CHANTRE XLI
MUflLE-BtS DC COMBAT.
Alton*' mon habit roM H ma culotte bleue ...
A. D* Mrssrr. — A çuoi rfvtnl ht jrunrt filin.
Huit jours après b mort de Rila, la Sylphide ae trouvait au vent dos Açores: son équipage avait repris sot forces, la santé de ces braves marin» redevenait (lomsunte, et s'ils parlaient, par hasard, de l'étrange maladie à laquelle ils avalent si heureusement échappé, c’était pour plaisanter de leurs souffrances passées, ou pour rendre grâce» à Sulpiee- BonJésus, dont ils avaient fait leur ange gardien sans trop savoir pourquoi.
Car, aux yeux des matelots, il y a toujours une cause surnaturelle au bien comme au mal, un symbole visible et palpable qui résume l'heur et le malheur. Ainsi, d'après eux, Bon Jésus avait sauvé le navire, de même que Grand-Gibet avait failli le perdre.
Nous l avons dit, la SylphuU naviguait au vent des Açores, cl, on temps de guerre, ces parages sont merveilleusement situés pour faire de ces heureuses rencontres qui se terminent ordinairement par b perte ou la capture d’on des acteurs de l'entrevue: car cet endroit est, en un mol, le pré aux clercs d'une foule de duels maritimes, combats solitaire» et acharnés dont le ciel et l'Océan sont les seuls témoins.
II était environ huit heures du matiu, une fraîche et jolie brise soufflait du uord-e>l : le ciel, d'une admirable pureté, reflétait son azur dans une mer magnifique, et la légère brome qui l’avait d'abord voilé venait de se dissiper aux rayons du soleil. L’Océan représentait alors une immense nappe d'eau circubire. dont la Sylphide occupait le point central, de façon qu’à bord de la frégate, de quelque côté que l'œil se tournât, il rencontrait toujours 4 I horizon la ligue onduleuse des vagues, dont b teinte verte tranchait vigoureusement sur le bleu du ciel
Depuis près de deux jours que le comte se trouvait aux environs de ce rendez vous de croiseurs f les Açore» formant le point d'intersection de différentes roules de navigation), le comte, dis-je, avait redoublé de surveillance et d'activité; son équipage, en branle-bas de combat, se tenait préparé 4 tout événement ; le» mèches fumaient ditis les bailles, les • lilets cl grappins d'abordage étaient hauts; les hunes regorgeaient d'armes, et les faisceaux de haches cl de piques brillaient de loin en loin sur le pont et dans b batterie.
Depuis le lever du soleil, Jean Thomas, armé d'une excellente longuevue, se promenait sur le pont en interrogeant à chaque minute tous les points de l'horizon.
Uu pitolin vint lui annoncer que le commandant l’aiiendait dans sa chambre à coucher.
I Fermant impatiemment sa lunette, le lieutenant quitta le pont après avoir bien recommandé 4 de Miran d'observer le lit du veut et de surveiller les vigies.
En arrivant dans b chambre de son supérieur, Jean Thomas le trouva | nonchalamment «‘tendu dans uu famcuil, cl vêtu d une magnifique robe de chambre de sole bleue à fleurs d'argent. Le fidèle Germeau, qui ter- J minait la toilette «lu comte, tenait à b main la houppe de peau de cygne 1 tonte blanchie de poudre 4 b maréchale, pendant que deux autre» valet»
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LA VIGIE DE KO AT- VEN
de chambre attendaient qu'il leur demandât les objets nécessaires à ses impur lames fonctions.
— Que diable ! Germeau, disait Henri de fort mauvaise humeur, G ormeau, tu te négliges ... Vois un peu comme je suis coiffé .. voilà une boucle qui me couvre l'oreille gauche, tandis que celle-là descend à peine sur la tempe. A quoi penses-tu donc? Et si, comme je m'y attends d'un moment à l'autre, nous rencontrons l'ennemi, drôle que lu es. de quoi aurai-je l'air? et quelle triste opinion donneras-tu à ces Anglais du mérite d'un valet de chambre français? Eu vérité, Geruieau, lu n'as pat l'ombre d'esprit national, et lu ne t’intéresses guère aux succès de ton maître. Mab apercevant Jean Thomas :
— Ah ! c'est vous, monsieur, dit le comte ; mille pardons, je n’avais pas l'houneur de vous voir.
— Je me rends à vos ordres, commandant.
— C'est furt bien; je suis à vous, monsieur. Excuses-moi un moment, car ce faquin de Germeau me coiffé à mourir ; tenez, jugez -en. est-ce que je ne vous semble pat hideux comme ça, lieutenant? dit Henri en se tournant vert Jeau Thomas.
