‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue La vigie de KoatVen roman maritime 17801830Chapitre 24 sur 70 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

uksmoa.

tcaon. Eh bien?

fcicHAnu J« fui* prêt, et il y a trou mes- MÇcr-i qui attendent

miovT Tu trouves peut-être que je suis resté trop longtemps? Tu bis une mine d'une aune.

ricjhhu. Pour me conformer à vos ordres, il y • fort longtemps que j'aUeuds.

Gante. — Eymonl, acte U.

C’était le lendemain du jour de l'arrivée du comte à Brest; la cloche de l’arsenal du port sounait ouze heure» et trois quarts, lorsque le licuteuaut Jean Thomas, suivi du docteur Gédéou, heurta légèrement à la porte d une des plus belles nuisous de la place d'Armes.

Le lieutenant était revêtu du grand uniforme de b marine royale, uniforme bleu bordé d’un galon d ur double sur les manches, veste, culotte et bas écarlates et boucles d'or.

L'uniforme du docteur était plus modeste : il consistait en un habit gris-dc-fer foncé à revers et parements de velours cramoisi galonné seulement aux boutonnières ; veste cl culotte cramoisies et bas bleus.

— Ces canailles de valets qu'il traiuc à sa suite ne nous auront pas entendus, dit le lieutenant Tltoiuus avec colère en frappant une seconde fois.

— Ils fout les sourds pour les petites gens comme nous, ajouta Gédéon avec un souris mahu en frappant de nouveau.

La porte s’ouvrit, et le lieutenant fil une grimace dédaigneuse à b vue de quatre ou cinq valets en grande livrée rangés dans une antichambre de la maison qu’occupait d'habitude le comte de Vaudrey lorsqu'il était à Brest; sa fortune lui permettait d'avoir une habitation à lui dans chacun des trois ports militaires où son service pouvait rappeler.

Uii des laquais ouvrit la porte d uu premier petit salon où se trouvaient deux valets de chambre vêtus de noir, qui demandèrent à Jeau Thomas s'il n'était pas le lieutenant de M. le comte de Vaudrey.

— Je suis le lieutenant de b frégate la Sylphide, répondit aigrement Thomas.

Sur cette réponse, le laquais le ût entrer, avec le docteur, daus un

assez grand salon, en leur annonçant que M. le comte, occupé pour le moment, ne se ferait pas attendre.

— C'est pis qu'un ministre, ma parole d'honneur, dit le lienleuant avec mépris.

— Et voilà le» gens qui grugent b sueur du peuple, comme s’ils ne pouvaient pas venir ouvrir leurs portes eux-mêmes, ajouta stoïquement Gédéon.

— Mai» voyez donc, docteur, reprit Thomas eu mnutrunt à son ami un ameublement d’iiuc richesse inouïe pour b province, voyez doue quel luxe! et tout ceb, pour passer quinze jours ou trois semaines daus uu port : c'est bien ridicule!

— C'est infâme, c’est atroce! reprit Gédéon, sans compter qu’il y a b sept ou huit gredins de f.iiuéanls de laquais qu'il nourrit audacieusement, au lieu d en foire des membres de b société. Oui. si j'étais le roi, moi, j'obligerais les grands seigneurs de donner un étal à leurs valets; d’en faire d’estimables serruriers, de dignes maçons, de vertueux cordouuicrs, qui travailleraient gratis pour le peuple, et trouveraient encore le moven de servir leurs maîtres à leurs morne uls perdus : j'aimerais mieux la livrée de l'artisan que la livrée du courtisan ! s'écria le docteur dans un ébn de phibolhropie.

Le lieutenant paraissait ne pas faire b moindre attention aux systèmes économiques et philosophiques du docteur, car il regardait sa montre avec une expression de joie maligue.

— Bon ! midi, s'écria-t-il, midi ; et j'avais donné l'ordre à l'état-major d'être chez le cuuimambul à midi précis : les ollkiers ne s’y trouvent pas; aux arrêts. Ab! messieurs les gentilshommes, vous payerez cher votre iii'olente soumission.

— Est-ce que vous avez aussi prévenu l’aumôuier, lieuleuaut ? demanda le docteur.

— L’abbé de Cilly, siiis doute.

Est-ce qu'il sera aux arrêts aussi, lui?

