‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue La vigie de KoatVen roman maritime 17801830Chapitre 22 sur 70 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Il y a panai eux de* homme* très-malheureux, que personne ne console; ce ton!

Les maris jaloux ; il y en a que tout le monde hait, ce sont les maris jaloux ; il y t u a que tous les li<ftnmc* méprisent, et ce sont encore le* maris jaloux.

Haanpn. — UUruptmnu, I, 55.

Cccy est digne d'eatre considéré, que noslre nation donne 1 la vaillance le premier degré des vertu*.

Mostogxb, liv. Il, chap. vu.

En 1780, comme en 1850, ç’a toujours été une existence assez monotone que la vie d'un officier de marine dans un port utilitaire.

Mais c'est surtout pour ceux qui, étrangers à la ville, n’y ont aucune relation de famille, que les jours sc traînent longs et ennuyeux ; car il y a même peu de distractions à chcrt lier dans ce qu'on appelle b toeiétf, cette société, comme toutes les sociétés de province, n otant amusante que pour ceux qui, vivant sans cesse dans son cercle, peuvent être au lait des sempiternelles médisauecs. plaisanteries ou rivalités sur lesquelles pivotent ordinairement les beaux esprits de l'endroit. Mais, au résumé, tout cela doit paraître assez sot à uii pauvre diable qui arrive de VerwWei, de Paris ou du Chili. Aussi a-t-il à choisir outre la bière et la fumée des estaminets, les faussets d'un pitoyable théâtre, et les charmes de la solitude b plus complète.

Or, trois des officiers de la frégate fa Sylphide, que commandait le comte de Vaodrey, auraient eu à faire ce choix embarntss-ml, car ils étaient totalement étrangers à Brest, s'ils n'avaient pas eu la lumineuse idée de se réunir tous les soirs chez l'un d'eux, et d improviser ainsi uu petit Paris sous le ciel brumeux de b Bretagne.

De celte façon, ils vivaient de leurs mutuels souvenirs, se communiquaient les lettre» qu'ils recevaient de la cour, et refaisaient ainsi un peu de celte bonne existence de Paris et de Versailles apres laquelle ils soupiraient si vivement.

Ce» trois ii. lime*, comme on les appebit, étaient le marquis de Miran. le chevalier de Monval, tous deux enseignes de vaisseau, et le baron de Saint-Sauveur, garde du pavillon, faisant à bord le service d'officier.

Chaque soir, après dîner, ils se rassembbieut chez l'un d'eux, et b, auprès d’un bon feu bien flambant, devant lequel frémissait une immense bouilloire d'eau chaude destinée à parfaire le punch, le café ou le thé (dont l'usage commençait à se répandre dans l'aristocratie), les trois gentil-hommes causaient longuement de voyages, de combats, de Versailles, de Paris, de femmes, jouaient quelque peu. ou se lisaient les lettres qu'Us recevaient de leurs nombreux corrcsnnndants.

LA VIGIE DE KOAT-VEN

Les trois amis sc réunissaient ce soir-là cher le marquis de Mirait.

Le chevalier de Mouval était arrivé ; ils n 'attendaient plus que le bitron de Saint-Sauveur.

L’appartement de M. de Miran se composait de trois de ces grandes pièce» garnies qui ont un caractère si particulier et si triste à mon avis.

Les deux jeunes gens s’étalent établis dans b moins vaste de ces chambres, qjui avait la prétentiou d'être un salon ; mais, grâce à un immense feu bien pétillant, à un épais tapis, et à de grands rideaux qui cachaient les fenêtres, ou pouvait encore là passer une soirée d'hiver, étant bien étendu sur un des trois larges canapés nui ornaient celle pièce, et humant de temps à autre on verre de punch brûbnt ou une tasse de thé de Caravane.

— Que diable peut donc foire ce fou de Saint-Sauveur pour arriver si tard ? dit Mouval : pour Dieu, qu'il ne nous manque pas, nous sommes à court de nouvelles, et nous comptons sur lui pour en apporter.

— En effet, Mouval. dit >1. de Miran, c’est un mauvais courrier que celui d’aujourd’hui ; et, pour nous refoire, il a fallu passer dix heures à f arrimage de celte maudite frégate.

