CHAPITRE IV
oriui.
Rien n'est <mi, rien n'est faux; Tout est songe et mensonge.
bC LuUHTim:. — Uarnuww.
Écoule*, mes enfants, cette effrayante histoire, Comme il un Mini avis gunlea-vn U mémoire; Un jour vous la dire* à vos petits neveux Quand U neige de» ans blanchira vos cheveux.
VcLPUixe Gai. — La Tour du prodige.
0 dou e et ravissante ivresse lie l'opium, ivresse pure et suave, ivresse toute morale, élevée, poétique !
A côté de la vie réelle, triste, déçue, douloureuse, tu improvises une vie fantastique, brûlante et colorée!
Là. jamais un chagrin; mollement boré de rêve eu rêve, ou jouit sans regret...' c'est un long jour de fête sans lendemain, un amour sans larmes... un printemps sans hiver.
Tantôt c'est un gai voyage sur ce beau lac, dominé par l'antinue habitation de vos aïeux et encadré d'un gazou vert «pic foulcut eu dansant déjeunes filles aux robes flottante.
C'est une séduisante causerie »ou& un ombrage séculaire où l’on se parle si bas, si près, que les lèvres se touchent et rrémisseul.
Ou bien encore, c’est b demoiselle au corselet «l'émeraude, aux ailes «le nacre et de moire, que l'on pourMiil eu chaulant b vieille chanson qu'üue mère vous a apprise autrefois.
Et puis souvent, pour contraster avec ces tableaux si frais, si jeunes, si parfumé?, surgit une bizaire vision, quelque chose d'horrible et d'étrange... qui voit? teirilic et vous glace un moment. .
Alors c’est comme b peur qu'on éprouve au milieu d’une paisible vallée d'automne, quuud l'aïeul raconte quelque lugubre et sanglante chronique.
Mais .m>si que cette folle terreur d'un instant donne un charme plus vif aux \ ohiptueuM» caresses de ces femmes piles, douces, aériennes, qui réalisent tous U* songes de votre ardente jeunesse; vous savez ! quand, le regard sec. haletant mit votre couche solitaire, vous appeliez en vain l'être mystérieux et iafuuuu que l'on rêve toujours à quinze ans.
Oh ! qu'alors elle semble vulgaire celte ivresse du punch, malgré ses mille flammes bleuâtre? et naeiees, ses clin celantes aigrettes d opale et de feu «pii frissonnent, pélilleut en courant sur les bords d'une large coupe !
Oublie/ le champagne au milieu des glaçons : laissez bouillonner sa mousse bissez-b déborder cl couler à longs flots sur le cou brun des bouteilles.
— Apres tout, que serait cette ivresse? Quelque lourde et grossière orgie, «le? idées sa us suite, une tête pesante, une raison éteinte ou hébétée.
Au lieu que l’opium! tenez.,, voyez ce Brulart! si vous saviez cequ'il rêve !
Ce$t ou homme étrange que cet homme! Féroce cl crapuleux, c'est à force île vices et de crimes qu’il a pris uu impérieux «.*t iruisistible ascendant sur une tourbe d'êtres dégradés et infâmes : jamais une pensée noble et eoiisolaute ; on dirait que c'est eu riant, d'un rire satanique, qu'il creuse dans b fange pour voir jusqu'à quel point d'igiiuminie peut aller b dégradation humaine.
Cette vie, c’est sa vie apparente de chaque jour, sa vie physique, sa vie de brigaud, de négrier, de pirate, d’assassin... sa vie qui le fera pendre.
Maintenant il rêve : l’esprit, l'âme a quitté son ignoble enveloppe... c’est son autre existence qui commence. . . son existence aussi a lui, belle, riante, parée, avec des fleurs et des femmes, des palais somptueux. des chant» de gloire et d'amour, son existence à vous désespérer tou.;, oui, ceul fois oui. car l'ivresse de l'opium l'élève à un degré de puissance monte. Les trésors du monde, le pouvoir des rois ne pourraient jamais, dans votre vie réelle, vous donner la millième partie des jouissances ineffables que goûte eo brigand eu guenille?.
— Et ce !i'<*i pas mie heure, un jour, nue année... mais b moiré de sa vie qu'il passe dans celle sphère divine, où il est presque dieu. Quant â sa vie réelle, ce n'est pour lui, je l'ai «lit, qu'un cauclieniar qu'il pousse â l'horrible autant qu'il le peut, car, vus d'aussi haut, en présence de tels souvenirs .. que sont les 110101111*5 ! mon IMcu !... «le b matière à contrastes, de b bouc qu'on jette à côté d'un diamant pour en faire briller plus vives les étincelantes facettes..
Ainsi du moins pensait Brulart..
Tenez, suivez d’ailleurs le rêve qui répand sur scs traits celte inc 10» ble exprettioi de plaisir et d’extase.
ATAR-GULL
JOHOS.
C'était une merveilleuse villa qui se mirait aux flot» bleus de l'Adriatique, avec se» arltres verts, ses majestueux colonnade» cl se» escaliers de marbre blanc, baignés pur une mer indolente...
