CHAPITRE XIII
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Doria * vaincu Fic*qu«.
Scmtuji.
N* 1 —U tATTttUZ.
J'ai observé à bord de nos vaisseaux que les derniers moments qui précèdent uu combat sur mer sont toujours remarquables par le profond silence que garde l'équipage et par l'expression singulière de curiosité inquiète ou de réflexion qui empreint toutes les physionomies.
En effet, plus on approche de ccl instant décisif, plus les pensées des hommes deviennent graves.
L'exaltation généreuse qoe fait éprouver la certitude d’une action s’épanche et débordé en cris de joie une heure avant l’affaire, liais quand dix minutes seulement vous séparent de rengagement, dans presque toutes les organisations, l'instinct vital reprend le dessus. On ne tremble pas: au contraire, on réfléchit, oo envisage avec calme b portée de toutes les chances qu'on va courir, et, à une pareille heure, on permettra, ie l’espère, aux braves de s'apercevoir que c'est pour eux une question ae vie ou de mort qne le canon va décider.
Or, à mon avis, celte loue froide du courage raisonné contre Je vœu conservatif de la nature est le plus beau des courages, cl il distingue éminemment notre nation. La preuve certaine de ceci, c’est que jamais on ne grise nos marins avant le combat ; ils se battent avec toute leur raison, et voient dun œil ferme tous les dangers qu'ils vont braver.
Chez d'autres nations, au contraire, on les enivre à moitié, comme pour leur voiler le péril ; on parvient peut-être, en traitant les équipages de cette façon, à leur inspirer une témérité plus fougueuse et plus , aveugle, mais on leur lait perdre ce qui est bien plus précieux, surtout dans une action navale : le jugement et le sang-froid, qualités imlîspcn- , sables quand il s'agit de combattre, non-seulement des hommes, mais encore le feu, l'eau, les vents et les rochers.
Que dans une bataille sur terre des régiments soient ivres, le danger est moindre: c’est une trouée qu’il but faire daus les masses. On s'y précipite tête b iffe. 0» passe ou l’on reste. On marche droit ou l'on bronche ; au moins le sol ne vous mauque pas. A bord, au contraire, une écoule, un seul cordage imprudemment largué, uuc busse impulsion donnée au gouvernail, peuvent compromettre b sûreté du navire et de l'équipage ; ou concevra donc ïïndispcnsablc nécessité de la Km* péranee.
Ce silence solennel, cet imposant avant-coureur tfun combat, régnait donc à boni de la Syphidc pendant qu elle franchissait la petite distance qui la séparait encore de l'ennemi. Les Anglais tenaient toujours le vent. Le cutter aervait d’avant-garde et de mouche à celte petite divt-
LA VIGIE DE K O AT- VEN
lion. U frégate et le senau formaient le centre, et le ichooner venait ensuite, comme corps de réserve.
I.a batterie de la Sylphide offrait un magnifique coup d'œil. Tous les chefs de pièces et chargeurs sc tenaient droits, silencieux et immobiles auprès de leurs canons. Ucs mèches fumaient do loin en loin dans des bailles pleines d’eau. Les mousses chargés de l'approvisionnement des ieccs étaient à l'entrée de la soute aux poudres avec leurs gargoussiers. ous les panneaux do plafond ou du plancher de la batterie avaient été fermes, à l'exception de ceux du milieu . qui servaient de communication entre la cale, la baiieiie et le pont: car cette espèce de large puits carré, qui traversait perpendiculairement les différents étages du navire, s’ouvrait sur le pont et finissait à la cale. C’est dans cet espace vide qu'une chaise à fond de sangle s'élevait et s’atiaissail au moyen de poulies, soit quelle allât prendre les blesses, soit qu'elle les descendit au fond de la frégate, ou, plus en sûreté, ils étaient confiés aux soins temporels du docteur Gédeon, cl aux soins spirituels de l'aumônier.
Monval, chargé de la batterie, était debout au pied do cabestan, appuyé snr son épée nue qui devait lui servir à commander le feu : car une fois le combat engagé, il devenait impossible de se faire entendre autrement que par signes.
