IS
— El pourquoi cela? il fit donc bien solitaire?
— lium, hui» ! fil li fermière en secouant la tète, j'arrive dans le l«ay&, et je ne pui> pas savoir si les vilaines liisU*: 1 es qu'on débile sur lui sout^nuics: et puis d'ailleurs, monsieur, le comte c-st notre malin*, et un lnm mailre, dii-on : aussi je ne dois pas parler de ce qiii ue me regarde pas. Mais Marie, tu me mêles encore lotil mon Hn, s’écriu- 1 -clle en s'adressant à la jeune femme. Tu ue sauras jamais le servir d'uu roue!': donne-moi ma queuoiiilfe.
Et vous, madame, demandai-je à Marie, avez-vons des remeiguemeuls plus certains que ceux de madame votre taule sur ce redoutable halijmit de fierval ?
— Non, mon'i««r; j'ai seulement entendu dire que M. le <*onile vivait très-retiré : et. comme j'aime aussi beaucoup la so.ilude, je comprends parfaitement ce goût-là chez b*s autres.
— Vous avez tant de movens de charmer votre retraite, madame, que je conduis Sans peine qu'elle VOM | arais>e aprealib* : d abord vous êtes excellente musicienne, je puis le dire, car j ai été assez heureux pour vous entendre.
— El elle dessine, et die peint aussi, ajouta madame Kcmuél avec tiei té .
Alors, madame, dis-je à Marie, j'ose vous puer, au nom dime occupation qui nous est chcre et eomtuuue, de m'appuyer auprès de tu .idame votre taule pour quelle m'accorde la permission de prendre qui Iques vue# de cette ferme dont jo tromc la position charmante, ar — Vous iiaxcz pas besoin de la protection de Marie pour cela, dit madame Kcruiiët ; vous pouvez faire tous les dessins que vous voudrez, ça ne peut nuire à personne.
Je remerciai la fermière; et, ne voulant pas trop prolonger cette première visite, je remontai à cheval et je partis.
Par bizarrerie je voulus conserver I incognito, d’ailleurs très-facile a gauler pendant quelque temps ; car la ferme des Prés était fort éloignée de Cervdf, et les habitants ou les labour* urs «le celle métairie u’y venaient que fort ramneut.
Le leudcmaiu de ma première entrevue avec Marie, je me munis d’uu complet attirail ife peinture, car depuis mou retour à Cenral j'avais aussi dieiclié quelques distractions dans 1rs arts, et, moulé sur le bon vieux Dl.ik je me rendis à la ferme des Prés.
Grâces à mes fréquentes visites, la confiance s'établit peu à peu entre Marie, sa taule et moi.
^onunc je ne voyais jamais M. Belmont, que je supposais eu voyage, je m'abstins de toute -question à son sujet. Je dessillai la ferme sous tous ses assieds, et j'en omis deux ou trois vues à madame Keronéi qui en jKeurhanlée. Souvent Marie peignait avec moi * son talent était fort fttnarquable.
Tonire l'habitude des jeunes filles, Marie avait pris très au sérieux l'excellente éducation qu'on donne ordinairement dans les établissements tels que celui de Saiut- Denis. Avide de savoir, elle n'avait négligé aucun des enseignements, aucun des arts utiles ou agréables qu'on professait dans cette institution ; aussi, cette heureuse nature ainsi cultivée s’étaitellc aiimiraldemeiil dévelopj ée.
A une instruction solide, étendue, variée, elle joignait mie vocation très-heureuse pour 1rs arts. Mais Marie semlilob ignorer ce qu’il y avait île charmant <jau* fe rare assemblage de ces dons si divers; elfe n'en ressentait pas d'orgueil, mais une uaive satisfaction de pensionnaire, et me parlait quelquefois de ses succès passés en histoire, en peinture ou en imi-Mque, comme d'autres lènmiesde leurs triomphes de coquetterie.
