LE COMTE ET LA COMTESSE
La comtesse, très-agitée, s'appuie cor le bras d’on fauteuil, cl regarde le comte en ailcnce.
is comte (avec humenr). — J’ose croire, madame, que vous arez assez respecté h» convenance»... pour ne pas vous être oubliée au point de venir surprendre le secret d’uu entretien qui ne regardait que moi et tua fille, et que vous ne vous êtes pas permis...
la comtesse (l'interrompant vivemenli. — Si, monsieur, si... je me sois permis cela. Apprenant nue, pour la première fois de votre vie, vons
demandiez ma ûBe... j’ai voulu savoir ce que vous vouliez faire de mon enfant... et je le sais... je suis arrivée trop tard ; mais enfin je sais tout...
le r*>MTE (froidement). — Eh bien ! madame, vous savez donc cc que, par condescendance pour vous, j’aurais voulu célcr pendant quelques jours encore afin de vous l’apprendre avec ména g e m ent. Vous savez que ma fille m'a juré de se faire religieuse pour assurer mon salut, le sien, et rétablissement de mon fils... voilà tout.
u comtesse. — Voilà tout!!!
le comte. — Je conçois, madame, que celte séparation tous est désagréable, mais ic ne pense pas que vous vouliez sacrifier les avantages positifs qui en résultent an désir de vous éviter... on désagrément.
la comtesse (avec amertume]. — Uu désagrément!... Oh! sans doute, ce n'est qu’un désagrément... Je suis si peu conciliante aussi... Après tout, que veut-on?... m’arracher ma fille... ch bien ! au pis. que peut-il m’arriver?... quelle meure de désespoir d'être séparée de moi... ou que je meure de désespoir d'être séparée a elle... que je meure dans une agonie solitaire... sans pouvoir fixer mes yeux éteints sur les siens, pour oublier 1a mort, en regardant une dernière fois mon enfant... encore une fois, tout cela n'est qu'un simple désagrément à vos yeux... Oh ! sans doute... cl vous ne mentez pas. Non ! votre cœur est ainsi bit, que vous pouvez ce que vous dites là... .Mais savez-vous que le prêtre qui vous absoudrait d'un projet aussi criminel que celui que vous méditez compromettrait étrangement votre salut... monsieur?
le comte. — J'ai déjà eu l'honneur de vous dire, madame, qu’à mon chapelain seulement je reconnaissais le pouvoir de me parler de mon salut et de diriger mes actions et mes pensées vers ce Imt. Veuillez donc m’apprendre, madame, quelles sont vos intentions relativement à mademoiselle de Vaudrey.
la comtesse. — Eh bien! monsieur, mes intentions sont de in’opposcr, par tous les moyen» possibles, par toute mou influence de mère, et de mère aimée, à ce que ma fille soit sacrifiée d une manière aussi horrible ; mou intention est d’en appeler à f honneur et à b délicatesse de mon fils, qui ne souffrira jamais une panriüc atrocité : car, j eu suis sûre, monsieur, il ignore vos projets.
le comte. — Eu elfet, madame, il sait seulement qu'on me propose cette alliance pour lui ; mais II ignore à quelles conditions.
le comtesse. — Dieu soit béni! ma fille est sauvée ; je connais le cœur de son frère.
le comte. — Je dis comme vous, madame, Dieu soit bcnl, ma fille est sauvée, car elle a le cœur trop noble pour être parjure à une promesse jurée sur Dieu .