— Je ne me connais pas à ces sortes de choses, répondit froidement Thomas. Je ue crois pas que celle science fasse partie du manœuvrier.
— OÏi ! c’est juste, reprit Henri en se retournant, vous n'approuvez pas ces futilités, monsieur. Chacun a son goût : M . de Buffon ne peut pas écrire sans maucheltet de dentelle ; moi je ne peux pas me battre sans être habillé comme je le serais pour aller au jeu du roi. Allons ! allons donc, Germeau l
— Je prendrai la' liberté de faire observer à M. le comte, dit respectueusement le valet de chambre, qu'il fait tant de mouvements pour regaider par la croisée, qu’il ne dépend pas de moi de le coilTer comme Je voudrais.
— Allons, je me tiendrai tranquille, mon vieux serviteur. Eh bien ! monsieur Thomas, qu'avons nous de nouveau ce matin? seroos-uous plus heureux qu'hier? car, Vive Dieu ! uous jouons de malheur ! depuis deux jours daus ces parages sans rencontrer une voile de guerre, c'est désespérant !
— Les vigies n'ont rien signale jusqu’à celle heure, monsieur le commandant ; mais, selon vos ordres, tout est préparé en cas d'affaire.
— C’est bien, monsieur, conservez les mêmes dispositions ; que les fanaux, les bailles de combat, les palans de retraite, Irt platiucs, l 'armement des pièces, continuent à être prêts au moindre signal ; que les soutes restent ouvertes.
Fuis, s'interrompant, le comte dit à Germeau avec impatience :
— .Mars plus basse donc, celte boucle, plus basse ! lu m'assassines, misérable Germeau !
— Nous continuerons de porter les voiles de perroquet, coinmau • daut ? demanda Jean Thomas, qui coutcoait à priue >a colère.
— Non. iiiouvii-ur, non. serrez-tes ; mais qu elles soient sur les Uls de caret, ainsi que les kakatoès ; je n'aime pas les voiles hautes, on est vu de trop loin, et il n'en faut pas davautage pour effaroucher 1 ennemi ou éveiller quelquefois en lui une curiosité fort incommode pour ceux qui en deviennent l'objet. Mais, par le diable ! ma bourse est trop relevée, Geruieau.
— Commandant, commandant, deux voiles ! s'écria Saint-Sauveur en entrant avec précipitation daus la chambre du comte, car cc jeune homme ne pouvait coutenir l'exaltation joyeuse que lui causait la certitude d'un Combat prochain.
— Eli ! bon Dieu, monsieur, dit Henri avec calme, csl-il donc besoin de crier si fort et de faire ce tapage pour m'annoncer cola ? Et quelles soûl ces voiles ?
— Commandant, dit Saint-Sauveur un peu confus, la vigie de misaine vient de les signaler à l'instant... on croit que c'est uu schoouer et un cutter.
— Un schoouer et un cutter... c'est bien mesquin, dit le comte d'un air dédaigneux. A moins pourtant que ce lie soient les mouches de quelque autre navire plus fort, car dans ces parages d'aussi petits bâtiments se hasardent rarement seuls... Mais enfin voilà cette diable de boucle à sa place, s'écria Henri avec complaisance en finissant d'arranger ses clmveux, crêpés sur sou front, au moyen d'uu petit couteau à lame d'or et à manche de nacre qui servait â culcvcr la poudre.
Puis il donna l'urdrc a Jean Thomas d'aller examiner les navires et de venir lui en rendre compte. .
Le lieutenant salua et monta sur le pout, suivi du garde-marine.
— Germeau, dit Ilcuri eu se levant cl se mirant dans une glace magnifique, Germeau, donne-moi mon grand uniforme brotlé, mes aiguillettes de salin et mes croix de diamants ; car, vive Dieu ! c'est l'occasion ou jamais de faire toilette, et de montrer aux Anglais que uous avons quelque peu de go4l à Versailles.
Au mumeiil où le comte endossait sou vêlement splendide, Saint-Sauveur entra, plus calme cette fois.
— Commandant, le lieutenant vous fait dire qu'en outre du cutter et du scliooner un vient de signaler aussi un senau et uue frégate.
— Voilà qui est à merveille... Je l'avais deviné, ceite frégate me plut fort, et signifie quelque chose ; car, s'il est glorieux de harponner un requin, c'est pitié que de jeter b foène sur des poissons volants. Et ces navires sont au vent à nous, monsieur ? demanda le comte qui ajustait sa croix de Saint Louis euriebie de pierres précieuses, et veil-
lait avec un soin particulier à ce que son habit bleu ne cachât pas trop la riche broderie d'or de sa veste écarlate.
