‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue La vigie de KoatVen roman maritime 17801830Chapitre 29 sur 70 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

U un*.

Atraosn. — Soi* le bienvenu , toi qui nous apportes i la fois ta présence et une !

bonne nouvelle,

Schiucs. — 1* Tatm, acte I, sc. v.

C'était un spectacle imposant que celui de la rade de Brest pendant les premiers jours du mois de janvier 1781, car on comptait au mouillage vingt vaisseaux de ligne, neuf frégates et un grand nombre de bâtiments légers.

Xon ! il n'y avait en vérité rien de plus magnifique que ces bâtiments de h aut bord, que ces lourdes masses de bois et de 1er, si pesamment avises sur l'eau avec leur épaisse et large poupe, leur mâture énorme et leurs trois rangs de grosse artillerie.

El le malin, quand ces grands navires mettaient leurs voiles au sec, il fallait les voir dérouler majestueusement ccs toiles immenses, et les déployer comme uu goéland qui étend scs ailes humides de rosée aux premiers rayons du soleil.

Et put*, quel contraste entre ces vaisseaux gigantesques ci ces frégates si alertes, ces corvettes si élancées, ces bricks si fins, ces lougres, ces cutters, ces dngres qui se berçaient doucement à l'ombre de ces citadelles nollaalc*, ainsi que de jeunes alcyons se jouent autour du nid paternel.

Et pu», quelle innombrable quantité d'embarcations de toutes sortes, qui vont, viennent, s'accostent ou sc croisent.

Voici venir une yole merveilleusement dorée, avec le pavillon royal à sa poupe, et ses riches tapis brodés de (leurs de lis. Elle vole sur les eaux, conduite par douze rameurs à larges ceintures écarlates; le patron est décoré d une brillante chaîne d'argent : c’est la yole d'un

Là, s'avance lentement une longue chaloupe si encombrée de fruits et de verdure qu’on dirait une de ces Iles flottantes des rivières de l'Amérique, qui voguent couvertes de lianes et de fleurs. Cette chaloupe, précieuse ménagère, retourne à son bord avec les provisions du jour et son équipage culinaire de maîtres d’hôtel cl de cuisiniers.

Tantôt c’eut un bateau de Flougastel à grand'voile carrément élarqnée, mni»o;uvrée par ses marins à loup cheveux, dont le costume pittoresque rappelle celui des Crées de r Archipel. Celle barque contient

(i) Lê 'toyal-Lom$, k tktptre, It Ç« -Ira et le Snm-Cmlotle, nnrni de vimseutnt de guerre d'avant et pemliuit ta révolution de 80.

une vingtaine de femmes de Chatcautio on de Plouinek, qui reviennent de la ville; fraîches et riantes figures, encore avivées par un froid piquant, qui, bien encapuchonnées dans leurs manies brunes, échangent dans leur patois quelques mots joyeux avec les marins des vaisseaux de guerre que leur bateau prolonge.

Plus loin I e cliquetis des cuaincs, sc mêlant au battement cadencé des rames, anuonce une chiourmc cl scs galériens vêtus de rouge; ils remorquent à graod'peiuc un navire sortant du port ; les un* chantent d'ignobles chansons, les autres blasphèment ou se lordeut sous le bâton des argousins. A voir ces figures infâmes, hàlées, sordides, à entendre ces cris de rage ou de joie féroce, on frémit, comme à l'aspect d'une barque de damnés de l'Eufer du Dante...

Enfin, pour compléter ce spectacle si varié, il y a encore une myriade de canots nui se croisent en tout sens, les uns chargé* de nobles officiers du roi, les autres de femmes élégamment parées -, il y a encore le roulement des tambours, les éclats de la fusillade. le cri des sifflets, le grincement des manœuvres, l'harmonie vibrante des fanfares de guerre: il y a l'émail de ces u ille pavillons blancs, verts, jaunes, rouges, qui se découpent sur le bleu du ciel, comme autant de prismes aériens.

Il y a enfin le murmure imposant et grandiose de la mer, qui mugit derrière la côte, et dont le retentissement sonore et prolongé domiue ces bruits divers et les loud en un seul, grand comme elle, imposant comme elle...

Ccsl donc au milieu de cette forêt de mâts, de ces nuées de voiles, qu'il faut chercher la Sylphide.

