‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue La vigie de KoatVen roman maritime 17801830Chapitre 57 sur 70 · CHAPITRE LXlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXlll

'a Mise et u m.L«.

Au moment où le vicomte Alfred sortait de la cour du château, Marie, soulevant un des longs rideaux de soie du parloir de madame de Vatitlrcy, avait suivi son frère des yeux autant quelle l'avait pu. Puis, quittant la fenêtre, die s'était approchée de sa mère, qui travaillait assise devant une vieille petite table à ouvrage, en écaille cl en nacre, qu'elle avait apportée de l'Inde, et dont l'antiquité contrastait avec la recherche somptueuse et moderne de cct appartement ; car l'intérieur du château ayant été malheureusement dévaste lors de la révolution, le cointo Pavait fait remeubler avec In dernière magnificence.

— Mou Dieu, maman, dit Marie, que mon frère a doue une jolie tournure ! que ses chevaux sont beaux ! que tout cc qu'il a est élégant et de bon goût! Bnfin, ne trouvez vous pas comme moi, que le luxe lui sied à merveille ?

— Oh! très-bien, Marie; mais j’ai peur qu’il ne le sache seulement un peu trop.

— Pourquoi cela, maman? lui qni est de la cour et du plus grand monde, il luut bien qu'il y brille ; et puis il est si beau ! et si bon aussi ! car enfin II vient passer ici tout un mois pour nous tenir compagnie. Pauvre frère! savez-vous que c’est dn dévouement cela, maman ? lui

ui doit être si recherché, et qui peut choisir entre tant de fêles et tant e plaisirs! Aussi, je fais tout mou possible pour lui prouver combien j’en suis reconnaissante. Croyez-vous qu’il s’en aperçoive? j’en serais si heureuse ! oh oui ! car il me semble qu’après le bonheur d’aimer, il n'y en a pas de plus grand que de voir ceux que vous aimez être bien sûrs de votre affection.

Et les yeux Itleus de Marie devinrent humides de larmes et de tendresse. — Chère enfant ! Marie ! ma bonne Marie ! dit madame de Vaudrev en embrassant sa fille et la contemplant avec adoration.

Nous l’avons dit, Marie n'était pourtant pas jolie: ses traits manquaient de régularité; nuis ses cheveux bloutis étaient si soyeux et si

LA VIGIE DE KOAT-VEN

fi®*, ses dt*nl« si blanches, sa maiu, son pied, aa (aille, révélaient tant j étédounée par uu ami d'enfance, qui pour moi Tut longtemps un frère... de distinction, sa voix était si douce et si suave, son regards si noble et j'avais alors quinze ans... depuis, celte table m'a toujours suivie, de si par. sa peau si transparente, qu'en voyant cet ensemble gracieux, on l'Inde en Hollande... de Huila mlc ici... je la garderai toujours... et il me demandait, en vérité, ai Marie n’eût pas perdu à être ce qu’ou ap- serait bien doux, Marie, bien doux de songer qu’après mui... lu la garnie régulièrement belle. Quant à madame de Vaudrey, elle avait alors lieras aussi. Promets- le-moi, Marie .. ma bonne Marie, veux-tu ? dit rnacaqujute-trois ans : les chagrins et les souffrances a une constitution dame de Vaudrey avec un accent de tendresse inexprimable, frêle et délicate avaient amai.ri sa ligure. Elle était fcrl pâle, èt por- —Oh, maman 1 pardon ! pardon ! s'écria Marie en embrassant sa mère, lait scs cheveux, presque blancs frisés en grosses boudes i car ses ( lie- n 'aurais-je pas dû comprendre que quelque souvenir 6e rattachait à celte ifui étaient une des coquetteries de Marie, qui ne trouvait ricu de plus table, puisqu'elle vous était aussi chère, aussi précieuse... qu'elle me le ;■ ii bu inonde que ces anneaux luisaols et argentés qui se déroulaient sera désormais, croyez- le, maman, eroye*-le... wrie beau front de sa mère. — Merci, mon enfant, lu ne sais pas le bien aue lu me fais... Puis,

