LA TILLE
— Son Excellence le duc de Villa- Ro DfUGo.
— Monsieur le bâron et madame la baronne de Uicenat.
— Son Excellence le feld-marécbal prince de Rottemkac.
— Leurs Seigneuries lord et lady Bcmbeog.
Et enGn :
— Monseigneur le prince royal.
Mil
Un observateur attentif eût deviné l'enivrement de l'orgueil de Due«irmicr, sous les dehors de politesse exquise avec laquelle il recevait ses noble* convives.
Malgré son audace, malgré son ittsolcnt mépris de louics les notions du bien et du mal, malgré sa foi fanatique dans cet axiome «Je ses premiers maîtres en politique : le succès justifie tout, les (tonnfles gens sont les habiles, les malhonnêtes sont les main- •
droits ; enfin, malgré la trempe énergique de son carraetère, cet homme reculait parfois devaul l éuonnilé même de sa fortune; il lui (allait, si cela sc peut dire, loucher à la réalité pour ne pas se croire le jouet d'un songe.
« — Moi, pensait-il ce soir-là, moi. Ducormier, le fils d'un polit bourgeois; moi, naguère dans une position si subalterne, quelle touchait à b domesticité; moi. nagyere dédaigné, rongé de fiel et d'envie, je reçois aujourd'hui chez moi, à ma table, l’élite de l'aristocratie de l'Europe et uu prince «lu sang royal; tout me sourit, tout me sert, tout me grandit; je jouis des biens «le la terre : richesse, hoimeurs, santé, jeunesse, et je ne suis qu'à l’entrée de ma carrière. Où serais-je. que serais-je, que ferais-je à cette heure, si je m'étais bissé prendre à b vertueuse glu des niais conseils de ce pauvre Bonaqiici, au lieu de tenter un iulrépidc essor vers
ht vous me uojcx oiscx wtlc pour ajouter foi à une pareille laldn? — Pact N8.
ces éblouissantes régions où je plane cl où j’espère m élcvcr encore! t
Ducormier cuit de ccs gens malléables, pleins «le tact, de finesse, qui prennent avec une im-rvcilhiHe facilité les dehors, les li.ibiiinks. \r langage d«*s personnes parmi lesquelle* ils se trouvent: Placé à nue i xcelknte école de savoir-vivre et «le savoir-dire, chez l'ambassadeur «le f rance a foudres, et à Paris «'liez le prince de Moril avait, non-suilmi. iil arqni-, « t perfectionné ccs excellentes iii.iuiercs qui faisaient de lui un li«unme de la meilleure compagnie, mais, toujours profondément observateur, il avait remarqué et étudié
«luis ees graudes m ûson> les mille nuances délicates «pu constituent Part si iliOicilu de recevoir; en lui mut, detre agréable à Ions, eu mesurant iioiirlaut à cliacuu la courtoisie. I‘emprcvsci lient ou la déférence. s«*loii son rang «ni sa position dan- h? momie.
Pour Ducormier, observer, c'était s'assimiler, s'approprier au besoin le finit de ses observations. Aussi lit-il avec le meilleur goût les honneurs «le miii dincr, parf.ijt«'meut secondé |wr sa femme, qui, possédée du «lésir «le jouer b grande dame et servie par un tact presque aussi fiu que celui «le son mari, remplissait à merveille le rblc dont elle s’elait éprise.
Anatole employa toutes les séiluc* lions, toute b grâce «le son esprit et de son adroite flatterie à « lurincr le prince qu’il recevait, suas pour cela sacrifier les convives moins
le altesse; aussi, vers la fin «Ju dincr, le prince, placé à la droite de uia«bmc Ducormier, lui «lit-il à demi-voix, en souriant :
— Savez -vous, madame b comtesse, que M. le ministre fait mieux
Î ue représenter la rance: il b fait
aimer. A ccs mots du prince , le dialogue suivant s’engagea :
LA COMTESSE DCCORRU.il.
Il est facile «le se faire aimer, monseigneur, lorsqu'on a le bonheur de sbdrcsser à «les c«curs aussi bienveillants cl aussi géuéreux quo celui de Votre Altesse Royale.
LE PMKK ROYAL.
Généreux? non pas, madame la comtesse. Je suis, au contraire, à celle heure, possédé d’un très-vibin défaut.
Et lequel, monscigucur?
te rance nom.
üclas, madame, je suis envieux.
u comtes» dlcoioucr.
Envieux, vous, monseigneur? Que Voire Altesse Royal)- me permeiic «le le lui dire, mais, en vérité, cela ue lui est pas permis.