— Sans compter la fatigue mortelle d’avoir sans cesse ce diable de lieulcnaut sur nos talons, uit Mouval.

— Oh ! pardieu, le bleu (I) qu’il est ! reprit Miran, il tient à prouver qn’i) sait son métier, ce que personne ne lui conteste. Mais il y a obéi cct homme-là une brutalité et une insolence de manières qu’il ne porte heureusement que dans le service: car sans cela, mon cher, il y aurait du sang de répandu.

— toit! dit Mouval, il est à moitié fou, il faut s’en amuser; moi, au contraire, je mets une soumission djns le service qui le désespère, et, une fors hors de b frégate, je lui remis bien scs impertinences, à ce digue M, Thomas, que je soupçonne fort d'être au désespoir de ne s’appeler que Thomas, quoique lui et son and Gétléon, notre digne docteur, ne cessent de clabauder contre la noblesse.

— fledéou f en voilà un qui est bête ! dit le marquis de Miran ; un imbécile qui... Mais j’entends Saint-Sauveur...

Eu effet, Saint-Sauveur entra.

Il pouvait avoir dix-huit ans ; ses deux amis paraissaient un peu plus

âges.

— Bonjour, cria Saint-Sauveur en entrant; bonjour et bonne soirée : j’ai des lettres !

— Bravo ! voyons.

— Non. Auparavant donne-moi une rubc de chambre, Miran. Comme H. Jourdain, je crois que je lirai mieux en robe de chambre.

— Allons! tiens, fou que tu es! dit son liôte en lui jetant ce vêtement, qu'il prit dans une garde-robe.

Saint-Sauveur dépouilla sou habit bleu calonné d'or à la Bourgogne, gaida sa veste, sa culotte et ses bas écarlates (écarlates parce que les gardes du pavillon faisaient partie de la maison du roi), dégrafa son ceinturon de daim, jeta sou épée sur une table, passa b robe de chambre, s'allonge» commodément sur un canapé, et dit enlin h scs deux amis, qui attendaient b liu de son installation avec une avide curiosité: Mes amis, j’ai des lettres de Paris ; et entre antres une du marquis de la Jaille, de l’ami intime de notre futur commandant.

— C’est parfait; lis nous ceb...

— Je crois bien que c'est parlait, car il s’agit d'une aventure des pins bizarres; c'est tout nu roman, dont le aénoûmcnt est l'arrivée prochaine du comte de Vaudrey.

— Mais li» donc, maudit bavard, crièrent les intimes.

— M y voici. Ecoutez donc bien ce que m'écrit la Jailli*.

« Vous vous plaignez ordinairement de ce que mes lettres sont courtes, mou ami ; en voici une qui. je crois, ue m'attirera pas le même rcproebe . Je serai prolixe, car il s'agit d'uu de mes amis les plus intimes, sons les ordres duquel vous allez vous trouver, et je n'ai rien voulu . omettre d'une aventure que l'envie et b médisance s’efforceront, j'en ! suis sûr, de faire tourner contre mon excellent et digne ami, le comte Henri de Vaudrey. Voici le bit.

« Je vous ai raconté, dan» mes lettres précédentes, la plaisanterie si originale que Vaudiey lit à celle duchesse espagnole, son déguisement, j mu ivjour dans une tour isolée, sa plaisanter ie fort innocente d'abord, j ci qui. au grand regret de mon ami, je vous l'assure, a fini d'uue façon I plus sérieuse. Mais aussi, qui diable pouvait s'attendre à voir, de nos jour», une femme pousser les choses au-si loiu et être assez enfant pour 'iourir d’amour? Que voulez-vous! c'est un malheur; mais vous m'avouerez qu'il était impossible à Vaudrey de le prévoir.

> Connu ï vous pensez bien, celle aventure a mis Vaudrey plus à la mode que jamais; et, au nombre des femmes qui l'ont occupé, je citerai madame la baronne de Cernan, que vous avez vue, je crois, chez ma- j dame b princesse de Lorraine, d'où elle n'a bougé pendant quelques mois. ■

— Pardieu! je la connais aussi, dit Montai: une bien johe femme; mais d'une épouvantable pruderie, m'avait-on dit... Ali! elle aussi I.., Tiens... liens... tiens... si j'avais su cela !

