‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Arthur journal d'un inconnuChapitre 46 sur 59 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Un ministre amoureux.

Ce oc fut pas sans un certain serrement de cœur que je rentrai dans Paris, dont j étais abseul depuis dix-huit mois. J’avais un vague espoir, ou plutôt une vague inquiétude de rencontrer Hélène ou Marguerite.

Je me croyais complètement guéri de ma fatale monomaiiie de défiance ; mou amour profond pour madame de Ferscn avait, à mes yeux, opéré ce prodige. Ausri mclais-je bien promis, dans le cas où j'aurai rencontré ma cousine on madame de Pënàficl, de leur demander franchement pardon de mes torts, et de tâcher d’eQaccr. par les soins de l'amitié la plus affectueuse, les détestables folies de l'amant d'autrefois.

Je retrouvai M. dcCcrnay, qui, de l’Opéra» avait transporté ses amoureux pénales à la Comédie-Française, à la suite de mademoiselle *”» très-agaçante soubrette.

M. de Pomme rive «lait plus gros, plus médisant, plus fâcheux que jamais. Ccrnay m'accueillit avec une incroyable effusion de cordialité, me demanda dis nouvelles de mon voyage avec FaUnouth. car rien n'avait encore Iran-. pire.

Comme je me tins fort sur la réserve à ce sujet, autant par caractère que par malice. Ccrnay et Pommer ivc finirait par foire les supposition* les plus iuouies sur le prélcudu mystère de mes aventures.

Ainsi que j'en étais convenu avec le prince, le priai un In mime de ma connaissance, fort lié avec M. l'ambassadeur de Russie, do me présenter à madame de Ferscn.

Le prince avait loué un fort bel hôtel meublé dans le faubourg Saie** Germain.

bientôt son «don fut un des rendez-vous habituels du corps diplômetique et de l'élite de la société parisienne, sans dîslinctiou d’opiniou politique.

L’apparition de madame de Fcrsen dans le monde fut une sorte d'e- I vénement. Sa beauté, son nom, son esprit, sa réputation de femme politique, mêlée aux plus grands intérêts de notre temps, le respect qu'elle ; savait inspirer, tout coucourut à la placer très-haut dans ( opinion pu- ! hliquc.

! bientôt, à la juste appréciation des rares qualités qui la distingua*® 1 » succéda l'enjouement le plus prononcé.

Les femmes qui partageaient la sévérité de ses principes furent 1res-, heureuses et tres-lieres de se recruter un pareil auxiliaire ; celle* «P 11 auraient au contraire nu craindre sa froideur, et y voir une CUflP muette de leur légèreté, furent aussi chai urées que surprises de sa lu»' l veillam c extrême, (’.ei Urnes d'uiJcurs de ne pas trouver en elle une rivale, elles se montrèrent fort enthousiastes de la belle étrangère*

ARTHUR

Je ne saurais dire avec quel boDheur je jouissais des succès de ma* dame de Fersen.

J’allai pour la première fois chez elle un soir, cinq ou six jours après mon arrivée à Paris.

Quoiqu’il UH assez tard, il y avait peu de monde encore. Elle m'accueillit avec beaucoup de giice; mais je remarquai en elle je ue sais quoi de contraint, d inquiet, de chagrin.

Il me semblait qu’elle eût désiré me [tarlcr en particulier.

Je lâchais de deviner quelle pouvait être sa pensée, lorsque, dans le courant de la ronversaliou, M. de^erigiiv, alors notre ministre des affaires étrangères, parla d'enfants, à propos d'un admirable portrait que Lawrence venait d'exposer au Salon...

Madame de Fencii me jeta aussitôt un coup d'u*il rapide, et sc plaignit de ce que sa fille, se trouvant sans doute fort dépaysée, était triste et souffrante depuis son arrivée à Paris: aucune distraction n’avait pu l'arracher à sa mélancolie : ni les jeux ni la promenade dans les grands jardins de l'hôtel .