la comtesse. — Silence, monsieur, ne blasphémez p -s ! ne rendez, pas Dieu complice de vos ruses hypocrites, de votre iusaltahlc orgueil cl de votre odieux égoïsme. Tenez, monsieur, le cii I m’est témoin que jamais je n'ai parle de vous à mes enfouis, et surtout à ma fille, que pour l’engager à vous aimer et à vous honorer. J ai menti à h vcriié et à moi-même en palliaut vos torts sans excuses, et eu vous peignant comme sans cesse occupé de mou bonheur et du sien. J’ai su lui déguiser votre froideur et votre éioignenictit. en donnant un prétexte honorable à l'indifférence criminelle que vous témoignez à vos enfants et à moi. qui vous ai voué ma vie, ma jeunesse, mes espérances, et qui u’ai jamais reçu de vous que mépris et dédains. Ecoutcz-moi bien, noosieur, nous sommes tous deux dans un âge et cLms des circonstances tels, que ce que je vais vous dire n'est pas un reproche vulgaire et indélicat, mais bien uu fait qu'il m'est nécessaire de constater, afin de vous faire honte de votre conduite cruelle et déloyale. li y a trentecinq ans, monsieur, que moi, moi... qui vous vabis par la naissance, que moi ijui vous apportais une fortune six fois plus considérable que la vôtre, j ai clé séduite par des promesses meuleuses, et que j'ai lié mon sort au vôtre. Eh bien ! oserez-vous nier, monsieur, que, les premiers mois de notre mariage exceptés, vous ne vous soyez pas conduit à mon egard de la façon la plus cruelle et b plus révoltante? Oserezvous nier mes droits à la disposition de ootre fortune? oserez* vous...
le comte (('interrompant froidement et avec componction). — Quant à vos dtoils à disposer de notre fortune, madame, vous n en avez aucun, et moi seul en suis le dispensateur. Si vous en doutez, consulte* vos gens d'affaires. Quant à tues torts envers vous, je uc chercherai pas à les nier, madame. Dans ma jeunesse, dans mon âge mûr, dans ma vieillesse, j'ai péché, j'ai beaucoup péché; ma conduite a été mondaine, Immorale, impie ; j’at outragé les fico» do mariage, j'ai cherché le bonheur ailleurs nue dans l’affection de ma femme cl de mes enfants, j’ai cherche des plaisirs impurs dans des voluptés criminelles, j’ai payé par la froideur et le dédain votre amour cl votre dévouement. Je sais ceb, madame; et c’est parce que je suis convaincu de cela, que, depuis longtemps, à chaque heure, à chaque minute du jour, j’implore fa miséricorde céleste en priant Dieu de me pardonner mes erreurs passées ; c'est pour ceb, madame, qoe, sentant toute f énormité de ma conduite, cl n'osant me croire digne de la démence du ciel, j’ai supplié ma fille de se dévouer pour mot : car je suis sûr qnc les prirre» d'une chaste et sainte épouse du Seigneur seront pires écoutées de Dleo que celles d’un pécheur indigne comme moi. Et, puisque vous me rappelez les premiers temps de outre unioo, vous inc donnez, madame, une occasion que
LÀ VIGIE DE KO AT- VEN
j’aurais peut-être longtemps cherchée. En un mot, j'ai un aveu à vous frire... Je fus bien coupable ! oli ! bien coupable ! Nais Dieu est miséricordieux, et j'espère que vous le serez aussi, madame ; car mon chapelain m’a dit que l’assurance de votre pardon serait un grand pas de Lait vers la rémission, et qu’il fallait suivre ce précepte de l’Ecriture : « Humiliez-vous devant celui que vous avez offensé, a u comtesse (respirant à peine). — Pariez, parlez, monsieur; que voutcz-vous dire, qu'avez-vous à m'apprendre ?
ls coktz (se recueille et parle très-lentement, en hésitant, car il rassemble ses souvenirs avec peine). — Vous vous rappelez, madame, que lorsque je vous via pour la première fois dans l'Inde, c'était... je ne me souviens plus si c'était à l’ile de France... ou à Gondelour... la comtesse (très-vite).— C’était à Gondelour, monsieur, à Gondelour. ut court.— Oui, oui, à Gonddour ; c’est que ma mémoire est eu vérité si affaiblie, que les dates et les lieux se confondent dans ma tête. la coûts sse (avez anxiété). — Mais dites... monsieur, dites donc... le coûte. — Oui, c’était à Gondelour que je vous vis pour la première fois, madame. Je vous apportais la nouvelle de la mort d’un capitaine de vaisseau anglais dont j avais pris la frégate à l’abordage ; ce capitaine de vaisseau...
