‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue La salamandreChapitre 28 sur 36 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

— En ête*.*oii* bien *ûr, au moui*? Noire xie en dépéri' I . — Très-sûr. (iomiE. — Fatuf.

— Oh? que je t'aime, mon amour' Quelle femme ne scmiI |ias jiIoum* .1»; moi? — Ou». Mai* vou* »vei *«m<5 <|uel |in fjt. j'imagine, — nu* jnrler de vuire mari ; — de sorte que i'ai I honneur de succéder à un sol, cl après uoe lutte peul-étre. . Mais c'est une dérision que votre amour, mn chère. Et vous avez cru au mien c'est aussi par trop naïf.

M. S. J. — IVna/r» ru achom.

— Commandant ! di*ail le vieux llidaud, mou estime m éloigné de quinze liems du banc de Tériiu. — El la mieunc de deux lieues |«>ul au plus , commandant, reprenait Merval — Et ce diable de lieutenant qui me Ton e de le mettre aux arrêts, et qui n'est pas là : Il est vraiment d'un égoïsme trop cruel, pensât le marquis. — Et vous, commandant, votre estime où vous mcl- « lle? — Mon estime? —

Oui. commandant.

Et le marquis sc vouait à Satin.

— Mou estime?... Attendez donc... — Voilà votre routier, commandant. Faul-il voir?... —

Non ! non ? dit vivement le marquis. Mon estime m- rapport»*. . à celle de M. Bidand... Oui, oui, elle s’y rapporte parfaitement.

Ma foi, tant pis! pensa t-il. C’est le plus vieux .

ce doit être le plus savant ; et ça nie lire d'embarras. D’ailleurs , donner gain de cause aux jeunes, c'est d'un mauvais effet.

— Ainsi . commandant , vous approuve/ ma roule ? dit le vieux llidaud. — Oui, mon cher ami. — Il snflil commandant , répondit Merval en sc reliranl.

C'est à ce moment qm- Szaflie cuira dans la chambre du commandant.

— Bonjour, commandant. — bonjour, mon «“lier passager. — Mademoiselle denlcue va-t-elle mieux? demanda Szaftie en montrant du doigt la porte de la chambre des dames, qui communiquait dans la galerie du commandant. — Mais le docteur dit que l'irritatiuu nerveuse est presque Cidmcc.Ccs.tla pmi tllc est, (hi reste, bien reconnaissante de ce

que vous l’avez sauvée ; car, dans sou délire, elle ue faisait que vous appeler. Dame! c'est que, sans vous, elle courait risque d'être noyée dans sa chambre, ajouta le bou inarouis d'uu air d'intérêt. Mais un bieulait n'est jamais perdu, comme ou dit. — Vous avez bien raison coiiiiimq- •lant. Mais j'cu tends du bruit chez ces dames. — C i si probablcmeu m idame de Mène qui amené sa nièce dans la galerie pour lui faire précité un peu l'air

!>»»' — l»| • «• C", r»t rCifui»* |.

l’ne nuit d'été

Kn effet, Alice , pâle, souffrante , entra appuyée sur le vieux Carmcr et sur le bras de sa taille.

— Doucement, doucement, disait le bon docteur. Vous êtes en» or* si faible, mademoiselle, cl...

Alice poussa nu cri violent de surprise. Elle venait de voir S/aflie. Madame de lilène ta retint heureusement, tourna b tète, et vovant SsaBfe ;

— Mon Dieu ! monsieur, pardon ; niais votre présence a été si sensi-

ble à ma pauvre Alice... — Je vais ine retirer, madame. — Non, monsieur. Je vous dois tant, elle vous doil tant , pour le secours que vou* lui avez porté, votre vue lui sera bien douce : c'est seulement la première émotion qu'elle n’a pu surmonter. ,

En effet, Alice revint à elle, et son premier regard chercha Szalïîe, et s’arrêta s-t lui avec celte admirable expression de tristesse, de résignation, de bonheur et d'amour, qui révèle un de ces chagrins dont le* femmes sont si heureuses. Szaftie détourna les yeux , s'approcha d'elle, et s'informa de sa sauté avec sa politesse accoutumée, sèche et glaciale. l'as une émotion, | as un de ces regards rapides et profonds qui disent tant de choses; ricu dans b voix, pu- une ! nui” d.m . les yeux .

rien, que le savoir-vivre d'uu homme du monde avec une femme œdiflercnle pour lui.