Marie avait dix-huit ans, et l'heureuse et mobile imagination «T nu enfant. Quand elle fut en confiance avec moi, je la trouvai simple, bonne et gaie, de eetle gaieté naïve et douce qui nail de lutoéréuilé de l'aine et de> habitudes d'une vie calme, iutellueute et noblement occupée. Plus j étiidiais ce caractère ingénu, plus je m'y attacha». Je n'éprouvais pas pour Marie un amour violent et agité : mais lorsque j'étais près d'elfe, je ressentais un bien-être si profond, si suave, que je regrettais peu les émoikms tumultueuses de la passion.
Chose étrange, quoique Marie fût de la plus angélique beauté, quoique sa taille fût charmante, j étais beaucoup plus occupé de son esprit, de sa candeur, des mille aspirations de sa jeune àme, que de la perfection de scs traits. Jamais je ne lui avais fait le moindre compliment sur sa figure, tandis que je ne lui cachais pas l’intérêt iuliui que niiiispiraieul ses talents et >011 naturel exquis.
Quoiqu'elle Tût mariée, il régnait en elle un c harme mystérieux et virginal qui m'imposaU tellement, que j'étais auprès d’elle d’une timidité singulière.
Madame Keiotièl, tante de Ma rie, était une femme d'un rare bon sens, d'un esprit droit et «l’un cirur parfait. Sa p : clé à la foi* douce et fervente lui inspirait les œuvre» les plus diariloblcs jamais un pauvre ne sortait de la ferme sans un léger secours et sans linéiques paroles encourageantes, pins pré* teiises encqye peut-être que l'aumône Peu à peu je dé* ouvrais dans celte femme excellente des trésors de sensibilité et de vertu pratique. Sa conversation ininUTessail toujours. parce qu'elle m instruKait de mille faits curieux relatifs à l'agriculture. Quelquefois *mu esprit juste s'élevait très-haut parle seul ascendant d'une foi profonde; et, je I avoue, le inc demanda» en vain le secret d’une religion qui jetait parfois de si vives clarté* sur une intelligence naïve et simple.
Je venais assidûment à la ferme depuis deux mois lorsqu'un jour ma-
dame Keroiiéi me dit :<i You* devez vous étonner, n’esl-ce pas, du voir Marie presque veuve? Comme vous êtes tioire ami, je vais vous raconter celte triste bistoiie. figurez-vous, monsieur, que mou mari et moi nous tenions à bail une ferme à 1 liouars, près de Nantes. Celle ferme appartenait à M. Duvallnn, Ires-riche armateur d*- la ville, qui avait commeucé sa rorlune ni tiisani k.i course comme corsaire pendant la guerre avec les Anglais. Quoiqu il lût bminu, M. Duv ullon était bon; il aimait beaucoup mon mari. I n jour, Kerouèt lui parla de outre niccequi allait bientôt s*»rtir de Suint-beu». Avec sa belle éducation, celte chère enf.uu ue pouvait épouser un paysan, et nous n'étions pas assez riches pour la marier à un monsieur. Voyant notre embarras, M. Duvallon dit à Korouet : — Si votre utece est raisonnable, moi je me charge de l'élaldir. — Avec qui ; demanda mou mari. — Avce un vieux camarade à moi, un capitaiue an long cours, qui veut se retirer du eommercc et vivre désormais en bourgeois. Il vient d'arriver ici. Il est riche. Le n’est pas nu muscad n, mais il est pur comme for, franc comme l'osier, et il lèra, j'en suis sûr, le bonheur de votre nièce. Kerouèt revint me dire cria, c’était uu vrai bonheur pour nous, et surtout pour Marie, la pauvre orpheline» Celait au mois d'octobre de l'aimée passée. Marie, ayant dix— huit ans, ne pouvait plus rester à Saint-Denis. Nous la Lisons dune venir à h ferme, et BOUS couvenous d'uu jour pour que M. Duvallon nous amenât M. iielinmit, son ami, qui voulait voir uolrc niece a vaut de rien conclure, bien entendu. Ce jour -là, c'était un dimanche. Notre ferme était bieu pioprette, Kerouct, Marie cl moi hieu attifes, lorsque M. Duvallon arrive eu cabriolet avec son ami. — Que voulez-vous, monsieur? Sans doute, son ami n était pas, comme ou dit, un joli garçou, mais il avait la croix d honneur, la ligure d'uu