CHAPITRE XLIV
«KKamae-
.... . Qui aurait cru (ah?
Fragment tntdu dn «fi*oour« dan académicien.
Ou sc rappelle que le matin de ce jour, à la suite du combat où le comte avait coulé le schoouer et presque démâté la (régale an:hi*c. ta Sylphide pril citasse à b vue de deux vaisseaux de soixanie-qn.-iinr7e. Il était nuit, cl le comte, après avoir lonetcmps rélléchi à sou cttlrct rca avec l'abbé, »' était couché ru recommandant bien a son valet de chambre de l'éveiller s'il arrivait quelque ebuse de nouveau à bord. ht .Sylphidt marchait si bien que, selon toute probabilité, les «leux vaisseaux l'avaient ou abandonnée ou perdue ; car, d'après le» ordres de Henri, tous les feux étaient éteint*. Les habitudes cachaient la lumière «ks boussoles, aucune lueur ne pouvait donc trahir b présence de la frégate française dans ces dangereux parages. Quoique s étant battue de fort près, la Sylphide c'avait pas d'avarie majeure à regretter. Ou avait en» vergue de uouvclles voiles : son mât de misaine, percé dans sa mechc, clan jumelle ; les manœuvres coupées avaient été cltangécs. Somme toute, b frégate pouvait sans crainte prêter le travers à tout bâtiment de sa force.
La mer était belle, b brise fraîche, et les matelots, couchés dans la batterie toujours préparée p«)ur le combat, en cas d'alerte, cherchaient de nouvelles forces dans un sommeil réparateur. Excepté les homme» rigoureusement nécessaire» pour la mauœuvrc, la Imrdee de quart sommeillait au*si sur le pont. Parmi les blessés étendus dan* fe (aux -pont, deux matelots semblaient pourtant oublier leurs souffrances et le sommeil. Celaient Daniel et le Losupbe. Depuis plus d'une Iteuie, le Ürvtua
LA VIGIE DE KOAT-VEN
traquait le Parisien et Sainl-Médard, qui, serpentant avec one adresse merveilleuse au milieu des liis et des cadres, échappaient ainsi à la poursuite opiniâtre du trop naïf et trop confiant adepte en sorcellerie.
Nais eulin le Losophe trouva fermée une des issues, qu'il croyait ouverte. Daniel doubla le pas et le saisit de sa forte main, en disant :
— Ah ! engne que tu es, je te tiens !
— C’est-à-dire, c'est moi qui vous liens, Daniel, dit le Losophe en prenant sa dupe au cotlct; voilà une heure rjuc je vous cherchais.
— Tu me cherchais, dit Daniel stop fait de cette impudence, mais terrain toujours le bras du Losophe comme dans un étau.
— Oui, le vous cherchais, Daniel, pour vous dire que vous êtes on fier animal... cl que c’est de votre faute si je suis blessé.
— C'est un peu fort, dit Daniel stupéfait. Je suis un fier animal... et ('est loi qui oses me dire ça., gueux que tu es!... Quand tu as le front 4c me vendre trois écus une mauvaise liole pour ne pas être blessé, et que la première chose que je fais, c'est do l'être.
— Daniel, Daniel, vous êtes un grand misérable ! dit le Losophe d'un air épouvante .. Daniel, vous Unirez mal . mais répondez un peu. Avezro» bu tout ce qu’il y avait dans cette Unie? ajouta le Losophe en se croisant les bras d'un air d'autorité menaçante.
— Ttao, je n’ai pas tout bu, non. par saint Pierre ; ou m’aurait coupé
r morceaux, que je n’en aurais pas bu une gorgée de plus s'écria
nid co sentant encore ses entrailles te contracter à la seule" pensée
«Je ce détestable breuvage.
— Ah! vous u'avez pas tout bu. Et vous voulez alors ouc le charme opéré, misérable!... et vous allez m’exposer à ce que M. le comte du Sdiot-uermain, noire exccllcnlisûmc magicien, qui sait tout, me pua sajc [tout avoir eu l'air de faire un faux sort et trompé un ami... Et vans croyez que j'aurai été blessé par votre faute, et qu'il nYo sera rien, Daniel! Non. nou, il faut nu exemple, car, en vérité, ça devient par trop fort!...