L'expression du visage de madnrac de Vaudrey était ordinairement après une pause, madame de Vaudrey reprit : Celui qui m offrit ce prédouce, triste et mélancolique: mais l'amour et la tendresse de Marie y sent, je te l ai dit, fut longtemps un frère pour moi... car, moi, je u‘afabaienl pourtant quelquefois naître un fugitif sourire. La conduite du vais plus de mère, Marie: mon père, qui m'aimait à la folie, n'eût osé cwule à l'égard de madame de Vaudrey était la même : ses habitudes ni voulu me contrarier en rien... J etais donc sans guide, abondmiuée i religieuses n'avaient pas changé : en France comme en Hollande, ex- moi-même, lorsque le hasard amena sir Georges citez mon pere... Sir

cepté à l'heure du dîner, il ue voyait ni sa femme ni sa liile que par Georges était un homme d'un caractère généreux, noble et grave

hasard ou rencontre. Ainsi qu'on l'a vu. l 'éloignement du comte pour Quoique jeune, mon eulanl, il était plein ue sage*»e et de vertu. C était le monde et la moindre société s était déplus en plus prononcé; et, un ami d un commerce sûr et austère... il me groudait souveut, Marie... depuis son séjour à Vaudrey, il n'avait voulu y recevoir personne, ni lui seul en avait le courage... et je dois à son affectiou sévère et éclairée même permettre que madame de Vaudrey et sa fille allassent habiter de nv être corrigée de bien des défauts dans ma jeunesse.

Paris pendant quelques mois d'hiver, prétendant qu'il pouvait tomber — El où e*t maintenant ce frère si dévoué, maman ?...

malade d’un nmnienl à l'autre, et qu'alors il serait privé de leurs soius. — Oh ! depuis bien longtemps... il est mort, Marie... il est mort, et

Italique la santé du comte fût des plus florissantes, cette dernierc rai- mort aussi dans mon cœur; cl si, quoiqu'il ait perdu mon csiimc, je

&od devait être décisive pour madame de Vaudrey, qui, voulant se mon- tiens encore à oe meuble, c'est qu'il me l’olfrit avant de s'élre rendu trer bonne cl parfaite jusqu'il la lin, ne parla plus d'un voyage auquel indigne de mon souvenir, elle u avait d ai leurs pensé que pour distraire sa tille. Marie était donc — Comment donc cela, maman?

tout pour sa mère : car, pour occuper ses loisirs, elle avait voulu faire — En manquant à une promesse qu'il m'avait faite sur son honneur

tfle-métne l'éducation de ta fille. Quelques ouvrages de tapisserie, des de gentilhomme, à une prume*se écrite par lui, et qui fut longtemps lectures choisies, la musique et le dessin, leur servaient à abréger les renfermée dans ce tiroir... que lu voi»-!à. mou enfant, longues soirées d hiver; la promenade et les paisible* distractions nu'of- — Et pour cela, maman, vous lui avez à jamais retiré votre estime?...

fre 1 1 vie de campagne leur bisaïeul passer doucement les longs jours — Pour cela Marie !... pour cela ! dit madame de Vaudrey avec une

de l'été. émotion qui colora ses joues. Est-il donc au monde quelque chose de

Nui* quoique l’affection de sa fille la consolât de bien des chagrins, plu* saint, de plu* inviolable, de plus sacré qu'une promesse faite et

madame de Vaudrey était alors cruellement tourmentée par l'incei lilude jurée? 0 ma fille! il faut bien réfléchir avant de s'engager. Mais une tbns laquelle M. de Vaudrey la laissait au sujet de l’avenir de sa fille. En fois qu'on a promis, dût cette promesse vous coûter des larmes de sang, effet, toutes les lois qu elle avait demandé au comte quels étaient enfin dût-il s'agir du malheur de votre vie entière... il faut être esclave de sa ses projet* et ses vues sur rétablissement futur de Marie, le comte avait parole. souviens-toi de cela Marie: parce qu'en appliquant celte ferrrpoudu que rien ne pressait, qu'il y songerait. mrlé de caractère et de volonté à i’accomplissemeut de ses devoirs, on