brave homme, et il semblait eut orc très-vert pour son âge. qui pouvait être de; quarante-cinq à cinquante ans. Ce monsieur fut tres-aimable pour nous. De temps a autre je regardais Marie; elle n’avait pas l’air «le sallnfer beaucoup de M. Belumut, mais p* savais qu’elle était raisonnable ; et puis, monsieur, avec sou édu- Catiou, je pensais qu'il lui fallait, avant tout, une cerlaiue aisance, et que nous devions sacrifier bieu des clioscs à cela, C'était un malheur, sans doute, mais il u’v avait pas U balancer. Les messieurs partis, nous disons franchement a Marie tout ce qui en est. Dame! monsieur, il y a bien eu des larmes de versées, et par elle et par moi, et par uion pauvre Kerouèt: car notre cliere enfant était bien jeune, et M. Belmonl bien Vieux pour elfe... mais au moins le sort de Marie était assuré, et DOUX pouvions mourir tranquilles. Elle comprît cela, se résigna, et le lendemain, quand M. Duvallon revint, notre parole fut donnée. Pendant une quinzaine, M. ffehnnul vint nous voir tous les jours. Quoiqu'on dise les marins rudes et bourru-, lui était ires-doux, très-bon, très-complaisant, et Marie litiil par le voir sans répugnance et par être touchée des preuves de tendresse qu’il lui dmtuail. El nuis nous lie devions lias nous quitter, il devait acheter un petit bien de campagne ores Tbouars, et ainsi nous verrions tous les jours Marie. Enfin, elle s’b iliitua si bien à M. Belraoul, quelle cousenlii a faire sou portrait, Hfe l’a eu haut, dans son cabinet de la tourelle, où elle ne veut permettre à personne d'entrer. Il est d'une ressemblance extraordinaire. A la fin de décembre, M. Belmonl nous dit qu'il allait allet à Caris pour acheter la corbeille, le mariage devant avoir lieu à Nantes dans le courant de janvier. Après une quinzaine de jours, M. Belmont revint de Paris avec des choses superbe* pour Marie.
« Depuis le triste événement qui nous a séparés, je me suis rappelé qu'à sou retour de Paris M. Itclmont me parut souvent soucieux ; ma» il se montra toujours bouet aimable pour nous; seulement, au lieu d'attendre le commencement de février, époque fixée d’abord pour le mariage, il insista (tour que sou mariage avec Mûrie fût avancé. Noua consentîmes à ce qu'il demaud-iil, et le mariage eut lieu le t7 janvier... un vendredi. On .signa le contrat le malin. M. Belmont reconnaissait six initie litres Je roule à ma niece. Lourdes gen- comme nous, c'était bien beau. n'est-ce pas, monsieur? Après le contrat, nous allons à la mairie, puis à r égUtt, et nous revenons diner à la maison de campagne de M. Duvallon, témoin de M. Belmont. Nous nous mettons à table; au moment du dessert, voilà M. Belmont qui commence à chanter des couplets qu'il avait justement composés sur sou mariage, le pauvre cher lintunie, lorsque tout à coup arrive de Nantes un domestique de M. Duvallon. Il remet une lettre à son maître M. Duvaüon pâlit, se lève de table, et s’écrie : — Belmonl, écoule!... Je me rappelle que ce citer Helmout chaulait à ce moment là un couplet qui commençait par : l.'hym-née zrr i/e tnn flu'ntirau. M. Belmont se lève, mais à peine a-t-il lu la lettre que lui montre M. Duvallon. qu'il fait une ligure... ah! monsieur, une figure si terrible... que je suis encore à comprendre comment uu homme qui avait l'air si bon ouliuairemenl, pouvait avoir parfoi-, nue physionomie si farouche. Puis se remet tant, il s’approche de Marte, IVoib a*M*, et lui dit : — Ne llnqnièie pas de moi, ma petite femme, tu auras b' entât de tue* nouvelles; puis il disparaît avec M. Duvallon. qui uous dit eu s’eu allant ; — Heluumi est compromis dans une ufiaire politique Comme... carbonaro... oui, c'isl bien c* la, carbonaro, ajouta madame Keronèt en rappelant ses souvenirs, il faut qu’il s’échappe, sa vie eu dé* pend. Si on vient (tour l’arrêter, lâchez de retenir le commissaire le plus longtemps possible.