Mais la voici toujours gracieuse, étincelante : la voici qui sc balance auprès de deux grands vaisseaux de 74. tout noirs, à bati.-rie blanche. La voici qui sc balance... comme une petite dorade écaillée d'or cl d'azur, entre deux immenses haleines au dosbruo.

Ce jour-la. le 0 janvier 1701, le comte de Vaurfrcy s était rendu à terre pour prendre les ordre* de M. le maréchal de Castrics, qui venait d'arriver tout récemment à Brest.

Le lieutenant Jean Thomas commandait la frégate en l'absence de Henri, et se promenait A l'arrière avec son intime ami, le docteur Gédéon, en fulminant comme d’habitude contre tout ce qui était noléc, prêtre ou privilégié. Le baron de Saint-Sauveur avait accompagne Henri a terre, Monval était de quart, et de Miran dormait dans sa chambre.

Sur l'avant du navire quelques maître» et matelots causaient à voix basse, mais d'un air animé, car on s'attendait à appareiller d'un jour A l'autre.

Maître Kergouél lie canonnier bourgeois qu’on n’a peut-être pas onbliél, assis sur la drôme, s'entretenait avec le madré d'équipage, nommé Frank, petit homme vif, trapu, coloré, vêtu d’une veste bleue A co'lcl galonné d’or, poudré légèrement, et portant d’énormes boucle» d'oreilles.

Devant mahre Frank se tenait debout, immobile, Falr contrit et les yeux timidement baissés un grand garçon de dix-huit ans, carré, robuste, mais blond et frais comme une fille. Malgré le froid, ce matelot était seulement couvert d un pantalon et d’une chemise de laine A larges raies bleues, qui dessinaient ses formes athlétiques ; il tenait son bonnet dan» scs mains, et le chiffonnait avec un mouvement de rotation continu qui annonçait le trouble et l'embarras ; ce marin était Daniel, un neveu de maître. Frank, vrai Breton s'il en fut ; pour tout dire un gars de l'Abrevrak.

— Man réponds donc! parle donc ! démarre donc ! tu restes là coi cl bêle comme une manœuvre en bande !... disait maître Frank ave : sa vivacité ordinaire, en secouant son neveu par nnc des manches de sa chemise.

— Mais vous l'abrutissez par votre vivacité, maître Frank, objectait le canonnier bourgeois ; laissez lui donc son calme.

— Pourquoi donc encore cette nouvelle querelle? disait l’oncle à son ueveu, dont l'air doux, placide et craintif, semblait pourtant protester contre celle accusation.

— Voyons, épanche-toi, mon enfant, dit le canonnier. Le fait est que tu as chagriné le Losophc d'une multiplicité de coups de poing ; pourquoi cela, Daniel? pourquoi cela’

— Maître Kerg...

— Je ne suis nas maître... je vous l’ai déjà réitéré, Daniel; je suis bourgeoisement M. Kergouèt, dit le canonnier, qui prétendait plus que jamais à nue position civile.

— Eh bien ! monsieur Kergouél. répondit le marin d’une voix basse et tremblante, c’est que le Losophc m avait pris mon rosaire et l’avait souqué à la queue de son chien, que, sauf votre respect, il a eu l'horreur de baptiser Saint-Médard.

Et Daniel se signa au seul souvenir de celle profanation.

— Baptiser un chien Saint-Médard !... en effet, ça n’est guère propre, dit M Kcrgouét d*un ton improbalif.

— Si c’est comme cela, ajouta maître Frank, fl y a do largue... car ce Losophe est une carognc qui fait la mi*ëre A tous ceux qu’il peut. Or, comme d'après Noire-Seigneur, il faut faire aux antres ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fasse, l’as bien fait de l’éreinter, Daniel !... car, dès qu'il y a une religion, faut l’exécuter, mon enfant.

— Mais vous n’y êtes pas, vous transvase* l'Ecriture, mon cher Frank, dit le canonnier en souriant d'un air de suffisance ; mais enfin, si cela

LA VIGIE DE KOAT VEN

s’est passé comme ta le dis, Daniel» les coups de poing sont supporta- | Mrs, mon garçon.

