‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue La vigie de KoatVen roman maritime 17801830Chapitre 18 sur 70 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

etruefs.

Une femme eut un oiseau

Eludt ptyctiofa/jiqmr du Itmpt dt l'tmpirt,

Figuicz-voii» un boudoir tendu de salin blanc à grandes fleurs roses damassées, avec les rideaux pareils cl garnis d'une frange de grosses perles encadrées dans une délicate broderie d'argent; les carreaux des fenêtre*», dépolis et teints aussi eu rose, à l'instar des anciens vitraux, laissent léguer dans cette rav issante pièce un demi-jour mystérieux et tendre, une lueur rosée comme celle du crépuscule par un beau soir d'été.

Ce boudoir était encombré de ces futilités exotiques si ruineuses et si fort à la mode alors. C'étaient des vases du Japon, eu porcelaine verte et or, remplis de fleurs fraîches et embaumées; des vernis du Japon, rouges et noirs : des magots du Japon, les plus effrayants qu'on puisse imaginer et bariolés de couleurs tranchantes.

Ou voyait encore, sur une cheminée de porphyre, de ces curieux vases chinois en verre peint, qui coûtaient jusqu'à cent louis la paire ; et pub enfin des objets d’une utilité plus réelle complétaient l'ornement de celle délicieuse retraite. C'éiaieut un magnifique clavecin de Marchand, une harpe de Lcgris, qui passait alors pour une rareté, et sur une petite table de vieux laque une boite de pastels et du vélia bien blanc et bien tendu.

La divinité de ce temple (vieux style) était mollement couchée sur un grand et profond canapé circulaire. C'était la baronne de Cernau.

Jamais sa jolie figure, mobile cl capricieuse, n'avait èévélé une expression plus rnnliuc et plus mauvaise. Ou devinait que tous les nerfs de celle femme impressionnable étaient tendus et agacés.

Vêtue d une simple robe Utancüe, coiflée en frimas et en repentirs, elle était charmante ainsi.

Clic lisait dans un petit livre de maroquin rouge tout doré.

Au bout de cinq minutes, elle jeta le livre loin d'elle.

Ce livre était U Sofa , de M. de Crcbillon (Ils.

Alors Cécile sc leva, courut s'asseoir à son clavecin, cl commença de fredonner une nouvelle romance de M. de La borde, qui faisait fureur: l.ubin el Lubint, ou le //rrger igran.

Après quelques accords, Cécile ferma le clavecin avec colère, car clic ne pouvait chanter. Sa voix tremblait ; scs doigta erraient incertains sur les louches. Aitsal elle déchira le cahier de romances, elle le foula aux pieds, trépigna dessus, frappa de scs petits poings sur le clavecin et courut cacher sa tôle sous les coussins du sofa eu disant : — Mon Dieu, que je suis malheureuse !

Cinq minutes après, Cécile riait aux éclats et tenait sur scs genoux sa ciiiennc Zcrbine, no de tes imperceptibles épagneuls à longues soles argentées, lisses cl parfumées.

A l'aide d'un ruban rose, madame de Ceroan coiffait Zcrbine t et, quoique Zerhitic fût ordinairement d'un caractère assez quinteux et assez maussade, elle sc laissait faire complaisamment, lorsque tout à coup Cé-

cile se fiche, d’un revers de sa jolie main blanche soumette Zcrbine, la jette loin d'elle et va s'asseoir devant la table chargée de pastels.

Ici ce fut bien autre chose, ma foi. Je ne sais quels traits sc reproduisirent sous le crayon de Cécile; mais, après quelques essais sans doute infructueux , le carton vola par les airs, accompagné de la boite de pastels, qui alla tomber en tournoyant sur un de ces beaux vases de verre chinois, dont les morceaux 'roulèrent sur un magnifique lapis de Turquie.

A b vue de6 débris de ce vase précieux, b colère de Cécile fut à son comble, et clic entra dans cette espèce d'ivresse furieuse assez commune aux Jolies femmes fantasques ou aux cotants gâtés qui, dans b rage d'avoir brisé un objet, en briseront dix, vingt, en briseront tant qu’il en restera, el ne s'arrêteront que par lassitude, comme le soldat ivre de carnage ne s'arrête qu'alors que son bras ne peut plus frapper.

Cécile sc livra donc à 1 accomplissement fort peu logique de celle pensée : qu'il faut casser parce que l'on a cassé. Or, quand clic cul mis tout en pièces, n'ayant rien de mieux à faire, elle s'évanouit.

licumisemcol que ses femmes étaient accourues en entendant ce laisse infernal : elles délacèrent leur maîtresse, cl l'inoudereut d’eau de a Rcinc-dc-Hongne ; bientôt Cécité reprit ses sens et sc calma peu à peu.

