‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Arthur journal d'un inconnuChapitre 51 sur 59 · I- Ile partit · texte numérisé non relu

I- Ile partit

Le lendemain je reçus les indications les plus précises pour me rendre à la petite porte du parc du Bocage.

A l'heure dite, j'étais à cette porte ; je frappai, elle s’ouvrit.

Le soleil était sur le point de se coucher, mais il jetait encore quelques chauds rayons à travers ta verte dentelle d’un berceau de glyeiuées à grappes violettes sous lequel je trouvai Catherine, qui in’alteudaitavcc lieue, qu'elle tenait par la main.

Klail-ce souvenir, était-ce un elTet du hasard, je ne sais; mais, comme le jour où je ta vis pour la première lois à boni de la frégate russe, Catherine portail une rota* de inous&eliRc blanche et tut bonnet de blonde avec une branche de géranium rougi*.

Quoique les chagrins l'eussent beaucoup maigrie, elle était toujours belle, et plus charmante eucore que belle. C'était toujours son élégante et noble teille, sa phys'min mie a la fois imposante, gracieuse et rètlécliie, ses grands yeux d'un bleu si pur et si doux frangés de long* « ils noirs, ses cheveux d'ébeue, dont les nattes épaisses encadraient sou front blanc, fier et mélancolique, et descendaient sur ses joues, que la douleur avait pâlies.

Irène était, comme sa mere, vêtue de blanc ; scs longs cheveux bruns, tressés de ruban, tombaient sur ses épaules, et sou adorable figure, quoique toujours sérieuse et pensive, sembla. t à peine se ressentir de $«*s souffrances passées.

Le premier mouvement de Catherine fut de prendre sa fille dans scs bras et de la mettre dans les miens, en me disant avec lu plus vive émotion : — Maintenant, u' est-ce pas aussi votre Ireue?...

Kt son i egard brilla de recouuaissame et de joie à travers scs formes.

Il est des sensations qu'il faut renoncer à décrire, car elles sont immenses comme l’in fini

Ce premier élan île bonheur passé, madame de Fersen médit : — Maintenant il faut que je vous mène dm vous.

Je lui donnai le bras, Ireue prit rna main, et je me laissai guider par Catherine.

Mous restâmes longtemps silencieux...

Apres avoir suivi une longue allée très-obscure, car le soleil déclinait rapidement, noos arrivâmes à une éclaircie sur ta lisière du bois.

— Voici votre chaumière, nie dit madame de Fersen.

Ata chaumière était une sorte de chalet suisse à demi radié «Lins un massif d'acacias roses, de tilleuls et «le lilas, et bâti au boni «hui trèsbel étang, sur «1e gros blocs de rochers «le gros particuliers aux environ»^ Fontainebleau. Cette fabrique, ayant été destinée sans doute a servi^W point de vue, on avait tiré tout le parti possible des moindres accidents «ta sa position channauie.

Un épata lapis de pervenches, de lierre, de mousse et «le fraisiers s sauvages couvrait presque entièrement les rochers blanchâtres, «!l de chacun de leurs interstices sortait une touffe «l'iris, de rhododendrons ou de bruyères.

Au delà de l’étang, uu<* belle pelouse de gazou entourée de bois montait en pente douce jusqu'à ta façade de la maison que devait habiter madame de Fersen, et qu’on ap«*recvait au loin.

La vue s’arrêtait de tous « ôtés sur uu horizon de verdurè formé par un bois épais qui contournait les hautes murailles du parc et les cachait entièrement.

Sans doute on eût pu désirer mieux pour la variété des aspects; ruais comme notre vie au Bttcagc devait être «“tiiouréc dit mystère le pluprofond, cette immense et impénétrable barrière de feuillage devcAail tres-précicuse

Au bout «le quelques minutes, nous étions au pied de l'escalier du I chalet. Madame «le Fersen tira une petite clef de sa ceinture, et ouvrit ta j porte du rez-de-chaussée.

! D’un coup d’œil je vis qu’elle avait présidé à l'arrangement de deux j petits salons qui le composaient. Tool y était de ta plus extrême, mais I de la pins élégante simplicité. Là je trouvai des (leurs partout, un piano,

! uu chevalet pour poindre, les livres quelle m'avait entendu citer comme ! mes préférences.

Knlin, me montrant un cadre d'ébène à portes richement incrustées : «le nacre, madame «le Fwscn me pria de l'ouvrir : j’y trouvai d’un coté ! l'admirable esquisse que Frank avait faite d'Irène mourante, et «le l aulie un récent portrait d'Irene, peint aussi par Frank.

Je pris la main de Catherine, que je portai à oms lèvres avec un scu- ; liment de rcconnaissamre ineffable.

{ File-même pressa sa main contre mes lèvres, par un mouvcmciü plelu de tendresse.

I Puis elle se mit à embrasser sa fille avec passion.

ARTHUR

Je refermai le cadre, lion sans être encore vivement tondra de celle marque de souvenir de Catherine, à qui j'avais dit mes idées sur les portraits exposés imlilléreimiH'iit à tons les yeux.

Lorsque nous quittâmes le chalet, le sdcfl jetait scs reflets de pour-

E re et d’or dans les eaux paisibles de l'étang. Les acacias secouaient ur neige rose et cmltatmicc. Ou n’euteudait aucun bruit... de tons côtés l'horizon était borne par de grandes masses de verdure... nous nous trouvions au milieu de la solitude la plus profonde, la plus paisible, b plus mystérieuse...

Nous y arrivâmes après une longue promenade, car le parc était fuit grand.

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