— Quant a cela, vous savez que je ne mens jamais, monsieur hcr- j gouét, dit Daniel. Far Ninre-Damc-<lc-necouvr.iocc... ce rosaire-là était | celui de défunte ma pauvre mère ; et il était si fameusement béuit, qu'il ; m'a pare de dessus la poitrine la moitié d'un coup de haclic. quand nous avons été « l'abordage du cutter noir, vous savez bien, mon oncle '... | Pour lurs, quand j’ai vu mon rosaiic bénit amarré de la sorte à la qu«we d'un animal de chien, j’ai dît au Losopbe, que je tenais coincé sous mes genoux : Vois-tu, Losopbe, il y aura autant do calottes pour toi qu’il y

■ de grains à mon rosaire; et voilà comment j'ai dit mes l*aler et mes Ate à grands coups de poing sur le I-osophe ; mais voilà tout, mon oncle, ajouta modestement Daniel en devenant rouge comme une belle (crise.

— A la bonne heure, dit Frank : dès que c’est pour l'cflc) de la reli- | rioo et du rosaire de ma soeur (et Frank ôta son chapeau ciré), c’est le droit ; nuis ne recommence pas ; ou, si tu recommence», que ee soit peu et souvent, car lu as manque le déralincucr.

— Le Tait est» dit M. Kergouét, que le l-osoplicpeui »e vanter d’ètre, pour le quart d’heure, dans la peau de quelqu'un qui a reçu une famruse danse : et c’est trop, car...

Mais un air de violon horriblement racle, qui sans doute prétendait exécuter

Ht un li s garde* française* J'avai* on amoureux...

interrompit le canonnier bourgeois, qui s'écria : — Bfait-jc abusif de le plaindre, cet animal de Losopbe !... tenez, le voilà qui se permet encore des inconséquences sur son violon, malgré votre défense, (mm ' lier Frank...

— Te tairas-tu! ou je descends , et... gare à ton échine w tu recommences. sauvage de Imsophel cria maître Frank en se penchant à IVaircc du petit panneau percé au pied du mât de misaiue.

Mais le daniaé violon, comme pour oc pas céder sans avoir nu moins opposé une résistance bouorable à cet ordre brutal, le yiokiu, dis-je, rejoua, en sourdine il est vrai, à peu prés la moitié de l'air, puis il se lui heureusement, car un jurement euergiquennnonçait que maître Frank, pour cette fois, allait descendre.

Mais alors ce fut l’aboiement d'un chien nui, se fusant eutendre du meme côté que le violon, sembla protester, d une autre façon, contre la tyrannie de ce nouvel ordre.

— Ils ne céderont pas. les scélérats, ni lui ni son caniche, s'écria Frank ; on les couperait par quartiers, qu'ils ne l'auraient pat let derniers, les vermines nu'ils soot, ajouta le maitre en paraissant s'adresser | indistinctement au bipède et au quadrupède, au philosophe et au cauiche.

Or. ce philosophe, par abréviation maritime ou plutôt marinière, ce Lo>ophc qui taquinait si bien sur le violon, cl dont le chien protestai! si énergiquement contre les ordres despotiques du maître, ce Losopbe était né a Taris et se nommait Pierre Landry ; il avait cté perruquier, ; laquais, imprimeur, soldat, cordonnier et tisserand; et comme, entre autres talents, son habileté à manier l'aiguille dans le cuir, la toile ou le drap, était fort remarquable, on I employait à bord, depuis deux au» qu’il s y était engagé, rompu: matelot aide-voilier.

Dans ses moments perdus, le Losopbe coiffait, rasait, pommadait et ! donnait des leçons de danse, de chaiu, de belles manières, de plulofto- I phie, de magie ou d'athéisme, au goût des personnes.

L'indépendanre effréné'* de scs opinion* politiques et religieuse» était I le» litres auxquels il devait la dénomination si grotesquement abrégée qu'on lui donuail à bord de fa Sylphide, où il était as>ez aimé des tua- I telots pour scs talents, sou babil, ses mensonge* et ses histoire» bouffonnes. Mais, par compensation, le Losopbe était généralement exécré de la maistrance (des maitre*), à cause de son insolence, de sou insubordination, de son violou et de son caniche.