Kergouèt se tenait auprès de Monval ; comme le comte, le canonnier bourgeon ne pouvait non plus se battre sans être en toilette; aussi, après s'etre fait raser, poudrer cl pommader par le Losophe, te digne maître avait revêtu un élégant habit marron à boulons d'acier, qui tranchait délicieusement sur la blauchcur de sa veste de basiu, brodé e d'une uirlandede feuilles de vigne; joignez à cela des culottes chamois, des as de soie gris chinés, un col et un jabot de batiste, de longues manchette» qu'il avait retroussées pour étire plus à son aise. Ajoutes encore un vaste chapeau :i cornes, et vous aurez le signalement complet du cauoutiicr bourgeois.
On aurait, en un mol, pris ce galant homme pour le plus inofTensif et te plus modeste des citadius de la rue Saint- Denis, n'eussent été une paire de pistolets à deux coups, et un large et luisant sabre d'abordage sans fourreau, qu'il portait à une ceinture de cuir.
Je ne parle pas d'une hache d'armes qu'il avait prise à la main, seulement par contenance, ainsi qu’il aurait pris, disait-il, sa canne ou son parapluie.
S'approchant plus près de l’enseigne, et le saluant respectueusement, maître Kergouèt lui dit :
— Me permettriez- vous, monsieur de Monval, d'insinuer deux mots à ces enfants? Ça me connaît, et avant la choie ça ne ferait peut-être pas mal.
— Faites, dit Monval.
— Messieurs, dit le maître, avec la permission de notre officier, je vais vous faire une question : Nous avous an compte à régler avec quatre uavires, u'est-cc pas ? Mais il .ne faudrait pas participer de là qu'ils sont quatre contre un ; voici pourquoi : un canonnier bourgeois vaut quatre soldats terriens, n'esl-ec pas, messieurs ?
— Oui, oui, maître, dirent bruyamment les canonniers enchantés d'étre arraches au silence qui leur pesait, surtout en ce moment.
I»e maître continua : — Quatre écus de six livre» ne valent pas plus qu'un louis?
— Won, non, maftre, dirent les marins.
— Eh bien ! messieurs, mes cher» enfants, regardez par le sabord, et vous verrez un schooner, un senau, un cutter et une frégate anglaise... ce qui fait juste la monnaie d'une (régate française... comme fa Sylphide. Or, nous autres négociants, nous savons bien que les grosses pièces valent toujours mieux que la monnaie...
— Négociants ., négociants... murmurait le contre-maître Rapin, oui, négociants en coups de hache, négociants en mitraille, négociants en boulets rouges...
— Et puis, mes enfants, dit maître Kergouèt, le sort est pour nous ; les présages...
—Assez, assez, maître, reprit Monval en interrompant le canonnier ; en fait de présages, mes enfants, celui qui annonce le mieux la prise d’un navire, c'est une bonne volée qu’on lui envoie en plein bois ou dans sa mâture... alors, viser juste c’est deviner. Maintenant, silence partout.
— L’officier a raison, disait tout bas Lucas il Yvon, son matelot; on sc fait son présage à soi-même... Vois-tu, Yvon, c'est plus sûr; c'est comme quand le Losophe a demandé à Gibard pour le vexer : —Qu’est-ce
3 ni vous a fait ta queue, Gibard? et que ce s.... Gibard, qui a beaucoup e moyens, loi a crânement rivé son clou en lui répondant ; — Qu'cstcenni m'a faite ma queue? je me la suis faite soi même, Losophe...
Malheureusement, Lucas fut arraché au souvenir de ces réparties si pleines de finesse, d'atticisme et de mordant, car le porte-voix qui communiquait du pont à la batterie fit entendre cet ordre dn comte ;
— « Canonniers, ventre à terre ! que chaque homme soit cuucbé dans fa direction du pointage... et surtout qu’on ne fasse pas feu avant l'ordre!...»
Monval répéta ce commandement, et aussitôt tous les canooniers s’allongèrent au pied de leurs pièces.
Maître Kergouèt et Monval, restant seuls debout, s'abritèrent aussi derrière le cabestan. '
La portion qu’un faisait tenir aux canonniers prouvait clairement
que d'une seconde à l'autre la volée de l'ennemi allait pleuvoir à travers la batterie, mais que le commandant, ne délirant point encore engager le feu, ne voulait pas exposer inutilement la vie de son équipage.
