‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Arthur journal d'un inconnuChapitre 8 sur 59 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le eontm.

Pendant quatre jours qui suivirent b scène du pavillon, il me fut impossible de voir Hélène ou ma tante ; je sus seulement par leurs femmes qu'elle étaient toutes deux irés-soufirautes.

Ces jours furent affreux pour moi. Depuis ce fatal moment où j’avais si brutalement et à jamais brisé b tendre et délicate affection d'Hélène, mes veut s'étaient ouverts; j’avais retenu presque mot pour mol ce naif et candide récit dans lequel elle m'avait raconté sa vie, c’està-dire son amour pour moi ; plus j analv&als chaque phrase, chaque expression. plus je demeurais convaincu de l'exquise pureté de ses çcnlinieols, car mille occasions où sou ombrageuse délicatesse s’était manifestée me revinrent à la pensée.

Puis, ainsi que cela arrive toujours quand tout espoir est à jamais ruiné, ses précieuses qualités m'apparaissaient plus complètes et plu.' éclatantes encore ; je vis, j'appréciai amèrement une à uuc toutes les chances de bonheur que j’avais perdues. Uù devais-je jamais trouver tant de conditions de félicité réunies : beauté, tendresse, grâce, élégance? Que dirai-je ! alors l'avenir saus llélcne m'épouvantait, je ne me sentais ni assez fort pour mener une vie solitaire et retirée, ni assez fort pour traverser peut-être sans faillir les mille aspérité* d’une existence aventureuse et sans but; je présentais d’ardentes passions, j’avais tout pour m’y livrer avec excès, indépendance, fortune et jeunesse; et pourtant cet avenir, désirable pour d'autres, m'affligeait: c'était un torrent que je voyais bondir, mais dont je ne prévoyais pas l'issue : devait-il s'abîmer dans un gouffre sans fond? ou plus tard , calmant I impétuosité de ses eaux, sc cliauger en un courant paisible?

Puis, déliant et dur comme je venais de? l'être, presque malgré moi, avec Hélène, si uoblc et si douce, à quel amour, désormais, pourrais-je jamais croire? Ainsi, je ue jouirais pas même de ces rares momeuts de confiance et d'épanchements qui faisait parfois au milieu des orages des passions! En un mot, je le répète, I isolement m'épouvantait; car il m’eût écrasé de son poids morne cl gbcé... et, sans me rendre compte de celte terreur, la rie du moude m’effrayait... fournie un malbeuicux que le vertige saisit , je contemplais l'abîme dans toute son horreur, et cependant une attraction fatale cl irrésistible m’y entraînait....

Pénétré de ces craintes, de ces pensées , je me décidai à tout tenter pour détruire dans le cœur d’Hélène l'affreuse impression que j'avais dû y bisser.

Le cinquième jour après celle scène fatale, je pus me piésenter chez ma tante: je la trouva» très-pàle, très-cbaiigée. Dans noire longue conversation, je lui avouai tout, mes doute* aflreux et ce nui les avait causés, ma dureté avec Uélene, son dédain effrayant quand mes sordides et malheureux soupçons s'étalent révélés. Mais je lui dis à miellé influence de souvenir j'avais obéi en agissant si cruellement; je lui rappelai les maxime- désolantes de mon pere, je cherchai une excuse dans I impression ineffable qu’elle* avaient dû bisser en moi ; je lui peignis b malheureuse position d’Hélcne aux yeux du monde si elle s'opiniâtrait dans son éloignement pour moi. Car ces bruits étaient calomnieux sans doute, mais enfin il- existaient, et maintenant c'était à genoux, au uom de l’avenir d'Hélène et du mien, que je suppliais sa mère d’iulercéder pour moi.

Ma tante, bonne et généreuse, fut attendrie; car ma douleur était profonde et vraie : elle me promit de parier à sa fille, de tâcher de détruire ses préventions , et de l'amener a accepter ma main.

Hélène continuait à refuser de me voir.

Enfin, deux jours après, ma tante vint m'apprendre qu'ayant longuement combattu les puissantes préventions d’Uélèue contre moi , elle l'avait décidée à nie recevoir, tuais qu’elle iguorail encore Sa résolution.

