NOTICE SUR TI PPOO-SAEB
Tirroü SÜLTHAN BEÜADOTO, dernier nabab de Matwour(oa Mysore, suivaul 1 orthographe anglaise), naquit en 1 7 40, et porta J abord le nom de Fcth-Aii Kius. Il reçut celui de Tim>d-Saii«», soit à la circoncision, soit lorsqu'à l'àgc de fciic ans il fut nommé dyan ou intendant de Bednor par son père Haïder-Aly Khan; et, comme il donna des preuves de bravoure et de capacité en plus d'une occasion sous le règne de ce prince (my. IIvdeb-Alv), son nom de Tippou-Sahfb semble avoir prévalu sur ceux de Tippmt Khan et Tippou Sulthan , qu'il prit en montant sur le Irène, le 7 décembre 1782. Il se trouvait dans le Tanjaoor avec un corps de troupes, lorsque Hatder mourut. Les Anglais, alors en guerre avec ce dernier, profilèrent de cette double circonstance. Le brigadier général Matibews, qui les commandait, se mil en campagne dès la lin de février 1783, et s'empara successivement d'Onor, de Condapour, de Mangalor, de Bednoret d'Anampoor, où une partie de la famille du nouveau souverain tomba au pouvoir des vainqueurs. Tippou arrêta bientôt le cours de ces succès. A la lélc de vingt-cinq mille hommes parmi lesquels était un corps de mille Français, il parut devant Bednor le 0 avril, et força Malllicws d’évacuer la place, par sui e d'une capitulation où il fut stipulé que les Anglais retourneraient k Bombay, par Goa, après qu’ils auraient rendu Bednor, A nam pour cl Colidroug, ainsi que l'argent, les armes et les magasins appartenant à leur gouvernement. Celte capitulation fut violée de part et d'autre. Les Anglais ayaul voulu soustraire une somme considérable en la distribuant aux officiers qui devaient la rendre an trésor public, un accident fit découvrir leur supercherie. Alors Tippou retint prisonnier le général anglais et sa garnison, les fit fouiller, dépouiller, charger de chaînes, et les accabla de mauvais traitements. S’il faut en croire les auteurs anglais, il poussa la barbarie jusqu'à faire empoisonner Matlhews et plusieurs de scs officiers, cl trancher la lélc, en sa présence, au frère de ce général, qui fuyait chargé d or et de bijoux. Il assiégea ensuite Mangalor, qu’il ne put prendre quoiqu'il eût découvert et puni la trahison de sou général en chef, qui sc disposait à passer du c6té des Anglais avec une partie de ses troupes. Le siège durait encore, lorsque Tippou reçut la nouvelle de la paix de Versailles entre la France et l'Angleterre. Il suspendit à l'instant les hostilités, et prêta l'orciile à des négociations qui sc terminèrent par un traité signé à Mangalor, le 11 mars 1784. Les Anglais rendirent toutes les places qu'ils avaient conquises, et promirent de ne point aider les ennemis de ce prince. Tippou, de son coté, restitua aux Anglais leur comptoir de Callicut, que Haïdcr leur avait enlevé; promit d'évacuer les Etats des radjahs de Tanjaour cl de Travancor, leurs alliés, et renonça à ses prétentions sur le Carnalc. Telle fut l'issue de la première guerre que Tippou cul à soutenir contre les Anglais. Les légers avantages qu’il y avait obtenus le remplirent de présomption, cl entretinrent cette haine héréditaire qu'il Icor avait vouée et qui fut la peusée de toute sa vie. Heureux si, à l'ambition et à la bravoure qu'U tenait de son père, il eût joint la prudence, la modération et les tflonis politiques qui n'avaient pas moins contribué que les armes à fonder la puissance de ce prince. Haldcr n'avait pris que le titre de naib (lieutenant), et montrait souvent au peuple le radjah légitime de Maîssour, au nom duquel il promulguait les actes de la souveraineté. Tippou sc délivra de celte entrave. Il laissa le radjah cl sa famille dans l'oubli et dans la misère. Il prit les titres de sulthau, de vainqueur, et s'arrogea ceux de tous les princes de la presqu'ile de l'Inde, dont il prétendait être le suzerain. Hus lard même, à l'époque où la majesté royale fut violée par un rebelle, dans la personne du souverain titulaire de ITndoustan (uoy. Cdad-Alkm), il ajouta à tous ses titres celui de Padisehah (empereur). Tour soutenir le rangauquel il sciait placé, il suppléa, parle faste, a la véritable grandeur,