Et, à ce propos, c'est un singulier poste que celui des hommes des batteries ; ignorant presque toutes les manœuvres que fait le bâtiment; ne sachant pas s’il mit ou s'il chaste : pouvant à peine juger l'effet des coups qu’ils envoient; Impassibles comme leurs canons, ils décident du sort d'une action, et y sont pourtant tellement étrangers, qu’après le combat souvent ils n'en connaissent pas les moindres détails.
Nous l'avons dit, l’ordre de se tenir couchés annonçait aux canonniers de la Sylphide qu'ils devaient s'attendre à recevoir une bordée de l'ennemi ; or, toutes les respiration* étaient suspendues et chaque marin éprouvait cctle singulière, émotion d’attente et d impatience qui m a paru avoir assez d'analogie avec celle qu'on ressent au théâtre quand on prévoit qu'un coup de fusil va être tiré, sans savoir au juste à quel moment ni dans quelle direction.
— Ali çà. messieurs, dit plaisamment maître Kergouèt, maintenant que vous voilà couchés, n'aliez pas vous endormir, au moins, et ronfler plus haut que vos canons. .
— Ab! dame... maitre Kergouèt! dit le quarticr-maltre Rapin, on ne peut pas répondre de ça ; et, une fois la volée reçue, je prie qu'il y a des dîneurs qu'est assez cagnes pour ne plus se relever du tout.
Maitre Kergouèt, au lieu de répondre, saisit Monval par le bras, et le tira derrière le cabestan en s'écriant :
— Défiez-vous, monsieur!
A ce moment, la ligne d’eau et d'horizon qu’on voyait au loin à travers les sabords sc trouva cachée par la frégate anglaise, qui prolongeait alors fa Sylphide. Un large reflet de feu brilla sur le» vagues, eu entendit une effroyable détonation, et ea même temps quelques boulets entrèrent en ricochant dans la batterie avec un sildement aigû, tandis que d autres, s'amortissant ou se logeant en dehors, faisaient sourdre et trembler la muraille du navire.
Puis, à la place de la frégate anglaise, qui disparut, on vit un épais nuage de fumée que le veut chassa du côte de la Sylphide.
— Que les canonniers restent toujours ventre à terre ! répéta le grand porte-voix.
Le premier mouvement de stupeur passé, les canonniers, sans se relever, tournèrent la tête de côté et d’autre pour voir l'effet de celte bordée ; et maître Keroouét, allongeant le cou, dit à Monval ;
— Il n'y a pas granfl mal, je crois : des éclats... et*.* mais si ! monsieur... si... voilà uu pauvre diable qui abandonne son poste... et un autre qui se rode et gigotle comme un possédé... Allons... allons vous autres, dit-il en s’adressant à ses canonniers, tencz-lc donc ; n'avez- vous pas peur qu'il vous morde ! ..
— C’est un des endormis que je vous disais tout à l'heure* maître Kergouèt. reprit Rapin. Il fait un mauvais rêve; mais non... le voilà calmé... Encore un saut de carpe, et puis t'es cuit; bonsoir, vieux... C’est ça, mort comme un chien, mort sans se faire seulement graisser ses boues par le prêtre.
Or, celui qui se débattait ne se débattait plus, en effet, car un boulet lui avait labouré les reu» et enlevé la partie postérieure du cràuc.
— Ho bé! fa chaise ! cria maître Kergouèt en s'approchant du grand panneau qui communiquait de la batterie sur le pont.
— Il y a du inonde! répondit une voix grêle et un peu altérée, mais toujours moqueuse. Kl au même instant la chaise descendit en emportant le Losophe blessé, qui limait Saint-Médard entre ses bras.
— Arrête doue... arrête donc, losophe ! dit maître Kergouèt en saisissant la chaise au passage et l'attirant sur le plancher de la batterie. Puis, montrant au lieutenant-magicien le corps du matelot mort... Sois doue assez délicat pour emmener ce pauvre Pierre avec loi... Ça évitera un voyage, Losophe, et ça te fera une compagnie ..