Daniel était confondu : le Losophe lui adressait justement les reproches sou a lesquels il se proposait de l'écraser. L’air grave et magistral du Losophe lui imposait ; aussi reprit-il d'uu tou plus modéré : — Mais eu lin, Losophe, j'ai toujours bu uue gorgée «le ta liole... qu’était si mauvaise, que j>n ai eu des aiïrcux mal au ventre; c’est vrai... et malgré ça, j’ai été blessé tout de même !
— Mais, animal, car dé< Uémeut c’est le seul nom que je crois devoir sdopter à votre égard. Daniel ; mais, animal, qu’est-cc que c'est que votre bfessure aussi/... une égraligntire... et j’ai vu du haut de b hune ce qui vous a blessé .'ça devait vous broyer comme verre. C’élaicuisix boulets rouges enchaînés ensemble !... et puisque six boulets cuclialnés enteniWr ne vous ont fait qu'une égralignure, qu'esl-ce que ça aurait été si vous aviez bu toute b fiole?... c’est-à-dire qu'au lieu de vous faire du mal. lea six boulets vous auraient au contraire gratté b tête tout doucement. comme on b gratte aux perroquets, ou ils se seraient changés ea couronnes de roses pour vous couronner très-bien... Mai- non, au lieu de ça, au lieu de se faire gratter b tête ou de se voir couionner de roses, monsieur aime mieux se Caire égratiguer... Chacun sou goOl, mais vous avez des goûts joliment atroces, Daniel.
— Mais j aurais mieux aimé être couronné «le fleurs, Lo-ephe... ma parole d'honneur b plus ancrée, j’aurais préféré ça !
— Encore une fois chacun son goût, Daniel... mais où je vois b méchanceté du vbtre, c’est de me faire punir par 1 excellent i'sime magicien qu'est Irès-roide pour la justice. . . Car moi. si; • pie comme un enfaui, je lai avais annoncé tout bonnement, par b voie des airs, que je vous avais bit un sort pour n’étre pas blessé : C’est bon, qui dit, Daniel ne sera pas blessé. Mais au lieu de ça, qu’est-cc qu’il voit? il voit que vou» êtes blessé, malgré le sort. Il croit que c'est ma faute, et v’bn... il m’envoie, sous la forme d'un bisraien, un dragon vert, avec une langue rouge et des ailes de feu, afin de me punir et de me blesser... Tu vois donc que c’est par ta bute, butor, brute, bête à foin !
Et le Losophe paraissait exaspéré. Daniel, lui, commençait à trembler et à se trouver des torts réels. — Dame... Losophe, moi je croyais qoe je pouvais trouver mauvais d’avoir été blessé, dit le Breton d’une uxi soumise.
— Ah ! tu croyais ça, misérable ! eh bien ! sais-tu lire?...
— Tu sais bien que non, Losophe.
— Eh bien ! alors... lis ceci.
Et l'impudent personnage, amenant Daniel sous un bnal, lira de sa veste un assez volumineux manuscrit tout rempli d'une écriture Une et terrée, et d uue foule de signes bizarres qui parurent au Breton les caractères les plus cabalistiques du monde.
Bébs ! lirh.-i ! c'était le précieux manuscrit de Rtimphius, que le damné Losophe avait volé pendant l'absence des «leux frères, comptant sur ce P»P«cr jauni, couvert de ligures symboliques, algébriques et mathémaii- 4 oc*, pour donner à ses «lupcs une liauie idée de son pouvoir...
-- Eh bien! qu’y lis-tu? deumidi de nouveau le Losophe d'une voix retentissante, et montrant du doigt ces pages effrayantes au Breton.
— Mais je n'y lis rien du tout, dit Daniel, puisque je ne sais pas lire.