« II y avait à peine un quart d'heure qu’ils étaient partis tous deux, ou'un officier de gendarmerie arrive ici en voiture avec un commissaire de police, comme l'avait prévu M. Duvallon. On demande où est M. Bd-
ARTHUR
mont, capitaine :iu long cours.. Vous peusez bien que noos ne disons root. On Cherche, ou cher (roc, ou ne trouve rien, et va dure au moins deux heures. Le commissaire allait s'en aller, lorsque quelqu'un de la noce ayant parlé par hasard du trois-mâts la Belle Alexandrine, qui avait du partir de Nautcs dans la journée, le brigadier de gendarmerie s’écria : — Et la marée est pour trois heures ! Il en est cinq ! Avaut que nous soyons de retour à Nantes, il en sera sept. Si notre homme a profité de ce' batiment, à sept heures du soir il sera hurs de la rivière el à l'abri de nos recherches! ht là -dessus, ils remontent en voiture avec le commissaire, et retournent à Nantes bride abattue; mais ils arrivèrent trop tard. Ce cher Belraont avait heureusement pu s'embarquer sur la Belle Alexandrine, qui partait pour la Havane. C'est M. Üuvallon qui est venu le leudemain nous donner ces details. Hélas! monsieur, un malheur n'arrive jamais seul. Deux mois après cet événement, mon pauvre Kerouel est mort d'une fluxion de poitrine; M. Du vallon a vendu sa ferme deThouars, et je me serais trouvée sans ressources si le régisseur du château de Cerval, qui connaissait Kcrouët, et qui savait que j'étais en état de bien tenir une métairie, ne m’avait proposé celle petite ferme, où je me plais assez, quoique je regrette, hélas ! tous les jours mon pauvre Kcrouët, et que je sois bien inquiète du sort de M. Belmont, qui ne nous a écrit qu'une fois par un vaisseau nantais que la Belle AUxandrtiu a rencontré en pleine mer. Dans cette lettre M. Belmont nous dit de nous tranquilliser, et qn’un jour ou l’autre il reviendra nous surprendre. Quant à Marie, je ne peux pas dire, 1a chère enfant, qu'elle regrette beaucoup SJ. belmont; elle ne le connaissait pas assez pour cela; mais, moi, monsieur, je le regrette pour elle; car, que demain je meure, que fera-t-elle? Ajoutez à cela qu’elle est si scrupuleuse, qu'il est impossible de la décider à toucher un sou des six mille francs que M . Belmont lui a recounus el que M. Duvallou uous envoie tous les trois mois. Nous reportons l'argent chez un notaire de Nantes, où il restera jusqu'à l’arrivée de M. Belmont, qui reviendra maintenant Dieu sait quand. »-
Tel fut à peu près le récit de madame Kerouel. EnefTet, a l'époque du départ de M. Belmont on avait découvert pkllicIN* conspiration» libérales, à ce moment les sociétés secrètes s'organisaient d'une manière formidable; il était donc probable que M. Belmont avait été gravement compromis dans quelque complot contre l’Etat.