— Mais, madame, dis-je à madame de Fcrsen. entêtant être compris, ne devriez-vous pas envoyer plutôt mademoiselle votre fille aux Tuileries? Elle y trouverait beaucoup de compagnes de sou âge ; et, sans aucun doute, leur gaieté la distrairait.

In touchant regard de madame de Fer son me prouva que j’étais eutendu : car elle reprit avec vivacité : — Mon Dieu ! vous avez raison, monsieur; je suis désolée de n’axoir nas songé à cela plus tôt. Aussi, des demain j’enverrai ma lille aux Tuileries, je suis Mire qu’elle s’y plaira infiniment, et d'avance je la considère comme guérie...

A ce mystérieux échange de pensées je fus heureux de voir que le cœur de madame de Fcrsen devinait le mien.

De nouvelles visites coupèrent la convocation ; le cercle s’agrandit, je nie levai, et j’allai causer avec quelques femmes de ma connaissance.

— Ali! mou Dieu, dit madame de***, M. de Pummerivc ici! Cet homme- là va doue partout ?

En effet, je vis arriver Pommerive, l'air un peu moins effronté que d'habitude, et suivant nas à pas le chargé d'affaires d’une petite cour d'Allemagne, qui le condui-ail sans doute auprès de madame de Fcrsen.

— C'est une présentation, me dit madame de '".

— Si l'c n était juste, repris-je, ce serait une exposition.

— Mais aussi comment madame de Fcrsen peut-elle bénévolement recevoir nu homme si médisant cl si perfide? reprit madame de '**.

— Pour prouver sans doute l’impuissance des calomnies de cet homme, lui dis-je.

Poimnerivc salua profondément madame de Fcrsen. se remit à la suite du chargé d’affaires, et tous deux allèrent à la recherche de M. de Fcrsen.

Quelques minutes après, je me trouvai face à face avec Pommerive.

— Tiens ! vous êtes ici ? s’écria-t-il.

Cette exclamation était si ridiculement impertinente, que je lui répondis :

— Si j’étais moins poli, monsieur de Pommerive, c’est moi qui m’étonnerais fie vous rencontrer ici.

— Moi, je ne m’eo étonne pas du tout, médit Pommerive avec une impudente sécurité qu’il dosait à son âge et à nue réputation de lâcheté cynique, dont j’ai omis de dire qu’il fanait parade. Je ne m’attendais pas ;i vous voir, voilà tout. Mais écoutez donc. Puis, me prenant par le bras, il me dit en m'amenant dans une embrasure de croisée ; Est-ce que vous connaissez beaucoup le prince de Fcrsen ?

Malgré l'éloignement que m’inspirait Pommerive, j’étais assez curieux de savoir si le inonde était instruit de mou voyage avec la princesse, rir, Pommerive, qui ne laissait pas tomber le mniiitlrc bruit, qu i! l'ôt faux ou véritable, pouvait parfaitement m'éclaircr à ce sujet.

— Je uc connais pas plus SI. de Fcrsen que vous ne le connaissez, lui dis-je.

— Mais alors vous le connaissez beaucoup? reprit-il avec fatuité.

— Comment cela ?

— Certainement... j'ai dhic hier avec lui, affreusement diué, il est vrai, chez le baron de ***, chargé d'affaires de ***, qui vient de m’amener ici tout à I heure dans sa voiture. El quelle soi turc ! une infâme calèche à vasistas... qui a l'air «l’une mclonnieic . C’est, du reste, une voiture qui semble faite tout exprès pour aider à digérer scs exécrables dfoers, tant elle est dure ; car ce pingre la, j'en suis sûr, 1MHSU) des îlots à ses six monstres de filles avec ses frais fie table : et il a rai-on, car. sans dot, qui diable en voudrait, de scs tilles ? Mais je reviens au prince.

— C’est bien malheureux pour lui, monsieur de Pommerive.

— Oh ! du luut ! je le ménage, ce cher prince, car il m’apprécie, et je viens prendre jour avec lui pour notre travail.

, — Et quel travail, monsieur de Pommerive? Pcut-on, sans indiscrétion. pénétrer ce secret diplomatique?