— Eh bien ! je veux bien y lire pour toi... c’est notre reglement à oons magiciens. Kcmilc bien : « Tout gnensard qui ayant pas fait qu'à moitié le Sort qu'un magicien lui a «lutine... fera punir ce magicien par FeiccUctttixsiiue... sera puni, soit en devenant un ours marin qui aura
des mille tonnerres de mal au ventre... pendant sept cent mille et #mf ans! ■
Daniel frémit et sc signa ; car il connaissait ce dernier supplice, grâce à la liole. — « Soit, continua le laooplte d'un nir imposant et para ssaut toujours lire dans le manuscrit, soit en «tonnant deux omis do six livres pour acheter de quoi rafraîchir et renvoyer à sou poste le dragon vert à langue ronge qu'aura mordu le magicien, a
Et le Losophe, fermant gravement son livre, le mit dans sa poche et regnrib Daniel avec l'assurance d'un juge qui interroge un coupable Le Breton était fort ému et fort pâle; il balbutiait .. puis tout à coup, redressant la tôle, il s'écria ré*olûmcnt : — Bah ! bah ! ça m’est égal : si je suis puni, on roe payera tout ensemble, et je m'eu vais commencer par t'éreinter, Losophe.
Et il leva le poing sur le l-osophe, qui répondit intrépidement : — Je pourrais te pulvériser d'un flouAlc ; tuais j'aime mieux que lu me cogne- : j’en suis aux anges, parce que chaque coup de poiug ça sera dix millions de centaines de milliard» de siècles «le mal de ventre de p'us à souffrir pour toi.
Celle menace lit effet, et Daniel resta an moment le poiug suspendu, et ie Losopke rassuré continua : — Mais uou, éreinte-moi, et liiiiemoi... «pie je le dis ; tu as vu si c'était vrai ou nou ce que je t'ai prédit de Grand-Gibet, et si. quand lui et le diable oui été jetés a l'eau, tout h* momie n est pas redevenu bleu portant, au lieu d être à moitié crevé fournie avant; si...
Mais le Losophe s’arrêta ; car tout à coup une forte odeur de brûlé se répandit dans le faux -pont. Le Losophe, avec assez de présence d'esprit, profita de cet incident pour porter au comble la terreur de Daniel, en lui disant : — Ab i lu ©>es lever le poing sur moi. lieiilruanl magicien? Eh bien! seos-tu le soufre, gredin?... Voilà le diable qui vicul pour me défendre et l'emporter...
— Grâce !... grâce I... Losophe, «lit Dauid éperdu en se jetant à genoux.
Mais cette sccuc fut bientôt interrompue par les cris cllrayants de* blessé», qui. voyant uue fumée noire ci épaisse sortir par une «les porte* du carré et remplir le bux-poul, taisaient tous leur* effort» pour se sauver de leurs lits. Puis enfin ces épouvantables mob : Au feu ! retentirent du laux-poul dan» b batterie, et de la batterie sur le pont, comme un lotjg cri de désespoir. L'équipage csl sur pied. Du bat aussitôt la générale les oflicicrs se lèvent. Henri, éveillé en sursaut, .s'habille à la liàtc et parait sur le poul. Mais toujours calme et maître de lui ; — Tout le monde à sou poste de combat ! s’écrie-t-il d’une voix forte en sautant sur son banc de quart. El vous, monsieur «le Mira», faites mettre la frégate en panne et termer les panneaux pour exiler les courants d'air. Toi. maître Frank, fais gréer et jouer la pompe. Que vingt gabiers choisis descendent au feu, et que le reste «le l’équipage reste sur le pont ; on transportera les blessés dans b batterie, si le feu oblige d’abandonner le faux-pont.
Tout cela fut dit et exécolé en moins de temps qu’il n'eu faut pour récrire. Et l'éqnipnge sc tint immobile et divise par groupes sur l'avant de l.i frégate. Cet incident avait été si imprévu, que ces hommes, encore à moitié endormis, comprenaient à peine l'effroyable danger qui les menaçait ; ils sc serraient les uns cootrc les antre», sans que personne sortit de'ce lugubre silence, interrompu seulement |>ar le bruit sonore «d cadencé des bras de la pompe, qui jouait iuci^uumimenl. Le comte, ignorant aussi les progrès du feu. se promenait avec agitation sur l'arriéré ; car, dans ce moment critique, son devoir le forçait à rester sur le pont.
