L VII
L'accculetla physionomie de l' étranger qui se présente au salon du l'avillon de la Source sont tellement sinistres, menaçants . qu'un moment de profond silence et de stupeur succède à l’arrivée de ce personnage. Ducormicr, saisi d’une épouvante involontaire, quoiqu'il ne connaisse pas ccl é* t ranger, Ducormicr sent la voix lui manquer en voyant lotis les assistants attacher leurs regards sur lui, en attendant sa réponse àl'intcrpellaliouqui vient de lui être fiitc.
l'étranger, avançant d'un pas cl d une voix forte.
Mousicur Ducormier est ici! Se luonlrera-t-il enfin?
LE ai ION EL RL'TLKR,
allant vivement à l'étranger et à demi-voix.
Mon-ieur, ce salon est à peu près public; cependant, je dois \ ous apprendre que Son Altesse le prince royal est ici, et que les convenances...
l'éthanckr , brusquement.
Monsieur, je ne demande pas le prince royal : je demande M. Ducormier! où csl-il?
Dcconmcn, s'avançant.
Moi, je ’ui» le père île ( laïucncc Duval!.
l'amiral sir chaule*
Que dites-vous, monseigneur?
C'est moi, monsieur.
le mince.
l’étranger, d une voix sourde, terrible.
Ce malin, au moment de nie rendre à la Source, j'ai reçu une lon-
f uc dépêche du baron de Sublow. Le» renseignements si précieux sur affaire du duché de Schleswig, que vous avez obtenu» de la comtesse MiittMka depuis l'arrivée de M. de ilerderâ Rade, ont fait merveille. Le roi mou frère a écrit directement au roi votre maître, pour lui demander eu grâce de vous accréditer pré» de nous. nceofiMicft, enivré d'orgueil.
Ah! monseigneur, pourquoi uc puis je clic tout entier au bon-
Moi, je suis le père de Clémence Duval!
Ducormicr, la ligure bouleversée, sc rejette vivement en arrière; il est terrifié, la sueur coule de mui front Tout le monde s-e lève spontanément; ou pressent quelque explication redoutable. Le prince royal, ne soupçonnant rien encore, car de sa place il n'a pu entendre les paroles du colonel Duval. se rapproche vivement u'Aualolc, comme pour le couvrir de sa protection. Madame Ducormier. dont l'étonnement cl l'anxiété sont à leur cuntblc, va sc placer aussi â
LA BONNE AVENTUBE.
c&té de son mari. Celui-ci laisse tomber sa tôle sur ta poitrine cl semble Un moment anéanti.
le colonel Mi'vai., saisissant Dueormier avec fureur.
Malt regarde-moi donc en face, misérable!
u mince royal, intervenant.
Monsieur, je ne sais qui vous êtes; mais moi. eonune homme et non comme prince, je vous déclare que je ne souffrirai pas que l’on traite am.MM.le comte Dueormur, un homme que j’estime et que j affection ue.
ut colonel duval, après un moment de silence.
Au fait, cela peut être, cela doit être. L’bypocri-ie de ce monstre égale *a scélératesse. Mais à celle heure, à bas le ma-qucl (Au prince et d’une vois comenue.) Vous me demamlrz qui je suis, prince? Je suis le père d’une jeune fille que j'avais laissée pure comme un auge! (Avec effort . ) Elle vtentd'élre condamnée aux travaux forcés pour avoir (ué son enfant !
le mince boval, avec uu accent de surprise et de commisération.
Grand Dieu! monsieur, vous seriez le colonel Duval?.,.
(Mouvement prolongé d'étonnement cl de pitié. Dueormier semble reprendre ses esprits, et, quoique toujours pale, il rcvleul peu à peu i son caractère d'assurance habituelle.)
lc colonel octal, au priucc royal.
Oui, je suis le eoloucl Duval.
le mince lovai..
Le père de cette malheureuse Glemcncc! rD’uo ion pénétré.) Ah! monsieur, tout à 1 heure eucore nous déplorions une si grande infortune!
lc colonel or y al, avec amertume.
Ali ! vous aussi, vous l'avez lu. et I t.urope amal Ta lu, ce procès ou le nom de nu GU** est voué à l'infamie! El moi au»»i je l'ai lu. ce procès; oui, par hasard... il y a six jours, à Mars* ille. dans un journal, j'ai lu • cia, eu déliarqiiuiil d'Afrique, d'où j'arriv.iis apte-, mille hasards pour embrasser ma femme et mou enfant, et... [Avec uu sanglot de douleur et de rage en montrant Dueormier) et l’ou sait ce que cet homme eu avait lait do ma (ille.