et sa cour devint une des plus brillantes de l’Orient. Il porta son armée jusqu'à deux cent mille hommes ; mais ccs dépenses n’étant pas en proportion avec l’étendue et b richesse de scs Etals, U vit scs revenus diminuer et ses ressources s'épuiser. Toujours bercé néanmoins du vain espoir de dominer sur l lndoostan ou d'en expulser du moins les Anglais, il voulut s’assurer de l’appui et des secours de la France. Il fit partirj à la fois six ambassadeurs, en 1787. Trois prirent leur route par le golfe l’crsique, Bassora, Baghdad, l’Asie Mineure et Constantinople, cl éprouvèrent toute sorte d'accidents et de contrariétés dans ce pénible et périlleux voyage. Celui des trois qui survécut à ses deux collègues n’osa ou ne put continuer sa mission. Il se joignit à 1a caravane des pèlerins de b Mekke, et gagna un port de la mer Bouge, où il trouva un navire qui le ramena dans l'Inde. Les trois autres ambassadeurs s’embarquèrent à Pondichéry le 22 juillet 1787, et arrivèrent à Toulon le 7 juin de l'année suivante. Us furent, pour ia France, qu'ils traversèrent, un objet de curiosité, et alimentèrent, pendant quelques mois, les conversations et les journaux. Us obtinrent une audience publique de Louis XVI, le 5 août 1788; mais, au lieu des secours qu'ils venaient solliciter, on oc leur donna que des spectacles et des fêtes. Le mauvais état des finances, la crainte de troubles intérieurs, empêchèrent le roi de France de réaliser les espérances du nabab de Maîssour. Il se borna au renouvellement de l’alliance avec Tippou, alliance qui demeura sans effet, ces deux prioccs ayant péri peu d'années après, l’un pour avoir trop aimé b paix, l'autre victime de son ambition guerrière. Les ambassadeurs furent de retour à Scringapatnam an mois de mat 1789. Comme ils n'avaient pas réussi dans b demande qui était l'objet principal de leur mission, et qu’ils ne cessaient d’exalter l’étendue, b population, b richesse du royaume qu’ils venaient de parcourir, Tippou, qui, télé musulman, croyait qu’aucun potentat chrétien n'égalait sa puissance, fut blessé dans sa vanité ; trompé d'ailleurs dans son attente par le peu de socces de son ambassade, il s’en prit à ses agents, et en fil assassiner deux. Il saisit bientôt une occasion de recommencer b guerre. Les Hollandais possédaient les forts de Cocbin, d'Akkotah et de Cranganor, dans le Malabar, près des frontières de Maîssour. U médiation des Français les avait rétablis dans b possession de Cranganor, qoe Haîder-Aly leur avait enlevé. Tippou éleva des prétentions sur ces places , situées dans les Etats do radjah de Cochin, son vassal, et marcha sur Cranganor avec des forces considérables, au mois de juin 1789. Les Hollandais, pour sauver leurs etablissements de Cochin, vendirent les deux autres au radjah de Travancor. Tippou ne voulut pas reconnaître une vente faite sans son aveu, cl, le 29 décembre, il envahit les frontières de Travancor. Sur les rcpréscutations du gouvernement de Madras, il offrit de s’en rapporter à des arbitres impartiaux, et resta dans ses lignes, en attendant le rcvultal des négociations. Il y fut attaqué, le 1 er mars 1790. par le radjah de Travancor. Les Anglais prirent part à cette action, comme alliés du radjah, et ne furent pas lâchés de recommencer la guerre contre un prince qu’ils désiraient humilier. Dès b première campagne, les hostilités s’e’tendirent au delà de b chaîne des Ghàts. Tippou opéra une diversh n dans le Carnate, et sut éviter habilement toute action décisive avec l’ennemi. La seconde campagne s’ouvrit par le siège de Rangator, dont b prise fixa le théâtre de b guerre sur le territoire de Maïssonr. Deux armées anglaises, l'une commandée par lord Comwalfis, qui avait fait cette conquête, l'autre venue de Bombay, sous les ordres du général sir John Abcrcromby, qui s'empara de Cananor, pénétrèrent, après uuc suite de succès, près des murs de Seringapatnam, en 1791. Elles se disposaient à former le siège de cette capitale, lorsque les pluies, le débordemen' des rivières, la disette et les maladies, les forcèrent, au mois de juin, de te
