CHAPITRE XXIV
«■tint.
Comment ï lu aa bien voulu venir l'ennuyer avec noua T Marc (3. . . — L*t d*ux Frieu.
a promenade que l’enseigne Merval faisait le letidernaia matin de l’avant à l'arrière et de l’arriére à l’avant de la corvette fut iuterrompuc par des cris perçant» qui partirent de la poulains.
— Qu ‘est-ce donc ? demanda l'enseigne au timonier. — Rien, monsieur ; c’est qu’un ïamute avec Misère; car le vlblu rat sera sorti de la cale. — Alt 1. .. lit l'enseigne *, et U coulinua sa promenade, après avoir recommandé de l’omuirr moins haut.
La cale d un navire est la partie h plus bas** du bâtiment ; elle est dans toute son étendue divisée et subdivisée en plusieurs cavités, dams lesquelles au renferme les poudre», les cordage», le vin, le biscuit ; c'est eutiu un immense magasin où l’on va puiser sans cesse ; c'est la ville souterrain* uni nourrit la ville supérieure.
Ville peuplée d'un peuple à part, car les caliers qui l'habitent ne paraissent que très- rarement sur le pont, sont voués aux travaux les plus pénibles, et arrangent leur existence au milieu de ce» ténèbres éternelles. Mais aussi, comme à (erre et en mer ou a toujours prêté ou pouvoir surnaturel aux gens qui viveut dans l'isolement, à terre, ce sont les ermites, les bergers, qui jouissent du don divinatoire ; en mer. ce sont les caliers.
— Quelqu'un sait-il l'avenir ?
C’est un calier.
— Quelque chose s'est-il égaré ?
On s'adress - au calier, soit comme adepte de la science de l'aveuir, soit comme très-apte, selon les esprits forts, à connaître les lieux de recels toujours fort multipliés dans les profondeurs du taux-pont.
— Enlin, quelque singulier présage météorologique vient-il surprendre les matelots?
On en demande l'explication au calier, qui, au dire des marins, n’est soumis par aucune influence étrangère, parce que, ne voyant jamais le ciel et ne connaissant rien au temps, il doit apporter la plus grande naïveté dans ses prédictions.
U fosse aux lions, partie réservée de la cale, est ordinairement L habitation, le boudoir, le cénacle du maître calier.
Il en était ainsi à bord de la Salamandre ; et maître Buyk le calier était tellement attaché à sa fosse et peu jaloux de jouir de l’air extérieur et de la vue de b nature, que, lorsqu’on passa b corvette au feu, au lieu d'aller à terre, il demauda b permission de rester dans un ponton pendant le temps du radoub, et revint vile prendre possession de sa fosse sitôt que b corvette fut sortit1 du bassin
Or, maître Buyk, d’ailleurs devin fort habile et fort estimé à bord, participait, quant ati moral, de b froide dureté du parquet do fer qui couvrait son plancher. Voyez plutôt. Sur uu cofTre assez bas, un homme accroupi tenait sa tête dans ses mains. C'était maître Hoyk.
Il portait pour tout vêtement un pantalon de toile gri-e. et pas de chemise, scion son habitude, vu la chaleur étouffante qui règne dans cet espace étroit et presque privé d’air et de jour. Il paraissait d’une taille moyenne, maigre, mais merveilleusement musclé. I a lueur du fanal qui édairaii b fosse ne jetait qu’uue clarté douteuse et rougeâtre, il leva sa tête, jjfcs cheveux étaient gris et mes ; ses yeux creux et ternes ; scs pommelles saillantes: et, par négligence, il parlait sa barbe longue.
Misère ! cria-t-il d’uue voix forte.
Oa fie répondit pas.
— Misère 1 Misère ! Misère ! ... .
Silence.
— Misère ' Misère ! Misère î Misère f
A la quatrième fois, une voix faible et éloiguée répondit avec un acccut de terreur :
— Me voilà, me voilà, maître... Me voilà...
Et b voix approchait en répétant toujours: — Me voilà ! me voilà !
Lutin, uu entant de sept à huit ans saute d’un bond dans b fosse : — C'était Misère.
Maître Buyk était toujours assis. Il fil un sigoe de la main. Misère sentit un léger frisson courir par tout sou corps en allant prendre dans un coin de la porte une espèce de martinet fait de plusieurs bouts de corde à uiruds bien serrés, fl le présenta au maître ; puis il sc mit à genoux et tendit le dos. Et c’était pitié que ce pauvre corps maigre, chétif, souffreteux, jaune et étiolé. Maître iluyk parla :
— Je t’ai appelé quatre fois, et tu n'es pas venu.
El quatre coups fortement appliqués ioueltèreÿ l'enfant, qui ne poussa pas un cri. pas une plainte, se releva, prit le martinet, ddnt il s'essuya les yeux saus que le maître pût le voir, le remit au clou, et revint sc piauler debout devant le malin1.