— Le feu gagne, commandant, vint lui due font Ikix le Itcnlenatil qui sortit du (muncaii de l’arriére .
— Mais où est le foyer de cct Incendie? demanda le comte arec anxiété.
— Le feu est à l’arrière, répondit Jeun Thomas, dans la dernière chambre à bâbord... dan* celle qui csl iroméi Ha terne» I placée au-dessus de la soute aux poudres.
— Mai» c e»l dm» h chambre de Bumphius! dit violemment le comte.
— Oui, commandant ; j’ai tâché de faire concentrer le fou dans cet endroit en fermant tontes les portes cl eo y fa La ut diriger les pompe*. Le maître canonnier Kcrgouet s'est dévoué an saint du navire, en «fosceudaut à b saititc-harbc.
— Ordonnez-hti donc, monsieur, dit Henri, de noyer les poudre» des qu'il verra les coutures du plancher se fondre ; mai» qu'il u agisse ainsi q» à la «iernierc extrémité , von* vous assurerez d'ailleurs par vousmême que ce parti désespéré est le seul qui reste à employer pour sauver le navire.
Comme le lieiilenant s’éloignait précipitamment pour donner cet ordre, il fut croisé par Saint-Sauveur, qui accourait en criant : — le fou gagne, connu. <mianl !
— Taisez-vous, malheureux enfant ! dit Henri en le saisissant par le bras et lui mettant la main sur b bouche , toisez-vous, par le ciel!
fuis s'adressant aux matelots toujours silencieux : — On devient maître du leu. mes amis, ce n'est eu vérité qu'une bougie qui a enflammé qoefooes paperasse». Ainsi, mes enfant», arrosez le pont, c’est toujours une bonne précaution. Que prrsoiiuc ne descende dans la batterie... Moitié, faites mettre des factiuiinaircs armes aux panneaux.
Buis s'adressant à un limouuicr «le confiance : — Toi, lui dit-il tout
LA VIGIK UE KOAT-VF.V
lias, descends dans ma galerie cl apporte-moi un sabre cl iiuc paire de pistolet» dtargés que lu trouveras sur une étagère à bâbord.
El le comte continua sa promenade sur Carrière, pi étant l'oreille de temps à nuire au bruil sourd cl confus qui s'élevait des parties inférieures du navire rumine un long gémissement. La nuit était profondément obscure{: les étoiles, cachée par de légers nuage» blancs, scintillaient V-i cl là, cl une fraiebe brise du uord sifflait dans les cordages de ta Sylphide toujours en panne. La fumée commençait ù se (aire jour à travers les tissures des écoutilles, et l'ou entendait un léger craquement de temps à autre : les membrures de la frégate se desséchaient, et une Acre et furie odeur de guudron fondu se répandait partout
Le lirulrtianl remonta de nouveau. — Eh bien ? loi dit Henri.
— Commandant, le feu gagne; mais je viens de faire entourer les cloisons île celle chambre, où il est le plus vif, de matelas mouillés et de prélarls. Ce n'est pas tout, le faux-pont olfre un horrible aspect : ces malheureux blessés, mutilés ou mourants, se traînent avec d'horribles cris an milieu de celle épaisse fumée.
— Kufer, malédiction sur ces blesses! s'écria Henri. Que pu»- je y faire, monsieur? dans b batterie il» gêneront le jeu îles pompes: le navire avant lotit* le salut dti navire, monsieur ! Deux cents hommes en état de combattre ne doivent pa» être sacrifiés ù mie trentaine de mourants.
De Montai monta au même instant, et dit à Henri d'un air consterné ; — Les poudres sont noyée», commandant.
— C'est un malheur, monsieur, un grand malheur en temps de guerre, niais il n'y avait pas à balancer.