J’allai donc chez elle avec sa mère, j'étais dans un état d'angoisse impossible à rendre. Quand j'culrai, je (us douloureusement frappé de 1a physionomie d Hélcno; elle paraissait avoir cruellement souffert : mais son aspect était froid, calme et digne.

— J'ai voulu vous voir, mousicur, me dit-elle d’une voix ferme et pénétrante, pour vous faire part d'une déebiou que j’ai prise, après y avoir longuement pensé ; Ü m'est pénible maintenant a avoir à vous rappeler des aveux. .. qui ont été si cruellement accueilles, mais je me le dote et je le dois à ma mère... Je vous aimais... et, me croyant sûre de la noblesse et de b vérité des sentiments que vous m'aviez témoignés, comptant sur l'élévation de votre caractère , beaucoup plus sans doute par instinct que par réflexiou, j'avais mis dans l'habitude de mes relations avec vous une confiance aveugle qui a malheureusement passé aux yeux

ARTHUR

du monde pour b preuve d'une affectiou coupable ; aussi, à celle heure, monsieur, nia réputation est-elle indignement attaquée...

— Croyez, Hélène, in 'écriai-je, que ma vie!...

Nais, me taisant un signe impératif, elle continua : — Je n'ai plus au monde que ma mère pour me défendre... et d'ailleurs, si la calomnie la plus inseusée laisse toujours des traces indélébiles... la caloumie, basée sur de graves apparences, tue et flétrit à jamais l’avenir... Je me trouve donc, monsieur, placée entre le déshonneur, si je n’exige pas de vous la seule réparation qui puisse imposer à l’opinion publique, ou la vie la plus effroyable pour moi, si j’aet opte de vous cette réparation ; car le doute que vous avez exprimé, les mots que vous avez prononcé* retentiront à toute heure et à tout jamais dans ma pensée.

— Non, Hélène, m'écriai-jc; les paroles de la tendresse la plus vraie, du repentir le plus sincère, les chasseront de votre pensée, ces mots affreux, si vous êtes assez généreuse pour suivre une inspiration qui vous vient du ciel ! Et je me jetai à ses genoux.

Elle me fil relever, et continua avec un sang-froid glacial oui me navrait : — Vous comprenez, monsieur, que profondément indifférente à l’opinion d’un homme que je n'estime plus, et forte de ma couscicnce, j'aime mieux encore passer à vos yeux pour cupide...

— Hélène! Hélène !... par pitié !

— Que de passer aux yeux du monde pour infâme, ajouta-t-cUe. Aussi, celle réparation que vous m’avez oflcilc, je l'accepte...

— Hélène... mon cotant! dit sa mère eu se jetant dans scs bras; Arthur aussi est généreux et bon, il a été égaré, aie donc pitié de lui...

— Hélène, dis-je avec une exaltation radieuse, je vous connais... vous auriez préféré le déshonneur... à celle vie de mépris pour moi... si volie instinct ne vous assurait pas que, malgré uu moment d'affreuse erreur, j’étais toujours digne de vous!

Ilélèuc secoua la tète et ajouta, rougissant encore d'un souvenir d’indignation : — Ne croyez pas cela... Dans une circonstance aussi solennelle je ne dois ni ne veux vous tromper... la blessure est incurable ; jamais... jamais je n’oublierai qu'un jour vous m'avez soupçonnée d’être vile.

— Si ! si ! vous I oublierez, Hélène ! et pour moi, qui entends les prévisions de mon cœur, l'avenir me répond du passé.

— Jamais je ne l'oublierai , je vous le répète , dit Hélène avec sa fermeté habituelle. Ainsi, songez-y bien, il en est temps, rien ue vous lie... que l’honneur. Vous pouvez me refuser ce que je vous demande à celte hume; mais ue Croyez pas que je change jamais... Je vous le répète, pour l'éternité de cette vie... mon cœur sera séparé du vôtre par uu abîme.