la coûte ssB (dans une horrible angoisse). — C'était tir Georges Gordon, monsieur, mais, au nom du ciel, après... après...
le coûte. — Oui, c’était tir Georges Gordon ; il commandait une frégate qui s’appelait... qui s’appelait... je ne me souviens plus du nom de celle (régale.
la coutesse. — Mais qu'importe ce nom, monsieur? après... après... le coûte (reste un moment silencieux, et reprend, toujours très-lcnlemcui). — Ali!... c'était le Lively, la frégate U Lively . J’avais connu ce sir... ce tir Georges Gordon en France, à Versailles... la coutessc. — Monsieur, vous nie faites frémir. le coûte (après une pause). — Mais avant d’en venir an pénible aveu que j'ai à vous f lire, madame, je dois vous exposer avec repentir et résignation dans quels sentiments je vous ai épouscc, car cette preuve d humilité me sera comptée là-haut.
la coutesse. — Cela est inutile, monsieur, car je prévois que vous ne m’apprendrez rien que de bien triste... D'ailleurs, je suis venue ici pour vous parler de ma lille, monsieur, pour défendre ses droits, que vous voulez iudigncmcnl sacrifier... et non pour entendre voire confession...
le coûte. — El vous l'entendrez pourtant, madame : car lorsque vous l’aurez entendue en ce qui vous concerne... peut-être concevrez-vous combien j’ai besoin d’appui auprès de Dieu, et si les prières de ma fille sont de trop pour me mériter le pardon d une conduite aussi misérable; Cl puis pour que vous m’accordiez le pardon que j’ose espérer de vous, il faut bien que vous sachiez tout le mal qu’hélas ! je vous ai fait...
la coutesse. — Mais, monsieur, c’est otte horrible torture que vous m'imposez.
le coûte. — Ce n’est pas à vous de souffrir... mats à moi. madame, « moi qui vou& ai offensée, qui vous ai trompée, car j’avoue à ma honte que, lorsque je résolus de m’unir à vous, je fus bien plutôt poussé par la cupidité qu'enflamma votre fortune considérable que par ce qu'on appelle l'amour... et que je pensais bien plus à m'assurer une brillante position à l'abri des événements que je prévoyais devoir sc passer en F rance, qu'à m'occuper de votre bonheur futur, puisque je me promettais intérieurement de continuer ma vie coupable, quoique uni a vous par les liens sacrés du mariage... Hélas I me pardonnez- vous, madame?...
la coutesse (essuyant une larme). — Je vous pardonne, monsieur... depuis longtemps cela était pour moi une présomption; j’avais cru pourtant... que d'abord... mais lion... non... cela n’est plus un doute maintenant, et je vous remercie de me désabuser ;... oui... Je vous pardonne. monsieur.
le comte. — Je ronds grâce à Dieu et à vous, madame, de voire indulgence, et votre bonté m’encourage, car il faut tout dire... tout dire... la franchise seule peut noos sauver... écoittcz-mol donc encore... Voyant votre attachement pour sir Georges résister à mes soins, je voulus vous détacher de lui à tout prix... et lorsque vous m’apprîtes qu’il vous avait juré de ne plus jouer...
u comtesse (affreusement pàlc). — Au nom du ciel, monsieur, qu’al- Icz-vous dire?... vous m’cpouvantez...