(I) l.a marine distinguait alors en marine bleue et range. Le» officiers de la nunne rougi* étaient ordinairement de la nobloise, et sortaient «les gartfes-marrnes; les officiers bleu* ue servaient que comme- au Biliaires, et sortaient delà narine aurcliamie.

— Tais toi donc, dit Miran Saint-Sauveur continua:

« I) parait qu'un M. de Sainl-Cyr, lieutenant-colonel au régiment de Bourgogne, rendait aussi ses soins à madame de Cernan, quelle recevait même scs lettres, mais que lui. nas plus que d'autres, n'en avuit rien obtenu : enlin c'était, dit-on, du platonisme le plus pur. »

— Et lu veux que je ne méprise pas souverainement l' minuterie ! s'écria Mouval.

— Encore une interruption et je cesse de lire, dit Saiut-Sauveur, qui continua.

« Je ne sais ni pourquoi ni par quel moyen Vaodrey éloigna le mari et l’envoya trouver M. de Saiul-Cyr à Nevers, où ce dernier tenait garotton : nuis ce qu i! y a de certain, ce qui est maintenant connu de tout Paris, c'est que pendant le temps que le mari et l'amant pfoionique se disaient je ne sais quoi b Nevers, le comte passa toute une nuit avec la baronne dans sa petite maisou. »

— Bravo! cria Mouval, voilà une bonne leçon pour l'infanterie platonique...

« Par un hasard inconcevable, reprit Saint-Sauveur, quoique les précautions minutieuses que le comte et b baronne avaient prises parussent devoir ensevelir celte aveuture daus le plus profond secret, deux lettres anonymes, laucée*, on le suppose du moins, par b marquise de Vaillé, qui serait vue sacrifiée par Henri à madame de Ccrnau, apprirent à M de Saint-Cyr et à M. de Cernan qu'on les avait joués tous deux, et que pendant le voyage du mari à Nevers sa femme s’élail donnée à Vaudrey. Le fait fut aflinné par une des femmes de la baronne, qui, jusque-là, avait paru dévouée à sa maîtresse; mais qui, probablement corrompue par les infâmes qui avaient machine toutes ces horreurs, avoua tout au barou.

■ Jusqu’ici, mon ami, je n’ai rempli que le rôle de narrateur, voici comment je suis devenu acteur dans celte tragi-comédie.

« Il y a trois jours, je reçus un mol de Uenri, qui ine pria instamment de passer à l'hôtel de Vaudiey. J'y courus, et je le trouvai assez agité.

! Je t'attendais, me dit-il, car me voici une pitoyable affaire sur les bras.

Pour moi. ça m'c.si égal ; mats c’est cette pauvre madame de Cernan qui ! sera désolée. Enfla, n’importe, je l'ai écrit pour le prier d'élre un de mes seconds, Crussol sera l'autre. Je me rencontre ce tnatiu à la porte Maillot avec MM. de Cernan et de Saint-Cyr. Deux duels à b fois! lui disje ; mais b partie n'est pas égale. Ce qu’ils appellent! l'offense a été égal, mon cher, me dit Vaudrey: b réparation doit l’être aussi. »

« Nous partîmes dans son carrosse, lui, moi, Crussol et son chirurgien. « A la porte du bois, nous rencontrâmes uos adversaires, M. de Cernât) et MM. de Saint-Cyr et de Maupas, qui lui servaient de seconds.

a Nous payâmes largement les gardes, qui nous promirent ic silence, et nous gagnâmes une allée assez épaisse.

« Son eiuboupoint excessif lui rendant l'escrime fort incommode, M. de Cernan avait choisi le pistolet. Lui et Vaudrey devaient marcher l'un sur l'autre, et tirer quand bon leur semblerait, mais ne pas a'appro- | cher l'un de l'autre de plus de dix pas.

« On les plaça à vingt-cinq pas. Vaudrey était froid et calma comme I d'habitude.

«M. de Cernan était fort pâle; et, quoiqu’il fit un froid très-vif, il suait à grosses gouttes.

« A peu près à quinze pas de Henri, le baron lira son premier coup, et b balle effleura l'oreille de Vaudrev, qui riposta aussi, mais je jure sur l'Iionueur qu’il ne visa pas M. de Cernan. »

— Il était encore bon enfant, dit le chevalier de Monval en interrompant b lecture.