— Oh ! c'est tout simple : il a demandé à ce pingre de baron ; et ici Pommerive ouvrit une parenthèse pour placer une nouvelle méchanceté. Or, à propos, ce pingre de baron, reprit-il, croiriez-vous que lorsqu il donne ses affreux, dîners, une espèce de maître Jacques fait une seule fois le tour de la table avec une malheureuse bouteille de vin de Cbampaguc uon frappé, qu’il serre précieusement entre ses bras comme une nourrice serre son nourrisson, en vous disant très-vite et en passant

plus vite encore : a Monsieur ne veut point de vin de Champagne... » sans point d interrogation, le misérable ! mais au contraire avec un accent d'affirmation.

— Voyez un peu à quoi sert pourtant la ponctuation, monsieur do Pommerive! Mais revenez donc au prince.

— Eli bien, M. de Fcrsen ayant demandé au baron de lui enseigner quelqu’un d'un goill sôr et éclairé qui p(H lui faire faire une sorte de cours théâtral et le renseigner sur Km acteurs, le baron a eu le bou sens de m'indiquer.

— Ah ! je comprends, lui dis-je ; vous allez servir de cicérone dramatique à M. de Fcrsen.

— C’est tout bonnement cela ; mais, entre nous, je trouve, moi, ce goût théâtral singulièrement ridicule chez un homme comme le priucc A en juger d’apt es cet échantillon, ça doit être un bicu pauvre sire que ce Fcrsen. Aussi, je ne m'étonne pas si on dit que sa femme sc charge de toutes les affaires diplomatiques. Elle a d’ailleurs bien la ligure d’une maîtresse femme... l'air sec cl dur... et par là-dessus, dit-on, une vertu à trente-six karals Qu'est-ce que cela me fait à moi, sa vertu’ je ne la lui dispute pas, quoiqu'il n’y ait qu'une voix là-dc&ns... C‘c>t surprenant !...

— U y a quelque cho-c de bien plus surpienaut que cela, monsieur de Pommerive !

— Quoi donc, mon citer comte ?

— Ce t qu'un galant homme n’ait pas le courage daller répéter mot pour mot à M. de Fcrsen toutes les impertinences que vous venez do vous perrae Ure de débiter sur son compte, afin de vous faire chasser de sa maison.

— Parbleu! c'est bien certain que personne n’ira lui répéter ce que je dis sur lui. J’y compte bien, et encore on irait que cela me serait égal, Cl je u’i n démordrais pas.

— Vous vous vantez, monsitur de Pommerive !

— Je me vante! Ça u ‘empêche pas qu’une fois on avait été rapporter à Vcrpttis... vous savez bien, Verpuis, qui était si dm (liste... que j'avais dit de lui qu'il n’avait que le courage de la Inti-c. Verpuis Vient à moi avec sou air matamore, et me dit devant vingt personnes; Avez-vous tenu ce propos-là, monsieur, oui ou non ? — Non, monsieur, lui ré|nmd'is-jc d’i n air aussi très-matamore ; j’ai dit au contraire que vous u'aviez que la bêtise du courage.

— Vous ne lui avez pas dit cela, monsieur de Pom-netive.

— La preuve que je le lui ai «lit, c’est qu'il m’a donné un coup de pied; je lui ai répondu qu’il fallait être bien mi: érable pour insulter quelqu'un qui ne mî battait jamais, cl il a gaulé ça pour lui.

Cette ignoble forfanterie de lâcheté, car Pommerive n’en était pas tout à fait descendu à cc dpgré de platitude, me révoltait. Je tournai le dosa cct homme, mais je ii'cu étais pas quitte.

— Vous allez revoir, me dit-il. une de vos anciennes adoration*, la jolie petite madame de V**\ dont M. «le Ücrigny, le ministre des affaires étrangères, est amoureux comme un fou. On dit véritablement qu’il est à frire enfermer depuis qu il sYsl affolé de celle petite c é Due. Une sait plus ni cc qu'il dit ni ec qu’il fait : aussi cc céladon diplomatique serait-il à mourir de rire s'il ne faisait pas pitié. Mais le voici, il faut que j’aille le prier de ne pas oublier ma recommandation pou. - mon neveu, pourvu toutefois que son riilFctilc amour ne lui ait pas fait pet dre la mémoire comme il lui a fait perdre l'esprit.