— Oui, conunaiidaut, les voiles sout au veut à nous, dit Saint-Sauveur.
— Encore à merveille ; quoi qu'on dise, j'aime mieux combattre sous le vent ; le service de l'artillerie est aiusi plus commode, et dans une risée l inclinaison du vaisseau n'interdit pas l'usage de la batterie.
Puis s’adressant à Germeau :
— Donne-moi mes montres à chaînes de perles, mon solitaire et ma boite d'émeraudes, mais remplis b de tabac d'Espagoe, car les Anglais u'usenl que de celui-là ; et si j'ai l'avantage d'aborder nn de ces gculiemen, il faut au moins qu'après l'action je puisse lui offrir quelque chose | à son goût : car nous les aborderons, monsieur de Saint-Sauveur, dit | le comte en se retournant avec vivacité vers lu garde-marine ; uous ie* •borderons te sabre à la main et le pistolet au poing, i’cu ai le pressen- ! liment, et, pour voir s'il ne me trompe pas, veuillez dire au lieutenant | de faire meure les hommes aux pièces, de gréer les perroquets et les I kakatoès, et de virer sur l'ennemi . Je vais monter à l'instant.
Saint-Sauveur salua et sortit, presque interdit du calme singulier que son supérieur conservait dans une circonstance pareille.
— Est-ce que tu ne trouves pas, Germeau, demanda le comte, que les basques de cet babil tombent bien peu carrément ?
Le valet de chambre examina sérieusement, et dit après quelques moments de silence :
— Monsieur le comte a raison. Monsieur le comte ne peut pas garder cet habit. Heureusement que je me suis précautiouué, et que Lenonuaiul uous a fait trois nouveaux grauds uniformes, monsieur le coinlc.
— Allons, dépêche-toi. et reviens dans la galerie, car je vais y prendre quelques armes, afin d’être convenablement muni pour l'abordage.
Le comie, après avoir jeté un long coup d'œil sur la riche panoplie qui ornait sa galerie, mit d'aboi d de côté uue excellente paire de pistolets anglais à deux coups, dont il fit jouer les batteries après h-s avoir 1 soigneusement examinés cl chargés. Il prit encore un sabie uu peu recourbé. assez court, mais Tort large, dont la coquille épaisse cl la garde merveilleusement ciselée défendaient le poignet et presque l'a vaut- bras. Il fil ployer cette lame de damas d'une couleur grise et male, eu essaya la pomlc et le tranchant, et fit subir les mêmes épreuves à un superbe poignard turc à lame conique, qu'il ajouta aux autres armes.
Bientôt Germeau parut avec le nouvel habit, qui avait une merveilleuse façon,
— A la bonne heure ) dit le comte en se mirant, voilà qui est présentable! Maintenant. Germeau, mou cha peau à plumes' blanches cl I mon porte-voix. Ah ! lu donneras ce las effroyable d’armes à uu pilo- ' lin, et tu lui diras de mettre tout ça sur mon banc de quart, ajouta-t-il ou soulevant avec peine le luurd ceinturon de cuir qui contenait le sabre, les pistolets clic poignard.
Fuis Henri suspendit négligemment à son côté un fourrea ■ de soie i blanc à gardes d’or. Il n’y avait qu’une lame de baleine à ces semblants dupée, qu'on appelait alors des plumes, sans doute à cause de leur excessive légèreté.
— Ah ! dit encore le comte, j’oubliais... donne-moi plutôt cette Unité que l'amiral Byron m'a envoyée ; ce sera de meilleur goût dans le cas où j’ofrrirais ou tabac à un Anglais.
El, jetant nu dernier et complaisant regard sur l'ensemble de sa toilette, cueillant dans la caisse de (leurs uue fort belle rose qu'il mit à sa bouche (cela remplaçait pour lui la pelote de laine de Maurice de Saxe et le cure-dents de Goligny), il monta sur le pont.
Au moment où il parût, les canonniers étaient sur les gaillards, les gabiers dan» les Inities, les matelots au pied de chaque échelle du haubans, et le lieutenant au banc de quart.
A la vue du comte, de ce jeune et fringant capitaine, si beau, si élégamment couvert d'or et de diamants, d'azur et d'écarlate ; à la vue de ee grand seigneur, nui se présentait sur le pont avec sa grâce cl sou aisance habituelle, lus marins ne purent échapper à un sentiment qui approchait de l'admiration.