— Ma v maigri ue est à votre service, maître Kergouèt; allons, rangetoi, Saint-Médard; fais place à monsieur, dit le Losophe en montrant le mort qu’il emportait; puis U disparûtes criant : llo laë !... bu!... gare!... Place à mon équipage!... Gare dessous!...
Et le mort, le chien et le vivant descendirent dans les profondeurs de la cale.
Quelques minutes après, b chaise, encore humide et tachée de sang, remonta et s'arrêta au niveau de la batterie... Deux canonniers se levèrent et y pbcèrenl à la hâte leur camarade blessé.
Puis la chaise disparut de nouveau, et les marins se replacèrent au pied de leurs canons.
— Maftre, dit Monval eu indiquant à Kergouèt l'endroit où Pierre avait clé tué, maître, faites donc fuubcrdcr ce sang... II est inutile de laisser de pareilles traces sous les yeux de l’équipage.
— Mousse ! cria le maitre à un pourvoyeur de gar gousses, laisse b ton gargoustier et viens ici faire la propreté avec un iaubert mouillé... Allous, pas debout, mais à quatre pattes, imbécile.
Puis, s'adressant à ses canooniers en leur montrant les traces sanglante» :
— Dame!., que voulez-vous, mes enCauls... ça arrive dans toutes les boutiques du monde... on ne peut pas non plus faire son commerce sans qu’il y ait de la marchandise de cassée ou de répandue... Nous n'en sommes pas plus militaires pour ça ; c'est le déchet de l'état, voilà tout.
LA VIGIE DF, KOAT-VF.N,
eo
. U mousse vint, éunclui le sang qui coulait en larges rigoles suivant l'inclinaison du navire, et regagna son poste...
Lr même silence régnait toujours; mais au bout de quelques minutes il fut interrompu par un piétinement sous lequel trembla le poul du b batterie, cl la voix sonore de Henri qui domiuuii ce tumulte Ht entendre ccs mots : — Pare à virer...
— Tare à virer! répéta la voix forte de Jean Thomas.
— Enfui nous y voilà, dit Munval, qui devinait à celle manœuvre que le comte se croyait assez près do I ennemi pour commencer son leu.
En eflcl, fa Sylphide resta on moment indécise jusqu'à ce qu'elle eût obéi à l'impulsion de sa barre... Alors I inclinaison, qui avait été de gaurtw à droite, se manifesta dans le sens contraire; et à peine cette manœuvre était -clic exécutée, que l'orifice du grand porte-voix vibra tous ces Tools :
— Feu... feu... (ribord.
— A vos pièces, enfants; visez en plein bois, et feu sur l’Anglais. Fai!... répéta Monval.
A cet ordre, les canonniers se relèvent avec frénésie... La volée part, et la Sylphide trembla dans sa membrure.
De ce moment, les volées se succèdent avec une étonnante rapidité. Co épais nuage de fumée se répand dans la batterie; car la Sylphide, sc battant 6ous le vent, avait ce désavantage. Monval et maître Kergooéi courent d’une pièce à l'autre pour exciter les combattants ; à chaque bordée les cris de Vive le roi ébranlent la frégate jusque dans la cale. A ccs cris exaltés, au canon qui tonne, sc joignent les plaintes des blesses, le retentissement sonore des pièces sur leurs palans, les glapissements aigres des mousses qui, penches à l'outrée des soutes, demandent des gargnusscs à grands cris, le roulement du tambour, les encouragements que les matelots se donnent entre eux.
les lourdes pièces d'artillerie de la Sylohide sont maniées avec une promptitude inconcevable, les chargeurs s avancent la moitié du corps en dehors des sabords pour mieux taire jouer le refouloir. C'est un délire furieux et pourtant mécanique. Toutes les manœuvres sont réglées comme celles a'un exercice à poudre ; mais elles sont vives, ardentes ; mais elles sont à un semblant de combat ce qnc serait la réalité à un récit, l'écho au son qui le produit ; on dirait que tout s'anime, que les canons rugissent, que les palans se roidissenl d’eux-mêmes, et que fa Sylphide se secoue comme une tigresse en furie. .