— Croyez-le, croyez-le, dis-je à nélènc ; car je me sentais rassuré par toutes les présomptions de ma tendresse. Croyez cela ! que m'importe ! mais votre main , mais le droit de vous faire oublier les chagrins que je vous ai causé* , voilà ce que je veux , voilà ce que j’accepte , voua ce que je vous demande à genoux...

— Vous le voulez? me dit Hélène en attachant sur moi un regard pénétrant, et semblant éprouver un moment d'indécision.

— Je l’implore de vous comme mon bouheur étemel , comme l'heureux destin de ma vie. Enfin , lui dis-je les yeux baignes de larmes .. je l'implore de vous avec autant de religieuse ardeur que si je demandais à Dieu... la vie de ma mère.

— Ce sera donc, ie vous accorde ma main , dit Hélène en détournant les yeux afin de cac her rémotion qui la surprit pour la première fois depuis notre entretien.

J'étais le plus heureux des hommes. Je connaissais trop l'ombrageuse susceptibilité d’Hélène pour ne m’être pas attendu à ees reproches: sou cœur avait été si cruellement frapp<-, que la plaie devait être encore longtemps vive et saignante ; je sentais qu’il fallait peut-être des jours . des années de soins tendres et délicats pour cicatr.ser cette blessure : nuis je me sentais si certain de mon amour, si heureux de l’av enir, que ie ne doutais pas de réussir. Noble et loyale comme je connaissais Hélène. sa promesse même me prouvait qu’elle ressentait sans doute encore de la colore, mais quelle m’estimait toujours, qu’elle avait lu dans mou cœur, et qu elle était persuadée, à son tusu, qu'eu exprimant l’affreuse pensée qui l'avait si affreusement blessée . je u'avais été que l’écho involontaire des maximes désolantes de mon père.

Nous partîmes bientôt pour ta ville de ***, où habitaient Uéièue et sa mère.

Notre mariage, annoncé avec une sorte de solennité, fut fixé pour une époque très-rapi trochée, car j'avais supplié llek-ue de me permettre de hâter cet heureux moment , autant que le permettrait l'exigence des actes publics.

Mon cœur bondissait d'espoir et d'amour. Jamais Hélène ne me parut plus belle ; son visage, ordinairement d'une expression douce et tendre, avait alors on air de fierté grave et mélancolique qui donnait à -es traits un caractère plein d'élévation : je trouvais de la grandeur et une noble

estime du soi dans cette détermination qui lui faisait alors braver, do toute ia conscience de son inaltérable pureté, mes doutes offensants, si indignes d'ailleurs d’être un instant comptés par cette âme loyale. Ainsi je tue laissais entraîner aux projets de bonheur les plus riants. Je me trouvais presque heureux de la froideur qu’ Hélène continuait de me témoigner, car je voyais encore ta les instincts des esprits généreux, qui souffrent d'autant plus vivement d'une injure, qu'ils soûl a une sensibilité plus exquise.

La cruelle indécision qui m'avait effrayé sur mon avenir s'était changée eu une sorte de certitude paisible et sereine : tout à l'horizon me paraissait radieux : c'était celle vie intérieure que j’avais d'abord rêvée, et pour ainsi dire expérimentée à Serval : une existence calme et contente; et puis, le dirai-ic! chaque conquête que je devais taire sur les tristes ressentiments d'Hélène me ravissait : je pensais avec une ivresse indicible qu'il fallait pour ainsi dire recommencer à me taire aimer d'IIélune. Avec quelle joie je pensais à fermer peu à peu celle plaie funeste ! Je me sentais si riche de tendresse, de dévouement et d’amour, que j’ét.'is sûr de ramener peu à peu sur cet adorable visage sa première expression de bonté confiante et ingénue . de fixer à jamais sur ses levres charmantes leur ineffable sourire d'autrefois, au lieu du sérieux mépris qui les plissait encore... du voir ce regard dur et dédaigneux s'adoucir | [ eu à peu... de méprisant devenir sévère, puis triste, puis mélancolique, bienveillant , tendre, et de lire enfin dans son riant azur ce mot béni : Pardon!

