CHAPITRE XXXI
veut».
La vérité ne change point : qui a changé, !
de vous ou de non*?...
L'ibbe n* Lurent im. — Nélangu. — Dt VOffotition. j
Le lec teur n'a sans doute pas oublié la description du modeste logemeut de lu vemc Thomas; c’est dans cet appariement que la scène que nous allons décrire se passait.
la ligure de la veuve, ordinairement si douce cl si calme, trahissait un étal d'agitation extraordinaire: ries lamies séchées sillon liaient les rides j de ses joues, scs mains tremblaient, et à ses côtés son rouet renversé témoignait de la violence de l'explication qui venait d'avoir lieu.
A genoux devant elle, l’enihrassaut de ses deux bras et radiant sa tôle dans le sein de la veuve, se courbait une jeune femme échevelée qui poussait des sanglots inarticulés.
(.était Pauline, la femme du capitaine Lerotige.
A l’autre boni de la chambre, assis sur une chaise. Jean Thomas, les bras croises, affectait nn grand sang-froid que démentait sa pâleur.
— Calmez-vous, disait la veuve à la femme éplorée, calmez-vous, ma chcrc enfant; mon fils ne sera pas assez cruel pour cela, croyez- moi... et puis d’ailleurs, ajouta-t-elle tout lias, j'ai écrit à son conimandaul, il va venir, cl il l'empêchera bien de comme lire cette atrocité, lui!
— Oh ! madame, dit la malheureuse femme eu relevant son beau visage inondé de larmes, oh ! madame, c'est que umu mari me tuerait. . Vous ne rotmatecz pas sa violence; il me tuerait, bien srtr...
— L'adultère serait donc puni comme il doit l'être, dit Thomas d'une
voix creuse ♦
— Mou Dieu!... mon Dieu I . .. monsieur Thomas, pourquoi m'en voulez-vous dune autant?... Je ne vous ai jamais ricu lait de mal, moi] dît Fatiliuc suppliante.
— Je ne vous en veux pas. Je sais que vous avez commis un crime, je dois le dire à mon ami ; c'est mon devoir, et je le ferai.
La pauvre femme lelnmba sur les genoux de la veuve, et éclata de nouveau en murmures déchirants.
— Mais vous êtes donc impitoyable, Thomas? s'écria l.t veuve. Vous n'avez doue pas d'entrailles, puisque la vue de tint de douleur ne vous louche pas, puisque vous êtes assez cruel pour vouloir livrer cette pauvre victime à son bourreau!...
— Courage, ma mère, courage... cela est beau, dit Jean Thomas ; allons, vous qui avez toujours le nom du bon Dieu à la bouche, défendez l'adultère, et attaquez un homme vertueux qui fait son devoir...
— Votre devoir, Thomas... votre devoir!... niais... n'y a-t-il donc pas un milieu entre l’intolérance farouche que vous affichez et une complicité criminelle? Qui vous conteste le droit de lâcher de ramener ia femme de votre ami à de meilleurs sentiments? cssaycz-lc, monsieur; niais no faites pas assassiner celle malheureuse enfant sans lui donner au moins le temps de sc repentir... Si vous aviez un coeur dans la poitrine, monsieur, celte considération vous toiirheiait.
— Je ne transige jamais avec mon devoir, ma mère.
— Votre mère !... oui, votre mère : mais qui rougit en pensant quelle a donné le jour à on être aussi dénaturé que vous...
— RougKsc* dune de ce que votre fil- est honnête homme, rougissez de ce qu’il est d'une vertu sévère et inébranlable. Je suis petit- (ils d'un vendeur de poi son sur le port, n'csl-ce pas, nn mère!... dit Thomas avec un rire plein de rage et d'amertume. Eh bien! pour un vilain, pour tin indigne roturier, vertu est noblesse... et, par le ciel, je puis me dire, de celle façon, aussi noble qu'un Montmorency... Si on ne dit pas Thomas le gentilhomme. Thomas le seigneur, Thomas le roué, Thomas l'impudent, on dit Thomas l'honnête homme. C'est un malheur pour vous, ma mère, mais c'est comme cela.