— Le n’est plie» rieu.

mainte unit, dit |- docteur. Mademoiselle <m remise: tout cela était ner\eux,ct sans «Loger.

Mais penneltez-mo:, madame. de vous quitter...

Mes enbnUiii'atknliiit.

Le hou docteur sortit.

—Allons, allons! tout va bien, dit le marquis.

Nous arriverons bientôt â Smyriic sa us encombre. bu attendant, madame de Hléne, si nous taisions mure pat lie comme toujours .'tas diable* d'événements nous out interrompus. — Allez, ma taule, répomlit Ali»

qui vit l'incertitude d»

madame «I» Ülene ; je me sens très-bien. D’ici je vous vois et je vous entends. Si j'ai besoin de quelque chose, je vou* le dirai.

Madame de Bléoc ali.»

d.ius la grande chambre, qui n'était *é|Ktrée de la galerie «pie par une légère cloiv.H . «bus laquelle s'ouvraient deux portes.

Szaftie resta seule avec Alice.

— Oh ! S/aflie! dit h jeune tille en cachant s.»

tête dans scs mains. — Souffrez-vous, mademoiselle? répondit -il ave»

son sang-froid de glace — Vous nu* le demandez.

S/aflie? dit Alice à >oi\ basse. Que me reste-t-il.

maintenant?... !*• déshonneur.— Ne trouvez vous pas, mademoiselle, que, dans le cœur de* femmes, l'amour ne tient qu’une place bien secondaire? D'abord la vertu .

d'abord les convenances d'abord les devoirs; d'abord... que sais-j»‘. moi? El puis, apres tout cela, vient l'amour et encore elles l'appellent déshonneur. En vérité, k-s femmes. emploient ce quelles ont de plus vif dans l'esprit et daus lame, non à aimer, mai* à organiser leurs passions, à s’arranger un amour commode et di*< rct. une afleciion tranquille, qui vient â son tour, après les devoirs ou les plaisirs. Il y a un jour, une berne pour cela. On lit sur son met lient"

A telle heure, otililici me? devoirs de fille ou dopons»* talte heur»* pa -ce,

on sp remet à adirer son mari, ou à dire : Mère, bénis la tille! Alice ' croyait ri ver. Celle raillerie froide et calme la confondait, l a pauvre enfant ue «il que répondre. — ni, reprit Szafiie, si j avais à être aimé d'une f iuum, je voudrais que ruai ue passai axant -ou amour pour moi. <!*t amour, d'.ilmnl avoué haut, au grand jour : fille ou fitninr, peu ni importe. 1 faudrait qu'elle sacrifiai à cet amour icpul.ilton, convenant» s et vertu.

— lirand i icii! Szaf !c, dit *l:ce :i voix basse csl-oe d me »:nsi qu’il faut vous aimer? — nui. — dit Szafie a'Ce une exureisiou de bailleur et de railtei ie. — Kl» bien ! - il lire, ainsi je «nus annotai, ''Zaffie. t *l»ï ! n pr i-elle; et ses V**n\ *e trm| firent il»- Limitas — Old. si vous U* vou. le/, je le dirai à la lu e du ciel... .'e dirai : Je IVme : je u'aiiue que lui. Je me Jii* perdue |M»i:r lui : j'ai oublié vertu, bouneur. devoirs: et UMiiileuaul mhi amour, cYst ma vertu, e‘c>t mm bouneur, c’est tout moi. Oui, je le dit ai. Snif ic : je suis liere d'être beuieuse par lui, cl méprisée pour lui ! s'écria Alice rayonnante.

Kl elle prit la main de Szafiie, qu elle voulut baiser. Il lu lui relira

— Et qui vous dil que vous seriez aimée?... que vou- êtes aimée? lui rtcmnud.i-l-il amèrement. — Oli ! comme lu disais, Szafiie : ni intiinct qui non» m enu qur noire tentniion «*l purtavêr. C’est l'amour qui me dit cela : l'amour et le souvenir de nia raille... Non. non, Szafiie, de mon bonheur, voulais- je dire. — Mais l’amour U* trompe, jeune fille ! — Je lie vous cou i p remis pas, Szafiie, dil Alice treiubLule. — Lb bien ! comptend-iiHii dune...

Ici la paru- de la galerie du commandant -'ouvrit avec fracas, et le iieuieiuuL parut.