(N< livrait mouvement de stupeur. Le prim e royal, qui se trouvait auprès d'Anatole, se recule involontairement et lé regarde, partagé entre le doute et l'horreur.)
L£ MINCE loyal, d'une voix altérée, au colonel Duval Monsieur, vos paroles sont graves! Vous dites, vous afûrmcz que...
LE COLONEL DIT AL, éclatant.
Je dis qu’abusé par cet iufJmc hypocrite, ma femme l'avait, en mourant. fiancé à ma malheureuse enfant, alors pure, confia ult-, sau> défiance. Que vo dez-vuus? dix-sepi ans. orpheline, seule au monde, elle n’a pu résister... (.Silence eiurecoupé de sanglots.' El puis après est venu l'abandon, U honte, la misère.'... b misère «ù affreuse, qu'un aime mieux se tuer soi et Son enfant que de la supporter! (Sanglots.) Mais la mort u'a pas voulu de ma tille Alors ç' a été f infamie' Traînée à I audience, son déshonneur aliehé à la face de tous, u pauvre chère figure livrée aux regards de cette foule avide! elle! elle! ma Clémence'... Si vous la connaissiez, vous comprendriez les souffrances qu elle a endurées 1 (Sanglots déchirants.) Slon Dieu! mou Dieu! cet lmmmè. je viens le tuer, niais je ne le tuerai qn'nae fois, et ma fl le a suulfen mille morts!...
le mince ivoyal, à Dueormier, avec surprise et indignation.
Quoi ! pas un uiot. monsieur! pas un mot à ce père an désespoir?
DCcouxiER, redevenu impassible.
Monseigneur, il faut tout pardonner à une si respectable douleur, u mince loyal, avec dégoût et horreur.
Ainsi cet infâme séducteur dont la barbarie, la lâcheté, me révoltaient. c était vous, monsieur ! vous, vous, qui applaudissiez à mes p.uolcs indignées! Ainsi, moi et tant de personnes honorables, nous étions vos jouets!
(Le vide se fait autour d’Anatole; on s'éloigne de lui avec mépris; h comtesse Dueormier parait près de défaillir; l'indignation éclate en murmures contre Anatole.)
dccormilb, avec audace et hauteur.
Monseigneur, la conduite privée de M. Ihimrniicr peut être diversement interprétée ou même calomniée, mais le caractère officiel de M. le comte Dueormier, ministre de Fonce près la cour «te Bade, doit être et sera respecté de l«ms. .M le ministre «le France ne reeouna't à personne le droit de I incriminer ici; il ne doit compte de :cs a- tes qu'à son gouvern ment. (A madame Dueormier.) Venez, madame ! (Il »• prépare à sortir.)
le colonel nom, sc plaçant devant lt porte.
Oh ! ce n'est pas tout! Je te tuerai, misérable! Mais je veux que lu meures chargé de l’exccratiou de tous ceux que ton infernale hv* norri'ie a encore abusés ici! Il faut qn'ou sache ce que (u es! Je l'ai dit : A bas le masque !
ducormilr, au colonel Duval.
Monsieur, prenez carde! je suis revêtu d’un caractère invio'ahlc. Si vous me refusez la sortie de celte salle, je protesterai contre celle violence auprès de S. A. S. mou-rigueur le grand-duc, et il saura nie défendre contre toute espèce de provocation, mol. ministre accrédité près de Son Altesse Séréuissiim; par le roi mon maître.
LE MINCE ROYAL
Qu Ile audace 1 ... (Au colonel Duval.) Monsieur, vous venez vous battre con're M. Dueormier : faites-moi I honneur de m'accepter comme témoin, ainsi que le colonel Butler, uu brave sold-t. Je vous Couvrirai aius contre les suites de ce duel.
LE COLONEL MJVAt.
Prince, j’accepte. Je ne connais personne ici. Je comptais prendre pour lemoius les deux premiers soldats venus.
la comtesse dccornieb, bas cl avec un morne désespoir.
Perdu... notre avenir perdu! au moment où il n'avait jamais été plus radieux ! Houle et humiliation sur lions !
DceanaiER, an colonel Duval.
Monsieur, une dernière fois, livrez -moi passage ! le colonel DUVAL, toujoui > devant la porte et les bras croisés.
Plus lard !
prcRMiFR, s'asseyant impassible.
Je proteste, sous toutes réserves.
le colosel duval, d'une voix brève.
Il fa-it que justice soit faite! En vengeant ma fille, je vengerai deux autres victime» de cet hypocrite scélérat, la duchesse de Beaupertuis, Maria Fauveao.
(Mouvement général de surprise et d’anxiété.)
U l' RINCE ROYAL.
Que dites-vous, colonel ?