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retirer. Ce fui vers ce temps-là que Tippou chargea M . Léger, commissaire frauv>» dans l'Inde, d’un message particulier, dont l’objet était d’obtesir de Louis XVI un corps de six mille hommes. Il offrait de payer le Tougt» la solde et l'enlrtiicu des troupes françaises, sc faisant fort de detrairc, avec leur secours, l'armée et les établissements des Anglais dans rinde, et d’en assurer la possession à la F rance. Celte proposition, prexutée secrètement à Louis XVI par le ministre Bertrand de Molleulk. fut sans résultat, parce que ce prince se repentait alors d'avoir favorisé l'indépendance des Etats-Unis d'Amérique, cl qu’il était déjà uns autorité. Cornwallts revint, l'année suivante, reuforcé par les troupes du Nizam et par les Mahralies. qui s’étalent coalisés avec les Anglais contre an inquiet cl ambitieux voisin. Celle dernière campaguc fui fatale au sullivan. La prise de Coïmbeliour, qu’il força de se rendre, et dont M viola la capitulation, ne put balancer les revers qu'il éprouva. Les alliés ayant réduit plusieurs places, entre autres la forteresse de Muodydroug et celle de Savcndroug, ou le Rocher de la mort, qui passait pour imprenable, arrivèrent devant Séringapalnam, le 5 février 1792, Deux jours après, Tippou, chassé de son camp retranché, fut contraint de se renfermer dans sa capitale, où il fut vigoureusement assiégé jusqu'au *24. Menacé d'un assaut, il accepta les conditions qui lui furent proposées, et le traité fut signé le IR mars. Il céda anx alliés la moitié de scs Etals, et leur paya une somme considérable à litre d’indmiuiié. Mais la clause la plus dure cl la plus humiliante fut celle qui l'obligea de donner, pour garautlc de l'exécution du traité, deux de ses lib, Abd-cl-Khalil et Moczz-Eddyn, enfants de huit à dix ans. Ainsi sc termina une guerre qui avait coûté au sulthan soixante-sept forts, huit ccoti pièces d’artillerie et cinquante mille hommes. Depuis celte époque, sa cour cessa d’élre le séjour des plaisirs. Le deuil régna dans son plais, cl sou caractère devint plus irascible, plus dur, plus impérieux. Tippou ne parut désormais pénétré que d'un seul sentiment, celui de la vengeance. Il rtc s'occupa que de susciter des ennemis aux Anglais. Entouré de puissances gagnées par eux, il envoya, en 1797, une amln«ade jusque dans le nord de l'Inde, auprès de Zemau-Chah, roi de Kaboul, pour l'engager dans une alliance dont le but devait cire de rha«cr les Européens de l'Indoustan, d'y anéantir la religion des brames. et de rétablir l'antique splendeur du trftnc du Dehly, en y plaçant un autre prince de la famille de Tamcrlan, cl en l'affranchissant du joug honteux des infidèle». Quoique le roi de Kaboul fût ambitieux cl entreprenant. il ne goûta point ce projet, soit qu'il prévit trop de difficultés dans «on exécution, soit qu'il craignit de n'élre que faiblement secondé pr le sulthan (le Maîssour, qui, depuis ses derniers revers, ne pouvait plus compter parmi les puissances prépondérantes de l'Inde. Tippou, ayant encore échoué dans cette négociation, conçut l'espoir d'être soutenu par le gouvernement républicain qui s’élail clevé en France sur les raines de la monarchie, et qu'un intérêt commun devait unir avec lui contre l'Angleterre. Les Français avaient toujours été accueillis à la rour de Maissour. La perte de Pondichéry y en attira un grand nombre, la plupart gens ruinés ou aventuriers, sans principes et sans éducation. Tippou, entretenu par eux dans ses espérances imaginaires, s’avilit en les admettant dans sa familiarité, en sc prêtant à leurs manières démagogiques. Ils établirent à Séringapalnam un club de jacobins, qui tint sa première séance le & mai 1795. Ils y jurèrent haine à la royauté, aux tyrans, excepté au citoyen Tippou le Victorieux. Dix jours après, ils «rborercut solennellement le drapeau tricolore, et sc rendirent sur la obcc d'armes, où ils plantèrent l'arbre de ta liberté, au bruit des salves