ET l'impudent personnage alla se confondre en salutations auprès de M. de Scrigny.

A cc moment an annonça madame «le V“*.

Je ne l'avais pas vue depuis mon retour à Paris. Je h trouvai, si cela peut sc dire, rajeunie, tant celte vive et folle physionomie avait de fraîcheur, de gentillesse et d'éclat.

Madame de V*** se niellait d'uuc manière à elle, mais sans rien de voyant ni de bizarre, et toujours avec le goût le plus parfait.

l e ministre, qui s’élait détint rnsré de Pommerive, suivait d'un mil inquiet et jaloux les nombreux saints que madame de V*** rendait fie tous côtés avec sa [wUilante coquetterie. Enfin, il me parut un peu rassuré lorsqu'il vit madame de V*** assise entre lady Bury et une autre femme.

M. de Serigny, alors ministre des affaires étrangères, était un homme de cinquante ans environ, d’un extérieur insignifiant et quelque peu négligé. Il affectait des dehors de brii-qucrie, de taUser-iiller irréfléchi, fini, calculés ou non. l'avaient toujours, disait-on, singulièrement servi d ms les affaires. C’était un homme d’esprit fin et délié, mais d ms le monde il usait rarement de cet esprit ; sa grande supériorité Sc résumait par b? silence, ainsi que toute l'expression de sa physiouomic sc concentrait dans son sourire. Or, ce silence et ce sourire se commentant, se complétant, llotraprâiol l'un par l'autre, savaient tour à tour être si admirablement flatteurs, ironiques, malins ou distraits, que ce langage muet avait réellement une très-grande signification.

Jaloux à l'exccs, sa passion pour madame de N*'* était en effet d’une violence extrême, du moins au dire do monde, dont Pommerive n 'était que l’éèho fidele.

Lorsqu'un homme de l’âge, du caractère eide la position de M. de Serignv s'éprend Sérieusement d'une femme aussi légère, aussi coquette que l’était madame de V**', sa vie amoureuse ne doit être qu'une longue torture.

ARTHUR

Voulant vo'rr M do Scrigny dans son emploi de martyr, je passai derrière la rniN’iise on était madame de V”’, et j'ali.b la Millier.

Je connaissais la vivacité de ses manières cl je m attendais à l’explomoii d'une reconnaissance amicale. J'avais autrefois refusé les conditions qui auraient pu nie faire réussir auprès (Telle, unis je l’avais quittée dans les riM'dlcnrs termes, cii tenant tres-secrel tout ce rjui s'élail passé entre nous ; or. madame de V***, qui. par malheur, s était souvent exposée à être peu menai! éo, devait roc savoir pré de ma réserve.

m clô t, à peine eut-elle entendu ma voix, que, se retournant brusquement, elle me tendit b main en s'écriant avec sa volubilité habituelle :

— Quelle bonne surprise! et que je suis heureuse de vous revoir !... Mais vous êtes doue tombé des nues qu’on ne savait rien de votre retour? et moi qui ai justement tant de mnerelincnls avons faire!.. Mais, tenez, donnez-moi votre bras, nous allons nous établir dans quelque coin solitaire du salou voisin car vous ne savez pas tout ce que j'ai à vous dire.

£i lu voilà qui se lève, qui perce la foule, qui fait le tour de la causeuse, qui vient prendre mon liras, et nous quittons le grand salon pour une autre pièce où tj u’y avait presque personne.

I te bout et causant à b porte de celte piece, étaient madame de Fcrscit cl M. de Sciiguy.

M.id.iuie de \ avait en tout des façons si compromettantes, qu’avec elle rien n était insignifiant . aussi trouva-t-elle moyen, pendant le court trajet dîme piece à l'autre, de se Élire remarquer par son aftedatinu à me pariera l’ordllc en s'interrompant de tenqis à autre pour rire aux éclats.