— Enfer ! malédiction ! dit-il : ce misérable Billaud a fait une erreur de calculs! nous des uns être sur le bauc Téihn. Votre routier, volt e router, commandant? vile! vin-!

1 1 Pierre, sans répondre aux iuierpell liions du marque*. d’Miee. de Szafiie, prit un compas, lit ou calcul, et s'élança sur le pont. » n a dit que rierre. confiné aux arrêts, aval remis le subtile faire la roule à I enseigne Kidaii I. qu il ci oyait capable, l'elui-ci. soit erreur, soit ignorance, cabiila ma), et se crut’ béai non p plu- éloigné du liane qu'on ne I était réellement. Pourtant, depuis deux ou trois heures, la couleur de l eau changeait visibleimut ; on primait une foule de poissons, et les longues herbes qui douaient de toutes parts annonçaient que I ou naviguait sur un liant-fond. Paul avait été retiré de ! étal de stuoeur dans leuucl la conter atuyi de Szafiie l'avait plongé par maitie la Joie, qui lui dit. eu lui touchant respectueusement w bras :

— Monsieur Paul, je viens de lire mon flambeau de la mer, et il me dil que nous courons sur le banc Térim.... v oyez donc celle eao, ces bcrbi's. .. fiordicu 1 monsieur Paul, le Ik menant serait mieux ici que dans Sa chambre !

Paul regarda l’eau , et comprit tonl le danger qui échappait aux yeux de l eusi'i ne llidaiid, persuade que l'on était bleu loin de ce daugennix parage. Paul, «elle fois, rompit la consigne, ci préviut sou pore, qui, cf- Irave. moula sut le pont, de la eh* z le commandant, nota* s'assurer de i cfTiayaute position du navire. Par sou ordre, maitie Bouquin avait jeté la s * mie. Ou f.ii-uil à bord un ■.r.iud silcuce; car cette épreuve était d<>» cisivc.

— KH bien ! dil Pierre avec anxiété à fiouquin. penché en dehors du porti -IuuImiis. Combien? — N«mi- somme» par div-huil brasses, lieutenant, dît le marin en retirant la soude.

Il y eut un moment, sur la ligure si impassible de Pierre, une expression rapide de douleur, de résgttttion, de désespoir. Pourtant il sauta sur -ou liane de quart, et communia avec son sang froid habituel. Seulement sou ton bief, pessé, impérati., annonçait que la mameuvre était d une haute importance.

— Bauge à lialer Uis les bonnettes! cria-t-il : et venez au vent, limonier. Bouquin, quelle «*>l la soude? — Qu nzc brames, lieutenant. — Au vent, monsieur; tout au veut ! Entendez-vous ? cria-t-il avec une vivacité extraordinaire. Kl il attachait ses yeux ardents sur la voilure. Lofiez! lofiez tout.

On était sur le banc Térim. Il n’était plus temps. La corvette en iofiuit donna pic-que aussitôt un coup de talon. Elle courut encore un moment, eu donna uu sciotid, enfin un troisième. Elle s'arrêta dans un endroit où la sonde n'annonçait pas cinq uietre- d'eau. La derniere secousse répondit profondément au cœur de chacun.

CU.VPITRE XLII1.

U Base DE SAXLE.

Homme immortel, admire tes beauté» do la mton*. ci «lu», •Un» n j«>io rtc lu»» r»cur : — Tout est t à moi! — it iii»ir<‘-t * |wii 1«ii*1 qn il c l porutic k t**» %t*ui duintié» do te* vmr eni’iu, L'u jour vienjnt où «.Ut* ut* l'appartiendront plu*.

bruns. — Lnm.

Voici bientôt l’homme face à fut avec l lminme.