— Eh mon Dieu! comme partout, ne sont-ils pas hors de notre atteinte?

— Latssez-moi '-.ire, lieutenant, je vous vengerai, dit gravement le docteur, vous verrez, nous rirons; je I embarrasserai joliment, moi qui sois athée de droit puisque j ai étudié raualomic : oui, qu'il vienne uie parler de ses bêtises de religion, et je lui dirai : L'abbé, trouvez-moi donc dans le corps quelque cuose qui s'appelle l'espérance ou b charité: oh ! uu bon mot, lieutenant! je lui dirai ; Je trouve bien le foie, mais b foi!... Allez, bissez faire! nous rirons. A propos, le connaissezvous, le brigand de tartufe?

— Pas du tout, je ne l'ai jamais vu; il est arrivé depuis peu de temps et il ue sort jamais, m 'a-t-on dit.

— Encore un podagre comme l'autre, reprit le docteur, une vieille bêle do Dto gratuit. Uli ! U peut bien s'attendre à mener une vie dure, lé calotin qu'il est, parce qu'avant tout les hommes sont libres, et ne doivent pas se laisser abrutir par les préjugés.

A ce moment le valet de chambre annonça :

— M. l'abbé de Cilly.

— Voilà le tartufe, dit Gédéon d'un air narquois en poussant le lieutenant du coude.

Ibis quand les deux compagnons virent l’homme qui cuirait, leur ligure perdit son expression Ue gaieté mépri&aule pour celle d'uu étonnement profond.

L'abbé de Cilly était un homme de trente ans environ, de haute et noble taille; sa figure pâle était d'une beauté sévère, et son costume ecclésiastique tout noir paraissait d une recherche élégante.

Mais ce qui surtout distinguait cet homme, c'était un regard perçant, d'une fixité embarrassante, qui jaillbsail parfois comme uu éclair de ses deux grands yeux à demi voilés par de longues paupières.

A la démarche facile et assurée de cci abbé, à la façon libre et fière dont U portait sa tête, on devinait au premier abord qu'il avait vécu ailleurs qu'au séminaire, car on ue retrouvait pas dans son maintien celle timidité naïve, celte pieuse et touchante gaucherie de jcuues prêtres qui ont toujours vécu dans une sainte cl chaste retraite.

Ce qui prédominait aussi dan» l'ensemble de la figure de l’abbé, c était l'expression d'une gravité austère mais surtout dédaigneuse ; c était encore un air de consciencieuse supériorité qui s'imposait de lui-même à ceux qui le voyaieut.

Cet extérieur, si opposé à celui dont le docteur Gédéon avait gratifié Je fouir abbé, produisit une singulière stupéfaction sur les deux marins.

Le prêtre s'assit sans paraître (es apercevoir : uue fois as»U, il appuya soo front sur sa main et se mil à réfléchir profondément.

Le docteur poussa le licutcuanldu coude, comme pour lui dire Vous qui êtes hardi, parlez-lui donc.

Alors le lieutenant, surmontant l'espèce de trouble où l'avait jeté celte appariliou imprévue, dit d'une voix brève et dure : — L'abbé, tues ordres portaient qu'on se réunirait ici avant midi, et H est midi vingt minutes ; soyez plu» exact à l'avenir, entendez-vous, l'abbé?

L'abbé ue bougea, il tenait toujours son front dans sa main.

— L'abbé, le lieute naul vous parle, dit le docteur enhardi par un cuup d'oui de Tltomas, en touchant le bras de l’abbé.

Celui-ci leva lentement la tête et ultuchâ sur le docteur un de ce* longs regard» qui paraissaient vouloir traverser l'àmc de celui sur lequel ils loiubaicul, cl dit d'uuc voix calme : — Que voulez-vous, monsieur ï

LA VIGIE DE KOÀT-VEN

— Monsieur veut vous (aire observer que je vous ai adressé b parole ] pour vous dire qu'ayant donné l’ordre de se trouver Ici 4 midi, je suis ! étonné que vous n’y soyc* qu'à... midi... vingt minutes... dit Thomas.

Le commencement de b phrase de Thomas avait été prononcé d’une voix nette et brève : mais, en terminant, le regard fixe de l'abbé produisit son effet accoutumé: et. malgré son dépit et son assurance, le lieutenant fut obligé de baisser les yeux en balbutiant scs derniers mots.