Jusqu’aux moindres détails matériels des préparatifs de notre union, tout me ravissait; je m’en occupais avec une joie d’eutant. Ne voulant pas quitter Hélène, j'avais prié une amie de ma mère , femme d'un goût parfait, de m'envoyer de Paris tout ce qu’on peut imaginer d élégant, de recherché, de magnifique, pour la corbeille d'Hélène.

Je me souviens que cc fut dans deux de mes voitures, que j’avais tait venir de Serval, que ces présents furent portés à Hélène, et offerts par mou intendant; j’avais mis un grand faste dans celte sorte du cérémonie : les deux voilures, gens et chevaux, en grand équipage de gala, allèrent ainsi respectueusement au pas jusqu’à ta demeure d'Hélenc, à b grande admiration de la ville de **’.

Lorsque eus merveilles de goût et de somptuosité furent déposées dans le salon de ma tante cl qu'ilélène y parut, le cœur me battait de joie et d'angoisse en épiant son premier regard à ta vue de ces présents.

Ce regard fut indifférent, distrait cl presque ioronique.

Cela me fit d'abord un mal horrible , une larme me viul aux yeux : j'avais mis , hélas ! tant d'amour, tant de soius à ces préparatifs !... Puis bientôt je vins à penser que rien n'était plus naturel et plus conséquent au caractère d Hélène que sa froideur dédaigneuse pour ce luxe. Avec l'arriere-pensée que je lui avais si indignement prêtée , pouvait-elle me savoir gré de cc faste éclatant?

Vint enfin le jour de signer le contrat. En province c’est une solennité, et un assez grand nombre de personnes se rendirent chez ma tante pour assister à cet acte.

Hélène était à sa toilette, ou l'attendit quelque temps dans le salon de ma tante ; pendant que je supportais l'ennui des plus sottes félicitations. le notaire vint me demander si rien n'était changé dans mes intentions au sujet du contrat, tant sa réduction semblait étrange au garde-note; je répondis assez impatiemment que non.

Dans cet acte, dont je m’étais réservé le secret, je reconnaissais à Hélène ta totalité de mu fortune. Ce qui seulement me surprit, ce fut ta facihic d'Hélène à m'accorder le droit de taire à ma gui=e ces dispositions; puis je l'attribuai, avec raison, à l'extrême répugnance qu elle devait avoir a s’occuper de toute affaire d’intérêt.

Enfin llélene parut dans le salon : elle était un pco pâle, paraissait légèrement émue. Je ta vois encore entrer, vêtue d'une roblc blanche foule simule, avec une ceinture de soie bleue ; ses magnifiques cheveux, tombant de chaque côté de ses joues en grosses boucles blondes, étaient simplement tordus derrière sa tête, bien de plus enchanteur, de plus frais, de plus tliarmaul que cette apparition, qui sembla changer tout à coup l'aspect de ce salon.

Hélène s'assit à côté de sa mère, et je m’assis à côté d'Hélène.

Le notaire, placé près de nous, fit un geste pour recommander le silence, et commença la lecture du contrat.

Lorsqu'il en viul à l’article qui assurait cl reconnaissait à Hélène tous mes biens, le cœur me battait horriblement, et confus, presque honteux, je baissais les yeux, craignant de rencontrer son regard.

Enfin cet article fut lu.

On connaissait ta médiocrité de la fortune de ma tante, aussi mon désintéressement fut-il accueilli avec un murmure approbateur

Alors je me hasardai de lever les yeux sur Hélène : je rencontrai son regard; mais ce regard me fil frissonner, tant U me parut froid, dédaigneux, presque méchant.

Un acheva la lecture du contrat.

Au moment où le notaire se levait pour présenter la plume à Hélène

ARTHUR

JT

SI

afin de !e signer, Hélène se leva droite cl imposante, et d'une voix ferme dû ces mois :

— Maintenant, je dois déclarer que, pour une cause qui n’ütfaquc eu rien l'honneur de M. le comte Arthur, mou cousin, il m'est impossible de lui accorder ma main.

Puis , s'adressant à moi , elle tue remit une lettre en me disant : — Cette lettre vous expliquera le motif de ma conduite , monsieur, car nous oe devons jamais nous revoir.