M. S. J. — ftntttt di vertu.

Au premier coup de lalnn que donna la corvette en s'échouant sur le banc ue sable, l'équipage poussa ou grand cri d étonnement. Ali second coup, ou fit silence . Au troisième, on ne cria pas. mais un sourd gémissement s échappa de toutes les poitrines. Il y avait pourtant emorc de l’e-pyir, daus ce long soup'r. Mais au quatrième coup, quand ht Sulttnui' i/rr, fini qitciuetil arrêtée an milieu de sa cours»1, craqua dans sa membrure, di'-siinie par fin secousses profondes et sourdes qui fais item o ciller sa quille, comme le mi ps d un énoniie scrj eut qui se remue; aluni un h iiI cri. on cri décim ant, immense, retentit' a >-*les*ys du vi jjruit des Lme» qui grossL-suicnl ut venaient déferler sur le» (lunes de la corvette.

tl puis l'équipage se lut. car ce cri était celui de l'instinct vital qui avait piédouiiuc un iiisianl sur I babil mk* et la vnlmilé. Ce cri. pou-sé par l'Iioum c et non par b* marin, avait été la derniere expression d’une nature qui devait faire place à l'abnégation «lu soi, au déxouemeut et an sang-froid, au milieu des alfmix périls que cet cvcucmeul pré-agcail. L’équipage rrd«*viiil doue «aime ei impassible : le sifflet de maître U Joie Mcnlil, et rhaeiiii se rendit à Son poste, sans craindre et sans'inépriscr ... le danger. On attendait le lieutenant, qui était descendu chez le connnandaut. Alice et sa taule s'y trouvaient, et étaient dans uu état de slopeur diliicile à décrire.

— Mesdames dil Pierre, tout u’est pas entièrement perdu ; mats fl if a beaucoup à craindre ! Veuillez, descendre dans le carré, sous U conduite du docteur.

Alice et sa tante descendiient.

— Monsieur, dit Pierre à Szafiie, le concours d’un homme de cour ne peut qu’être fort utile dan- une Plie circonstance, foulez-vous bien' mouler sur le jmhiI? — A vos ordres, monsieur, dit Szafiie. Seufcmcot je prends quelques papiers.

Il cuira iiu iiislant dans sa chambre, prit une bourse, une boite de vermeil assez grande, et moula sur le pont.

Pierre* resta seul avec le commandant, pale, défait, entièrement démoralisé.

— Monsieur, lui dil Pierre, par votre ignorance vous venez de faire échouer la corvette, en donnant raison à LkLiikI « outre Mefval. lai roule

3 iic ce dernier officier indiquait était la seule, Li I mi nue. Ceci n'a rien 'étonnant et devait arriver... \b ! mntt-ii nr ! monsieur ! les proietu-tns imprudents qui vous ont nommé vont peut-être avoir à se reprocher d affreux tirailleurs. Enfin, le mal est irivparabb*; mai-, comme j«* n ai pas envie de vous voir recommencer la scène de l'autre jour, vous ne quil'ercz pas celte chambre.

Le hou marquis fut allégé d'un poids énorme.

— Vous allez vous corn ber dans votre cadre. Je dirai qu'à la dernière secoure, uu de vos meubles vous a grièvement blessé, nue vous ne pou- * ve* p i raitre sur le polit. — Lieutenant, nous sommes «lune perdus? ■

Ça se peut. Mais comme vous pouviez avoir peur cl mouler eu haut, je vais von- enfermer ici. Quand il n'y aura plus qu«* vous et moi à b«»rd, alors je vieillirai vous ouvrir, et nous nous embarquerons les derniers: c'est d ms l'ordre. — Mais, mon lii«*u! dil le mar«iuis en se dressant sur son séant; si...

•Pierre était déjà deliors, et le marquis entendit le bruit des serrures des trois portes, que le üeulouani ferma tueccttivcutcof. Quand l'ierie reparut >ur le pont, il était revêtu de son grand uuil'urme, comme en un jour de combat ou de fête.

Il monta sur le bane de quart.

— Entant"! dit-il, tout n'est nas désespéré. Il faut «le l’ordre dans ce I que nous allons tenter pour reî«*ver Li corvetie. Lu cnminandaui vient «l'être dangereusement blessé ci ne peut paraiti t ; mais j'ai reçu ses instro uions, cl il veille sur vous. Si nus efiorts ne peuvent rien, alors, ayant fait notre devoir, nous abandonnerons la corvette, en sauvant Ici t« -mines, les maladie, les mou— es, les novin-s d abord, pui- vous, puis les officiers, et moi et le «oinmandani les derniers. Je compte sur vous, comptez sur moi.

Diaitiz

LA SAI.AMANDRK.

Fuis, se rciuur liant vers te limonier .