Ce chien et ce violon paraîtront d'abord assez incompréhensibles sur un bâtiment aussi bien tenu que l’était alors une frégate du roi ; mais, quant au caniche, voici le fait. Comme ces gros qui achètent pour l'avenir l’impuuile d une foule de méfaits par une bonne action souvent due au hasard, le chien avait une fois repêché un enfant qui était tombé d'un canot dans la mer. De cc jour. Saint-Médard avait eu droit de cité à bord de ta Sylphide, et, malgré son excessive sévérité, Jean Thomas . lui-même avait cédé aux supplications de I équipage, qui demandait l'admission du chien philanthrope et canonisé.

Quant à l'existence du violon, voici comment nous l'expliqueront ; le Lo&ophe, nous l’avons dit, quoique magicien, athée, philosophe et perruquier, était encore maitre de danse. Aussi U pochette, instrument de cette dernière profession, lie pouvait loi être retirée ; car, alors comme aujourd hui, on encourageait toutes les distractions qui pouvaient égayer les matelots dans de longues et périlleuses croisière*. Mais, excepté pendant l'heure qu’ou lui avait désignée pour son école, l'harmonie était aéveremenl défendue au professeur.

Voici donc l'historique du chien et du violon du Losopbe.

(juant au Losopbe lui-même, s il est permis de l'abstraire de sou vio* Ion cl de son chien, il cuirait dans son vingt*eiuquienie priuteiup*, avait I

une figure de fouine et de petits yeux fauves pétillants de ruse cl «le malice ; il était mince, frêle cl nerveux, mais leste «*t souple, moqueur, impertinent et ■*»<•* courageux ; somme toute, il contrastait singulière* ment, par son agilité, avec ces Irons cl o»ïfs matelots bretons, bien carrés, bien vigoureux, bien plautés bien assis: on eût dit on renard au milieu des bouledogues.

Celle digression nous a fait un peu oublier les autres personnage* qui se promenaient sur Carrière de 1a frégate, c'est-à -dire le lieutenant et le docteur. Us de s’élever aux plus liantes spéculations morales et politiques, nos dent ami» considéraient avec attention a ne correspondance par rignaux qui avait lieu depuis quelque temps entre le télégraphe maritime de la tour de Brest et une vigie placée sur ta côte qui forme b partie N,*0. de Bcrtbeaume.

— C'est quelque bâtiment do guerre qne l’on signale an large, dit le Üeuteoaut ; in-i» croulez, écouler, docteur... le canon... c’cst le canon !

En effet, on roulement sourd et lointain fol rép«Üé successivement par les échos de la rade.

— Je parle que c'est la Mine ire qui revient <ie sa croisière ! s'écria Jean Thomas en prêtant une oreille attentive.

— La Hînarve... celle frégate commandée par le chevalier de lîrlmouard f demanda le docteur.

— Oui... oui... mais écoutez... Silence à l'avant ! cria Thomas d'une voix relentissartc.

Et l'on fit un silence profond à l'avant.

Quoique ces incidents fussent assez fréquents depuis le commencement de b guerre, cl que bon nombre «le combats eussent eu Heu prèsnue à la vue du port, lotit l'équipage de la Sylphide partagea bien vilo I attention de se» officiers, et ce ne fut pins qu’a voix basse que les matelots se communiquèrent leurs observations, leurs craintes on leurs espérances.

Maître Kergouét et maître Frank, profitant de la prérogative de leur rang, s’approchèrent le plus prés povihfe de l'arrière, où se tenaient le lieutenant Montai et le docteur.

La canonnade continuait toujours, et paraissait devenir plus vive cl plus nourrie en sc rapprochant de b côte.

— Si nous avions appareillé aujourd'hui comme nous le pouvions, dit Montai, nous aurions eu pourtant cette bonne fortune, nous aurions trouvé un romb.it tout de suite au sortir du port sans nous déranger ; voilà qui est commode.

— S'il es t commode d’avoir à co mb a t tre un ennemi trop supérieur, dit le lieutenant d un air grave ; car, sclou toute apparence, c'est la Minerre qui sc bat maintenant contre des forces imposion s

— C'est différent, répondit Monval d'im air méprisant : si ce n'csl pas commode, alors c'est glorieux... et je m'eu arrangerais fort. moi ..