— l’ne foule de gondoles aux riches dorures, recouvertes de tcutes et de rideaux de pourpre, sc balançaient amarrées aux dalles, cl impatientes battaient l’eau de leurs deux grandes ailes satinées qui teuaicnt lieu dj rames et de voilis.
— On entendit une musique délicieuse... des sons vibrants et souore$ comme ceux de I hannouica... aériens comme ceux de» harpes éoliennes
Et puis de belles filles pâles, avec des yetix noirs, des cheveux noirs cl un Ine fable sourire sur leurs lèvres roses, sc placèrent dans les barques en jouant d une lyre d’ébène.
Et celte harmonie suave et mé) uiroliqite remplissait les yeux de larmes... de larmes douces comme odles qu'on répand à la vue d'uu ami retrouvé.
Alors b* gondoles s'animèrent, tendirent leurs ailes argentées à une brise... odorante, qui. Inversant de vastes bois d'oranger- cl île jasmins, apportait une senteur délicieuse, et b petite Hotte s'éloigna doucement.
A l'arrière de chaque gondole une place était réserver, et les jeunes tilles y jetaient incessamment des Heurs qu'elles efreuillaicnl en chaulant à voix basse je ne sa» quelles mystérieuses paroles dont la mélodie faisait [(ourlant battre le cœur.
Mais les gondoles frémirent de joie, agitèrent tout à coup I urs grandes ailes, et, formant un demi-cercle, volèrent avec rapidité au-devant d'un petit esquif aux voiles blanches manœuvré par un seul homme. Cet homme, c’était Brularl... mais beau, mais noble, mais paré...
D'un bond il Ht disparaître son canot, sauta dans une des gondoles et regagna le palais de marbre escorte par les filles pâles aux veux noir» qui continuaient leurs chants d’une harmonie ravissante :
Et, s'étendant avec délices sur h-s Heurs qu'elles avaient eiTeiéllées, U attira une des jeunes femmes sur ses genoux :
— n Ob ! viens; que j'aime b douceur de ta voix, que j'aime ton sourire... dénoue tes cheveux au vent... que je les seule caresser mon Iront... donne... Ob t donne un baiser de ta bouche amoureuse., j’en ai besoin , j’ai tant souffert ! Oui , au lieu de vous , mes sœurs, j'ai vu en songe des être» noirs et diiïormes ! au lieu de notre beau lac limpide, de MS rivages Henri*... une Ber triste et brumeuse, un ciel gris et sombre ! puis un vaisseau sans pourpre, saus dorure et sans femmes. . un homme qui sc tordait sur des cadavres en poussant des cris horrible*... Au lieu de celte mélodie , de ce langage pur et doux, j’ai entendu je ne sais quels éclats rauques et discordants!.,.
» Et puis, horreur ... je me voyais, moi, couvert de haillons, me jetant ça et b au milieu de cette bizarre et étrange tourbe d'hommes affreux, parlant leur langiic, riant de leur rire, tuant avec leur poignard... «mi, moi, si noble et si lier...
• Oh ! quel rêve, quel rêve!... oublions-le... oui... ces souvenirs déjà lointains sVûàicul tout a bit... A moi. mes (crûmes ! à moi, mes sœurs! franchissons ces degrés ; entrons sous cette coupole étincelante de lumière... mettons-nous à celle table couverte de vermeil, de cristaux et de fleurs. . »
Tout disparait. El il *c trouvait au milieu d'uu immense jardin rempli d'arbres courbant sous le poids de leurs fruits.
U avait bien soif... sa langue était sèche et rude, son gosier brillant.
— Il prit une orange couverte d'une peau vermeille et line, et tenu de b lui ôter.
Mais à chaque morceau d'écorce qu’il enlevait, l'orange saignait comme une blessure fraîche...
C'était du vrai sang, du sang noir, épais et chaud.
— Il continua... ses mains étaient tout ensanglantées...
— Il arracha le dernier lambeau ...
— Mais, à l'instant, il se senti mordu au doigt, mordu avec rage, tomme par uue bouche humaine, comme par des dénis aigués, convoiavemeut serrées.
— El U sc prit & fuir.
— Et il secouait sa maiu toujours mordue par l'orange, qui, s’étaut attachée à son doigt, le mâchait... le mâchait...
— El il sentait les dents froides, arrivant jusqu'à l'os, glisser ei crier sur sa membrane luisante.
— El les dents liront rouler cet os entre elle* comme entre deux b uiçs de scie.
L’os se divisa...
Alors le contact des dents glaciales avec b moelle fil circuler un horrible frisson dans tons le* membres de Brûla rt...
Et b moelle fut aussi divisée... comme l’os...
Alors il sculit l' impression fraîche et humide d'une bourbe de lenmie effleurer tes lèvres brûlantes... cl une voix bien connue murmurait à son oreille : — « Ne crains rien , je veille sur toi... attendsmoi... a
Et tout disparut encore.