Au moment où nous passâmes devant madame de Fersen , celle-ci, ét< m née des façons bruyante» de madame de V*“, nie jeta un regard qui me parut inquiet et presque interrogatif.

Le ministre nie toisa sournoisement, rougit un pou, modela son plus affable murire, et dit à madame de V" d un air coquet sans être entendu de la prinrc-.se : — Vous allez fonder là-dedaus une colonie d admirateurs qui ata bientôt plus eousidéralde que b métropole.

— Surtout si vous ue vous mêlez pas île son administration, répondit madame de V'** eu riant comme unebdle; puis elle ajouta tout bas : — \ vouez qu'il n’y a rien de tel que l’amour polir vous ivudre stupide. M. de Serigiiy est un homme d’esprit, et vous l'eut ndez pointant! F.stiî réellement flatteur d'inspirer un sentiment qui doit s'exprimer si niai- M'iix ut, sons le prétexte qu'il est sinecre ?

Minuit ces mots, elle s’assit près d’une table couverte d'albums, je pris pi.» e près d’elle cl nous causâmes.

l’eiiibul le cours de cet entretien, deux ou trois fois je rencontrai les regard» de madame de Kcrseo qui, chaque fois qu elle s'aperçut de mou atu'utiou. détourna précipitamment la vue.

M. de Scrigny observait continuellement madame de V“\ cl semblait être au supplice.

Uiu femme passa, madame de Fersen lui prit le bras, et elle rentra dans le salon.

Le ministre allait sans doute nous rejoindre, lorsqu’il fut arreté par le baron de qui. selon l’ommenve, faisait des dois ù scs filles avec ses frais de représcnlat'on.

Je ne sais si les attires dont il entretenait M. «le Scrigny étaient Tort impi.o taules, mai» je doute que le min'. Ire leur ail accordé une grande attention, ucviqié qu’il était à épier madame de V’**.

-Abçà! avais-je dit ;ï celle-ci, c’est donc vrai? vous tenez donc dans ces mains charmantes le sort de l'Europe? Le régne des femmes souveraines et des ministres esclaves va donc revenir? Quel bonheur! Cria scut sou rococo d une lieue, et a fort bon air... Tenez, par exemple, dans ce moment-ci, vous me paraissez furieusement embrouiller les di stillées du grjud -duché de ***, car le chargé d'affaires de celte pauvre cour me parait à bout de raisonnements, et votre ministre le regarde comme s il lui parlait turc.

— bpuisons une bonne fois pour toutes ce triste sujet de conversation. me dit vivrmeut madame de V***, et u’y revenons plus. Eh bien! oui, M. de Scrigny s’occupe de moi avec acharnement, je uc refuse pas scs soins, et je sms même très-coquette pour loi, parce que je ne trouvo Heu de plus amusant que de dominer un homme aussi haut placé : et puis, comme on me suppose autant d'iiilliieucc sur lui qu'on lui suppose <le confiance en moi, vous n'avez pas idée des pièges que me tend le corps diplomu tique pour me faire parler... Or, pour me divertir, je fais uaivement les demi-coiilidences les plus saugrenues... Mais vous voyez qu’.iti bout du compte tout cela peut à peine passer pour des distraction» de pensionnaires. Voilà ma eonfes-ioii ; absolvex-moi doue, au moins par pitié, car M. de scrigny est un ennuyeux péché. Main citant, à votre tour, voyons, dilcs-moi vos voyages, vos aventures, vos amours: et je verrai si je puU vous absoudre.

— i'our parler votre langage, je vous avoue d'abord que mon pins grand péché est de vous aimer toujours.

— Tenez, médit madame de V*** en changeant d’accent, de manières, de physionomie, et prenant un ton sérieux que je ne lui eoattai-sais nas encore : — Vous vous êtes noblement conduit envers madame de i’eniliel ; clic valait mille fois mieux que moi, je la baissais, je l'enviais peut être. . car elle méi it.ui tout votre amour ! Je vous ai demandé une lâcheté qui pouvait la perdre, vous avez, refusé. Tour vous, rieu de plu.» simple.. Mats cette honteuse proposition que je u’ai pas rougi de vous

faire, vous l’avez tenue secrète ; vous ne vous êtes pas servi de cette arme pour frapper une femme que tout le monde attaque, parce qu'elle leméiile peut-être... Aussi, vrai, vrai comme je suis une folle, je tf oublierai de ma vie combien vous avez été bon et généreux pour moi dans celle circonstance! — Et madame de V*" me regardait d'un air attendri. et je vis nue larme rouler un moment dans scs grands yeux, ordinairement si gais cl si brillants.