Nais, au milieu de l’effrayant tumulte de ce combat acharné, voilà eue la chaise des blessés, au lieu de remonter de la cave vide comme ■habitude, reparaît avec ttumphlus toujours calme, qui, un thermomètre à la mat» et un siphon entre les dents, s'accrochait comme il pouvait aux cordages de b chaise. Ce malheureux astronome avant, au milieu de la bagarre, trouvé le moyeu d'échapper à Sulpice, s’cuiil jeté dans la chaise sans que personne pensât à l’en empêcher, afin 4 aller foire sur le pont son expérience du déplacement de l'air.
La chaise continua donc de monter. Rumnhius finit son ascension, et se trouva sur le pont au plus fort du combat ; avisant alors, avec le plus grand sang-froid du monde, le mât de beaupré comme une place pareillement propre à ses expériences, il s’y réfugia, et disparut abrité par ks focs qui étaient bordés.
W 4 a. — u i-obt.
Le poul supérieur de la Sylphide offrait un coup d'œil beaucoup plus varie que celui de sa batterie, qui. apres tout, ressemblait fort à une batterie de terre, couverte et casematée. Tandis qu'en dehors ce qui eompftaii et animait le taNeao, c’était la manœuvre des voile», l'exercice de b mousquelcrie, le feu continu des pierriers, dont la gueule béante s'appuyait sur les batayolcs des hunes. C'était encore le jeu des caronades et les préparatifs de l'abordage ; et puis enfin, ce qui donnait à ce tableau une conteur particulière, c'était la fumée épaisse et jaunâtre ■ni le voibit d'une demi-teinte tellement sombre, que le brillant soleil ■es Açores, ne pouvant pénétrer celte vapeur sulfureuse, n apparaissait plus que comme un orbe d'on rouge sanglant et dépouillé de rayons.
A l avant de la frégate la fonlc des marins était un peu éclaircie. Parmi ceux qui restaient, les uns bouchaient à ta hâte quelques trouées faites datrs le bastingage par l'artillerie anglaise, les autres resserraient les vis de pointage des pièces.
A l arrierc de la frégate était Henri, ferme sur son banc de quart, se tenant d une main aux haubans d artimon, et de l'autre montrant une manœuvre brisée à un groupe d-. timoniers dont quelques-uns chargeaient des fusils. Le comte paraissait toujours calme, mais l'ardeur du combat colorait ses joues et faisait étinceler son regard.
Alors b frégate anglaise serrait nn peu le vent, afin de réparer tans doute de légères avaries. Henri imita sa manœuvre, sans toutefois s approcher de trop près, acceptant ainsi cette espèce de trêve tacite, pour faire de nouvelles dispositions, ou remédier au brisement de quelques-uns de ses agréa.
Les trois petits bâtiments qui marchaient de conserve avec la frégate anglaise se irnaieul toujours à distance, et causaient ass^x de dommage à la Sylphide ao moyen de plusieurs eoulevrinee à pivoi, dont la portée était fort longue ; mais, voyant b manœuvre du principal bâtiment
de leur division, ils l'imitèrent ; et nemtoul quelques minutes l'artillerie [ cessa de gronder sur celte scène ae cai nng •.
j Presque à ce moment, le maître calf.it moula sur le pont. Malgré tout son sang-froid, on devinait à sa pâleur qu'il avait à faire une importante révélation : il s'approcha rapidement du comte, et lui dit deux ' mots à l’oreille...
La figure de Henri ne s’altéra pas... il plissa légèrement ses sourcils; puis, embouchant sou porte-voix, il appela Jean Thomas. Le licuicnanl i accourut à cet ordre.
Henri lui parla aussi quelques moments à l'oreille : après quoi Tho- I mas. suivunt le ralfnl, disparut avec lui par le petit panneau de l avant.
Or, ers quelques mots, dits tout bas à Henri par le cnlfat, signifiaient simplement que la Sylphide ayant reçu deux boulets au-dessous de la flottaison, une effrayai! le voie d’eau venait de se déclarer, et que si la pompe ne b franchissait pas, la frégate était exposée à couler d'un moment à l'autre.
Henri venait donc d'ordonner au Heulcuaut de surveiller l'importante manœuvre que le calful allait exécuter pour remédier à ce grave accident.
Mais le comte possédait un tel empire sur lui-même, que sa figure impassible ne trahit aucune émotion.