Car on se tromperait en pensant que de tels avantages physiques, encore rehaussés par tout l’eclal d une magnificence de bon goût, ne devaient pas produire un grand uflet sur (imagination vire et grossière dus marins.
Vivant eux mêmes d'oppositions, ils étaient surtout sensibles, par instinct, à b poésie des contrastes. Or, celte excessive parure à boni d'un vaisseau, cette toilette de salon au milieu de l’Océan, devait lus frapper beaucoup. Et pub, ces hommes habillés simplement et sans recherche sentaient presque lin sentiment d'orgueil en voyant celui qui leur commandait si splendidement vêtu. Car, après tout, c'était pour aller au feu que leur capitaine se faisait si brave. Et puis enfin, s'ils étaieut soumis au commandant, lui aussi dépendait de leur courage. Son sang-froid dépendait de leur saug-froid ; sa renommée de leur obéissance aveugle; en un mot, ils étaient à lui comme il était à eux. Aussi se montraientils fiers de lui, fiers de sou luxe, fiers de sa grâce, comme ils étaieut fiers de la Sylphide, de sa beauté et de sus splendides ornements.
Enfin, je le répète, c'était uu sentiment d'orgueil et d'admiration qui fit épauouir toutes ces bonnes et rudes figures à la vue du comte.
C'est que vraiment il y avait sur le joli visage de Heurt Uni de calme
l.A VIGIE DE K.OAT-VEN.
ci uat d'assurance, il y avait une expression de fermeté si précise dans In contours de sa bouche qui jouait avec une Heur, tant d'insouciante intrépidité daus ses brillants yeux noirs, que l'engouement de ces braves marins était concevable, surtout s’ils comparaient l’extérieur de leur lieutenant à celui du comte.
Eu effet, Jean Thomas contrastait en tout avec cette brillante porsouotGcalson de l'aristocratie d’alors. Sa taille courte et épaisse, ses traits communs, sa chevelure négligée, son vêlement que, par uuc espèce de fatuité cynique, il portait vieux et sordide, complétaient uu aspect vulgaire et presque repoussant, et complétaient aussi la somme de motifs pour lesquels Jean Thomas était exécré de 1 cqoipftge, qui trouvait un accord parfait entre le physique et le moral de cet homme austère, et la cflonexitela plus intime cuire scs habits malpropres cl son ton brutal.
Quant aux jeunes «(liciers, quoique fort soignes dans leur leuuc, ils iTsiffodiaiciit pas de l 'élégance et du bon goût de leur commandant.
Eu arrivant sur le pont, le comte sauta lestement sur son banc de quart, ci de là. muni de sa longue-vue. il examina quelque temps en sik-nce la manoeuvre et la position de l'ennemi, dont on approchait à vue d'cril.
- Mille doubles dieux ! dit maître Frank eu regardant, ébahi, la toilette du comte. Ah ! mais, voilà un commandant ce qui s'appelle ficelé et refhclc. Foi d'homme ! y me crève la vue, tant y a d'or et de bijoux sur l'estomac. C'est tout de même flatteur d'être commande par un pareil capitaine, un capilaiue que scs puces ne pourraient pas sauter, ou ttulcnu-nt faire la cahiccüe, sans se mêler les pattes dans des mille tonnerres de broderies de fin or et des tremblements de diamants qui vous aveuglent comme des rayons de soleil.
— Ü'abord, mon cher, dit le canonnier bourgeois qui inspectait les passavants, mon cher Frauk. si vous aviez la moindre usage de la grande société, vous sauriez qu'un commandant n'a jamais de puces... Ainsi votre comparaison ineectw vie est défectueuse, maître Frauk, ajouta le canonnier en souriant vaniteusement à celle plaisanterie.
— Oh! maître Kergouét, reprit naïvement Frank, voyw-vous, moi, j’ai dit des puces parce que j'cu ai, voilà tout.
— Pardieu ! je le sais bien, s'écria le canonnier bourgeois avec un air de douloureuse récrimination ; mais oubliez ces ridicules insectes, ami Frank, cooiinua le canonnier plus calme. Tenez, voyez donc comme nom approchons de l'ennemi... Ah! ah! maître, il parait que je vais avoir de la besogne dans ma boutique, car voilà des chalands qui nous arrivent.
— Ob ! alors, si vous prenez ça pour des cAaia»* fl), maître Kergotiét, s'écria Frank en éclatant de rire, alors, mon brave homme, c'est que vous avez les veux ouique j'ai les reins, et que le fond de vos culottes vous sert de lunettes.