U coart. — Hélas! madame, je ne pus résister à une joie maligne en peinant que j’avais entre les mains de quoi vous prouver qu'il avait manqué à sa promesse... (La comtesse respire.) Oui... cl j'usai de dissimulation et de subterfuge en ayant l’air d'être étranger à la révélation qu'on vous lit, tandis que c’était moi qui vous la faisais faire par un coureur que j'avais alors... Hélas 1 vous le voyez, madame, je fus bien coupable.
la comtesse (se rassurant). — En effet, monsieur, vous m'avez bien indignement jouée, c'était une ruse bien lâche! mais après tout, inousieur, je vous pardonne; car, au moins, vous n'avez pas été jusqu’à la calomnie... et, je vous l’avoue, cette idée... ah ! monsieur, celte idée m'épouvantait.
le comte. — Pourtant, madame, j’ai besoin de toute votre miséri-
corde, car j’ai été calomniateur; hélas ! oni... un indigne calomniateur, d'au tant plus indigne que celui que je calomniais u était plut, et ne pouvait se défendre... Nais cela... me le pardonnerez-vous, madame? la comtesse (pâlissant d’elfroi). — Que voulez- vous dire, monsieur? le comte. — Voyant, madame, que le manque de promesse de tir Georges ne suffisait pas poor vous détacher de loi... j’imaginai...
la comtesse (sc cachant la figure dans scs mains). — Ah ! pas un mot de plus...
le comte. — J’ai péché, madame; l'aveu de ma faute est déjà un commencement de la punition que j’ai méritée; j'aurai donc le courage de tout dire.
la comtesse. — Oh ! assez... par pitié... assez!!! u comte. — Hélas! donc, pour vous détacher entièrement de sir Georges, j'imaginai de vous dire que sir Georges vous avait calomniée à nies yeux, en me confiant que vous aviez etc .. j’ose à peine prononcer cc mot impur, que vous aviez été... sa maîtresse. la comtesse (joignant les mains). — Mou Dieu, tu l’entends !... le comte. — Et cela n'était pas vrai, non, et j’avoue que j'ai misérablement menti, car jamais sir Georges ne me parla de vous qu'avec le respect le plus profond... Hélas ! madame, me pardouocrcx-vous de vous avoir ainsi trompée?...
la comtesse (anéantie). — Je ne résisterai pas à cela... j’en mourrai... Et j’ai pu croire cela de vous, Georges !... j'ai pu vous méconnaître à cc point... oh ! je suis bien punie...
le comte (se met à genoux sur son prie-Dieu). — Grâces te soient mv ducs, mon Dieu... tu m'as donné la force de confesser incs torts... Voici enfin ma conscience libre de ses souillures... C’est avec boulieur que je l’élève vers toi, et que je le remercie; car je nie sens bien soulagé par cet aveu... (La comtesse pousse un cri déchirant, et tombe éianouie par terre. Le comte se retourne cl sc relève.) Mon Dieu... madame de Vaudrey... clic se trouve mal... Holà, quelqu'un. (Il court à b porte et l’ouvre.) Quelqu’un... quelqu'un...
marie (entre sans voir sa mère, qui est cachée par un prie-Dieu. — Qu'y a-t-il, mon père?... Ma mère m’avait dit d'attendre ici près, dam la bibliothèque... Je vonsai entendu appeler... me voici, qu'y a-t-il?... (Apercevant sa mère.) Maman... oh ! Dieu !... la comtesse (d'une voix éteinte). — Ma fille... Marie ! maris. — Maman... me voici... me voici, ma bonne mère! (Le comte et Marie aident la comtesse à s’asseoir. Elle est quelque temps à revenir à elle... puis elle regarde çà et là d'un air égaré. Kn apercevant If comte, clic jette un cri d'horreur et cache sa tête dans le sein de u fille.)
le comte. — Madame... remettez-vous... cette indisposition ter* passagère.
marie. — Maman... oh! maman, rassurez-nous... rassurez-ooos. par un mot... Qu eprouvez-vous ?... (On entend la comtesse pousser des sanglots étouffés ; après quelques minutes de silence, elle relève U tête; scs joues sont colorées, son cœur bat avec force, elle essuie ms yeux, et dit d'une voix assez calme cc qui suit.)