— Et je vous dis, moi, que ce n'est pas l'amour de la vertu qui vous
fait agir, mais uuc épouvantable haine que vous nourrissez contre tout, parce que vous enviez tout. Oui, il faut une vinime â votre rage : parce que l'orgueil vous torture, il Lait que quelqu'un supporte la réaction de ce que vous souffrez, et la vertu vous sert de prétexte. Oui. je vous dis, moi. que vous profanez ce mot, et que, ri vous aviez le moindre principe religieux, que si vous aviez ouvert ce divin livre, ajoutat-elle en montrant l'/mtlafion de Jdiui-Chrit, vous y auriez, au contraire, pui-é des sentiments de commisération et de tolérance... Tenez, monsieur, lisez ce que pre-crit celui qui mourut pour notre salut. .. lisez : « Vous n'avez pas à répondre des autres, mais vous répondrez « pour vous-même... De quoi donc vous inquiétez-vous (1)? *
— C’est ma conscience qui me dicte mon devoir, ma mère, et non ces rébus écrits par je ne sais qui, répondit Thomas avec dédain ; une faute a été commise, le coupable sera dévoilé ; c’est justice... L'honneur et le bonheur de mon ami avant tout, ma mère.
— Mais, malheureux, s'écria la veuve, vous uc pensez pas au bonheur de votre ami en agissant ainsi; car, s'il ignore tout, s'il a confiance en sa femme... pourquoi lui révéler cet affreux secret? Allez, monsieur, croyez que, suffisamment punie par cette effroyable leçon, la pauvre enfant reviendra à ses devoirs, i son intérieur; je vous le promets, moi .. ainsi, ne dites rien, et la paix de ce ménage ne sera pas troublée. Thomas... mon fils... votre mère vous en prie : épargnez à celte malheureuse ia mort, i son mari un crime, et â vous d'atfreux remords.
— Vous p’aisantez, ma mère, des remords!... quand je défie qui que ce soit de me prouver que ma conduite n'est pas, en tout point, celle d’un homme rigide, mais droit...
— 0 monsieur Thomas! dit Pauline eu se traînant encore aux genoux du nurin, monsieur Thomas, j'ai eu tort, je le sais... bien tort... ma faute est inexcusable : oui, je suis une misrrablc, je mérite le mépris... mais pas la mort! Un peu de pitié... monsieur Thomas... ne le dites pas... je vous jure sur Dieu, sur votre mère... que je passerai ma vie... toute ma vie... à nie repentir, à rendre mon mari le pins heureux que je pourrai... je supporterai tout de lui saus me plaindre — 0 monsieur Thomas ! pitié !
— Tas de pitié pour le crime!... il fallait rester pure... vous o'auricz pas ces transes... Il est trop lard, dit rudement Thomas.
— Mais, monsieur Thomas, il n’est jamais trop lard pour arracher une pauvre femme à la mort ! s'écria Pauline avec un acccul déchirant enjoignant ses deux mains; car, enfin, vous savez bien qu’il me tuera, s'il le sait...
— Vous avez été adultère, mon ami en sera instruit. Le reste ne me regarde pas... ainsi, plus de prières... Encore uuc lois, je ferai mou devoir.
— 0 mon Dieu ! je n'ai donc plus qu'à mourir ! dit la femme du capitaine en tombant raide sur le plancher.
Alors fa veuve, sc dressant malgré sou grand âge pour aller secourir celle infortunée, s'écria en levant les mains et les yeux au ciel : — 0 mon Dieu, pardonnez à cet insensé tout le mal qu'il fait!
— Insensé l'homme vertueux. c'est vrai... Ainri pense le momie. Mais je ne suis jus du monde, moi ! dit amèrement Thomas.
— Sortez, sortez d'ici, eutendez-vous!... sortez du chez moi, mousieur, s'écria la veuve eu montrant du geste fa porte à Thomas.
— Je suis ici dans la maison de mon pcrc, dit le lieutenant...
— Si vous ne sortez pas à l'instant, j'appelle au secours, lil> indigne.
— Indigne, fils indigne pour avoir dit au crime : Tu es le cr nie! Indigne pour avoir fait mm devoir d'honnête homme... Mais, eu vérité, ma mère, le grand âge vous fait...
— Le grand âge me fait déraisonner ? le grand âge me rend folle, il 'est-ce pas? s'écria la veuve en l'interrompant. Ah ! lu injuries la mère. Eh bien ! sois maudit, malheureux !... sois maudit!
Mais à ce moment fa porte s’ouvrit, et le comte parut.