Jeau Thomas réprima un mouvement de colère, et répondit avec ironie : — Celle ambition est de votre âge. monsieur, et elle vous honore ; mats celle belle ardeur ne sert ordinairement qu'* sc faire prendre et à sacrifier inutilement de* hommes et des vaisseaux. Or, a mon avis, c'csl mal servir son pays, c’est agir en enfant ou en insensé, et non en buinme. Excusez-moi. monsieur, si je vous parie aussi franc, mais c'est mon habitude. Je sub brutal, comme on dit.

Monval avait une répartie piquante sur les lèvres, lorsque le lieutenant l'interrompit en s'écriant :

— Ecoulez... écoutez... le bâtiment chassé sc rapproche de 1a côte, et, si je ne me trompe, le combat se livre nu vent d’Ouessaot.

— C'est probable, dit Monval, oubliant l'aigreur de b discussion qu’il veoait d'avoir avec fc lieutenant iwur consulter les girouettes, qui désignaient une assez furie brise du N.-O. La canonnade nous arrive comme si nous y étions. ajouta-t-il.

Eu efiet, ou entendait alors fort distinctement le bruit de l'artillerie.

— Que dites-vous de cela, maître kergouét? demanda Monval au canonnier bourgeois, qui, ne pouvant exiger de scs supérieur» b dciiominatiou civile qu il exigeait Impitoyablement de ms inferieurs, répondit d'un air contrarié en ôtant son chapeau :

— Mai» je pense, monsieur, que e'eat une pauvre frégate qui fini de fameuses lorccs car tenez... tenez... voila sa bordée a elle, l'entendezvous?... et pui» tenez... une... deux autres bordées plus éloignées, omis plus prolongées ; ce sont celles de l’ennemi, qui a le vem ; c est ce qui fait que le bruit nous arrive si bien. Oh! si je ne me trompe, b frégate sc bat contre deui navires.

— Pauvre frégate! s'écria maitre Frank; si elle pourak artdemcDl plucer le vent et courir dans le nord-est d Oue&sant, doubler b pointe aux (ierheaox et donner dans le passage du Four pour y louvoyer sons ses huniers, elle serait sauvée : car si c’est la Minerve, elle a pour pilote le vieux Karadek. et celui-là naviguerait le* ve*i fermés mr fe» Gleuans ou dans b baie des Trépassés.

— Vous avez raison, maitre Frank, reprit Monval : mois c'est incommode en diable de sonder des brisant» en faisant feu de sa batterie... et l'aime mieux, moi, avoir affaire à quatre-» iiigts canot» bien élunges hor» de l'eau qu à ce» lâches tête» noire» de rocher» qui *e cachent traitroftsciuont sous fea vagues pour attendre leur proie comme dira requins: aussi ce n'est toujours qu à b dernière extrémité que je tenterai» un ai dangereux passage...

— Pourtant, monsieur, dit maître Kergouét, ai vou» roc le facilitiez* je fortifierais l’avis de mon collègue maitre Frank.

LA VIGIE DK KOAT-VEN.

— Porlifiez, maitrc Kergnuêt, fortifiez. dil Mon va) en souriant.

— Eh bien! donc, monsieur, quoique je ne sois pas pilote juré Md le maître 6ta son chapeau), j'ai, dans 1a guerre de 71, mouillé le brick le Subit sous Belle-Ile, en passant dans le chenal des Iles d'Ilouac et dHédic : nous pouvions nous glorifier d’avoir tes reins extrêmement accélérés de vitesse par le vaisseau de 74 le Charlesloirn, qui faisait sur nous un feu d’enfer; mais, quand il nous vit donner dans cette passe couverte de brisants, il s’arrêta... mais bête... mais bête comme un chat qui voit plonger un halbran : alors il revira de bord, après nous avoir envoyé sa volée par manière d adieu, une molbsserie de volée mil ricocha à peine dans noire sillage, cl voilà tout... Aussi, monsieur, depuis ce temps-là. je ne me suis jamais permis un propos désobligeant sur les rochers à (leur d'eatK

— Mais voyez donc le télégraphe qui vu toujours, dit le docteur en Interrompant l'apologie de maître Kergouèl ; probablement que de là on voit au loin dans la mer, et qu'on signale au port les chances du combat.

