U MARQUISE D'AI.FI
si r do trouver une propriété à ma convenance dans les environs de LjOi lu façon généreuse dont je rétribuais au notaire ec qu'il appelait U**, mention* de sou clerc, offraii ni à celui-ci de fréquentes occasions île me voir; de plus en plus attiré, fasciné, aveuglé pur ma coquetterie, ce malheureux eufaut nous consacra presque toutes ses soirées, il devint votre bouffon et mon martyr.
« Longtemps je me suis demandé < otumcni une fcinrue comme moi... et même un homme comme vous, avaient pu être assez désoeuvrés, as-ez méchants pour passer leur temps à bifouer. à torturer une créature d'une douceur angélique cl d'une ingénuité touchaule ; mais depuis que je peux vous juger à froid, mon cher Christian, et que j'ai réfléchi sur moi... je m'explique ce fait.
u Commençons par voua :
a Vous êtes fort beau, vous êtes fort élégant, vous êtes d’extrêmement bonne compagnie ; crtte société factice, où nous avons passé notre vie. est votre clément nature), vous y para usez à merveille, vous possédez, mieux que personne, le jargon des salons, vous cauetez délicieusement les médisances du jour, vous excellez à lancer e ces mots, de ces riens au»»i cluloy mis, aussi vides que des bulles de savon ; vous êtes enfin pa>sé maître eu ces vanités dont se c mpose un euireien brUé. rompu, elourdissaut, auquel promeut part vingt-cinq ou trente personnes faisant assaut de prétentions et parlaui moins pour être écoutées (|ne pour être entendues; vous n’avez non plus d ég il. mon cher Christian, [mur forcer une femme à tolérer, grâce au tour que vous leur doutiez, Certains propos dont la crudité ferait rougir des laquais.
« (Jue vous dirai-je encore 9 A cheval à la portière de ma voiture, pendant une promenade au Corso, debout derrière moi dans ma loge d'opéra, ou bien encore au bal, entraîné par h mesure d'uue valse à deux temps, von*. étiez vraiment remarquable... trop remarquable, car je vous l'ai dit souvent, ' oirc beauté compromet la femme dont vous vous occupez, si elle recherche quelque peu le mystère; vous Otes eu un mot trop voyant.
« Mais, colin, tuou cher Christian, il faut bien vous l'apprendre : vous n'avez ricu dans l'ànie, rieu dans l'esprit, vous été» un homme ire* -brillant saos doute, car vous reflétez le miroitement du monde d'une laçhn à rblouir; mais u étant doué en propre d'aocuue espece de valeur, il résulte de ceci, qu'isolé de ce qui produit votre éclat empiumé, vous devenez d un monte, d'un terne déplorables! vous n’otîrez pas la moiodre ressource dans le lêle-à-léle ; vous êtes hors «l’état de souten r un enirelieu pendant uue heure; cela, je l'avoue, me touchait assez peu lors de la première effervescence de notre liaison, uiaislorequc, plus lard, et des mon arrivée à Lyon, j'ai voulu rechercher les tranquilles douceurs de la solitude et essayer dégoûter avec vous les charmes d'une causerie intime, où le cœur et l’esprit 1 s epaui lieiit, il m'a été in possible de prolonger notre conversation au delà de dix minutes; j'ai voulu essayer de la musique et de la lec- Litre, la musique et la lecture vous endormaient , vous m'avez alors tendrement propose... dejouer aux éeht es ! D'abord, j’ai toute espece de jeu ru aversion, et puis cette pensée do nous voir amoureusement occupés à méditer tête à-téle les évolutions du roi, de la taure t du corn lier, m'a paru si iiicroyablemeul ridicule, que, pour vous alléger le poids de noire intimité, j'ai rouvert ma porte à quelques amis ; oh ! alors vous avez soudain retrouvé votre caquetage mm moins intarissable que celui de feu ma perruche Fiorcita, coquette et fantasque petite bêle ! Des que les bistres s'allumaient, des qu'elle voyait son éclatant plumage reflété daus les glaces, des qu elle euleudaii le bourdiuiueim-iit du monde, elle sortait de sa lacilurnilé maussade et parlait, parlait, parlait, mais si joliment, et surtout si continûment... que c'était un chai me... quand cela ue devenait pas insupportable.
