CHAPITRE L
LE rfcRE ET LE UELTCSASIT.
L'a père e*l le »• ni hum «an» athée ici bas. Emut Lelul-vê. — êtniu i» édita.
Dans nue des chambres du vaisseau, f.iiblemeni é lairée par l'ouverture d’un bubliil qu< y bis-ail pénétrer uu |>ale ray ou du lumière, étaient réunies deux peiMjuucs, l ien c Huet et Paul.
Pierre, assis devant un bureau ( ouvert de quelques papiers, ne laissait pas voir la moindre émotion ; mais Paul, dans un état de stupeur
cITrayaiit, tenait les deux mains de sou père dans les siennes eu attachant.sur lui ses yeux lixes, encore agrandi.-» par sa maigreur, car Paul était méconnaissable, tant la souffrance l'avait changé.
— Mais, disait IVufaut, mais, père... c’est impossible, impossible! i's ne peuvent te condamner... — Le crime est capital, Paul, répondit Piene d'une voix sourde. — Mais, ait nom du ciel! explique la vérité, père.. Ili> ce qui en est; que c’est faux... enliti. prends uu défeuseitr au moins. — Je vous ai dit. mou lil», que nu faute était réelle, aux yeux du monde. Elle ne le serait pas que je saurais encore un* sacrifier au maintien do celle di-cipliuc au ihhii de laipielle on m'accuse. — Mais, mnnpcic, c'est infâme à vous de vouloir mourir ain-i... Je lie *>uis donc rien pour vous, moi? - Paul, je «ii'* ofliirkT avant que d'être pvre; plus bi sacr’- Ike est grand, plus il est louable, répondit le fanatique et opiniâtre ni. ritt. — Mai», mon (lieu! navel- vous que c'est un crime que vous commettez lal s'écria Paul avec violence. Mais vous oubliez doue que, si ma mère v«us voit et vous entend, elle vous maudit; voit* oubliez dune q< e suu dernier mui a élé ; « ' is |mur notre Paul! » Vous savez bien, d'ailleurs, que, si voit» mourez, je me tuerai aussi ! — Paul! dit Pierre avec autnr le. — Oui, ajouta l'eufaul exaspéré, nui, je me tuerai, à vos pieds, devait! vous; car, à la tiu, je me las»erai des sacrifice» que je vous l'-.i-- Je vis bien, moi ! et mes illusions m’ont été arrachées nue à une. Je vis bien, moi ! et Alice est morte à mes yeux en prononçant le nom d'un bouline qui ne l'aimait pas et qu'elle m' avait prééié. à moi, qui l'aimais oli ! «pii I . limais tant ! Je li ai pas seize ans, et le monde e»l déjà désert pour moi: je n'ai plu» que vous, vous seul! Et. pour Lin* respecter un homme belle et stupide, vous, brave et loyal, vous mentez. ... vous mendiez bassement une mort houleuse que vous n'avez pas méritée. — Paul, je fais mon devoir. — Notre devoir ! mais c’est infâme, cela ; votre d«‘voi.' ! mais vous me le prouvez aussi, vous : tout est égoïsme sur la terre; car enliti, savez-vous que je pourrais douter de votre amour pour moi, mon père! — 0 mon Paul, mon eiifimi, quelle peusée! dit le pauvre père lout pleurant. — Obi pardon, père! pere, pardon ! mais entends-moi. écoule (on Pau! que tu aimes tant; c'est pour toi, c'est pour ( engager à vivre que je te dis |«iut cela... — Mais, malheureux cillant, tu me lues; e'e-t une toiture affreuse... Maintenant, je voudrais reveuir sur mes pas; le pttts-ie? c’est uu fait qui s'est pa»M! aux yeux de l'équipage. «-'est un fait clair et patent . avoué par moi, prouve. Mon bien! mou Dieu! est-ce à loi à me faire dis reproches !.... tu devais pointant bien sentir si mou cœur bailait quand nous nous embras ions avant d’aller au feu, — Tu as rai-nu , pere, répondit l'aui avec uu calme qui contrasta singuliereiiient avec l'cxallatiou passagère qui l’avait animé mi iiistaul, et sa ligure prit même une expression de douce sérénité. — Tu as raison, apres tout, vois-tu? ce que je l'eu disais, moi... c'était pour toi maintenant que tu m'as prouvé que tu ne peux échapper à ton sort... je serai raisonnable.
Pierre ne comprenait pas. mais son «mur sc brisait.
— Tu sens bien une cliosc; Alice est morte . u’o-t-ec pas ? A|hcs ta moil, bis d'iiu condamne, il me faudrait quitter la marine, et vivre je ne sais où. Et puis, pour qui vivre? Avoue doue, pere, avoue, au fond de tou cœur de loyal marin . que je serais fou lie penser à le survivre. — Paul !... dit l ierre effrayé. — Non, là... ligure loi que moi. moi lou lils, j'ai été condamné a mort... me survivrais-tu? — Oh ! mou D.cti ! — \ ou père, c'est au nom de ma mere que je vous supplie de pailer vrai, de dire ce que vous avez dans le cœur.— Voyous, pere, me survivraiv-tu?