Kt, saluant avec une assurance modeste, elle se retira accompagnée de sa mère, qui partageait la stupéfaction générale.

Tout le mond* sortit...

On peuse l'éclat et le bruit que fit cette aventure dans b ville et dans la province.

Je me trouvai seul dans le salon... j étais anéanti.

Ce ne fut que quelques moments après que je me décidai à lire la lettre d'iléléne.

Cette lettre, que j’ai toujours conservée depuis, la voici.

Huit ans se sont écoulés ; j'ai passé par des émotions bien diverses et bien saisissantes; mais j'éprouve encore un sentiment douloureux, une sorte d'ardeur vindicative, eu Usant cetf lignes si empreintes d'un incurable et écrusaul mépris :

« Après les bruits calomnieux qui avaient entaché ma réputation, et que vous aviez provoqués par la légèreté do votre conduite envers moi, il me fallait une réparation publique, éclatante : je l ai obtenue... je suis satisfaite, bn me voyant renoncer de mon propre gré à celte union aussi avantageuse pour moi sous le rapport de la PMNM a le monde croira sans peine que ce mariage n’était {tas nécessaire à ma réhabilitation, puisque je l’ai hautement repoussé.

7 .« Vous avez été bien aveugle, bien présomptueux ou bien étranger aux généreux ressentiments, puisque vous avez pu croire un instan que je ne vous ai pas à tout jamais et profondément méprisé, du moment où vous m’êtes apparu sous un jour aussi sordide, du moment où vous m’avez dit, à moi... Hélène!... qui vous avais aimé dès l'enfance, et qui veuais de vous faire l'aveu le plus coudant et le plus loyal : « lié-

* lcne, vous avez tout calculé, vos aveux, votre tendresse, vos souve- « nire, tout cela est feint et menteur ; c'est un infime artifice, car vous

• ne songez qu'à ha rnmoe. » Un pareil soupçon tue l'affection b plus

outrée. Je vous aurais tout pardonné, perfidie, inconstance, abandon , parce que tel coupable ou criminel que soit l’entrainement des passions, ce mot passion peut lui servir d’excuse; mais celte défiance fruide. hostile cl hideusement égoïste, qui, couvant des veux son trésor, soupçonne les plus généreux sentiments d'y vouloir puiser, ne peut être causée que par b cupidité b [dus basse ou b pcrsonualiié b plus houleuse. Nous blasphémez et vous mentez en invoquant le souveuirde votre père... Voire père était assez malheureux pour croire au mal, mai* il était assez généreux pour faire le bien. Ne me parlez pas de rcpcmir... chez vous l' distinct d'abord a parlé; votre première impression a été Infime... le reste est venu par reflexion, par honte de cette Indignité . cela ne me parait que plus méprisable, car vous n’avez pas même l’énergie persistante du mal : vous en avez b bonté, et non pas le remords. »

Jamais... je ne pourrai rendre la confusion, b rage, la haine, le d<&spoir qui m'exaltèrent après avoir lu celte lettre, en me voyant joué si IhDidciucul et si injustement accusé; car, aptes tout, ce doute avait clé dû à une influence suprême, et je ne me sentais aucunement cupide. Mou regret, ma résolution d’épouser Hélène malgré ses dédains, l'abandon que je lui avais fait de mes biens, me fabuicut assez ressentir que J'avais aussi en moi de nobles et généreuses inspirations.

. Néanmoins, en me rappelant combien j’avais été tendrement aimé, et afe voyant alors si profoudément méprisé, je compris tellement que tout espoir était perdu que je sentis, aiusi que je l’avais déjà éprouvé, une sorte de vertige s’emparer de moi en voyant l’avenir de ma vie changer si soudainement ; il me sembla que, de ce moment, je me vouais résolùmeut à ma perle, et c'est avec uu regret déchirant que je m'écriai ; — Hélène, vous m'avez été impitoyable ; vous aurez peut-être un jour à

répondre d'un avenir bien fatal !

Le soir même je partis pour Taris, désirant y arriver au milieu de f’Iiiver, pour m’y trouver au cœur de la saison, et chercher à m’étourdir par les distractions de cette vie ardente et agitée.

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