Comme le comte ue recevait personne à sa terre, et qu’il devenait par peut braver le malheur, car on est toujours respeelé, grâce â l’irrésis-

causéijuent impossible de songer à marier mademoiselle de Vaudrey, au- tible asceudant d'une âme pure et loyale. Crois-moi, Marie, c'est une trônent que par arrangement de famille, il était alors certain que Marie jouissance noble et grande que de pouvoir dire au monde : Ma vie défie unit sacrifiée & une union de convenance. El cela eût fait le désespoir le blâme et la calomnie ; et je puis lever devant Dieu un front tranquille de madame de Vaudrey ; car, pour juger les qualités précieuses du ca- et serein.

ractère et du cœur de Marie, pour comprendre tout ce que valait cette — Oh I je le crois, maman, je vous entends, je sais bien qn’étre fidèle

créature angélique, et ressentir enfin tout l'amour qu'elle était capable à sa parole c'est ne pas mentir dans l'avenir... et je trouve cela $1 noble

d inspirer, il eût fallu la voir longtemps dans l'in limité, la surprendre et si beau de pouvoir ainsi presque disposer invariablement do cct aved<os sa candeur et sa naïveté de jeune fille. Alors, même sans fortune, nir par la conviction qu'on a de tenir sa promesse... que je ne comprends luis naissance, Marie eût été adorée de tout homme capable d'apprécier pas qu'on puisse se parjurer... Tenez, c'est comme pour cette p- tite le* trésors de celle âme si noble, si délicate, si profondément dévouée, table, eh bien ! maman, je vous ai promis de l’aimer toujours, et j'ai Nais Marte, seulement proposée comme héritière, remplie de distinction, tant de foi à ma promesse, que je l'aime déjà comme j'aimerais uu de mais poiut jolie, ne pouvait espérer qu'un de ces mariages de position vos vieux amis.

où l'un se borne à souder, pour ainsi dire, deux fortunes, sans s’occu- — Pauvre et bonne Marie, avec quelle joie je vols que ton cœur per des convenances d'esprit et de caractère des futurs. m'entend ! dit la comtesse avec un soupir, et elle ajouta : Ce n'est pas

Mademoiselle de Vaudrey, elle, ne pensait pas du tout à l’avenir. Heu- ( tout, Marie, cette petite table me rappelle non-seulement un frère, mais reuse de l'amour de sa mère, n'ayaut pas connu d'existence plus joyeuse elle me rappelle aussi le premier moment où j'ai vu M. de Vaudrey ;

que celle qu elle mcuaii, elle passait, sans les trouver trop longues, les oui, bien souvent U s'est appuyé b... en me regardant dessiner ces

heures de cette vie simple, paisible et monotone. Seulement l'attente et beaux papillons que je t’ai donnes... C'est là qu'il m'a juré tant de fois le souvenir du mois que le vicomte venait passer tous les ans à Vaudrey de me rendre la plus heureuse des femmes, de n’avoir qu’un but. qu'un

était pour Marie une de ses plus vives distractions, et un des plu* grand* désir, qu'une pensée dans toute sa vie : mon bonheur !... Il y a au moins

et des plus agréables événements de sa vie ; car la jeunesse cl la gaieté treule cinq ans de cela. Marie... Ah! mon enfant! M. de Vaudrey est

bruyante d'Alfred animaient uu peu ce triste et sombre iulérieur. Nous maintenant vieilli, chaugé; mais alors... Oh ! alors, c'était un des plus

l'avons dit, s'étaot repprocltéc de sa mère qni I embrassa, Marie &c mit beaux cavaliers qu'on puisse imaginer, à travailler à une superbe toque de velours cerise brodée d'argent. C’était — Il ressemblait à mon frère, maman?

troc surprise que Maiie ménageait à Sun frère. — Oui, assez, Marie... mais il avait les yeux noirs... et puis la poudre

— Mai* voyez donc comme mon travail avance, maman 1 dit Marie, changeait tellement que la ressemblance me parait moins frappante.

et que cela ira bien avec cette magnifique robe de chambre de satin — C'est vrai, mou Dieu, maman, que cela devait être singulier, un

perse, fond blanc à fleurs cerise, que mon frère a fait venir d'Angleterre ! jeune homme avec de b poudre !