Depuis celte confidence de sa tante, Marie me parut plus charmante encore...
Je continuai d'aller chaque jour à la ferme ; quelquefois même, lorsque la neige tombait, ou que le froid était trop vif, la bonne madame Kcrouët m'invitait instamment à passer la nuit a b métairie, et se fâchait très-séiieuscmeiil lorsque je parlai.-, de me mettre en route par la nuit et par les mauvais chemins de la forêt pour regagucr Bléniur, où j'étais censé demeurer.
Si je me décidais à rester, Marie ne cachait pas sa joie naïve : c'était alors presque fête à la ferme Madame Kerouel s’occupait des préparatifs et des détails du dincr, cl Marie, qui partageait la chambre de sa tante, veillait avec une grâce attentive et charmante à ce que rien ne manquât dans la petite piece qui m'était destinée dans une des tourelles .
Celle hospitalité si bonne, si prévenante, me touchait profondément ; et puis ce qui me prouvait la pureté des sentiments de ce s deux finîmes et leur généreuse confiance en moi, c’est que jamais il ne leur était venu à l'esprit que la fréquence de mes visites pourrait les compiuiucUic. Ma venue leur plaisait ; ianimais. j'égayais leur solitude; cl si je les remerciais avec effusion de toutes leurs boutés pour moi, madame Kerouel roc disait naïvement : — If est-ce pas à nous, pauvres fermières» d’être reconnaissantes de ce que vous venez, vous, monsieur, un artiste (je passais pour un peintrel, nous aider à passer nos longues soirées d'hiver, en tttaat pour cela presque tous les jours trois lieues pour venir et trois lieues pour vous eu aller... et encore par des temps affreux? Tenez, monsieur Arthur, ajoutait cette excellente femme, je ne sais pas comme cela s’est tait, mai» maintenant vous êtes comme de notre famille, et s'il fallait renoncer à vous voir, nous eu serions bieu malheureuses et bien tristes, n'est-ce pas, Marie ?
— Oh ! cerlaincmeut, ma tante, disait Marie avec uue adorable candeur.
J’avais su que Marie manquait de livres : elle parlait à merveille italien et anglais : je fis acheter à Paris une bibliothèque complété, en donnant ordre de l'envoyer d’abord à Nantes el de Nantes de l’adresser à lu ferme.
Ainsi que je l'espérais, l’envoi de ces livres fut attribué à un souvenir de M. Belmont, ou de son ami M. Üuvallon. Par ce moyeu, je parvins à entourer Marie el sa tante d'un certain bien-être intérieur qui leur manquait, et peu à peu, quelques meubles précieux, des tapis, arrivèrent à la terme, el lurent revus avec joie, toujours comme une attention du proscrit ou de son ami.
Dans sa reconnaissance, Marie écrivit une charmante lettre de renierdînent» à M. Üuvallon, qui répondit ne pas comprendre un mot à la gratitude de madame Belmont.
Craignant les éclaircissements, j'engageai madame Kerouët à ne plus parler de ces bienfaits, lui taisant entendre que sans doute M. Belnioul avait des raisons sérieuses pour en dissimuler la source.
L’anuiversaire de la naissance de Marie approchait. Ce jour- là elle devait seulement me permettre l’entrée de la petite chambre mysté-
rieuse dont elle avait fait sou cabinet de travail, ce qu’elle m'avait refusé jusqu'alors.
Sachant que celte pièce était absolument semblable à celle que j’habitais dans la tourelle opposée, quand je restais à la ferme, je pris les mesures nécessaires, et je fis venir de Paris, toujours par Nantes, ce qu’il fallait pour la meubler avec beaucoup d’élégance. Un des plus grands regrets de Marie était de n'avoir ni piano ni harpe. Je d «Bandai aussi deux de ces instruments, qui devaient également arriver à la ferme pour l'anniversaire de la naissance de Marie.
Tous ces détails me causaient un plaisir infini.
