ou disait de sa légèreté, je n’avais vu chez madame de Pëoàtiel aucun homme sur un pied d'intimité telle qu'à cette époque ou pût lui supposer, ostensiblement du moins, aucun intérêt de cœur.
Si j'aimai» madame de Pénàfiel, ce n 'était donc pas de cet amour pur, jeune et passionné dont j'avais aimé llélcne ; c 'était d’un sentiment où il entrait au moins autant d'affection que de curiosité, et, le dirai-je, de inéfiauce; car, si je blâmais les absurdes et calomnieuses visions du monde, je u'élais souvent pas beaucoup plus juste ni beaucoup moins sot.
Quoique je visse très-assidûment madame de Pénàfiel depuis à peu près trois mois, je uc lui avais pas encore dit un mot de galanterie, autant par calcul que par défiance. Je l'avais trouvée trop essentiellement différente du portrait qu'on en faisait dans le monde , pour n’avoir pas, malgré moi, souvent songé à cette excessive fausseté dont on l'accusait.
Ainsi je voulais l’étudier davantage avant de me bisser entraîner au courant très- incertain d’une liaison dont j’aurais redouté l’issue négative ; car, je l'avoue, madame de Pcnàficl était on ne peut plus séduisante.
Entre autres défauts qui chez elle me ravissaient, il y avait surtout sa coquetterie, qui était fort singulière.
EUe n'existait pas dans de fausses prévenances, dans un accueil aussi flatteur que mensonger, aussi encourageant que trompeur ; non, son caractère était trop fier et trop justement dédaigneux pour quêter ou s’attirer ainsi des hommages.
Cette coquetterie était toute dans b grâce inexprimable que madame de Pénàfiel voubit et savait donner à scs moindres mouvements, à ses poses les plus indifférentes en apparence. Sans doute cette grâce était calculée, raisonnée, si ceb peut se dire ; mais l'habitude avait tellement harmonisé cet art enchanteur avec l'élégance native de scs manières, qu'il était impossible de regarder quelque chose de plus délicieux que madame de Pënâfiel.
D’aiUeurs, en fait d'exquisilisme, le naturel seul ne peut supporter b comparaison avec b parure étudiée : autant dire que la fleur pâle et sauvage de Péabniier se peut comparer à la rose pour l’aboodance, l'éclat et le parfum.
Madame de Pcnàficl, quant à ceb, d’une sincérité charmante, avouait qu’elle avait un pbisir extrême à s'habiller avec le goût le plus parfait, afin de se trouver jolie; quelle aimait beaucoup à voir son altitude gracieuse réfléchie dans une glace ; elle ne comprenait pas enfin qu’on rougit davantage de cultiver et d'oruer sa beauté que son esprit ; qu’on ne s étudiât pas autant à toujours prendre une po*e élégante et choisie, qu’à ne jamais parler sans finesse et sans atticisme.
Elle avouait encore qu'elle sc plaisait à celle coquetterie beaucoup plus pour elle-même que pour les autres, qui, disait-elle dans ses jours de gaieté, ne la louaient jamais comme il fallait, tandis qu elle ne manquait pas le terme précis de b flatterie ; aussi préférait-elle de beaucoup ses propres admirations et s’y tenait-elle.
On ne saurait croire en effet jusqu'à quel point madame de Pënâfiel avait poussé cet art d'être charmante à voir.
Ainsi, peignant à ravir, elle avait une sorte de parloir, à b fois salon, bibliothèque et atelier, arrangé avec un goût parfait, et où elle se tenait de préférence. Or, selon son air, sa toilette ou sa physionomie du jour, au moyen de stores et d'anciens vitraux très-habilement combinés, elle *e trouvait plus on moins éclairée, et ceb avec b plus admirable, b plus poétique intelligence du coloris cl des mille savantes ressources de l'ombre et de b lumière artistemeut opposées.
Par exemple, lorsque madame de Pënàfid était nerveuse et pâle, et que, toute vêtue de blanc, scs beaux cheveux bruns, brilbnt de reflets dorés, arrondis en bandeaux, elle était assise sous un demi-jour qui, tombant d’assez haut, projetait de grandes ombres dans l'appartement, il fallait voir comme celle faible clarté, eu s'épanouissant seulement sur son beau front, sur scs joues à peine rosées et sur son cou d ivoire, laissait tout le reste de son visage dans un merveilleux cbir-obscur ! Rien enfin de plus délicieux à regarder que cette bbnche et vaporeust figure qui sc dessinait, si doucement éclairée, sur un fond très-sombre,.
Tuis encore, celte lumière avarement ménagée, qui brillait seulement çà cl là comme par étincelles, SUT b sculpture dorée d’un fauteuil, sur le pli moiré d une étoffe, sur l’écaille et la nar re d’un meuble, ou qui éclatait en points scintillants sur la surface arrondie des coupes de porcelaine remplies de fleurs ; cette lumière ainsi distribuée donnait nonseulement une apparence de tableau, et de charmant tableau, à celle figure d’une élégance si achevée, si exquise, mais encore à tous les accessoires qui 1 entouraient.