Saint-Sauveur continua après un geste d'impatience, n Lorsque les deux adversaires furent arrivés à dix pas l’un de l'autre. le baron tremblait si fort de colcre, que son pistolet vacillait affreusement daus sa main, a Vous n'avez pas votre sang-froid, monsieur le « baron, lui dit Henri: veuillez vous remettre, j’allendrai. » Puis, s'a dressant à M. de Saiul-Cyr : a Si vous ie voulez, monsieur, je suis à vos « ordres, car j’ai aussi alfaire à vous. »

« Celle démarche si noble, si inattendue, si généreuse, nous stupéfia tellement, que personne ne répondit d'abord ; mais M. de Saint-Cyr, tout en remerciant Henri de b délicatesse de son procédé, ne voulut pas accepter sans le consentement do M. de Ccrnau.

« El moi je m'y oppose, s'écria le baron furieux ; le misérable ne « mourra que de ma main; encore une fois, je m'y oppose : Sainl-Cyr « me le tuerait peut-être!... » ajouta ce forcené.

« Vous avez raison, monsieur le baron, chacun sou bien, dit tranquil- « lement Henri; alors j 'a tiendrai sans rien faire. »

« Ce» mois parurent redoubler b colère du baron, mais, en même temps, lui rendre tout son cahne extérieur ; d'une colère agitée, il passa à une rage froide: et son bras était tendu et roide comme une barre do fer quand il dit à Uenri, avec un alfreux sourire : a Alloua, alloua, mon. « sieur, vous voyez que je ne tremble plus; mêliez-vous donc b, que je « vous lue. »

« Henri ne répondit rien, me salua de b main, et regarda flseowol le baron. Le coup partit ; mais il n’atloiguit pas Henri, qui tira, lui, comme b première fois, au hasard.

« Au lieu d'apprécier cette admirable conduite, le baron se jeta star Henri, dans un accès de fureur indicible, et le frappa au visage en di-

uS

LA VIGIE DE KOAT-VEN

gant : « Ce n’eM pas Uni. enlends-in; je ne sortirai d'ici que mort on « t’ayant tué. *

« Au geste du baron, connaissant b violence de Henri, je crus M. de Cernan perdu. Vaudrev tenait encore à U main ses deux pistolets dé* chargés, U est vrai, mai» qui pouvaient lui êlro une amie terrible.

« Je ne pourrais vous dire combien je Tus stupéfié, mon ami, en voyant Henri rester presque calme; seulement je m'aperçus, à b contraction de scs joues, qu'il serrait violemment ses deuts les unes contre les autres.

« Moi. Crussol et M. de Saint-Cyr, nous conliumes le baron, tout en lui reprochant scs épouvantables façons d’agir.

— « Monsieur le baron, dit Henri avec son même sang-froid, votre offense change nos rôles, ou du moins les égalise. Tour en finir, je vous propose de prendre deux pistolets, dout un seulement sera chargé ; nous nous les appuierons sur b poitrine, cl tout sera dit : car, en vérité, nous jouons b un jeu d’enfants, et noos abusons de b compbhancc de ces messieurs. »

— « J’accepte, dit le baron.

« Notre inter vent ion pour le détourner d'un pareil projet fut vainc.

Le eommituirc. — r>ci 27.

« Ce qui avait été proposé par Henri fut fait ; ils prirent chacun le bout d'un mouchoir entre les dents. Nous donnâmes le signal. Un seul coup partit, ce fut celui de Vaiidrcy. Le baron tourna une fois sur lui-méiue, étendit ses bras et tomba sur le côté sans pousser un cri; il était mort. »

— Diable! dit Monval.

— Peste ! ajouta de Miran.

Saint-Sauveur continua :

« Je te jure, b Jaille, me dit Vaudrcy extraordinairement ému, que j’aurais tout donné au monde pour éviter celte affreuse nécessité : mais j'avais déjà ménagé deux fois b vie de ce furieux ; je ne veux pas non plus me bisser tuer comme un chien sans essayer au moins si le hasard oc me servirait pas.

— « Maintenant je suis à vos ordres, monsieur, dit Ucuri à Saint-Cyr.