Chaque jour, bien enveloppé, je partais uc Cerval sur mou'jpbncy, bravant la pluie el la neige; j’arrivais à la ferme, où je trouvais chez moi un bon feu petillaul. Je m'habillais avec quelque recherche, malgré les ëtcrnelh'â moqueries de la digue fermière, qoj me reprochait d'être trop coquet, puis je descendais dans la grande chambre.
Si le temps n’était pas trop mauvais, Maiic prenait mon bras, et nous allions courageusement affronter la bise et le froid, gravir uos âpres montagnes, y cueillir des plantes pour l'herbier de Marie, ouyrarcourir la forêt en nous amusant à surprendre au milieu de ces solitudes b biche et son faon.
rendant ces longues promenades, Marie, toujours vive, rieuse efTolàtre, toujours pensionnaire, me traitait comme un frère. Dans sa chaste ignorance, elle me mettait souvent à de rudes épreuves : tantôt celait sa collerette à rattacher, tantôt scs lougs cheveux à renouer sous son chapeau, ou quelque lacet de son brodequin à repasser dans sou œillet. . <.
Aussi, dans ces excursions lointaine*, eu contemplant avec adoration la délicieuse figure de Marie', qui, sous sa chevelure couverte d’un givre brillant, ressemblait à une rose épanouie sous la neige, que de fois un aveu me vint aux lèvres!.. Mais Marie, croisant ses deux bras sur le mien, s’appuvail sur moi avec tant de confiance, elle me regardait avec tant de candeur et tant de sérénité, que chaque jour je remettais cet aveu au lendemain.
Je craignais qu’uu mot hasardé ou prématuré ne vint détruite ce bonheur calme et pur.
J’attendais patiemment... Je ne m'abusais pas sur le sonliment que j'inspirais à Marie : sans prétention sotte, sans fatuité ridicule, je ne pouvais me refuser à l'évidence. Depuis plus de deux mois je la voyais presque chaque jour; mes soins pour elle, si jeune, si naïve, si peu habituée; aux séductious du momie, l'avaient sensiblement touchée : (fiais j’avais aussi reconnu en elle des principes si arrêtés, des sentiments religieux si prononcés, un instinct de devoir si profond, que je 'leva is m'attendre à une lutte longue et douloureuse peut-être, et pourtant initie riens très-significatifs me donnaient la mesure d'une affection que Marie ignorait peut-être (MON elle-même.
Le soir, lorsque j’avais dîné à b ferme, madame Kerouët, assise au coiu du feu dans sou grand fauteuil de tapisserie, (liait sa quenouille, tandis que Marie et moi, réunis à b même table, nous mettions en ordre les récoltes de nos herborisation* d’hiver.
Lorsqu'il fallait fixer sur le papier les légers filaments des plantes, souvent nos mains s’eflleui aicul : souvent lorsque, tous les deux courbés sur la table, nous scmblious très- a tien tifs à nos importants Irai aux, mes cheveux touchaient les cheveux de Marie, ou bien »ob MNflejeOM et frais venait caresser ma jonc.
Alors Marie rougissait, son soin s’agitait rapidement, son regard devenait abstrait, et quelquefois sa main s'affaissait sur le papier...
Puis, semblant sortir d'un rêve, elle me dirait d’un ton de reproche affecté : — Mais voyiez donc comme celte plante est mal placée...
— C'est votre faute, répondais-je en riant : vous ne voulez ni m’aider, ni teuir le papier.
— Du tout : c’est vous qui n’avez pas b moindre patience, et qui craignez toujours tic vous meure de la gomme aux doigts en collant le* bandelettes.
— Ali! les vilains dispuleurs! disait madame Kerouët, ils ne valent pas mieux l’un que l’autre !
D'autres fois, nous lisions tour à tour et à haute voix les romans de Walter Scott, auxquels madame Kerouët prenait un vif intérêt. La voix de Marie était suave el douce : un de mes plus grands bonheurs était de l’entendre lire.