— Maître, «lit-il, hi-sez le grand pavillon de France,

Et le drapeau blanc il 'roula majestueusement s«*s larges plis, an milieu du prof* nul et religieux silence de l'équipage. Pierre le iii«nilr.i aux niariuN cl dit : — Mes br ves matelots, |ieiiM'Z à cela. — idaiic ou tricul.ne, c'est Uni ouïs la France... Soyc/.-eu dignes. — 'ive la France ! — Vive la France! cria I équipage (oui d'une voix avec l'exalLilioo du saugfruid, si Ion peut s'exprimer ainsi, et • liacnti se mil à l'onivre.

Le banc sur lequel la corvette avait échoué étant comj «i-é de vase et de petits coquillages, elle resta quelque leiups iiiituoh |c dans le sillon qu die y avait creusé. >i la bris»? n'augmentait pas, si la mer ne devenait pas trop grosse, ou pouvait «loue eqiércr quelques eb.mees de succès. Vo'si, g aee a l'iueoiu-evable activité de l'icrie. qui pnraissiit sc un. I iplier, «ni conunciiça les important, travaux du sauvetage dans nu uioriie 1 1 religieux silence. Ou allégea la corvette de tous scs poids de sou artillerie: les voiler rurcul a uni nies avec pié ipitat ion. un «lépay-a les mats «le perroquet, on recala !••*» mats de liune, il tout Fut «li., osé pour retirer /.« * «fa mi >«••. rr de ec dangereux éi ueil. la; en lier I avait bien picdit. — Mali lot. «li ail Itoiiipiiu à la Joie, la corvette e<l f.... — (jue veux-tu ? ré|KJudil la J«»i»; en Lisant étalingiier un cable, que veux-tu ? les corvettes, connue les ma Mots, c’est pas éternel : c’est connue les verres : si ça ne sc cassait pas, ça durerait trop longtemps. — liens, la Joie. U y a la-bas uii nuage roux qui méfait loucher. Ah ! le gueux, est-il v ilain ! «.'est du vent, c'est sûr. — Ne le regarde pas, et aide-moi à raidir Fêtai de grand mut. — Oui, matelot; mais ça porte malheur au lieutenant d avoir voulu |Hiigmirder le commandant. — Ça lui porte bouheur, dis donc. Comment, liomjuin ! dan- un naufrage, il peut se noyer, et I aime mieux ça que de le fatibtr : c'est bon pour les -old.ils. — Allous, la Ji.ic, ou a mouillé l’aucre là-bas : nous albin*, voir si Fou peut dégager la corvette : ça va >e décider, matelot : voila l'instant décisive, comme dit e t autre. Kl puis, connue dit l'Ottoman, si ça se (ail, ça sc icra ; si ça ue se Lit pas, ch -bien, ça ne -e fera pas.

Paul, Mer val, |tida..d. étaient dans la batterie à l'avant, et avaient «*xécuté les ordres de l'ierre : — au moyeu de cables que I on lit mouiller a line longue distance de «i Snlumannrr, ou vira au cabestan, qui, faisant rappel hii les ancres, devait attirer p«‘U a p< n le uavire sur la partie dé- • live du banc et le remettre à Ilot. Kn «-(Tel, il avança de quelques pieil.*. Mais malheureusement, ce tond de vase u'oiïraiil pis de tenue aux pattes des ancres, elles ue purent y mordre ; elles cédèrent, et la S ^ma dré ne lui gea plus. Pierre lit alors poser deux Iréquilles ou mâts de cl aque côté pour la soutenir, dans le cas où elle viendrait à chavirer Puis, voyant l'horizon sc marbrer de images rougeâtres et rapides, il rec uuui que le veut se Lisait, car les lames devinrent plus creuses eu dcü-rlaut sur ce haut-fond.

la Salamandre, iuunob.lc jusqu'alors, commença à ressentir quelques légères secousses que lui imprimait la force croissante des vagues. Pu-i rc regarda cucure un mnnicul à l'Imrizon, consulta la Iroussolc, et se dit : — loin est liui ; à juger du veut, il nous reste à peine une heure pour construire un radeau, et c'est notre «h*rni« rc espérance. Ce «pi il y avait de bizarre dans celte affreuse pool ion, c'est qu’aux yeux m mes Jes marins le danger ne se présentait pas sous une forme ineiiaçaule : le ciel était encore |*ur : la nier assez belle, la corvette presque immu hile. Le n'était pas enliu un de « es uaufrages «lécliainés cl impétueux, où les lames faneuses vous emportent et vous bri-.cn t sur des rochers aigus. Km. «-'était un naufrage Calme et eiïr.iy.un comme une colore froide, uu naufrage dont il était possible de calculer les chances et les progrès avec une exactitude p.e-«]uc mathémali«|ue ; c'était une mort dont on p«iuvait pré iser l'heure. Un pouvait se dire : — l.'lior zon est à dix lieues, le gr.iiu s'y tonne, dans une heure il tombera à bord et alors « cite mer ai unie sc gouttera louellée par la Force du vent, déferlera sur ce haulfond, et à eluopie lame la corvette sera enlevée, puis précipitée sur le banc de toute la hauteur de ces énormes vagues. Or, au bout de dix mùmies, ce sera Uni de la S damandre.