— Eh bien, monsieur? reprit l’abbé.

— Eb bien! l’abbé, dit le lieutenant en reprenant de nouvelle* forces, j’entends que cela n’arrive plus à l'aveuir.

L’abbé lui répondit avec douceur : — Je fermais les yeux d'un mourant. monsieur.

Puis, appuyant de nouveau sa téta sur sa maiu, il parut retomber dans se» rêveries.

A ce moment nu bruit confus de pas retentit demere la porte, et le valet de chambre annonça successivement :

— M. le marquis de Miran.

— .M. le chevalier de Monval.

— M. le baron de Saint- Sauveur.

— Ma foi, excusez-nous, lieutenaul, dit le marquis de Miran. nous sortons du cabaret, où nous venons de iaire nos adieux aux officiers du brillant qui appareille avec le jusant.

Vous garderez les arrêts vingt-quatre heures, monsieur, dit Thomas; j’avais donné l’ordre pour midi.

Le marquis de Miran fit un signe à ses camarades, et tous trois saluèrent le lieutenant, sans lui dire un mot de plus, ci se mirent à causer gaiement entre eux.

En culcudanl sonner la demie, le lieutenant ne put retenir un mouvement d'impatience ; cl entr ouvrant b porte du premier salon : — Le commandant ne sera donc pas visible aujourd'hui ? demanda-t-il avec hauteur au valet.

— Mouleur le comte est occupé, dit le laquais.

Le lieutenant referma b porte avec violence, en disant : — Il est b, renfermé avec quelque fille ou avec son tailleur, ou son cuisinier, pendant que du braves et francs marins font antichambre comme des laquais! voilà où mène l'insolence du titré et du rang !

Ces furibondes déclamations furent interrompues par l’arrivée du comte. . ,

Dès que Henri fut entré, tous les officiers se levèrent ; et 1 on ni alors deux nouveaux personnages qui s’étaient joints à I état-major de la frégate : c'étaient Rumphius et son frère Sulpice.

Ilumphius, enseveli comme d'habitude dans ses calculs à perte de vue. était cloué dans un butcuil ; le pauvre Sulpice, tout honteux, tout confus de se trouver en pareille société, et de voir b distraction de son frère, le tirait en valu par 1a manche en lui disant à voix basse : — Mon frère, voici M. le comte de Vaudra?; mon frère, levez-vous donc! .. Peine» cl paroles perdues. Sulpice prit alors le parti de rester près de (iumphius, pendant que les officiers se formaient en cercle autour de fleuri.

— Messieurs, dit le comte avec au gracieuse affabilité, mille pardons de vous avoir bit attendre, mais j'avais quelques affaires à terminer; et vous juge* de leur importance, pubqu’elles m'ont empêché d’avoir rbonneur de vous recevoir plus tôt.

— En effet, commandant, nous attendons Ici depuis une demi-heure, dit Thomas duo ton sec.

— Ah ! monsieur. dit Henri en sonnant, il faut, je vous assure, plutôt plaindre ceux qui font attendre que ceux qui attendent ; n'cst-ce pas, monsieur? ajouta-t-il gaiement.

Je le crois parbleu bien, commandant, dit étourdiment Saiol-Sau-

veur; von» prêchez des convertis, puisque nous-mêmes venons d'être mis aux arrêts pour nous être fait attendre.

— Ali! monsieur, dit Henri au lieutenant d’un air d’amical reproche, j’espère être plus heureux celle fois-ci que b première, et que vous ne me refuserez pas b grâce de ces messieurs?

— Tous les hommes sont égaux, commandant : je ne vois pas pourquoi l'on aurait plus d'indulgence pour un officier noble que pour un pauvre matelot.

— U les traite joliment, les pauvres matelots, dit tout bas Saint-Sauveur.

— Cela suffit, monsieur, reprit Henri d'un air froid et poli. Veuillez me présenter nominativement ces messieurs.

Le lieutenant salua et commença :

— M. de Miran, enseigne de vaisseau. De Miran salua.

— C'est un heureux présage pour moi, monsieur de Miran. dit Henri, que d'avoir à mon bord on des officiers qui ont si bravement commencé la guerre par l'immortel combat de ta tielle-Poule;el;e suis maintenant sûr, monsieur de Miran, que la Sylphide n'aura rien à envier à sa glorieuse rivale, et qu elle finira b guerre comme la Belle-Poule l’a commencée.