A ce montent le factionnaire s'écria : — ta canot du commandant.

En effet, occupé qu’on était du télégraphe et des signaux, on n’aperçut l’embarcation qn’alors qu'elle né se trouvait plus qu’à deux encablures du bâtiment.

— Diable! U y a du nouveau, dit Monval; le commandant est pressé, car jamais ses canotiers n'ont nagé de cette sorte: eux qui à chaque coup de rame restaient toujours gracieusement sur leur air... les avirons levés, ils nagent main sur main comme des matelots marchand;:.

— Et nous sommes au complet, dh le docteur, car le commandant . ramène avec lui M. de Saint-Sauveur, l'abbé, l'astronome et son ombre, I autrement dh, son hère.

ta canot du commandant accosta à tribord... et, avant qu’on eût en le temps de lui jeter les tire-veilles, Henri monta lestement te long du bord du bâtiment, en s'écriant ;

— Dehors, messieurs, dehors!... on signale une frégate française combattant deux frégates anglaises ; dehors, messieurs ! M. le maréchal vient aussi de donner l'ordre d appareiller au Vendeur et an Tonnanl Vive Dieu! dépêchons-nous, ou nous n'arriverons plus à temps; tenez... tenez, voilà déjà le commandant du Tonnant qui rallie son bord!

Ceci fut dit en moulant l'échelle, avec énergie et exaltation ; mais, en mettant le pied sur sa frégate, Henri retrouva tout le sang-froid qui convenait à cette position.

— Mon porte-voix, dit-il à un limonier, qui descendit le chercher.

Puis s'adressant au lieutenant ;

— La brise est bonne et noos avons jusant, monsieur; vous allez faire faire une embossure sur le câble, en passant ime hairaicrc par l'avant-dernier sabord de tribord... et nous couperons nos câbles, le temps preste...

— Couper nos câbles? dit le lieutenant, et où en trouverons-nous de rechange, commandant?

— Les Anglais en ont toujours en profusion, dit gaiement Henri, sinon leur première frégate nous servira de corps-mort.

Jean Thomas alla faire exécuter ces ordres.

Henri, ayant reçu son porte-voix, monta sur le banc de qoart. M. de Miran ctiit son officier de manœuvre.

Au sifflet du madré d’équipage, chacun prit son poste, et on n'entendit pas un mot.

— Commandant, le grelin est passé et roidi au cabestan, vint dire Saint-Sauveur à Henri.

— Range à hisser tes focs, à déferler et border 1e petit hunier ! cria Henri d'une voix forte, et vire* ferme et fort sur l'embossure.

Puis, voyant la frégate assez abattue.

— Rangé à hisser te perroquet de fougue, et coupe le cible, coupe !

Un coup de hache retentit sourdement.

— Coupe le grelin, conpc ! cria enfin Henri d'une voix sonore et vibrante qui disait assez avec quelle joie il donnait cet ordre.

Un second coup de hache résonna.

Alors la Sylphide, ne tenant plus à rien, s’inclina légèrement sons la brise, serra le vent, et courut une bordée jusqu’à la roche Mrngan pour sortir de la rade.

Celte manoeuvre avait été si bien et si vite exécutée, que U Tonnant virait encore snr ses ancres lorsque la Sylphide approchait de la passe.

Aussi le vaisseau, comme pique de la promptitude arec laquelle la frégate avait exécuté In ordres du maréchal, lui fil-îl signal de mettre en panne et de l’attendre, car te commandant de ce vaisseau, étant le pins ancien capitaine dos trob navires, avait cette petite division sous scs ordres et portait la cornette.

— Le Tonnant signale de mettre en panne, dit Miran à Henri, qui. le dos tourné, semblait uc nas vouloir apercevoir ce signal.

Il fallut pourtant bien te voir et s'y soumettre en murmurant.

— Est-il donc besoin de l'aide de ces deux pesants navires? disait le comte. En vérité, deux vabseaut de ligne et une frégate pour égaliser h partie, comme dit te maréchal, c’est un peu fort.

Pendant le temps que s» frégate resta stationnaire, Henri jeta on coup d’a*H rapide sur h physionomie de son équipage, que ce brusque départ devait un peo étonner.