Alors, se tournant vers de Miran, qui donnait quelques ordres à maître Frauk, qui desceudait de visiter b grande hune :
— Eb bien! monsieur, lui dit-il eu soulevant son chapeau horde et s’essuyant légèrement le front, voici une belle journée pour nous, vive Dieu!... Depuis mou dernier combat du Robulte, je n'avais vu un feu aussi nourri. Ces Anglais se battent bien, monsieur, et j‘ai bit quelques remarques sur leur façon de dégager leurs manœuvres qui nous seront utiles... Mais voyez donc tuuiiue cette poudre ternit Jcs broderies... C est désespérant, on a l’air de sortir d une forge, ajouta le comte en secouant du bout de ses doigts un parement de son habit.
— Sans compter, dit de Miran, que vos lias de sole sont tout pleins de sang; mais, au moins, ce n’ual pas du votre, commandant?...
— [Son, c'est ce diable de timonier qui est là le nez sur le pont, qui m'aura éclaboussé en tombant; car nous perdons du monde, monsieur, beaucoup de momie.
Mais, ne pouvant réprimer l'impatience qui l'agitait* le cumle dit en frappant du pied sur le pont :
— Vivo Dieu ! le lieutenant tarde bien » voici U frégate qui bisse arriver sur nous.
Fuis, s'approchant de l'enseigne, Henri lui dit d’une voix très-basse :
— Pas un mol de ce qne je vais vous confier, monsieur...
Mais, avant que k comte eût pu achever sa phrase, le lieutenant reparut sur le pont, vint prés de Henri et lui dit seulement :
— C’est paré, commandant.
— Fort bien, monsieur! répondit le comte, ne pouvant dissimuler sa joie; retournez à l'avant...
Puis s'adressant au jeune officier :
•- Savez -vous ce qu'il vient de nous arriver, monsieur de Miran? une voie d'eau au dessous de la flottaison... ciuq minutes plus lard ikiu* coulions. .Maintenant, ajouta le comlo eu sautant sur son banc de quart, épargnons la moitié du chemin à ce gentilhomme anglais ; biles loffer, monsieur. Et toi, timonier, va préveuir le commandant de la batterie de meure scs hommes aux pièces...
Henri regardait attentivement b frégate qui venait sur lui grand largue, sans doute afin de lui passer de l'avant; mais la Sylphide avait une marche si supérieure, elle pinçait le vent tellement près, que l'anglaise ne put la dépasser; et, quoique les deux navires ne fussent qu'à demi-portée de canoa, aucun capitaine «engageait de nouveau lu leu, J sachant combien une pareille bordée était importante et décisive.
Le plus profond silence régnait donc à bord, lorsque tout à coup b chaise des blessés remonte avec Sulpice, pâle, défait, les cheveux en désordre.
Arrivé sur le pont, l'excellent frère cherche avidement Rumpliius, ne le trouve pas ; puis, voyant Henri sur son banc de quart, U court à lui eu s'écriant :
— Monsieur le comte, où est mon frère?... su nom du ciel, où esl mon frere?...
Mais Henri, qui depuis quelques secondes observait la manœuvre de la frégate anglaise avec une attention dévorante, repousse Sulpice sans lui répondre, sc précipite sur b barre, écarte d'un coup de poing le timonier qui la tenait, et d’une main habile et assurée fait à f instant venir la Sylphide dans le vent aussi près qu'il était possible, eu criant avec force à l'équipage :
— Haies sur les écoules des basses voiles et des huniers ; bordez loul à plat et roidissez les ralingues... Alerte !... alerte !... mes enfants !...
; f...,., il t’agit du sort de b journée !...
j À ce commandement énergique, à la vue de l’incroyable «‘solution ! avec laquelle le comte avah agi au lieu de parler, l'équipage, un nioi ment stupéfait, obéit. avec un merveilleux ensemble, et la Sylphide | vint presque debout au vent, tant elle était ardente.
| Maintenant nous dirons pourquoi le comte s 'était lui-même précipité I au gouvernail.
A quelques indices imperceptibles dans la manœuvre de la fi égale I ennemie, ou plulêt par uu sentiment instinctif de son art que les m»«
LA VIGIE DE KOAT-VEN