Votre néaressc Budj'y s'est informée auprès de son valet de chambre s’il — Oh ! ina» ce qui était bien plus singulier, c’est le costume que je

l’avait déjà mise, il lui a dit que non : aussi je voudrais que, lorsqu'AI- portais quand je vis M. de Vaudrey pour b première fois, Marie... Tiens,

fred aura la fantaisie de la demander, on pût lui présenter ce beau bon- il but que je te dise cela.

net en même temps: je vais donc travailler toute ma journée. — Oh! voyons, voyons, maman, s’écria Marie avec sa naïve etnio-

— Bonne Marie ! ... toujours pensant à être agréable aux autres, sans silé de jeune fille.

songer à toi... — Figure-toi, mon enbni, que j'avais les bras, les jambes et les pii-ds

— Quant à cela, maman, vous m’avez toujours dit qu’être agréable aux nus!...

antres, c'était au contraire sonçer à son propre plaisir... Mais que cette — Oh ! maman...

P«ii<e table est donc incommode!... En vérité, maman, II y en a tant — Ecoute-moi donc... Avec cela mes cheveux, qui sont maintenant

d'autres ici, que je ne conçois pas qne vous teniez tanta celle-là... c'est tout blancs, étaient bien noirs alors, cl renfermés dans une résille de à peine si je puis y mettre mon panier à ouvrage... perle*, et puis j'avais uu petit justaucorps de salin hfeu, brodé d’argent,

Cette réflexion assombrit b figure de madame de Vaudrey, qui ré- une jupe de soie bhnche, des sandales bleues et des anneaux d'or et de poudit en souriant avec tristesse : — Ma pauvre enfant, qmnd tu auras perles aux jambes et aux bras !

mon Age, tu éprouveras peut-être aussi un plaisir mélancolique à repo- — 0 ma petite maman! que vous deviez donc être jolie comme cela!..,

scr tes yeux sur un objet inanimé qui te rappellera pourtant des jours El mon père... comment était-il habillé?

passés... pleins de calme et de bonheur... Car, vois-tu, Marie, celte pu- — M. de Vaudrey avait son grand uniforme de la marine, bleu, tout tite table m’est précieuse, parce qu'il y a bien des années qu’elle m’a brode d'or, avec des aiguillettes de satin blanc et une croix de diamants.

LA VIGIE DE KOAT-VEïi

— Que cotte mise devait être magnifique !... Et il y a de cela, maman?...

— Je te l'ai dit, mou enfant, il y a de cela maintenant trente-cinq ans, à peu près.

— Ainsi donc, voilà trente-cinq ans que vous êtes heureuse, ma*

mao?...

— Oui, Marie, bien heureuse, dit madame de Vaudrey en étouffant un cruel soupir, très-heureuse!... Car tu sais, mon enfant, que je n'ai jamais aimé le monde, cl ton pcrc a été assez bon pour se sacrifier à celte bizarrerie de mon caractère... Il allait seul à la cour, comme tu l’as vu dans le temps à b Haye et à Amsterdam... Cela le contrariait beaucoup de ne pas m’jr conduire avec lui ; mais qne veux-tu, il m’alinait si tendrement qull avait le courage de s'imposer cette privation pour me laisser dans ma solitude chérie.

— Ce bon pcrc I dit Marie.

— C’est comme plus lard, Marie, quand M. de Vaudrey eut la force de pouvoir s'arracher d’un monde qui l'adorait, parce qu'on savait y apprécier *cs nobles et grandes qualités, et qu'il sc retira à llom-Praêl. puis ici. Eh bien ! mon enfant, je suis sûre qu'il s'est peut-être privé du plaisir de recevoir ses nombreux amis, dans la crainte de me contrarier, et pour complaire à ma sauvagerie... qui s'augmente de jour en jour.

Cmb le Malais. — p*ch 103.

— Ce pauvre père!... Mais savez-vous, maman, que cela doit raiïecter beaucoup! El je conçois maintenant qu'il vienne nous voir si rarement... il craint peut-être de sc rendre importun... Mais, mon Dieu! que les journées doivent lui paraître longues, à mon bon pcrc, quand il est ainsi tout seul !

