AUTOUR
chers qui s'étendait devant nous, et dont le pied était baigné par la mer.
La goélette était alors à une portée de canon du rivage que nous prolongions; à lieu de distance de nous sc tenait le bateau pilote.
— Nous allons bientôt atteindre le port de Marsa-Siroco? lui demanda Williams, qui rouuais-ail les différents mouillages de I lie.
— Nous y serons bientôt. Mais comme nous devons passer entre les pierres noires et la pointe de la Wurdi, et que ce chenal est livs-dau-
§ creux à cause des brisants, je vais, monsieur, si vous le voulez, prenre le gouvernail, dit le pilote à Williams.
D'apres ou signe de co dernier, le limonier quitta la barre.
Je me rappelle celte scène comme si elle s' était passée hier.
J'étais as-is sur le couronnement.
Devant moi, Williams, très-pies du pilote qui prit le timon, interrogeait comme lui tour à tour la tioussole, la côte et la voilure du yacht.
l e docteur, penché sur la lisse, regardait le sillage du navire...* A trêspen de distance de nous, ou voyait le bateau-pilote, qui me sembla ne plu» faire la même roule que le yacht ; cela me parut singulier...
Devant et très- prés de nous s'élevait une énorme masse de rochers perpendiculaires.
Quoique la mer FiU devenue plus calme, elle était encore sourdement soulevée par une forte boule «loul les ondulations immenses allaicut se briser sur le rivage avec un bruit formidable.
Le pilote venait de faire déployer une uouvcllc voile, sans doute pour augmenter la vitesse du yacbt, lorsqu'un cri d'effroi rclcutU à l'avant, cl j entendis ccs mol» ;
Le combat. — nos 71
— Il fait si noir que je ne puis voir l'expression de vos traits, monsieur, répondit Williams, mais je suis sûr que vous riez en me disant cela.
— Je vous parle très-sérieusement, je vous jure.
— Mais, monsieur, songez donc que cela est impossible : encore une fois, les fonctions de pilote lie sont confiées qu’à ors gens très-connus ; ils ne peuvf.nl quitter leur poste que pour venir piloter les bâtiments oui eulreut dans Cite. Songez dune encore que ce mystic pirate était déjà mouillé à l'orqoerollo depuis plus d'un mois, lors de l'arrivée du ncht de milord aux (les d'ilyeres... Songez donc que... Mais, dit William eu s'interrompant et eu me quittaut, voici la lune qui se leve et K dégage des nuages; sa clarté va nous servir pour atteindre le moullbge... Èxcurez-moi, monsieur, mais il me faut faire préparer les ancres.
Les raisons que m'avait données Williams, quoique solides en apparence, ne purent tout à fait me convniucrc.
l'ourlant, voyant que l’heure du débarquement approchait, et qu'en effet, au dire de gens expérimentés, la manoeuvre du pilote avait clé aussi prudente qu'habile, je fus forcé du moins de suspendre mon jugement, car jusqu alors ou ne pouvait faire aucuu reproche à l'homme que je soupçonnais.
Le docteur monta sur le poul, me donna des nouvelles de Falmouth finie demanda des miennes.
— Le grand air me fait du bien, lui dis-je, et ma blessure me semble moins douloureuse.
— Dieu merci, dit-il, milord se trouve mieux aussi; celle contusion aura été violente, mais ses suites de peu de durée. Tout à l'heure il vient de inarclier seul, la: pilote avait raisou, ajouta le docteur en me montrant les vagues; voyez comme la mer semble se calmer à mcsuie que nous approchons des terres de l’ile...
En effet, garanties de la violence du veut par la hauteur de la ceinture des rochers a pie qui forment la côte méridionale de Malte, les vagues s'aplanissaient de plus eu plus.
bientôt la lune, sc dégageant tout à fait des nuages qui l'avaient jusqu'alors obscurcie, éclaira parfaite meut une immense muraille de ru-
Le duel. — nu 74.
— Toute la barre ;i bâbord!... nous sommes sur des brisants!. .
Je ne sais de quelle manière le pilote obéit à cet ordre et comment il gouverna la goélette, mais au moment où ce cri venait d'être proféré, un choc épouvantable, suivi d'uu long craquement, arrêta subitement la marche du yacht.
Lu commotion fut si violente que moi, Williams cl deux matelots, nous roulâmes sur le pont.
— Le yacht a louché I s'écria Williams en se relevant. Maudit soit te pilote!...
ARTHUR
Ma blessure m'empêchait de me redresser avec la même agilité. J’é- , tais encore . terre lorsque quelqu'un passa rapidement près de moi ; uu , corps lourd tomba à la mer, et je ne vis plus le pilote, ni an limon ni sur le pont.
Songeant à mes pressentiments , oubliant le danger que. nous cou* rions, je me relevai, et, à une portée de fusil du yaeht, j aperçus le bateau-pilote : ses matelots rainaient vigoureusement ver* un point noir eutouié d'écume, que je distinguais parmi» à la ebrté de la lune, trétail le pilote qui nageait pour rejoindre von embarcation,
— Un fusil !... uu ftisill... m'écriai-je. J 'étais sûr que c'était lui.
A ce munieut, un second choc du yacht sur les Imsanlt fit tomber le grand mal avec un fan as horrible.
IVndaut le moment de stupeur et de silenee qui suivit erttc chute, jYiiiendi» ces mois en frauçais : « Souvenez-vous du myslie de Porquerolles! »
Cétait le pirate. Le yaebt était perdu...
\* deniiere scène de ce terrible drame bit si rapide, si confuse, que c’est à peine si mes souvenir» peuvcul la retracer, a travers le chaos d'émotions précip ices, effrayantes, qui se succédèrent comme les éclate de b fondre pendant un orage.
A un troisième et dernier choc, le vacht, soulevé par une «intense lame sourde, retomba de tout -ou poids sur un banc de rochers logiis.
|i ( >ju crevée, la cale se défonça prêtant entièrement, j'entendis, uan* l'intérieur du navire, l’eau qui »’y précipitait en huuiltimnanl comme dans un gouffre.
La mer l’avait totalement envahi !
Malgré ma blessure, qui me tenait un bras Usé contre ma poitrine, i'allais me jeter à b mer, lorsque je vis paraître Kalnmiilh sur le pont; il s'appuyait sur Williams.
A ce moment une autre tune énorme, prenant r e yaeht par son travers, le chavira complètement.
Je trie sentis rouler jusqu'au boni du navire, puis enlevé, étourdi, écrasé par une pesante niasse d'eau qui passa sur moi en tonnant comme b foudre.
De ce moment, je perdis à peu près toute perception des événements. Ce dont je me souviens seulement, c’est que je ressentis longtemps une oppression effroyable : j étouffais quand j'ouvrais la bouche pour respirer ; i';i»i»irai$ des gorgées d'uuc eau amerc et tiède mes oreilles tintaient douloureusement, uu poids énorme me pesait sur les yeux ; je me sentais défaillir. . .
Neanmoins je fis des efforts désespérés pour nager.
Il uie parut encore que tout à coup je respirai plus librenv ni, que je vis le ciel, et plu» près de moi une masse de rochers rougeâtres...
.fe crus enfin sentir une main vigoureuse me soulever par les cheveux, h t-iilcudre b voix de Falmmiüi qui médisait : « Nous somme» quilles 1 dieu!... •
Je ne me rappelle rien de plus: car bientôt je tombai dans un engourdissement douloureux , auquel succéda l’insensibilité b plus profonde.