Alors il élaU dans une vaste chambre, toute tapissée de soie a ma-
ra ute brochée d'or, éclairée par l’iuv bible foyer d'une lumière égale et pure.
Au foud su* dressait un lit de liois dr sand.il, magnifiquement iueruslé de nacre et d’ivoire, couvert d'une riche dentelle et entouré d élégant» rideaux rouges qui laissaient pénétrer dans l'alcôve une lueur bible, rose et mystérieuse,
Puis, de légers tourbillons d’une vapeur embaumée, s'échappait! de mille cassolettes de bronze, adoucissaient le vif et brillaul éclat de délicieuses peintures qu’ils semblaient voiler.
Et ces tableaux voluptueux faisaient battre les artères et porter le sang au visage...
On entendit marcher... et lui sc cacha dans un petit réduit, proche de l'alcôve. Mais de là il pouvait tout voir... Elle entra suivie de ses femmes.. . C’était peut-être une reine, car elle portait iiu éblouissant diadème sur son beau et noble front.
Et apercevant un lis qu’il avait posé sur sa toilerie, elle sourit...
Mais bientôt, imputiente, emportée, elle grauda ses femmes, car chaque, fleur, chaque drainant, chaque bijou, tombaient avec une lenteur bien cruelle!...
Entin sa lourde robe bleue, toute roule d’or et de pierreries, glissant à ses pieds, laissa nues ses épaules d'albâtre, larges et rondes, avec uue petite fossette au milieu.
El l’on vil son cou gracieux et cet endroit si blanc, si doux, où naît une chevelure brune, lisse et épaisse, é'éganunetil relevée, peignée, lustrée...
Elle se retourna...
Sa figure, d'un parfait ovale, avait une expresion rayonnante... se 3 grands yeux blet» étincelaient humide * et brillants, tons des sourcil s châtains, étroits et bien arqués, que ses désirs haleUo-s fronçaient tri peu...
Sa gorge bondissait d'une façon étrange et faisait craquer son corset.
Elle croisa sa jolie jambe sur son peimu, et dénoua, ou plutôt rompit avec violence les longs cordons de soie qui attachaient un petit «tuilier de satin.
Et puis enfin elle renvoya ses femmes : elle voulut, quel caprice ! Ici suivre jusqu'au bout d'une galerie qui communiquait .1 s-m appartement.
Après avoir sOMmetHcmcnt fenné la porte ce cette galerie, rapide comme un oiseau elle vola dans sa chamm-e.
• Oh! m n amour, mon seul amour, » murmura-t-elle en tombant dans scs bras, à lui qui, delHiul, la soutenait en sentant avec ivresse le contact électrique de ce corps, d'admirables proportions.
a Tiens,-- disait-elle tout bas... — aujourd Imi... partout les louanges, partout on disait ton nom, mon adoré ; part ait on disait ton courage, ton noble caractère, ta beauté... ci heureuse, fière, je me d-».i» : Oc courage, ce noble cœur, cette beauté, tout c-t à moi... IBOO Arthur! — Oh! Marie... quel doux réveil!... n’aije pas rêvé, mon anse... que tu m’avais trahi... tué... que sais-je, moil me pardounes-tu, ois? — Non, non... tu mourras palpitant sous mes baisers, » lit-elle en bondissant comme une jeune panthère, et lui monLinl les lèvres avec une amoureuse frénésie...
« Oh ! viens, rien-, » dit-il, et l’on entendit crier les anneaux d’or des rideaux soyeux de l'alcôve...
« Mais, mille millions de tonnerres de diable, — hurlait le Malais à b porte de la dunette, qu'il ébranlait île toutes ses forces, — il <*st donc mort... capitaine... c’esi la goélette qui est à poupe, et maître le Borgne qui dit que nous sommes chassé» . .. capitaine... capitaine! »
Cet it>fmi:d bruit tira Urulart de son sommeil fantastique. « Déjà... • s'écria-t-il donlonreusanent (je le crois) en regardant à travers les joints de ses persicnnes.
El tout avait fui avec le réveil ; U ne restait qu'un vague et confus souvenir qni ne f aisait que I accabler davantage .
Le dieu retombait brigand.
Et, sans se donner Ij peine t'ouvrir M porte verrouillée cl fermée, d'un effroyable coup île tête il la défonça au moment oô h Matai* frappait encore; celui-ci fol rouler à vingt pieds...
Fort heureusement, car Rrulart l’eût tué.
HLits que devint le capitaine, lorsqu’il vit la goélette en panne, et qu’O entendit le Borgne lui crier :
« Ah çà, vous êtes donc sourd, eanitaine, voilà un.- heure que je m’égosille à vous héler ; nous sommes enassés, et par une frégate, je croîs ; il n’y a pas à lanterner . je vais aller vous trouver, et nous causerons. . . vite... car elle a bonne brise, et c’est un vilain jeu à jouer... Tenez . voyez -vous ce signal quelle vient de taire encore’— P fit Brulart.»
ATAR-GULL