— Oh ! heureusement, Mario, que M. de Vaudrey, maintenant, s’oc cupc de faire son salut avec une ferveur exemplaire ; a puis, scs devoirs religieux, qu ll remplit avec une piété si ardente et si admirable, lui laissent peu de temps à nous donuer. Mais il ne faut pas croire que ce temps soit perdu pour nous, ma fille; ccs moments qu’il dérobe à notre affection, il les emploie à nous prouver b sienne d'une manière plus efficace et plus sainte. Oui. Marie, nous sachant heureuses toutes deux ici-bas, il supplie Dieu chaque jour de nous continuer ce bonheur dans ce monde et dans l'autre.

— Oh 1 maman, vous ue savez pas combien je suis ravie de ee que

Imprimé par H. DUVot, Mesnil (Eure), mit le* clichés de* Éditeur*.

vous me dites ! J'aimais déjà bien mon père, mais maintenant je l’aimo encore mieux, et je sens que l'espèce de contrainte qu'il m'imposait s'efface tout à fait dans mon cœur. C'est que maintenant je vois combien il a su se sacrifier à votre bonheur, combien il a su sc dévouer à vous, qui le méritez si bien! Tenez, une preuve encore : vous savez bien, maman, quand mon frère parfait de ce voyage à Paris tous les hivers... j'ai été, je vous l'avoue, uu peu chagrine de voir qu’il n’y fallait plus penser, parce qu'enfin, maman, moi, je n’al jamais été ni au bai ni à l'Opéra, et je m’en faisais une grande fête ! Eh bien! maman, je vous l’avoue, j'ai cru alors, bien à tort, que c'était mon père qui s’était opposé & ce voyage, tandis que maiulenant, maman, je croirais assez que c'est vous qui en avez détourné mon père, et que c’est encore un sacrifice qu’il vous a fait.

— Oui, Matie, c'csl uu sacrifice qu'il m'a fait ; et tu ne m'en veux pas. pauvre eufaul, de te priver de« plaisirs de ton âge?

— Moi, moi, maman ! eh I ne suis-je pas avec vous? les plaisirs de mon âge !... mais en est-il d autres que d'être près de vous, à chaque heure, à chaque minute? Et si j'aime tant mon père à cause des sacrifices qu’il fait à cc que vous appelez votre sauvagerie, c'est que moi jo jouis Je celle sauvagerie. Et puis enfin, maman, le monde... mon frère en (ait de grands récits! Mais que cela doit être froid cl glacial! Sur qui compter? à quelles affections croire? Eufin, quand je sors do votre salon ou quand j y entre, je suis bien sûre de l'impression que je laisse ou de celle qui m’attend. Scrail-ce doue ainsi dans le monde?... <1 j! non, sans doute. Car, auprès de vous, si mon cœur bat plus vile, c’est de joie ou d’amour ; dans le monde, ce serait de crainte et d'angoisse. Tenez, maman, j'ai parlé d’Opéra cl de bal, un peu comme je vous parte de ces grands voyages que nous lisons l'hiver. A m'entendre m'extssier sur ces courageux aventuriers, on me croirait intrépide et prête à par tir, cl je mourrais de frayeur s’il fallait me mettre en route. Eh bien ! entre nous, les voyages sont bous à lire, et l'Opéra est bon à désirer, mais voilà tout. Aussi, chaque jour je demande à Dieu qu’il daigne nie continuer le bonheur dont il me comble, en nous laissant toutes dctit dans fa vie paisible et ignorée que nous nous sommes faite.

— Mon ange de Marie, dit madame de Vaudrey en embrassant sa fille, Dieu m’a bénie en t’envoyant pres de tuoi.

LA VIGIE DE KO AT- VEN

vous lâcherez d’aller plus rapidement encore que vous n'êtes venu, pour porter celte lettre à M. le marquis de Beival. Ali! voici ce que AI. le comte vous envoie... Mais à cheval... à cheval !

jéeôme. — Cinq napoléons !... Monsieur Du val, vous remercierez bien M. le comte; vous...

dcval. — Oui, oui, mais à cheval; pour l’amour de Dieu, à cheval. (Ils sortent tous trois avec précipitation.)

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