d'artillerie cl en présence du citoyen prince. Ce fut par les conseils d'un nommé R'ipaud, capitaine corsaire, qui s'était établi le président do cette société populaire et le représentant de la nation française dans ITiiilc, que Tippou sc décida à envoyer secrètement deux ambassadeurs à l'Ile de France, pour y proposer une alliuuce avec le gouvernement français et demander des troupes. Ils y arrivèrent le 17 janvier 1798. La publicité que le général Malarlic, gouverneur de l.v colonie, donna & celle ambassade, devint funeste au sulthan, et les secours qu'il lui envoya, insuffisants pour le défendre, servirent de prétexte aux Anglais pour l'attaquer. Ces secours consistaient en trois commandants, deux officiers d'artillerie, six officiers de marine, quatre charpentiers de vaisseau, vingt-six officiers, sergents et interprètes, cl soixante-deux soldats européens ou mulâtres. L’invasion de l'Egypte par les Français, deux lettres adressées par le général Bonaparte au sulthan de Maîssour et interceptées par les Anglais, et, plus que tout cela, le système d’agrandissement que ces derniers ne cessaient de mettre en pratique dans l'Inde, décidèrent du sort de Tippou. Le gouverneur général, marquis de Wellcsley, après s'être assuré de la neutralité des Maltraites* cl do l'alliance de Mzam, fit marcher une année nombreuse sous les ordres du général Harris, tandis que les troupes de Bombay, commandées par le général Stuart, arrivaient à Cananor. L'imprudent Tippou, qui avait répondu d'une manière évasive à toutes les propositions d'accommodement, ouvrit les yeux sur les dangers dont scs Etats étaient menacés par cette double invasion. Il rassembla toutes scs forces, mit des garnisons dans scs places, et vint camper avec soixante mille hommes à Perbnalnam, pour s'opposer au général Stuart. Raltu, le G mars 1799, à Sidasir, il laissa à Feriapalnam quelques troupes, pour disputer cette position, et marcha à la rcuconlrc du général Harris, qu'il attaqua avec impétuosité, le 27 mars, à Malaveli, à huit lieues de Séringapalnam ; mais au bout d'ooe heure de combat, son année fut mise dans une déroute complète, et il ne lui resta d'autre parti à prendre que de se renfermer dans celle dernière place. Il y fut investi le 4 avril. Après des efforts inutiles pour repousser les attaques des assiégeants, Tippoa tenta de renouveler les négociations ; mais les conditions que le généra Harris lui imposa lui semblèrent si dures, qu'il n’y répondit pas, et il* ne songea plus qu'à vaincre ou à s'ensevelir sous les ruines de sa capitale. Pendant un mois que dura le siège, il montra plutôt le courage et l'activité d’un soldat que l'habileté d'un général. Enfin, le 4 mai, la brèche étant devenue praticable, les Anglais traversèrent la rivière à une heure après midi, et donnèrent nn assaut général. On se battit encore dans la ville. Les Français rallièrent plusieurs fois les Maissouriens. Tippou périt dans la mêlée, atteint de plusieurs blessures, et l’on trouva son corps sous un monceau de cadavres. Il était âgé de cinquante ans, cl en avait régné seize et demi. Avec lui s'anéantit la puissance éphémère que Haïder-Aly avait fondée, cl qu’on a ridiculement nommée empire de Maissour ou Mysore, puisque sa plus grande étendue ne surpassa jamais de beaucoup la moitié de la France. Formé par les armes, par l’usurpation, et composé d'éléments divers, ce prétendu empire, qui uc subsista que trente-huit ans, aurait pu durer davantage et se consolider, sous un prince doué de vertus pacifiques et de talents administratifs, qualités qui manquaient absolument au dernier nabab do Maissour.
Pour plus de détails, voir h Biographie univerteVe et le curieux ouvrage de sir W. Belhly sur les mœurs et habitudes de lippoo-Sacb.
lib DES lifctLS JUSliliCAllVES.
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