Miran salua, et passa.

— M. de Monval, enseigne de vaisseau.

— flous sommes de vieilles connaissances, quoique nous ne nous «oyons jamais vus, monsieur de Monval, dit Henri; et pourtant je vous reconnaîtrais à bord de quelque navire que ce fût, par le feu de votre

batterie ; car, lors du combat du 17 avril, M. l'amiral de Guichen, dont j'étais aide de camp, me dît en me montrent le feu de b batterie basse du Robuste, qui était si nourri et si pressé qu'il ressemblait à une raie de flamme : Vous voyez bien celle batterie- là . Vaudrey, je (tarie que c’est le chevalier de Monval qui la commande. Il n'y a que lui pour faire manœuvrer ainsi l’artillerie : c’était vous n’e>t-ce pas?

— Oui, commandant.

— J'en étais sûr; aussi, en vous possédant a mon bord, monsieur de Monval, je vais (aire bien des envieux , mais je n'ai pas b force de vous cacher que j’en serai ravi; car vous me laites comprendre l'égoïsme, monsieur.

Monval salua, et passa.

— M. de Saint-Sauveur, garde du pavillon.

— J’ai eu l’honnneur de voir, à Versailles, M. le vicomte de Salnt- Sauveur, votre père, monsieur, qui a bien voulu vous recommander 4 moi; niais je vous avoue que mallicureusemcnl scs recommandation» ont été inutiles. . car b brillante part que vous avez prise au combat de l'Aigle contre le Sandwich vous avaU déjà placé à mes veux comme un des jeunes officiers de b marine du roi qui ont le plus d’avenir.

Saint-Sauveur salua, et passa.

— M. le docteur Gédéon, chirurgien-major, dit le lieutenant.

— Monsieur le docteur, dit Vaudrey, je compte beaucoup sur vous en temps de paix et de guerre surtout, vous êtes uotre providence; disposez toujours de moi, je vous prie, pour tout ce qui pourra être utile au bien être des matelots.

le docteur Gédéon salua gauchement et alla s'empêtrer, lui et son épée, dans les jambes des officiers.

— M. l’abbé de Cillv. aumônier, dit enfin le lieutenant.

A b vue de l’abbé, Henri ne put retenir un mouvement d’étonnement; car d'habitude les fonctions d'au rnônlcr étaient remplies par des membres du bas clergé dont b tenue et la conduite u'élaient quelquefois pas en harmonie avec les augustes fonction» qu'ils remplissaient à bord.

Avec son habitude du monde, Ueori pouvait classer sur-le-champ un homme d’après sa manière de saluer, de marcher et de se présenter. Aussi, en voyaut ccl aumûuier d'une espèce si nouvelle, Henri fut frappé de surprise; et quand il lui adressa la parole, sa voix eut un accent de considération respectueuse qu'elle u'avail pas eu encore jusque-là.

— Monsieur l'abbé, dit Henri en le saluant, j'ai toujours admiré profondément la sublime abnégation des ministres qui daignent partager nos dangers, affronter les mêmes pénis que nous, dans l'admirable but d'adoucir nos derniers moments. Dcrmeltez-moi de vous assurer de tout mon respect et de mon dévouement pour U sainte mission dont vous êtes chargé.

L'abbé salua légèrement, cl dit à Henri : — Mon temps ne m’appartient pas, monsieur le comte, excusez-mol si je me relire.

— Une fois pour toutes, monsieur l'abbé, dit Henri, sachez bien nue je veux qu'à mon bord personne bu nmude n’ait le droit de vous Demander compte d’un seul des momculs d'une vie si noblement employée.

Et le comte conduisit respectueusement l'aumônier jusqu’à la porte de l'antichambre.

Quand fleuri rentra dans le salon il vit scs officiers former un cercle autour du malheureux Sulpice, qui deveuait pile, touge, vert, de toutes les couleurs, suait à grosses goutte», ne sacbaul quelle coateoance prendre eu se vovaut le but de» regards de tout de monde.

— Comment, c'est vous, Sulpice I Ini dit Henri avec bonté; mon Dieu, je ne vous avais pas vu ! et c est aussi vous, numphius... Rumpbius !