Saint -Sauveur parut presque en même temps, cl vint dire à voix basse ù Henri : — Commanditât, le feu est concentré, les trois cloisons de la chambre sont garnies d-* matelas et de fauberts mouillés, cl il n’v a pli» à craindre de ce côté, mais maintenant le feu ronge le borda gc...
A ce moment une colonne de flamme se lit jour à bâbord, à un pied M-tattm de la flottaison, et celle scène affreuse, jusque-là sombre cl olisciirc, fut tout à coup éclairée d’une vive lueur qui teignit en pourpre tout le dessous des balayoles de hunes, ainsi que les mâts, les vergues et les voiles: les cordages sc dessinaient en noir sur ces vifs reflets couleur de feu, et un lotie et tremblant sillon lumineux se projetant au loin sur la mer... éclaira Te sommet des vagues noirâtres de l'Océan.
Le» matelots se crurent alors perdu», Fin-tract vital remporta sur la subordination, cl maître Frank accourut dire à Henri que plusieurs marias voulaient mettre les embarcations à la mer. Le comte sauta de son banc de quart, eu disant aux oflicicrs de descendre an leu ; cl, prenant le» deux pistolet» «pi on lui avait apportes, U s’avança sur l'avant.
— Quel est celui qui parle de mettre une cuibarcatiuu a l’eau sans mou ordre? demanila-l-ii d une voix ferme, et tenant ses armes cachées derrière son dos.
— * Ou n’en parle pas... on le fait, dit une voix qui sortait d’un groupe à peine éclaire par les reflets de la flamme.
— F.l qui fait cela?. . demanda froid- nient Henri.
— Moi. dit la même voix : et le comte, s’approchant, vil un matelot occupé à larguer le» pabus qui retenaient le petit canot.
Les autres marins, moins résolu», le regardaient faire, contenu» par la présence du comte, attendant peut-être un acte d'indécision de sa part pour se joindre au rebelle. — Ah 3 c’est loi, dit Henri en armant doucement son amie.
— Oui, c’est moi qui aime mieux être à l’eau que de rôtir ici... dit le marin en continuant de démarrer les palans.
A ces mots le comte, appuyant le bout de son pistolet contre l orcille de cet insolent, lui fit sauter b cervelle ; cl s'adressant aux autres matelots qui s'étaient violemment écartés au bruil de Fcxplosiou : — Voilà comme sera traité tout rebelle... qui veut l imiter.
Mais cet acte d'énergie imposa aux autres marin», qui sc réfugièrent sur l’avant avec de sourds murmures. Le lieutenant remontait alors, le visage tout noirci cl les cheveux brûlés; le commandant l'entraîna vers le bastingage, cil lui criant d'une voix sourde : — Voyez, monsieur, voyez ce hublot ouvrit; comment n'avcz-voi» pas songé à le faire fermer?... vous (icrdcz le navire par celte faute, monsieur.
— Tonnerre et sang. . j'ai tort, commandant, je l’avoue, dit Thomas eu s’entourant d une cordc que maître Frank tint solidement: il s'albla en dehors de la frégate pour boucher cette ouverture qui ne cessait de vomir une flamme rouge et ardente avec nue nuée d'étincelle».
— Navire... sous le vent à nom... et tout proche... cria tout à coup b vigie de misaine. A ce» mots, le comte tourna bnisqnement l.i tête et vit, a une portée de fusil de la frégate, la masse blanche et confuse que présente un vaisseau de guerre à travers les ombres transparentes de b nuit.
-- Le buhiol est fermé, s’écria le lieutenant en sautant sur le pont : mais lt* r otite lui dit avec une expression de douloureux dd-espoir :
— Voyez-vous ce navire, monsieur? c’est peut -cire un anglais, cl nous venons de noyer nos poudres... malédiction ! la lueur de l’inccudie nous aura trahis...
— Ship a hoy.„ Si hether frie nd or ennemy. Four relief il ou fire, do y ou, iras 6 volt, or any offrir amstanre (fl)... dit une voix partant de
(I) Olri ila ni vire! ami ou ennemi, mut ave* le feu à bon! ; vnulcz-vou* des einU» rotions, du •erosr»? ..
ce bâtiment inconnu qui venait de se meure aussi en panne, parallèle • ment à 1a poupe de la Sylphide.