u comtesse. — Cela ne sera rien, mon enfant... rien, absolument rien... C’est qu’au moment, vois-tu, de prendre une déterminai** aussi grave que celle dont je viens de convenir avec M. de Vaudrey, l’émotion... le regret... Mais dis-moi, mon eufant... lu as donc promis juré, d’entrer au couvent ?...
marie. — Cela est vrai... je l’ai juré, ma mère... la comtesse. — Et lu tiendras la promesse, mon enfant? marie. — Maman... je l'ai juré.
la comtesse. — Il faudra donc nous quitter... ne plus uons voir.» les journées vont nous être bien longues, Marie.
marie (pleurant).— Oli! Je le sais, ma mère... je le sais. ..mais souvent* vousde votre leçon... rappelez-vous ce que vous me disiez encore hier: « Dût-il t’en coûter des larmes de sang .tiens la promesse que tu *> faite, a El puis, en agissant ainsi, j’assure le salut de mon père... d k bonheur de mon frère..
la COMTESSE. — Kl mon bonheur à moi... Marie! maiiie (à son père, d’un Ion déchirant). — Ali ! répondez à cela, nu* père...
la comtesse. — Dis-moi... mon enfant... as-tu bien songé que w quittais pour toujours le monde ?
marie. — Le monde!... cc n’est pas le nioudc que je quitte.. •*** vous
la comtesse. — Enfin, tu sacrifies les plaisirs de ton âge... la huilante position qu’un mariage aurait pu l’assurer... tu te voues à jan** à l'isolement, à la solitude. Crois-moi... Marie, réfléchis cucore... Si m conservais le moindre regret de quitter le monde... la mère pourrait * délier de ton serment, mon enfant...
le comte. — Madame...
marie. — Je n'ai songé qu'à une chose, je n’ai qu’un seul chagnfi, qu'un seul regret, qu’un seul désespoir... celui de vous quitter, nu mère.
LA VIGIE DE KOATVRN
Li comtesse. — Pas d'autre, Marie... c‘eal le seul? ni». — Ob ! le seul... Dieu le sait, c’est le seul, u comtesse. — Encore une fois, le monde?
mit. — Mais je ne connais pas le monde... moi, je neconnais que tous... je n’aime que vous... je ne regrette que vous.
u comtesse (l’embrassant). — Eh bien donc ! rassure loi, mon en faut, caliue-ioi... Je vois avec orgueil que lu es digue do moi... c’esi bien, Marie, c'est noble et beau de tenir la promesse qu'on a jurée., aussi tu la tiendras, ma fille... et pourtant nous ne nous séparerons pas.
marie. — 0 nu mère!... comment?...
le comtesse (l'embrassant encore). - Mon enfaot, je voulais t’éprouver; je viens de causer de cela avec M. de Vaudrey, et je partage sou avis... Oui, d'après tes goûts et ion caractère, la retraite le convient mieui (niouveaient du comte) ; et puU cela facilitera le mariage de ton frère, et celle alliance est fort belle... et fort désirable... Et puis aussi les priéres, à loi, pauvre ange exilé sur la terre, seront bien accueillies de Dieu, et assureront le salut de ton père, et le tien aussi, ma fille, et le lien... Mais M. de Vaudrey et moi avons pensé à une chose, vois- tu, Marie; les soins de son salut, ses pratiques religieuses, lui prennent ions ses instants, et lui laissent à peine le temps de donner quelques minutes chaque jour aux affections terrestres... Nous le voyons fort peu, tu le sais ; aussi, il est assex bon pour consentir à ce que je l'accompagne au couvent, d’abord peudaut les premiers mois de ton noviciat... et plus tard... nous verrons.
le comte. — Madame...