« bu vérité, mon ami, ce fut un cruel spectacle de voir ces deux hommes terra il l.i M auprès de ce cadavre. Après dix minutes de combat, M. de Saint-Cyr fut blessé et désarmé ; il se déebra satisfait. On dit qu'il a quitté son régiment et qu'il se bit trappiste. La baronne de Ceru.-n est i retirée provisoirement dans un couvent. ■

« Voilà, mon ami, toute cetle aventure ; j'ai préféré vous b raconter dans ses moindres détails, afin de vous prémunir contre les bruits que b malveillance pourrait bire courir. Vous le voyez, il e*i impossible de mettre plus d'honneur, plus de délicatesse, plus de loyauté dans sa conduite que n’en a mis Vaudrcy, et pourtant r envie a déjà tenté de flétrir un aussi beau caractère. Mais ces odieuses manœuvres oot échoué, à b m illusion des méchants. Car je ne sais comment le bruit avait un instant couru que le comte était blessé dangereusement; eh bien ! b cour et b ville ont été se faire écrire chez lui, et ç’a été presque uu jour de létc quand on a su dans le monde qu’il u’y avait rieu a craindre pour ses jours. Il a pris hier les ordres du ministre et de Sa Majesté. Le roi l'a congédié, un peu sévèrement, il est vrai, en lui disaut :

— « C’est contre les ennemis de la France, monsieur, que noua vou- » Ions vous voir employer votre bravoure. Partez, monsieur, et que j en- « tende bientôt parler â’un de ces beaux faits d'armes auxquels vous « noua avez habitué. C'est le seul moyen de nous bire oublier votre a malheureuse aventure, et de rentrer dans nos bonnes grâces. »

a Celte mercuriale ne doit pas vous étouner. Le roi a une façon de vivre si austère, que b conduite de Vaudrey a dû lui paraître plus blâmable qu'elle ne l'est réellement.

« Adieu, mon ami ; je vous félicite bien sincèrement de servir sous les ordres du comte, quoi qu'oo eu puisse dire; je lui ai parlé de vous et l’ai présenté à votre père, pour lequel il a eu tant de préveuances et de coquetterie, que le vieux géoéraf en est maintenant fanatisé, et le cite, à tout propos, comme le modèle d’uu parfait gentilhomme.

« Adieu encore, tout à vous.

« Marquis A. di la Jailli, a

— Dbble! dit Miran, notre futur commandant n'emploie pas mal son temps.

— Voilà pourtant qui est singulier, dit Monval. Parce que M. de Vaudrey, après avoir déshonoré M. de Cernau, l'a tué sans défense devant cinq personnes, il est fort excusé et fort excusable ; tandis que s'U l’avait tué sans témoins il serait regardé comme un assassin. El pourlaui le fait est absolument le même.

— Sans doute, reprit Saint-Sauveur. Mais aussi, mon cher, nous vivons en société, nous ne sommes pas des sauvages.

— Après ça, ajouta Monval, M. de Cernan a pris b chose bien au sérieux.

— Ecoute doue, dit Miran, je sais aussi bien vivre que qui que ce soit. Mais, à sa place, j'en aurais fait autant, non à cause de tna femme, mai* à cause de cette mauvaise plaisanterie de ro’cuvoyer à Nevcrs... par nue pluie ballante, pendant que... Diable !... H y a moyen de meure des procédés partout.

— Mais, enfin, que voulez-vous! reprit Saint-Sauveur. On a une liaison ; malgré le mystère qu’on y met, le mari le sait et s'en Qche : il \ous Uie, ou on le tue. Cela a été, cela est, ceb sera de tous les temps. On ne peut pas 6e bire moine non plus.

— Pardieu ! dit Miran; aussi je ne cherche pas à justifier M. de Cernan aux dépens de M. de Vaudrey.

— Eh bien ! moi, reprit Monval, je suis plus sévère. Je dis qu’il y a des loris des deux côtés.

— Mais aussi, toi, tu es un double Caton, dit Saiot-Sauveur.

Et les trois intimes finirent leur soirée en causant sur ce texte inépuisable, qui amena une foule d’anecdotes dont le récit varié les mena fort avant dans b nuit.

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