Ces mois étant prononcés pur une autre voix que celle de Sulpice, qui paraissait ne plus faire d'impression sur le tympau de l'astrouome, ces mots, dis-je. le rappelèrent i lui : il se leva et regarda tout ce monde avec un sang-froid extraordinaire.

— Ah! bonjour, monsieur le comte: j’étais occupé 4 supputer approximativement lu courbe de b petite Ourse, que les Hindous appellent la perle de Mauiwah.

Puis, se tournant vers son frère : — Il but, Sulpice, que vous soyez bien butor pour ne m’avoir pas prévenu de b présence de M. le comte!

— Il vous prévenait, dit fleuri, il vous prévenait, mon vieil cl digue ami, mais l'approximation vous absorbait.

— Il est pourtant vrai que ccb m’arrive quelquefois, dit Rumphius, je suis ici seul au milieu des hommes comme le bruhme Kidday.

— Messieurs, dit Henri, je tous présente M. Bernard Rumphius, un de nos pins savants astronomes, qui fera b campagne avec nous. Maintenant, messieurs, nous nous connaissons tous. Vous avez pour liculctiant un des plus braves officiers de notre marine. Oui, monsieur Thomas, je sais tous vos combats, depuis celui du lougre le Cerf, par lequel vous avez commencé votre belle carrière maritime, jusqu'à celui que vous avez soutenu contre le brick Alaeritu, et qui vous a si justement vain le grade de capitaine de brûlot. Je suis sûr maintenant, messieurs, que le nom de notre frégate va devenir un des faites de notre marine, et que le pavillon de France ne pouvait être confié à de plus brave» officiers. Cette conviction me rend aussi joyeux que fier ; car avoir le droit de vous commander, c’est plus qu’un grade, messieurs... c’est un honneur.

— Nous ferons notre devoir, commandant ; car b loi, les récompenses et les promotions sont ou doivent être égales pour tous : puriiiiiiQ ou récompense, a chacun selon son mérite, dit scellement Thomas.

LA VIGIE DE KOAT VEN

— C'est bien ainsi que jo l'eu tends, monsieur, dit le comte en souriant ; et, pour vous le prouver, je vous demanderai encore la grâce de ces messieurs ; car, moi aussi, ic vous ai fait attendre, et pourtant je ne sut» pas puni; or, je demande l'égalité pour tous, comme vous le dites.

— Monsieur le commandant sait bien que je n aurais aucun droit de le punir lorsqu'il me ferait attendre pendant six heures à sa porte; je suis sous scs ordres, comme ces messieurs sout sous les mien» ; la punition que je leur ai infligée est juste, et ils la subiront, à moins que monsieur le commandant ne me donne formellement l'ordre de lever les arrêts; alors j'exécuterai cet ordre.

— Eh bien ! monsieur, dit Henri avec impatience, puisqu'à toute force vous voulez un ordre, je vous le donue. Puis, s adressant aux jeunes gens ; — Puls-jc espérer, messieurs, que vous me ferez l'honneur de venir ce soir souper avec moi, puisque vos arrêts sont levés?

Us jeunes’ gens s'inclinèrent.

— Je compte toujours sur vous, monsieur, dit Ilcuri à Thomas, qu'il avait précédemment invité.

— Je ne pourrai avoir cet honneur, commandant : je soupe tous les jours avec ma mère.

— Tant mieux, dirent tout bas les officiers.

— C’est un motif bien respectable et que j’apprécie, tout en regrettant qu i) me prive du plaisir de vous voir réuni à nous. El vous, docteur?

— Je oe pourrai avoir ce< honneur, commandant, répéta l'écho de Jean Thomas, je soupe tous les jours chez... chez-- - chez mon maître de clarinette, dit ingénieusement le docteur Gëdéoti après avoir longtemps cherché une excuse vraisemblable.

— Ali ! mon Dieu I dit Uenri d'un air terrifié, est-ce que vous joueriez de ta clarinette, docteur?

— Il est, je crois, MsibU à tout humaiu, vu l'égalité des hommes, de...

— De jouer de la clarinette... C'est une vérité Incontestable, docteur; mais malheureusement il n'est pas loisible à tout humain de ne pas en entendre jouer : c'est en eda que la nature est iujusle. Je vous regrette beaucoup, docteur. A ce soir, messieurs.

Et lleiiri, ayant congédié son état-major, rentra dans sou appartement.

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