— Kufer!.., c'e-d une (régale anglaise, dit Thomas.
— bile nous oITrc loyalement du secours, dit le comte; acccplonv-lc d’abord, nous verrons apres.
Puis, prenant son porte-voix, Henri répondit on anglais: — Nuits sommes Français, nous avons le feu à bord, einoyez-non» une pompe gréée dans votre chaloupe, afin de b faire jouer par le dentier litihlnt de noire arriéré, cl moi. commandant cette bégaie, je vous dencude trêve jusqu'à ce que le feu soit éteint à mon bord.
C'est trop juste, monsieur le commaudant, j'allais vous proposer celte trêve, dit une voix qui fit tressaillir Henri.
El au même instant on entendit, à bord de b frégate anglaise, donner des ordres précipités, les sifflet» joutent, les palan» grincerait, et, dix minutes après, une chaloupe fut mise à b mer, déborda et vint sc placer à la poupe de la Sylphide. — Veuillez, monsieur, dit Henri à l'officier qui commandait l'embarcation, veuillez mettre le manche «le TOtre pompe dans ce hublot qu'on va ouvrir, et b faire jouer...
Et maître Frank, descendant cette foi-:, ouvrit le hublot, qui vomit île nouveau une colonne de flammes ; ce qui |>crinil de parfaitement üktingucr b coque noire et b batterie blanche de b bégaie anglaise, dont l'ombre gigantesque se reflétait sur les flots, colorés d’un rouge ardent. Mais, grâce à la pompe anglaise qui jouait au dehors pendant que h pompe de la Sylphide jouait au dedans, en peu d instants le feu lut éteint ; car, une fois le hublot fermé, le courant d'air n'exisiant plu», l’intensité de l'incendie diminua de beaucoup.
Quand le danger lut passé, la chaloupe anglaise vint sc nu-Ure à portée de voix de la Sylphide, et Henri, s'adressant à roflicier qui commandait cette embarcation, lui dit : — Pourrai--je savoir, monsieur, i quel généreux commodore je do» ces secours si noblement donnés cl comment 6'appelle votre frégate?...
— Notre commodore est l'honorable sir Georges Gordon, cl notre frégate s'appelle le Uvely, répondit l'officier en français.
— Sir Georges... le fil» de lord Gordon, gouverneur aux Indes, s'écria Henri, stupéfait de retrouver ce gentilhomme anglais qu’il avait appelé en duel pour savoir son secret, et qu’il avait si délicatement obligé.
— Oui. monsieur le capitaine, reprit l’officier anglais.
— Eli bien donc, monsieur, dit Henri, veuillez prévenir sir Georges mie le comte de Vaudn-y. un de ses amis les plus dévoués, ira le visiter demain à son boni au point du jour. Veuillez aussi donner à votre commandant ma foi de gentilhomme que je resterai sous le canon de *a frégate, et que je ne b quitterai que par lin temps forcé.
— Je vais prévenir notre commandant de vos ordres, dit l’Anglais m s'éloignant au bruit cadencé des rameurs.
— Sir Georges... ici... voilà, pardieu, on bien singulier hasard, disait Henri; mais bientôt la voix connue de sir Georges fit entendre ces mots :
— Bonjour, mon cher comte, je su» enchanté de vous avoir rendu ce léger service, j’accepte tontes vos conditions et von» supplie de tenir demain prendre le thé à mon lw>rd, en compagnie (le ceux de messieurs vos oflicicrs que vous choisirez. Je gonvernerai toute b nuit dans l’oncst-sud-ouest, sot» mes huniers aux bas ris.
— Mille grâces, mou cher George», répondit gaiement Henri, je ne vous quitterai pas, et je me rendrai de grand curor à voue, in vital ion.
— A demain donc, cher comte. dit sir Georges.
— A demain, mon cher Georges, dit Henri. K* le», deux frégates louvoyèrent toute b nuit comme deux bâtiment* amis qui navigm-ot de conserve.