Fe raisonnement détermina Pierre à ordonner la construction d'un radeau. Szaflic oh ervait faul avec un sang-froid impei turbable ; il souriait presque, car il prévoyait quelque drame cfTVa vaut : et, quoiqui dût y avoir son rMe comme le reste des passagers, il ne le redoutait pas: car le seul Cillé favorable de son affreux caractère était uu courage indomptable et un profond mépris de la mort, que sa vie explique peutêtre.

— Peut-être aussi, pensait-il. vais-je voir enlin la civilisation aux prises avec la nature brille, les sentiments les plus purs luttant contre I inst net animal. Peut-être vais-je savoir à quel d< gré «le notre échelle organique l’esprit le cede au corps, l ame a la bêle. Ob ! ceci sera bien carieux.

*.» il promeaiit sur tout son regard pénétrant.

— Enfants, avait dit Pierre, il lie faut pas vous le cacher, il ne reste aucun moyen de sauver 'a corvette. Travaillons à un radeau, c'csl mire seule chance de salut pour g gner la côte.

Léiiuipage vil clairement que tout était perdu. Il eut bieu un 1110loent de regret intime de «|uitter celle bonne Salamandre qui les berçait “puis si longtemps ; mais la nécessité l'emporta, et les marins 6e mirent

à travailler au radeau avec celle insouciance qui les caractérise. Dali* le radeau, ils lie voyaient i|u*im navire mous commode, voilà tout.

— J’y suis pas encore etnWnué, à bord d uu radeau : «*t vous. Parisien ? d. 'm. .ml .ii uu novice. — J y suis cmlMiqoé deux fois. I ne navigation supcrlic. l'e I .d: , oh ! une lus-bnmi«*air ; c’est p i* numnr «F us , co» gre.lm» de faux-pont* «} i l'on clou le. l puis au ra- de I •mu, g..r- , çoii, «m est 'au ra** de le.<u : ce «pu l i qn'ou peut s’amuser à li er les

I requin- par la quelle, et que île moi lit ou u n «pi à allonger le lira polir or. ni iv «les iMuiiies à la iiciu : «i tu m'avouer s que c'e-l tL.treiir.— Veux-tu le taire, P.iris:eo, cl Iravailh-r, c.in.gm* «1 1 1 « J«ê ; ; et lié, eh! novi e!... Iteg iid.‘z-moi ce b. ...-la ! il est ..droit «le mains eoiilii'C lin eoehotl lie -a ipicuc. — '.*«• 1 «pic t ml le m »mle, «dijeeta le l'. risieil, n'a pas l’agrément d’avoir vu le jour daus la capil.le, et d'etre uu malin, uu craur, uu laineux, un...

( Uu glorieux coup de poing du maît:e interrompit celle vaniteuse no- 1 nieiu.-l. ture.

— T n ne veux d ne pas mordre ta langue, rlron de irgrr, marron, caïman, et travailler au radeau, piii*«pn- n ue* n’avoii» plus <pie ça. • n i l’a bien nommé /*•«»•<*». n (■), va ? Viitv-in iravaillei sali** jurL-r. que j’ie dis? — On v va. on y va, m«fli'e. dil I il corrigible Parisien : j’ai culciidu : vous m'avez dit ça sur lui cille gauche, eu rabalLiut du côté de la joue

El la construction du radeau avançait rapidement : au-dessous des mâtines dont l'assemblage «ompo ait sa masse, Pierre lit plan*' quel- «pies rangs «le harriipies vide* pour le soutenir cl l'élever au-dessus du niveau de l'eau. Il Ül ensuite déposer de iiicmi bois entre les « harpenles «-1 par-dessus les pièces principales, de manière à établir une plate-forme, la plus unie possible, qui fut recouverte de planches: ensuite, d« s «haudcliers de bastingage, inst illés tout autour du rud«*aii, devaient supporter des üliéres eu corde, faisant garde-corps.