Je fus d'abord tenté de prendre celte larme égarée pour an savant effet de regard ; mais l'esprit de celte femme était si mobile, si changeant, tpie je crus à la sincérité de celle émotion passagère : j'en fus touché ; ma * chez elle la seu-ibiliié ue pouvant être qu'un accident, je repris :

— J'ai Élit |M»ur vou» ce que tout galant homme aurait Élit ; mais vous, faites donc pour moi quelque chose de méritoire... voyons, aimezmoi franchement a votre maniéré : en coquette, en étourdie, eu iulidèle si vous voulez, je vous imiterai, et comme ou n’est jamais plus aimable (pie lorsqu’on a des torts à se faire pardonner, nous serons sûr* d'étie toujours charmants ; rien ne sera plus délicieux : nous nous confierons fidèlement toutes nos trahisons; nous nous tromperons euliu le plus loyalement du monde!...

— Monsieur Arthur, me dit madame de V’“, toujours d'un air sérieux, attendri, et avec mi accent (pii me semblait presque ému, je v is vous dm quelque chose (pii p.iralt:ai(. à tout autre ipi a vous, 1res- nconveuaut et 1res- incompréhensible ; mais rappelez-vous ceci, elcroyi zle, je vous honore trou... je vous aime trop... pour vous faire passer pour le successeur de M. de Seriguv...

I Malgré moi. je fus frappé de I expression avec laquelle madame de V**‘ me dit ces mots.

! Mais son accès de sen-ibilité dura peu, car bientôt elle se mit à réi pondre avec sa malice et sa gaieté habituelles aux galanteries du mi— ' nistre, qui, s 'étant à grand peiue debarrassé du baruu de Y***, vouait ; de se rapprocher de nous.

Me souciant fort peu d'être en tiers avec M. de Scrigny, je me levai . Mail une de Y*** me dit : — N'oubliez pas que je reste chez moi lotis le» jeudis matin... alin de ne jamais venir inc voir ces jours-là. qui sont bpatrimoine des ennuyeux ; mais si les autres jour» vos succès vous bissent uu moment, n'abandounez pas trop une ancienne amie ; vous me trouverez as>ez souvent le m tin, et quelquefois même le soir avant ma toilette (*n puma sera... Fuis, accompagnant ces mots du plus gracieux sourire, elle se leva, prit le bras de M. de 'origny, et lui dit : — Je vuu- Vlrais une tasse de thé. car j’ai froid...

— Je suis à vos ordres, madame, dit le ministre, qui avait très-lieoreusenieul placé sou sourire distrait et indifférent, pendant que madame do V*** m'invitait à veuir la voir.

Hculrédans le grand salon, je cherchai des yeux madame de Fersen: je rencontrai sou regard qui me sembla sévère.

Je revins chez moi.

Lorsque je ne fus plus sous le charme de là délicieuse figure de ma d une de V***. et que je comparai cette légèreté hardie à la grâce sérieuse et digue de madame de Fersej) : quand je romiKirais le respect ' profond, la réserve presque obséquieuse avec laquelle les homme» l'abordaient. aux façons cavalières dont ils usaient envers madame de : Y***, j'éprouvais île plus en plus combien est puissante la séduction de | la vertu, et je sentais mon amour pour Catherine s'en augmenter encore. 1 J'étais ravi de l opoir de rencontrer le lend main Irène aux Tuileries. et d’avoir été »i bien compris par madame de Fersen; puis encore il me semblait, était-ce une illusion de l'amour? que madame de Peixrii avait paru presque triste de ma longue conversation avec madame de Y*** .

Page 1