Il ue des femmes resta près de ta baronne, cl sortit après lui avoir remis mystérieusement une taure, que Cécile jeta au feu à ta seule vue de sa forme cl de son cachet ; puis tout à coup clic voulut la ravoir, el ta retira de la cheminée au risque de se brûler les doigts.

Cette lettre, d'abord si dédaignée, était pourtant une lettre d’amour ; niais cet amour, quoique ardent, était si pur, Bi désintéressé, si extatique, que non -seulement une mère n'en aurait pas pris ombrage, mais encore qu'un mari raisonnable en eût été extrêmement üatté.

Cet amant, si platonique et si rare, était, malgré cela, lieutenant-colonel dti régiment de Bourgogne, infanterie, alors en garnison à Ncvers ; il sc plaignait à Cécile du silence qu’elle gardait depuis quelques jours, et aspirait après une lettre qui était tout son espoir, el serait toute sa consolation.

Cécile froissa le billet, el le jeta de nouveau dans la cheminée.

— Que je suis malheureuse pourtant ! dit-elle, voilà M. de Sainl-Cyr qui m'aime véritablement; c’est un des hommes les plus recherchés el des plus aimables que je connaisse ; je ne lui ai jamais rien accordé.... il ne m’a jamais ricu demande.... U est d'une soumission, d'un amour.... sans pareil : eli bien ! non, ce n'est pas cela, il faut qoe malgré moi j'aille m'occuper...

A ce moment un valet de chambre entra...

— Le coureur de M. le comte de Vaudrcy vient d'apporter cctlc lettre pour madame ta baronne, dit-il en remettant un biTcl à Cécile.

— Sortez, dit-elle en prenant avidement ta lettre ; elle lut ; c était de Henri.

s Etant à dîner chez le maréchal de Castrics, vous avez dit : « Que je « voudrais donc connaître ce qui cause l'air sombre de cct Anglais, ci « que je serais contente de savoir sou secret ! a Ces mots, sans importance pour vous, mais précieux pour moi, puisqu'ils exprimaient un de vos désirs, je les ai retenus : le secret, je l’ai conquis, je le sais; quand pourrai-je vous le dire?...»

— Voilà donc ta cause de son duel avec cct Anglais, s’écria la baronne ; et c'est pour moi.... pour moi. .. qui me croyais dédaignée.... ob ! j'en deviendrai folle!...

a Puis, courant à sa table, elle écrivit à la hàlc ces sou K mots : « A l'instant... » sonna, cl dit à son laquais : Pour M. le comte de Vaudrcy.

A peine le valet fot-il éloigné, que Cécile frémit de l'mconrninure de la réponse qu'elle avait faite à Henri. Cette femme si impressionnable et si vive s'étaR laissé emporter à un premier mouvement de joie, de surprise et de bonheur Quand elle col retrouvé son sang-froid, elle vil tout ce qu'il y avait de dangereux dans sa conduite.

Elle en pleura de rage, et, selon lusagc, concentra toute sa colère sur celui qui I avait amenée à agir ainsi.

Car, par une contradiction singulière peut-être, si elle aimait Henri comme amant, elle le baissait comme homme.

Et, à ce propos, on sc tromperait, ce me semble, en croyant que les femmes aiment un homme précisément à cause des perfidies qu'il aura tuiles à d’autres femmes. Elles ont, comme on dit, trop d’esprit de corps pour cela.

Il y a, je crois, dans leur conduite, moins d'amour que de curiosité, d'orgueil féminin froissé, de vague espoir do vengeance, ou de confiance en leur supériorité, qui les mettra au-dessus du sort commun; en donnant des droits au perfide, elles savent ou croient acquérir sur lui une influence complète, dont elles comptent user pour venger ta cause commune; ce qui est un bien admirable dévouement. Malheureusement si te perfide est aimable, cl cela s'est vo, l'égoïsme s*en mêle, cl ta femme, oubliant la vengeance commune pour sou bonheur privé, se laisse bercer par cette douce illusion : qu'elle ne sera pas trompée comme les antres,

arce qu’elle vaut mieux que les autres, et un jour elle se réveille aussi,

son tour, femme à venger.

Cécile se trouvait donc dans un étal cruel d'angoisse ; tantôt elle sc promettait de recevoir Henri avec mépris cl dédain, et de le persifler sur son impertinente confiance; tantôt elfe voulait se montrer bonne et letadre, et lui savoir au moins gré de cette originalité chevaleresque qui l'a-

LA VIGIE DE KOAT-VEN

vai( poussé à exposer ses jours sor un mot dit par die au hasard, mais loiréfasrr tout, même l'espoir.

Au milieu de ces coulrauictions ou annonça le comte de Vaudrey.

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