— A présent, dis-moi : pourquoi as-tu lardé autant ? — Maître, on me battait la-haut. — Tu meus ! tu jouais. — Je jouais ! maître, je jouais! mou Dieu ! je jouais ! Qui donc voudrait jouer avec moi ? dit le triste cC chétif enfant avec un accent d'amertume indéfinissable. — Les autres mousses me battent quand je leur parle: ils me prennent mou pain, ils m'appellent rat de cale. Et tout à l’heure, maître, on m a fouetté là-haut parce qu'ils disent que dix coups de fouet à uu muusse donnent du bon vent. — Oh ! maître, allez, vous m'avez bien nommé ... Marre ! ajouta-t-il en soupirant, car il n’osait pleurer, et tout son corps meurtri et bleu irembLiit comme la feuille : b chaleur était étouffante, et il avait froid.— Quel temps fait-il donc ? — Depuis hier, il vente du nord-ouest, maître. — Et le vent du nord-ouest souffle toujours ? demanda Buyk dune voix tonnante. — Oui, maître, dit l'enfant tout peureux- — Il souille du nord-ouest! répéta le maître tout pensif. — Oui, maître. — Qui le parle ? El ces trois mol» furent accompagnés d'un souillet.
Maître Buyk tomba dans une profonde méditation qu'il n'iuterrompit que pour faire de» figures et des -.ignés a ver des cailloux , des bouts de corde et sou couteau. L'enfant ne lK>ugeait; immobile, craignant de s'attirer de nouveaux coup», retenant son haleine.
Et en vérité, Misère était bien à plaindre. Ce malheureux avait été embarqué à bord par pitié; sa mère était morte à I hôpital , et maître Buyk I ayant pour ainsi dire adopté, eu avait fait son mousse, et lui faisait bien, je vous assure, payer le pain qu'il ne mangeait pas toujours, le pauvre enfant ! Enfin Misère était si chétif, si souffrant, que, pour cet être maladif. Il eût fallu de l'air, du solril, de» jeux d’eufanl, bruyants et animés, une bonne vie joyeuse et insouciante , du repos et du sommeil. Lui, au contraire, ne quittait la cale que le nmiu» possible, tant il redoutait le* autre» mousses, qui le pourchassaient, le tourmentaient et le battaient. Aussi le seul plaislt du misérable, c’était la unit , pendant que son maître donnait, de se glisser comme une couleuvre »ur le pont . de monter sur les bastingages, et de Là dans les porto-hauhau*.
Alors sa pauvre figure souffrante s'épanouissait, frappée, ranimée qu elle était par ce bon air marin : il éprouvai! un honneur d'enfant à voir les lames bondir, bouillonner, et sc briser sur l'avant du navire en l'inondant d’une clarté phosphorescente : à regarder les étoiles briller dans le ciel , à écouler la voix de la mer, et à rester une heure »ans être battu. Mais ces moments de vif plaisir étaient courts et rare», tant il craignait de ne Bas répondre à b voix terrible de maître Buyk. Aussi,., par instant . le faible cerveau de ce malheureux se dérangeait. Alors, pâle et livide, un affreux sourire sur les lèvres, agrandissant ses yeux d'une mauierc horrible, il disait de sa petite voix grêle et stridente :
— Le rat de cale a de bonne* dent», et U rongera la noix.
El en prononçant ccs paroles inintelligibles , il tournait sur lui-mème avec une effrayante rapidité; puis enfin, épuisé, U tombait dans uu sommeil léthargique, que sou maître interrompait à grand» coups de corde, le rappelant ainsi a lui-même. Toujours est-il que maître Buyk lui ordonna d'aller chercher maître Rouquin, le mousse monta eu soupirant dans la batterie, car il prévoyait ce qui l'attendait. En elfet, à peine parut-il, que ce furent des cris accompagnés de coups.
— Ah ! te voilà , rat de cale ! A toi , rat de cale ! criait l’un. — C’est
ce grediu-là qui tnaoge les câbles et boit le goudron, disait un autre.—- Tiens. Misere, mets ça dans la soute aux coup» de poing ! — Au rat ! au rat! au rai! *
Et tou» les marins, et surtout les mousse» de la batterie, hurlant, trépignant , poursuivirent Misère , qui semblait alisser entre les canons comme une couleuvre, tant b peur lui dounail d'agilité
Enfin il grimpa sur le pont pour chercher maître Bouquin Nouveau malheur : maître Bouquin causait avec le lieutenant sur l'arriére : et il savait à quoi il s'exposait b’Ü eût mis le pied sur cette partie du pont réservée aux officiers. Enfin, le bonheur voulut que maître Bouquin finit sa conversation.
— Maître Ruyk vous demande, maître Bouquin, dit le mousse. — Ah! c’est loi, mauvais rat ! J’y vais. Va lui dire, et empoigne. , .
Et maître Bouquin accompagna cette réponse d’un coup de pie»!, comme pour i*e pas déroger à l'habitude contractée à l'égaru de Miser*,
Suis descendit dans b fosse aux lions en disant : — Que diable me \eut- , le vieux sorcier? En voilà un qui peut se vanter d’être fameusement philosophe '