CHAPITRE XXXVIII
ractmce
Une occasion, mon cher Ton».
Broox. — Mimnrtt.
Non , le feu du riel n'est pis pl ni vif ni plut prompt que celui qui vinll l'initint m'embraser.
Rocsseac. — Mm.
Après avoir longtemps pleuré, rhnrméc. obsédée par le souvenir de Szafiie qu’elle ne pouvait fuir, maudissant l'amour profond qu’elle ressentait pour loi ; ayant vingt fois invoqué la mort, Alice s était endormie, abattue, brisée par la douleur.
Eveillée par le tumulte qui régnait sur le pont, elle entendit ces mots adieux : — La corvette péril... nous coulons.
— Mon Dieu ! qu’est-ce que cela? s'écria-l-cllc en $c levant à demi.
La porte de sa chambre s’ouvrit.
— Au nom du ciel ! ma tante I
C’était Szafiie.
Il ferma la porte, puis :
— Nous sommes perdus, Alice: avant dix minutes, la corvette sera engloutie. — (Joe dites-vous? — Une voie d'eau vient de sc déclarer ; nous périssons, voyez !
Eu effet, le sabord, qui ordinairement s'élevait à deux pieds hors de l'eau, était descendu d uu pied et s'abaissait encore.
— C'est vrai, nous allons mourir ! dit Alice pensive.
F t ses joues devinrent pourpres, et un éclair brill.» dans scs yeux buraides de leurs demieres larmes.
— Mourir ! dit-elle encore, le ciel m’a donc entendue.
' Et son visage rayonna. Szafiie, s’approchant d'elle, prit scs mains brûlantes dans les siennes.
— Et c’est parce que nous allons mourir, Alice, que je suis venu
mourir prés de toi. Et je donnerais ma vie pour celte mort... dût ma v ie recommencer longue et prospère. ~
A ee moment, un effroyable cri d'angoisse retentit sur le pont, elle sabord s’abaissn jusqu'au niveau de la mer.
— Entends-tu, Alice ? dit-il en la serrant contre lui avec passion. — Oh! j’entends bien, Szafiie. Je vais donc mourir, enfin, et avec vous! — Oui, avec moi.
Et sa bouche s’attacha sur la bouche d’Alice. A celte impression profonde, électrique, à ce baiser monlant, la tête d’Alice se perdit, la? feu lui resta aux tares, tout son être sc concentra sous celte caresse ardente, et elle tomba anéantie dans les bras de ,'zaflie.
— Oh ! bénie soit la mort qui vient ! mm uiurait-elle ; si elle me donne e temps et la force de t'avouer que je l'aime, Szaflie, que je l'aime, toi
qui ne peux plus aimer ; mais au bord île la tombe on peut faire cet aveusans être infâme, 11' est-ce pas ? — Oh ! Alice ! — et il la couvrait de baisers délirauls. — L’amour, le bonheur, nous aura tués avant la mort qui vient... Oui; mais, avant de mourir, erois-lu que j'aie le temp-. de te Elire oublier mie de tes douleurs, d ef âivr un d»: tes chagrins, à toi qm- j’ad'we et que je croyub haïr? Te haïr! toi, mon démou et mon ange ! toi, mes larmes et ma joie, toi ! Oli ! dis que lu ne souffres plus, dis que lu me pardonnes ma naine. Car ma haine, reprit-elle avec exaltation, ma liaiue. mais je la comprends maintenant, nuis c'était de l’amnur bn'djut et comprimé ; mon âme, mon Szafiie, c'était de I amour, enlends-ln bien? de l'amour! — El moi aussi, Alice, mon Alice, ma haine c'était de l'amour, c'était la rage de ne pouvoir dévorer de baisers tes yeux, la bouche, tes cheveux, loi, loi, tout toi, Alice !
Et Alice , frémi :S.» nie , enivrée , sc tordait sous les caresses passionnées de Szafiie.
— Oli ! Szafiie, soupirait-elle d'une voix éteinte, tu l’as dit : ces ardentes voluptés m’auront tuée avant les flots, merci au ciel, — Oui, Alice, merci au ciel ou à l'enfer. — Le ciel et l'enfer, c'est loi, Szaflie: car tu m'eu ivres et lu ne m'aimes pas, mon autour !... Mais que m'importe ? je l'aime, moi, je meurs avec loi : oh ! mais j’aurais voulu mourir pour loi. Veux-tu que je me perde à jamais pour loi, dis? Veux-tu que je blasphème Dieu à «v moment terrible ! Veux-tu que pour toi je me damne pour l'éternité ? (>oiras-4u que je l'aime, après cela ? dit Alice les dents serrées. — Oui, dit Szaflie en se dressant avec une effroyable expression d ironie, oui, blasphème, blasphémé !
A ce moment une uappe d'eau déferla dans la chambre par le sabord.
— Oh ! Szaflie! s'écria Alice épouvantée. El elle l'étreieuit violemment de ses deux bras, colla sa touche, à la sienne, tomba dans un I spasme nerveux, et ^évanouit.
Szaflie l’emporta rapidement clans la batterie ; puis s’arrêtant :
— J'espère, malgré tout, qu’il n’y a aucun danger pour nous ; du moins le lieutenant m’avait bien assuré qu’il n’en existait plus quand je suis descendu chez elle.
Fuis la regardant avec un sourire :
— Encore une qui à son réveil ne croira plus à l'amour : — verra vrai. — Que de chagrins je lui épargne ! Désabusée si jeune!... Quel avenir de coquetterie, si elle comprend sa position! Mais où trouver madame de Bleue pour lui remettre ce précieux fardeau ?