« Lors de mon séjour à Lyon, mon cher Christian, me trouvant en un pays étranger, où je ne connaissais ni ne voulais connaître personne. je n'ai pu vous alléger, comme à Venise ou a Florence, les pesanteurs du Icir-à-téte ; j'avais encore du goût. . beaucoup de goût pour vous; la journée se traînait, mais enfin elle se passait-, votre toilette du maliu vous occupait deux ou trois heures, après quoi, vous déjeuniez avec conscience, lenteur et réflexiou ; venait ensuite la »ie>te. puis la collation (à ce propos loti u imagine poiul combien votre inaltérable appétit a été souvent pour vous de complaisante, agréable et utile compagnie ). c’était encore une autre toilette pour
la promenade et au retour une troisième toilette pour dîner: mai* apres ce dîner, si prolongé qu il fût. vendent pour nous des soirées interminables! Plongé dans I’ Assoupissement d'uue lieareu-e digestion sortant parfois cependant de votre torpeur pour tirer les oreilles de Lowe ou échanger à votre manière quelques mots avec lui, vous attendiez impatiemment la Ûu de ce» heure» inexorables, personnifiée daus uu valet de chambre apportant lu thé, les iniiphius et les sandwichs, ce qui du moins suffisait à alimenter votre entretien durant la dernière partie de la soirée.
« Nous languissions dans cct état d'isolement à deux, mon cher Christian, lorsque le hasard nous fit connaître Julien ; voilà comment et pourquoi il devait être le jouet et le martyr de notre désœuvrémeul...
« Il oie faut ici vous ouvrir mon cœur tout entier; je ne conservai* plu» auruue illusion à votre égard, et cependant, cela est honteux à avouer, vous me plaisiez encore extrêmement malgré votre mauque d'âme. malgré la sécheresse de votre cœur, untgré votre lèche déférence à m s insoleuis caprices, tnalg é la complète insipidité de votre esprit, lorsque nous nous trouvions seuls ; cep ndant, des que l’embarras, la timidité de Julien et *a déilauce de lui-même eurent cédé peu à peu aux adroits manèges de ma coquetterie. Il m’ouvrit enfin son àrne, quelle âme! elle était noble et pure comme la beauté des traits de cet enfaut; j'aurais dû ceut fois vous le préférer, mon cher Christian, et pourtant je von* préférais encore à lui ; de cette méprisable aberration de goût, je me révoltais contre moi, contre vous, contre lui-même, le malheureux ’... de là vint ma complicité dans ces jeux féroces dont il devait être victime; seulement. là où vous voyiez une mystification grossière, je voyais, moi, le sujet d’une étude curicnse, variée, attachante...
n Oui, pour ma froide et cruelle observation, celte angélique créature était ce que sont, pour le savant, ces pauvres animaux qu'il martyrise doctrine >1, afin de surprendre et de compter chaque tressaillement de leurs libres qu’il déchire! chaque battement de leurs cœurs qu'il arrache de leur* entrailles !
« Jusqu'alors, mon cher Christian, je n'avais, comme on dit : exercé le pouvoir de me* eharmes que sur des hommes dn momie dont vous êtes le modèle achevé ; blasée sur ces luttes de la coquetterie contre la fatuité, je n’y trouvais plus ni piquant, ni imprévu, ni nouveauté, c'était toujours, ou peu s'eu faut, ce jeu tiiechec dont vous me proposiez avec uu si teudre dévouement l’aiuoureux passe temps ; eu d'autres termes, une série de combinaison*, de calculs
f irevus. ensuite de quoi mon adorateur perdait ou gagnait à mon gré a partie !
« Il u'en était point ainsi de Julien; son bagage, sa candeur, ses gaucheries même, tout était nouveau pour moi, tout m'intéressait : cette nature virginale, confiante, timide et cependant vaillante et dévouée. .. dévouée jusqu'à la mort qu'il a bravée pour moi dans ua duel inégal; cet enfant que mon regard faisait pâlir, que ma voix faisait trembler d'émotion, m’offrait, je vous l'ai dit, une élude trèscu rieuse, très-attachante. Je découvrais «au lui des trésors de sensibilité exquise, un esprit d'un naturel charmant, uu cœur sincère el onéreux. Ah I sur lot quelle était ma puissauce ! un mut, uu regard e moi, et tout vibrait, tout chaulait, tout s'épanouissait, tout rayomiait dans «relie âme jeune • t fraîche, luxuriante de foi. d'amour et d'espérance! Mai» aussi uii mot. un regard de moi, et tout s'assombrissait, tout souffrait, tout pleurait, tout saiguail daus celte pauvre àme !
« Jeux affreux ! jeux impitoyables I mai» je ne l’aimais pas, ou plutôt je ne croyais [tas l'aimer alors cet enfant t
« Vint enfin ce jour où, cédant non moi us à vos instances qu'à un caprice cruel, je cousemis à ce simulacre de mariage. Julien vous croyait mon ami, mon frère... la foiidruyaule révélation qui éclaira ce malheureux sur b réalité de mes sentiments pour lui l’a tué !
« J’en jure Dieu ! je n'avais pas entrevu un moment les conséquences possibles de cette plaisanterie féroce, et pourtant elles devaient être pour lui mortelles!
• Le leodemaio de ce prétendu mariage, je partis seule pour Paris, vous étiez rappelé à Florence par la maladie de votre pere, désormais en présence de moi-même et non distraite par votre présence