Il trouva ses matelots calmes et impassibles comme d habitnér. Seulement une nuance de curiosité sc lisait sur leurs ligures insouciantes.

Henri augura bien de celle abnégation ; aussi eria-t -Il avec une joie profonde, en voyant le Tonnant, qui avait appareillé, lui faire sigual de chasser en avant :

— Enfin... enfin, voilà l'ordre d'éclairer la marche de ce* lourds vaisseaux ; c'est heureux !

Pub, faisant hisser le grand foc et brasser le grand hunier, H remit la Sylphide en mute.

— Tout le monde à son poste de combat ! s'écria le comte ; et s’adressant à l’équipage : Allons, mes enfants, adieu à la France, courons sur l'Anglais, et vive le roi!

— Vive le roi ' cria l'équipage avec force.

— Sortez la frégate de la passe, mousteur, dit Henri en remeltant son porle-voit au Hcutcnant, Je vais faire mon inspection dans h batterie et sur les gaillards...

— Couper ses câbles!... tête folle... fanfaron ! dil te lieutenant eu voyant te comte "s'éloigner

Puis il ajouta avec un ilépit concentré en se pariant à lui-même : — Et pourtant, il faut l’avouer, cet appareillage est bien fait; l'accent de commandement de ce fat annonce une grande habitude pratique... En- I fer ( malédiction ! il a donc tout, lui !...

Et pourtant j'ai autant de bravoure et de science que lui... moi., et je reste obscur I Mais aussi, lui, il est M. le comte de Vaudrcy... M. le comte... répétait 1e lieutenant avec une Ironie amère, M. le comte! taudis que moi je suis Jean Thomas... l'officier bleu... Jean Thomas, le petit-fils du vendeur de poisson sur le port... on me méprise. . mordieu, si on me méprisait !... mab on est poli avec moi; mais aussi quelle politesse... j'aimerais mieux l'insolence; pour rinsolence l'on me ou on est tué. .. mort et forte ! je deviendrai fou à bord de ce damné navire... Oh ! ce comte !... ce comte!.,. Enfin, je le verrai au feu... je n’espère plus qu'eu cela...

Mab à quoi pemé-Je?... il faudrait avoir du bonheor pour cela.. .. cl est-ce qne Jean Thomas a jamais eu du bonheor!... Si je fais une bonne action, elle tourne contre moi : si je dénonce un crime à un ami. si je lui dis : Ta femme le trompe, je l’ai vu : voilà ma mère qui fait pour me démentir le premier mensonge de sa vie peut-être, et moi je passe pour un parjure ou pour un fou, et moi je suis maudit -par ma mère, qui meurt ensuite... et moi j’aimerais 1e monde... et moi je sourirais aux gentilshommes, et moi je fermerais les yeux sur tes faiblesses de* autres!... ffon, non, chacun son droit, advienne que pourra ; en agissant ainsi j'ai d'ailleurs ma conscience pour moi, et, par le ciel, à (|ool donc servirait la conscience, si ce n’est à pouvoir être implacable envers ceux qui faillissent !... aussi... que je donnerais de choses pour que ce commandant gentilhomme perdit la tête au feu !... Soovcnt ces officiers de manœuvres, calmes et tranquilles, pâlissent au bruit du canon ; mab non, ce comte est brave peut-être... Eh bien! apres tout, quand U serait brave, qu’esl-ce que cela prouverait !... il ne ferait que son devoir. Oui, mais je n'aurais pas le droit de le mépriser... et j’aimerais tant à le mépriser... à lui rendre ce qu*H me fait : car je suis sûr qu‘ intérieurement il me méprise, non pas moi, mais ma naissance... me mépriser! le fat ! comme si tous tes hommes ne se valaient pas. nobles ou roturiers !... comme si un homme avait le droit d’en mépriser un autre, parce qu’if a un écusson ou no grade de plus qoe loi, disait Jean Thomas avec Colère... Puis s’apercevant que les voile* faslaient un peu... — Lofe, lofe donc, butor, canaille, gredin, dit-il au limonier en te poussant avec sa brutalité ordinaire.

ta timonier exécuta vivement l’ordre qu’on lui donnait, en dkaut lent bas ; — Bon, en voilà encore un de lieutenant qu’est éduqué dans le genre de défunt notre porc.

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