Mais j’éprouvais uu bonheur plus grand encore peut-être à la contempler. Aussi, lorsque je prenais le roman à mon tour, si je trouvais quelque allusion à mon amour, je lisais d'abord la phrase des yeux, nuis je la disais tout haut de mémoire, en attachant sur Marie un regard passionné.
Quelquefois Marie baissait les yeux et prenait une physiouomie sévère, d autres fois clic rougissait, cl, du bout de son joli doigt, elle me faisait impérieusement signe de regavder mon livre.
J'imaginai autre chose; j'ajoutai, en les improvisant, des passages entiers au livre* que je lisais, afin d’y peindre plus claiicineut encore à Marie tout ce quelle m’inspirait, lorsque la situation que peignait le roman pouvait s'y prêter.
Ainsi, un soir, dans cette scène si chaste et si passionnée, où Ivanhoé déclare sou amour à Li belle Saxonne, je substituai â tout ce que disait le Croisé un long monologue dans lequel je lis les rapprochements le»
ARTHUR
plus directs entre Marie et moi, en lui rappelant avec tendresse mille souvenus de nu* promenades cl de oos entretiens.
Marie«réituic, troublée, me regarda d*un air mécontent
Je m'arrêtai...
— Je ne roulais pasvous interrompre, monsieur Arthur, me dit madame Kerouét, car jetrouve que vous n’avez jamais mieux lu qu'aujourd'hui, -fr
Fuis, posant sa qnMMile, elle dit naïvement :
— Ah ! j’avoue qu il faudrait qu’une femme flU de rocher pour ne pas avoir pitié d’un amoureux qui parle ainsi. Je ne m’y connais pas, mais il me semble ou’on uc pouvait pas dire autre chose que cc qu’lvanboé dit là... tant c'est vrai et naturel...
— Oh! c'est très-beau, eu effet, dit Marie; mais monsieur Arthur doit être fatigué : je \ais lire à mon tour.
El prenant, presque malgré moi, le livre que j’avais sur les genoux, elle chercha le passage improvisé, et ne l’y trouva pas.
— Les pages que vous venez de nous lire sont si belles que je voudrais les relire, me dit méchamment Marie.
— Tu as raison, Marie, dit sa tante; moi aussi, je les entendrais avec pl ii*ir encore une fois.
Hh! mon Dieu, déjà dix heures ! m’écriai-je pour sortir d'embarras. Il faut que je parte...
— C’e*t vrai... déjà ! dit madame Kcrouét en regardant sa pendule.
Ordinairement, au moment de mon départ. .Marie allait à la fenêtre
pour voir quel temps il faisait : celte fois elle resta immobile.
Sa taule lui dit : — Mais vois donc s'il neige, mon cnbut.
Marie se leva et revint dire : — Il neige beaucoup.
— Il neige beaucoup... comme tu dis cela avec indifférence ! Pense donc que monsieur Arthur a trois lieues à faire en pleine nuit, en pleine forât.
Je cherchai le regard de Marie. Elle détourna la vue : je lui dis tristement ; — Bonsoir, madame.
— Bonsoir, monsieur Arthur, me répondit-elle sans jeter les yeux sur moi. •
J'entendis le hennissement d'impatience de mon vieux Rlak, que m'amenait un garçon de ferme.
J’allais sortir de la chambre, lorsque Marie, profitant d'un moment où >a tante ne pouvait la voir, s'approcha de moi et, me prenant la main, me dit avec une émotion profonde ;
Je vous en veux beaucoup... vous ne savez pas tout le mal que tous me faites !
Ces mots n’élaient pas un aveu, et pourtant, malgré la nuit, maigre la lime, je rentrai à Cerval la joie dans le cœur
De cette soirée data mon premier espoir.
Il y a huit jours de cela.
Demain est le jour anniversaire de la naissance de Marie, jour solennel où nous devons inaugurer le mystérieux cabinet de la tourelle.