LE PRINCE ROYAL
Cela est pourtant la vérité, madame. Heureusement pour moi. ce qui me rend peut-être un peu m>*ins coupable c'«st rpie je n’envie pas tout a fait pour mou compte, niais pour celui de mou gouvernement.
LA GOMTF.SH'. DACORMIER.
Et qui enviez- vous, monseigneur?
LS PRIXCE ROYAL.
J’envie mon excellent cousin de Bade, auprès «le qui M. le comte votre mari est accrédité (S'adressant à Dueorntier qui avait à sa droite la princesse de Uweslein et à sa gauche la jeune et belle duchesse de Spinola. et <|ui s'entretenait tour à tour avec elles.) Monsieur le comte, j'avais l'honneur d’entrcleoir madame la comtesse de l'embarras où je me trouve; j'envie à mon om-in de Bade certaine bonne fortune, et cepeinlant, comme il est de mes amis, il m’en coûterait beaucoup de lui voir perdre ce que je lui envie.
ducorkiui, souriant.
Une bonne fortune, monseigneur? En pareille occasiou, celui qui envie ardt minent est bien près île posséder; car pour les cœurs sincèrement épris, vouloir c'est pouvoir.
la turc ut* se dk spinola, riant.
Je suis sûre, monsieur le comte, que Son Altesse Rovale proteste contre celte affreuse théorie. Si clic était vraie, que deviendrait la vertu?
DTCOINIBA, à la duchesse et la regardant.
Mais la vertu resterait ce qu elle est, imposante et charmante, madame la duchesse: seulement, monseigneur me pardonnera de ue p.<s attendre sa réponse, et me permettra de compléter mu pensée, qui est cillc-ci, madame la duebetse : Je crois «pie souvent, en amour, si I on ue réussit pas. c'est que l’ou u'aime pas assez sincèrement.
le prince royal, sou riant.
Je n’ose vous 'dire, madame la duchesse, si je partage ou non celte affreuse théorie. {$’adre*sairt galemeut a Ducormier.) Mais vous vont êtes mépris sur ma pensée, inul^iiiir le corato. Le que j’euvie à mon cousin de Bade n'a aucun rapport avec la galanterie, car il est, n’est-ce pas, toutes sorte» de boune* fortune»?
DDC01HEU.
Oui, monseigneur. Ainsi, par exemple, la présence de Votre Altesse Royale au milieu «le nous; ainsi encore, pour madame Ducormier et pour moi, l'honneur de recevoir les personnes «pie uoua sommes si heureux de réunir ici. ce sont là d'excellentes boune» fortunes. Mais Voire Allcssi* Royale me perfliettra-l-clle de lui demander ce quelle peut cuvier?
le prince royal.
Très-certainement, monsieur le comte. Mon cou*in de Rade a la bonne fortune d’avoir, accrédité près de lui comme représentant d’une grande puissance, un ministre fort distingué, pour qui je ressens tant d'estime et de sympathie... que je voudrais le voir ambassadeur prés de mon gouvernement C’est vou» avouer, monsieur le comte, que, jugeant des regrets «le mon cousin, s’il perd ^on ministre, par le désir que l'ai île lui enlever cet homme si distingue, je nie trouve fort embarrassé, ainsi que j'avais l'honneur de le dire tout à l’heure à madame la comtesse...
Dttconm.
Il me semble, monseigneur, «pie le ministre dont veut bien parler Votre Altesse Rovale, à la foi- comblé des bontés «le Son AStes-c le grand-duc do Bade et honoré de votre intérêt, umoscigueur, n'aura, lui. quo IVmbarias du dévouement onde la reconnaissance, qu'il &’agis>e d’un avenir qu'il doit oser à peine espérer, ou du présent qui dépasse tons ses vœux.
le prince rotai , avec bienveillance.
Eu effet, monsieur le comte, je crois comme vous que la personne dont nous parlons saura sut lire à tout, cire agréable à tous. Mais
pardon, mesdames, de parler ainsi devant vous en énigmes... bien que celle-ci soit, Je pense, assez facile à deviner.
la duchesci de rpixola, regardant Ducormier avec un gracieux sourire.
En effet, monseigneur. Et si je ne me trompe, le mot de cette énigme... pourrait bien être... mérite et modestie.
i>: B rince royal, regardant Ducormier.
Il est impossible de deviner plus juste, madame la duchesse.
LE FCLD-llARÉCflAL PRINCE RE ROTTF.MBEKG.
La m«jdestie ! quelle chose rare de nos jours, où le dernier étudiant de nos universités d'Allemagne s'érige en réformateur de l'Etal.
LR MARQUIS PAtLAVK INI.
Et dans notre pauvre Italie, où le moindre bavard d’avocat s’imagine de jouer à l'homme politique !