J’avoue d’ailleurs une grande uuMflté, eVt que celle manière de
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donner du jour à un appartement m'avait beaucoup plu, parce qu'elle «tait dans mes idées.
Une chose, à mon avis, des plus choquantes, était l'ignorance complète ou l’oubli déplorable des architectes à ce sujet. Ainsi, sans tenir compte du style, de l'époque, et principalement, s’il s'agit d une femme, de son extéueur, du tvpe de sa beauté, de sa physionomie, ils croient avoir tout fait, cl parfaitement fait, lorsqu'ils lont aveuglée au moyen de deux ou trois fenêtres éuormes, de dix pieds de hauteur, d’où se répand de tous côtés une nappe de clarté éblouissante. Or, celle lumière si maladroitement prodiguée se neutralise, se perd, ue met eu relief ni tableaux, ni étoffes, ni sculptures, parce que, se projetant indifféremment sur tout, elle ne donne de valeur à rien.
En un mot, pour résumer ma pensée, il me semble qu’un appartement (non de réception, mais voué aux habitudes d intimile) doit être éclairé avec la même étude, avec le même art, avec la même recherche qu’on mettrait à bien éclairer nn tableau.
Qu 'ainsi, beaucoup de choses doivent être sacrifiées dans l’ombre et dans la demi-teinte, afin de ménager des parties éclatantes.
Alors l'œil et la pensée se reposent avec plaisir, avec amour, avec une espèce de douce rêverie, de poétique contemplation sur cet agencement intérieur...
Sorte de tableau réel, en action, qu’on admirerait déjà si on le voyait représenté sur une toile.
Mais il but une certaine élévation d'esprit, un certain instinct d'idéalité peut-être exagéré , pour se vouer à cette espece de culte domesiiue, et y chercher des jouissances méditatives de chaque minute, qui chappcnl ou semblent Incompréhensibles à beaucoup de gens.
Si j insiste sur cette particularité, c'est que celte espèce de sympathie entre ce goût de madame de Pénâfiel et le mien me frappa, ci qu'il faisait encore valoir sa coquetterie de manières que j'aimais à l'adoration.
A ce propos, je me souviens que je ne trouvais rien de plus sauvage ( et je le disais hautement ) que les cris furieux de tous les hommes de la coutiaissanco de madame de l'énâficl , au sujet de ce qu'ils appelaient sou intolérable et détestable coquetterie. « (.'était , disaient-ils avec un emportement tres-curieux, c était de la part de madame de l’énàfiel des prelcotions exorbitantes ! une espèce de pari avec elle-même d'être toujours gracieuse et charmante ! Jamais on ne pouvait h trouver cher elle que mise à ravir : tout y était calculé, étudié, depuis le jour faible et incertain qui l’éclairait quelquefois, depuis la couleur de la tenture assortie à son teint comme si elle eût dû s'habiller avec cette (cuturc , jusqu’à relie des fleurs naturelles posées dans un vase, sur sa table à écrire, qui éiaicul, le croirait-ou , ô horreur!!! qui étaient aussi assorties à la couleur de ses cheveux, comme si elle eût dû $c coiffer avec ces fleurs ! Mais ce n’était pas tout ; elle avait un pied d'enfant, les plus beaux bras qu'on pût voir, et une main ravissante. Eh bien ! n’était-ce pas insupportable ? On ne pouvait s'empêcher de remarquer, d'admirer ce pied, ce bras, celle main, tant elle possédait d'habileté à mettre ces avantages en évidence. Encore une fois, c’était odieux , insupportable, scandaleux, etc. »
Or, tout cela fût-il vrai, ou plutôt par cela même que tout ccLi était vrai, y avait-il quelque chose au monde de plus grotesque et de plus saugrenu que d'entendre des hommes, vêtus avec cette espèce de négligence souvent sordide, acceptée je ne sais pourquoi de nos jours pour les visites du matin, et qui allaient ainsi en Chenille (vieille expression très-justement imaginée, qui devrait revivre ) passer une heure chez une femme , de les entendre , dis-je , se plaindre outrageusement de ce que cette femme les recevait entourée de tout ce que le goût, l'art et l'élégance pouvaient ajouter à sa grâce naturelle ?
J’avoue qu’au contraire, je trouvais, moi , un plaisir extrême à jouir de toutes les délicieuses coquetteries de ni.id.uiic de Pénifiel, à contempler enfin, ne fût-ce même que comme un ravissant objet d’art, ce délicieux tableau vivant, quelquefois si animé, quelquefois si triste et si bnguissanl.
J’oubliais de dire que parmi les plus violents détracteurs de madame de Péuàliel étaient plusieurs jeunes chrétieu» de ses amis.
Puisque ces mots sont venus à ma pensée, ils exigent quelques développements: car le jeune chrétien de salon, type à la fois prétentieux cl grotesque, devant bientôt faire place à d’autres ridicules, mérite d'être assez longuement décrit , afin que son souvenir exiûbrant ue soit pas à tout jamais perdu.