Enliu, «pielqmN pii Trient y forent descendus pour servir «le signaux : oii y planta, h- plus solidement «pie possible, un petit mal de Imiie, ginii d'une voile de perroquet . on munit encore le rade-.m «le poudre, d i ue bousside. d uu compas, et cette frêle machine fut amarrée par uii grelin a l'arriere de la corvette. A pcin • ces li avaux éiaient-ils terminé-, «pic la mer, qui avait cousdérabl Muent grossi pendant le temps qu'on mil à la cto i -truc lion du radeau, devint forte et houleuse; le v«mi «-tait sec et serré, et les lame-, se brisant sur le banc, commençaient à ébranler la corvette. Pierre pâlit, et ordonna de « oiipcr les lias mais, |Hwr alléger le navire. A ee moment, le calier monta pour annoncer «pie la quille crevait. En eflèt, les vague-, devenant de plus en plus hautes et tories, commençaient à soulever la Salamandre. D’après l'ord'e de ■ i.-rre, on M jota aux pompes. Elles ne purent fruacMf. Il M restait am uu espoir de conserver la corvette, l'ierre ordonna le d. part à I instant.

— Et nos sacs ! dirent quelques mal ins.

Le sac d'un matelot contient toute sa fortune, tout son avoir.

— Il s'agit bien de vos sacs ! s'écria Pierre ; je défends à qui que ce soit de de-cendre dans ce faux-pont. Tout le monde aux embarcations, à son mini ni; les gabiers et chaleurs, au radeau !

Et aucun marin lie songea davantage à son sac.

— Monsieur, dit l'ierre à Mer val, vous allez faire einharqui'r d'abord les malades daus la clial ope, puis les li-muies, les mousses, les novices et les ma dois. Vous donnerez une tontine au grand canal, et pus remorquerez le radeau. Moi et le couimaudaul, nous uous embarquerons les derniers daus la yole.

Puis voyant au loin la nappe d'écume qui arrivait avec le grain :

— Embarque, embarque ! cria-l-il, car le temps presse.

Et ce fui un admirable spectacle que ces hommes impassibles, graves, silencieux. allant rejoindre leur poste, quittant ce navire uu à un, ce navire où ils laissaient tout «-e qu'ils po-sedaieut ail monde, pour affronter des péri- imah uLihles, et tout «•«•la sans se plaindre, sans un mot de regret: allant là comme à une msiiHjBuvre, tant était absolue et entière la discipline que l'ierre avait établie à b »«d ! tjuand les «nuharealions furent garnies de leurs équipages, ou pro«x;«Lk à IVmharqucincnt des malades. Le vieux Garnier les accompagnait, ployant sous l«* faix d'une énorme Caisse, dont il ne voulait charger personne. — G 'était pour ses enfant-, disait-il.

— Allons, allons 1 ajouta-t-il, allons, mes enfants! le mouvement vous fera du bieu ; et puis vous changerez d'air. Au total, vous y g «gnerez.

El, eu leur adressant ees singulières consolatious, le bon docteur les arrangeait le mieux pos-ible dans b rh.iloiijie. l'uis parurent à la « ou- I>ét: Alice et sa tante, :»«•« oinpagnées de h-ur* femmes f.lm-c singnl «*n*t Alice avait toute sa rai-nu, était d uu admii-abli' saug-(roi«l. el encourageait sa tante. Celle orgaukiliou nerveuse et «-xaltéi* puis. i il -a g amie énergie dans I horreur inéuie de ee«te position. Seulement, eu vnv.-mt Szafiie, el e pàlii. On amarra les femmes dans un fauteuil, «-t on l«> descendit l'uue aorés l'autre sur le ndeeu. Paul lecommambit. Le malin iireux entant, étourdi par tout ce «pii venait de se passer, par Fa« lion «le sou service, avait presque oublié -e- chagrins. L„ vue d'Alice les lui rap-

^1) L'épithète de Pan -, un pas»-: ^cnéralcment «bas la norinr poui uuc insuu j. Voir le Diclicnnairt dt Man»- 4e AV ilia urne*-

pela tous. Son cœur se brisa ; il détourna les yeux, une larme brillante ü'en échappa. Cl Alice était assise prés de lui, à le toucher t!c fut un moment de douleur atroce. Le porte-voix de Pierre résonna, et on prêta l'oreille.