— J'appelle cette frégate, ce cutter, ce schooner et ce senau des cAolands, maître Frank, dit Kergouét en faisant cette énumération avec une sorte d'emphase et d'aigreur, je les appelle des cbalands parce qu'ils vienucut chercher à ma bonlique une provision de boulets et de bbcaicns que je vais leur servir, et à la grande mesure encore, le treizième au Jemi-quarteron.
Et le canonnier bourgeois descendit dans sa batterie d'un air presque courroucé contre Frank, qui avait paru douter de scs connaissances nautiques ou de la sûreté de sa vue.
Mais Frank, le rattrapant par la basque de son large habit marron au moment où il allait disparaître par le petit panneau, s'écria :
— Allons donc, Kergouét, est-ce qu'on quitte comme ça un vieux matelot? est-ce que vous ne voyez pas que c’était l'histoire de s’égarer, car je sais que vous en remontreriez à un cormoran pour le loin de la me. Sarpcjèu ! Kergouét, on ne doit pas se quitter comme ça au moment ousqn’on peut faire la rntapiole dans le trou aux morts ! Une poignée de main donc, une poignée de main, double dien !...
— Vous avez raison, Frank, mon cher Frank, dit le canonnier en remontant pour presser amicalement dans les siennes la main calleuse du maître d équipage. Morte la bête, mort le venin, comme on dit. Sans noene, vieux Frank.
Après quoi le canonnier descendit à sa boutique, ainsi qu’il appelait toujours sa batterie.
A ce moment on voyait distinctement les quatre navires de guerre à »«il nu.
Henri ferma sa lunette, ôta la rose de sa bouche, et dit d’une voix Haute à l'équipage, en montrant l'ennemi du bout de son chapeau bordé de plumes blanches :
— Mes enfants, dépéchons-nous d'amariner (S) ces quatre anglais car mi nous attend en Amérique, et une fois la, outre vos paru de prise, je vous promets cent lotus pour boire à la santé du roi. Vive le mi ! mes amis, vive le roi !
— Vive le roi! cria l'équipage avec exaltation, car ce peu de mots avaient produit le meilleur effet. L’assurance avec laquelle le corme regardait les bâtiments qu'on allait combattre comme déjà pris prouvait la confiance qu'il mettait dans son équipage. Et celle présomption mettait
(1) Pour comprendre ce béte de je« de mot*, il faut ravoir qu'on appelle aurai ctaian (et non chaland j une espèce d'altêge ou de bateau porteur, a fond plat, dont <*i »e sert dan* les port*.
(3) On appelle amariner prendre po**c*sion d'une priée qu’on i faite.
en jeu le plus puissant mobile tic l'homme, et surtout du marin : l'amour-propre.
Puis, s'adressant au lieutenant :
— Passez à l’avant, monsieur, et, je vous en prie, écoutez attentivement mes moindres ordres, dit Henri.
Jean Thumas salua cl sc rendit à son poste.
— Monsieur de Miran, vous serez mou officier de manœovrc. Vous, monsieur de Saint-Sauveur, veuillez bien demander à H. de Monval si tout est bien préparé dans la batterie dont vous serez second.
— Les hommes sont à leurs pièces, commandant, revint dire Saint- Sauveur.
Redressant alors sa noble mille, Henri, l’œil brillant, le tciut coloré, s'écria en s'adressant à ses officiers :
— Allons, messieurs, pensons à la gloire de b France, conduisonsnous en gentilshommes, cl vive le roi !
— Vive le roi ! crièrent les officiers.
— Maintenant, monsieur de Miran, faites hisser et appnyer d’un coup de canon le grand pavillon blanc. Qu'il dise liant et loiu : France. Nous verrons ce que ces inconnus vont lui répondre.
Et au même instant un immense drapeau blanc s’éleva majestueusement le long de la drisse du pic.
— Chapeau bas, messieurs, dit gravement Henri en se découvrant; et vous, tambours, battez aux champs !
Les tambours roulèrent, officiers et matelots sc découvrirent avec un saint respect devant cet cmbleine royal, qui s'élevait lentement le long de la drisse. Au moment où le pavillon se fixa, uu coup de canon retentit sur la surface de I Océan .
A peine ce bruit eut-il résonné que les quatre navires hissèrent le pavillon anglais en l'appuyant aussi.
— Ah ! ces messieurs savent vivre, dit Henri en voyant la manœuvre de l’ ennemi , ils nous rendent notre politesse; voici qu'ils sc nomment et répondent : Angleterre. Monsieur de Mirau, faites porter sur eux.