Pieire ne répondit Heu, et cacha sa tête dans scs mains en faisant en* tendre uu gémissement cruel.
— J’en étais sùr, dit l'enfant: est-ce que je pouvais avoir une peusée qui ne lut pas la tienne? b ailleurs, je ne vivrais pas : tu vois connue je suis souffrant; je deviendrais fou... mieux vaut mourir avec loi. Ah ça! père, ou le juge aujourd'hui, c’est donc demain.... Eh b eu ? à demain, pere ; là comme au feu, le père et le iils seront côte à c ôte et tomberont du même coup. Je te demande un peu si je puis désirer, ambitionner aulie chose : si ce n’e*l pas la la tiu conséquente de ma vie maintenant. Mais réponds moi dune, père mon Dieu! que Ui as l'air triste et sérieux ! mai» pourquoi ça ? Mais regarde dune tou Paul, au moins, dit 1 enfant en a baissai il le» mains de Pierre qui cucliail sou visage.
C’M que Pierre éprouvait une énmliuii impossible à décrire ; il rompre un il b* désir de s n lils. Il sentait que pour son nullinin ux rul'.iiil la vm n était plus pn»silde. car il jugeait d apres lui , et il savait que. c- mine Paul, lui u'eill pas b. site un moment.
— Mai» dis donc, pere, je ne sais, mais Et tête me tourne et le cœur me mauqoe... c'est une de mes faiblesses... lu vois... que... et... pere.
Il pâlit : ses yeux se fermèrent, et il s'évuiiouii dans les bras de Pierre. Pc pauvre enfant, usé par le» piivatiau» du radeau, par le eh. grill, était d mie laihle.-se in< me : c'est au plus s'il y avait lui l jour» qu il se levait, convalescent d’une longue et douloureuse maladie.
— Mal. di< lion ! il se trouve m.d , c’est la troisième fois depuis hier...
El il portail Paul sur son lit.
A ce moment Urulicu cuira .
—Mon bon lieutenant! dit-il en prenant les mains de Pierre. — Toi kl» mon vieux (Ira lien... c’est le ciel qui t'envoie. Aide-moi, aide-moi à secourir mon enfant! — C'est une faiblesse, lieutenant; du viuaigre !— En
voici.— Ce ne sera rien, lieutenant, «lit Gralien... — Ecoute-inoi, Gratien, tu m'es dévoué... — Je viens de Brest à pied, jour et nuit, pour vous voir, lieutenant. — Kl» bien ! liens, prends... voici de l'or, c’est tout ce nui me reste... Emmené mon fils où tu voudras, enfcrme-le, g.irde-le ne pré ou de force, mais que je ne le voie plus... Mon arrêt va être prououcé aujourd'hui etexéeulé demain... Tu conçois, Gratien?.. — Oui, lieutenant, dit le marin d’une voix ferme.
La porte s'ouvrit. — Lieutenant, le conseil est assemblé, dit le capitaine d'armes. — Je monte, monsieur, réjiondit le lieutenant. Le sousollicier se retira.
Alors, s'approcliant de Paul toujours évauoui, le pauvre père se baissa sur lui et l'embrassa avec une émotion déchirante.
— Adieu, adieu, mon Paul, mon enfant, adieu tout! Je ne te verrai plus, plus, jamais, jamais ! Si... oh ! si... Bientôt, peut-être. One je souffre ! Quelle cruauté Mais maintenant, c’est impossible ! mes aveux ont renforcé l’accusation ; il y a des témoins; tout est fini, il n'y a plus à revenir. — Adieu encore, mon enfant, mon pauvre enfant! El mourir sans que tu m’aies embrassé ! c'est affreux, affreux !
Et le misérable cherchait les lèvres de son fils, les appelait de son Iraleine, baisait ses cheveux, son front, le mouillait de pleurs en lui disant adieu.
Et il allait a la porte, mais il revenait encore à son fils pour le couvrir de larmes et de baisers.
— Tiens, je mourrais ici ! Gratien, ouvre b porU*.
Gratien, dont le cœur était brisé, ouvrit la porte, et l'on vil le piquet destiné à conduire Pierre dans la chambre du conseil.
Gelte vue rappela le lieutenant à lui-même ; il boutonna son uniforme, dégarni de scs epauleltcs et de son ruban, essuya ses yeux, prit son chapeau, et dit au sous-o (Vicier, d’une voix ferme et imposante :
— Marchons, monsieur.
F.l les pas lourds des hommes de garde retentirent dans la batterie. Arrivés près de L» chambre du conseil, les armes posée* à terre résonnèrent sourdement, et Pierre, accompagné de deux hommes, entra dans la chambre du conseil.
l'endanl ce temps, Gralien, protilant de la faiblesse et de l'évanouissement de Paul, le transporta à terre, aidé par les matelots du bord.