— Tout le monde est-il à son poste? — Oui, lieutenant, dit Nerval : J’ai donné la louline au radeau, cl i attends vos ordres. — Oui, lieutenant. dit Hidand ; je remorque la chaloupe, et j'attends. — Oui, lieutenant. dit enfin Paul; le radeau est pare, et j'attends vos ordres nour larguer l’amarre. — Les boussoles et les instruments y sont-ils? demanda encore le lieutenant. — Je les ai dans la chaloupe, dit Nerval. — Avezvous aussi le coffre des journaux? — Il est attaché au mât du radeau, répondit Paul. — tli bien, dit Pierre, que les seconds maîtres de chaque embar ca lieu fassent l’appel pour s’assurer que personne ne reste à bord.

Ou lit l'appel; l'équipage était complet, moins les six gabiers qui armaient la yole dans laquelle Pierre devait rejoindre le radi an.

— bauge à larguer l’amarre ! cria alors Pierre d'uuc voix retentissante, quoique profondément émue, et Bouquin leva son couteau sur le seul cordage qui retint encore le radeau à la Salamandre. — Largue tout! cria Pierre.

Kt le cordage tendu étant coupé, le radeau s'éloigna, remorqué par

les canots.

Ce dernier commandement fut celui qui porta le plus au cœur des marins. Ce cordage était le dernier lien qui attachât leur existence à la Salantan'l e; une fois rompu, il u'y avait plus d'espoir, tout était tini entre eux et la corvette. Il était temps d'ailleur, car les laines devenaient affreuses. Une, cuire autres, accourant du large, s'avançait, s’avançait nuMi'tiiiousc et bmi llonuau'c, se dressant presque à la hauteur de?, hunes de la corvette : mais quand elle rencontra la résistance que lui opposait le lune, aloi>, doublant de force et de violence, elle' prit la corvette en liane, et lui douua une telle sccou--.sc, quelle la coucha presque sur tribord, et que lierre et scs six gabiqr* furent renverses sur le pont. Pierre s'apprêtait à d> -< endre chez le coninvandaut, nour le délivrer et l'embarquer avec lui dans la vole. Homme il mettait le pied sur la première marche de l'escalier, il fut jeté avec tant de force sur l'angle du panneau, qu'il se lit à la tête une affreuse blessure ; et la commotion fut si forte qu'il tomba évanoui et couvert de sang. Szaflie était resté aussi a Iford. car d voulait tout voir jusqu'à la lin. Ce fut lui qui releva Pierre, banda si plaie avec son mouchoir, et dit aux canotiers, tout émus de l'accident arrivé au lieutenant :

— A lluns! embarquons- nous : La mer devient mauvaise, le radeau est déjà loin, et nous aurous affaire pour le rallier.

On descendu le pauvre lieutenant dans la yole, que la force des lames élevait quelquefois a la hauteur des bastingages ; et Szaflie, jetant un dernier regard sur le pont, dit avec un affreux sourire :

— Ce que j'aime assez, c’est que ce bon marquis reste là. U va bien s'ennuyer mut seul.

Lt le canot s'éloigna le dernier de la Salamandre. Il atteignit bientôt le radeau, où l'ou déposa l'ierre, toujours évanoui . Le marquis y restait oublié: mon llieu oui. l es geus de la chaloupe le croyaient dans le radeau, cl les gens du radeau le croyaient dans b chaloupe. Le fait est qn il était à bord de la Salamandre. Pauvre corvette! Tous les yeux se tournaient vers elle, qui apparaissait eueorc quelquefois quand leslames - iIk.i .lient, se drcs-anl, sombre et lugubre, avec son immense pavillon blanc que le vent déployait comme un linceul sur le ciel noir et orageux.

Une fois sorti des açores du banc, le radeau navigua plus facilement ; la mer était forte ; mais, ne brisant plus sur un baut-foud, elle était tenable Au bout d'une heure, on ne voyait plus la corvette seulement, à de longs intervalles, on distinguait son pavillon, mais vague comme les ailes blanches du goéland qui vide au loin. Puis on ne vit plus rieu, car la nuit approcha, et le temps devint bien sombre, bieu sombre !

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