marie (avec joie). — Il serait possible... maman t la comtesse. — Oui, mon enfant... je t’accompagnerai dans le couvent que nous choisirons pour toi; c'est convenu avec M. de Vaudrey... le comte. — Je m’étonne, madame, que vous oobliicr. . la comtesse. — Je n'oublie pas, monsieur, la promesse que je vous il faite. Grâce au ciel, votre santé est parfaite; mais du moment où vous souffririez, du moment où mes soins vous seraient nécessaires, je reviendrais près de vous; cela est bien entendu. Ainsi, Marie, mon eubut. remerciez votre père ; c’est encore un. sacrifice qu'il nous fait à toutes deux.
marie (baisant la mnin'de son père). — Mon bon père, pardonnez ù votre fille d’avoir un seul instant méconnu votre volonté. Croyez bien que je me montrerai digue de celle sainte mission que j accepte avec reconnaissance. Oui, mon père, et c’est avec la plus grande ferveur que j'adresserai pour vous mes prières à Dieu, qui les exaucera, si j'en crois mon cœur et mes vœux.
le comte. — Ma chère Marie, que Dieu vous entende !... u coite me (se levant). — Donne-moi ton bras, Marie, je me sens un peu bible. Mais non, mais non, je puis marcher seule.
La comtesse fait quelques pif avec Marie, puia la laisse et revient auprès du comte, qui reste comme étourdi de ce coup imprévu.
la comtesse (à voix basse au comte, et d'uu ton ferme). — Ma résolution est irrévocable, monsieur, et mon pardon est à ce prix. Votre vue me serait désormais trop odieuse pour pouvoir la supporter. Tout est rompu entre nous. Seulement, si vous tombez malade, je vous l'ai dit. je ferai mon devoir... Enfin, quoique je vous tienne pour le plus Utile et le plus infâme des hommes!... je vous pardonne, mousicur. I .a comtesse rejoint Marie, cl sort avec elle.)
le comte (seul, reste longtemps pensif). — Elle m'a pardonné, toujours ! quoiqu’elle fût outrée... je m'attendais bien à celle scène désagréable. Mais mon chapelain m’avait dit de faire d'abord cet aveu à relie que j’avais trompée, et que la rémission qu’il pourrait me donner ensuite serait plus entière... Je l’avoue, cet aveu me pesait à faire... Aussi, maintenant, je me sens plus libre: c’est comme une dette que j'uurais payée... et puis, ma fille va prier pour moi. Ah çà I madame de Vaudrey l'accompagncra-l-elle? je lie le crois pas. Elle a pris celte résolution dans un premier mouvement de colère... elle ne la tiendra pas. Eli bien ! au fait, si elle me promet de revenir si je suis malade, après tout, ie suis bieu sûr qu elle reviendra... Or, tant que je serai eu santé, à quoi me sert-elle ici ? à rien pour mon salut... Je la vois à l'heure des repas, et c’est plutôt une contrariété qu’un plaisir ; car j’aimerais mieux diuer seul. Tout sera d'ailleurs . selon b volonté de Dieu... Ah! celte scène m’a lassé... je me sens fatigué... (Le comte s'étend dans son fauteuil.) Ma tille religieuse ! quelle expiation pour moi ! les prières de relie âme si pure... si angélique... Dieu les entendra... oh ! oui, il les entendra, et. en leur faveur, il me donnera une place parmi ses élus. Mon chapelain m'a dît des effets prodigieux de ccs sortes d'expiations, et de celle manière il ne me reste plus le moindre doute sur ma participation aux joies célestes. (La voix du comte devient de plus en plus lente. Il s'endort peu à peu.) De mon côté, je travaille à me rendre digue de cette félicité éternelle... Et puis encore aujourd'hui, j’ai bien mérité de Dieu... eu faisant cet aveu avec courage... J'ai suivi la parole de l'Ecriture : « Implorez ceux que vous avez offensés. » Oui... je scus en uioi une béatitude... on grand espoir qui me dit qu** t* r#t*\
parmi les élus... ma fille priera pour moi... et puis... ma maison alliée.. . d'une maison souveraine... cl... (Le comte s’endort tout à fait )